‹ A travers l'Afrique equatorialeChapitre 13 sur 86 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Vers la frontière Orientale Congolaise

Préparatifs du départ. — Mombasa. — ■ Le chemin de fer de l'Afrique orientale anglaise. — Le gibier le long de la voie. — Le lac Victoria. — • En attendant à Eritebbé — • Départ en safari. — Gîte d'étape. — Feux de brousse. — La route de Toro. ■ — ■ Un peu de gibier. — • Manque d'eau. — Le chemin devient montagneux. — Toro. — ■ En contournant le Ruwenzori. — Au bord de la Semliki. — La chaîne des Mitumba.

A peine rentré d'un voyage aux Indes et au Thibet, une force irrésistible me poussa vers le continent mystérieux de l'Afrique. Je -désirais pénétrer jusqu'au cœur des régions sauvages. L'envie de voir du nouveau, de sortir des sentiers battus, m'amena à l'idée d'un voyage en Afrique équatoriale. Avide d'émotions, je voulais trouver de la distraction dans la chasse aux fauves, agir au milieu des régions grandioses peu ou jamais explorées, où vivent des animaux tels que leurs races y vécurent au cours des siècles, dans leur quiétude et leur majesté.

Désireux de faire en même temps œuvre utile, je me mis en relations avec le Musée colonial afin de lui rapporter de

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notre belle faune congolaise le plus grand nombre de spécimens. A la suite des négociations qui s'engagèrent entre nous, M. le Ministre des Colonies voulut bien me charger d'une mission. Ayant la ferme intention de mener à bien l'expédition que j'allais entreprendre, je me documentai de mon mieux avant mon départ. Voulant m'embarcuer sans rien oublier, je fis des essais de toutes espèces, et m'équipai de façon irréprochable, ce dont dépendait en partie la réussite de mon voyage.

Les préparatifs occupèrent tous mes instants pendant plus de quatre mois. Il faut avoir entrepris semblable projet pour se rendre compte de la diversité des objets nécessaires au voyageur. qui se propose de longs mois d'isolement sur le continent noir. Enfin, prêt vers fin 1911, je m'embarcjuai à Marseille à destination de Mombasa. Mon intention était de gagner le plus rapidement la frontière orientale congolaise, afin d'entamer la chasse le plus tôt possible. Après une traversée monotone de près de vingt jours, j'arrivai à Kilindini (i), petit port de mer près de Mombasa, sur la côte de l'Afrique orientale anglaise. La belle végétation aux teintes vives, luxuriante, ensoleillée, embellissant la rive de l'Océan, me rendit un peu de gaîté et me rappela bien des souvenirs de mes voyages antérieurs sous* les tropiques. Aussitôt débarqué, à l'aide d'un petit chemin de fer que poussaient les nègres, je me rendis, par une belle allée ombragée, jusqu'à l'hôtel. Ma première question fut de m'informer du jour du départ d'un train pour le lac Victoria. Comme

(i) I-a plupart des noms géographiques africains sont mentionnés sur les cartes qui figurent dans l'ouvrage ; ces planches peuvent être dépliées hors kIu volume pendant la lecture, afin de permettre au lecteur de suivre aisément les itinéraires.

Consulter jusqu'à nouvel ordre la carte I.

il y en avait un le lendemain à midi et que le service suivant ne s'effectuait qu'une semaine plus tard, je me décidai à prendre le premier, espérant avoir le temps de rassembler mes bagages afin de les emporter avec moi. Aussi, l'aprèsmidi, je retournai au bateau pour en accélérer le débarquement et on me promit qu'ils seraient à ma disposition au moment opportun. Je remontai dans un des wagonnets à traction humaine pour regagner mon hôtel, mais aussitôt que la nuit fût venue, les nègres qui poussaient les petites voitures les arrêtèrent et me déclarèrent que j'avais à leur payer immédiatement à chacun 50 cents si je voulais arriver à destination. Ayant chargé quelques caisses de carabines sur le véhicule, il m'était impossible de les y laisser, sinon j'eusse gagné pédestrement Mombasa. Voyant qu'ils ne voulaient pas transiger, je résolus de me passer de l'aide de ces maîtres-chanteurs et je me mis à pousser le wagonnet moimême ; ce geste les étonna tellement qu'ils revinrent à de meilleurs sentiments et se remirent au travail sans plus rien exiger. C'était un des nombreux tours que la race noire allait me jouer durant mon séjour parmi elle. Le jour suivant, de bonne heure, je voulus reprendre à la porte de ma chambre les chaussures que j'y avais mises la veille au soir ; c'est en vain que je les cherchai, que je les réclamai au patron et aux boys. Messieurs les nègres me les avaient subtilisées pendant la nuit.

Je commençais déjà à me lasser de ces mauvaises plaisanteries et, pour les éviter désormais, je partis sans avoir pu retirer mes bagages, mais avec la promesse formelle de me les faire suivre avec seulement une semaine de retard.

Lentement, le train (i) s'éloigna de la côte en escaladant

(i) Voir photographie n^ i.

les premières collines qui bordent la mer. La voie sinueuse nous promena à travers de belles plantations de caoutchouc et de cannes à sucre. Les derniers cocotiers disparurent bientôt pour être remplacés par des bananiers, des aloës, des cactus et diverses variétés de palmiers. Bientôt, la population assez dense s'éclaircit et à ce terrain du début encombré de plantations dans lesquelles se mouvaient quantité de travailleurs, succéda un pays de plaines ondulées, parsemées d'arbres et de bosquets. Le sol très sec, d'une teinte rougebrique, nous envoya continuellement, durant la marche du train, une poussière qui pénétrait partout et colorait tout en ocre. Les voitures bien aménagées et confortables, nous permirent de nous étendre. Aux heures des repas, on s'arrêta dans les gares où le déjeuner, le thé et le dîner étaient servis aux voyageurs. Tout était propre et bien ordonné.

A la tombée de la nuit, j'aperçus quelques petites antilopes. Je m'endormis peu après, jouissant d'une nuit fraîche. La voie ferrée s'élevait toujours de niveau. Je m'étais bien promis d'être levé avant le jour pour voir, dès l'apparition du soleil, la belle faune tant vantée des hauts plateaux de r Est-africain anglais. Je fus trop matinal ; les premières heures du lendemain furent une déception. Je crus à l'exagération habituelle ; je ne pus apercevoir une bête avant neuf heures. Peu à peu, leur nombre augmenta. Vers les Athiplains, les animaux devinrent excessivement nombreux ; pas farouches, habitués au passage du train, de gros troupeaux s'arrêtaient à proximité de la voie, regardant avec attention le convoi qui, sifflant et soufflant, escaladait des rampes assez raidcs. Des bubales à 20 ou 30 mètres, pouvaient être photographiés au passage, tandis que des gazelles de Grant et de Thomson traversaient flegmatiquement les rails à quelque cent mètres de la locomotive. Des zèbres jouaient

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