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PORÏ-FLORENCE (KISUMU). LE « CLÉMENT HILL

André Pilette. A travers l'Afrique Éqiiatoriale.

près des gares, se poursuivant et se mordant parfois très cruellement. Des gnous restaient immobiles comme des spécimens de musée, tandis que des autruches plus craintives filaient à grandes enjambées.

L'atïïuence des chasseurs dans cette région obligea le gouvernement britannique à limiter le nombre de bêtes à tuer et à instituer des réserves afin de sauvegarder la faune. Certains animaux tels que les éléphants et les buffles y sont moins nombreux ; par contre, les girafes et les rhinocéros y sont communs, ainsi que les lions parfois trop audacieux.

Lors de l'établissement du chemin de fer, les ouvriers souffrirent terriblement de la présence de deux lions mâles sans crinière. 3600 Hindous avaient été amenés d'Asie pour la construction du rail ; on avait divisé cette population en camps nombreux. Pour éviter de rencontrer de la résistance, les fauves cernèrent chaque jour des camps différents et, durant neuf mois, ils emportèrent, chaque nuit, un travailleur. Au début, ils commettaient des erreurs. Un soir, ils s'attaquèrent à un matelas croyant saisir un homme. Une autre fois, ce fut un sac de riz qui fut enlevé d'une tente où se tenaient quatorze Hindous ; mais après un. peu de pratique, ils ne se trompèrent plus et réussirent à chaque tentative. S'enhardissant de plus en plus, le feu n'eut même plus le pouvoir de les éloigner, pas plus que n'importe quel bruit. Dans les premiers temps, tandis que l'un d'eux entraînait sa victime, le second surveillait les alentours, mais ils ne tardèrent pas à en emporter chacun une, avec un ensemble parfait. On eut beau tendre des pièges, jeter du poison, rien n'y fit. Une nuit, un des lions traîna derrière lui, à plus de cinq cents mètres de distance, un rail de 120 kilos auquel étaient attachées deux chèvres, dont il avait saisi l'une d'elles. Ce

ne fut qu'après un an de carnage que l'on parvint à vaincre ces deux fabuleux anthropophages.

Jusqu'à Nairobi, ce sera un voyage à travers un jardin zoologique monstre ; il y règne une douce température due à l'altitude considérable des plateaux.

Dans les gares, les indigènes encombrent les quais, ils viennent y attendre un parent, un ami ou assister au passage, en curieux. Des types extraordinaires apparaissent à la vue des voyageurs. Grands et minces, des guerriers ]\Iasaï (i), ayant pour tout vêtement une petite peau de chèvre sur la poitrine ou sur le dos et une lance à la main, y attendent patiemment. Certains d'entre eux ont le lobe de l'oreille tellement ouvert, déformé et agrandi qu'ils y pendent un couvercle de boîte à cigarettes et parfois toute la boîte ou d'autres choses plus excentriques encore. Il est très étrange de trouver à proximité des centres civilisés des nègres aussi arriérés et de les voir se mêler aux Européens et aux Hindous qui occupent des fonctions au chemin de fer.

Après Nairobi, situé à environ 1500 mètres d'altitude, la voie continue son ascension. Les prairies giboyeuses se sont doucement évanouies et ont fait place à d'immenses plantations flanquées de-ci, de-là, de fermes et d'habitations de planteurs. Sur de beaux pâturages, paissent des chevaux, des boeufs et des moutons. Cette région, favorisée par un climat idéal, est envahie par une foule de colons qui y trouvent, sous l'équateur, la température douce du sud de l'Europe. Il y fait même frais pour les voyageurs arri\ant du bord de l'océan.

(]) La formation du pluriel étant très variable dans les langue? étrangères, je laisserai invariables les mots peu usités et les ferai toujours commencer par une majuscule. Ex. : des Waterbuck, des Masaï, etc.

Par moment, le train ne marche plus qu'à une faible vitesse ; nous montons ainsi jusqu'à 2300 mètres et je me couvre de mon pardessus, le froid devenant vif. Parfois, un singe saute dans un arbre, mais on n'aperçoit pas d'autres animaux sur les collines. Après avoir dépassé son point culminant, la voie redescend doucement vers de grandes plaines où, à nouveau, les animaux sauvages réapparaissent mais moins nombreux que le matin. Un troupeau de phacochères s'enfuit éperdûment à travers la brousse. Bientôt des autruches les imitent ; les bubales et les zèbres restent stoïquement à nous regarder.

Comme la veille vers 5 heures, on s'arrête dans une gare pour se réconforter. C'est la petite station de Naïvasha (i), située non loin du lac qui porte ce nom. C'est sous une ondée que nous allons du compartiment au Resthouse. Tandis qu'à l'extérieur la pluie tombe abondamment, s'infiltre à travers la toiture de notre abri et nous arrose, nous mangeons tous de bon appétit.

Le lendemain, de grand matin, après plus de quarante heures de train, nous arrivâmes à Port-Florence (Kisumu), au bord du Victoria-Nyanza, point terminus du chemin de fer. Pour traverser le lac, nous eûmes un beau bateau très confortable, du nom de v( Clément Hill» (2), ressemblant fort à un grand yacht de plaisance. En attendant le départ, je flânais sur les quais lorsque, brusquement, d'un groupe de nègres

Pour la lecture des noms étrangers, on prononcera : sh comme ch — NaïvasAa = NaivsLoha. ; u comme ou — Usurabnia. = Ousoumboura ; an am — en em — in im — comme formant deux lettres bien distinctes qui, par leur union, ne forment pas un son unique. Ex. : Ta/nganika — E/ntebbé — Kasi/ndi. Voir photographie n.° 2.

employés au chargement des wagons, s'éleva une clameur, et tous, s'armant de gros bâtons, s'élancèrent en poussant des cris sauvages à la poursuite d'une pauvre civette qui venait d'être découverte et qui, bientôt, malgré son adresse, succomba les reins brisés sous le nombre de ses agresseurs. Alors, l'attachant par la patte, ils la laissèrent se traîner à moitié mourante et, l'oubliant, ils reprirent le travail en chantant, peu soucieux de leur victime agonisante. J'en profite pour m'en emparer et n'oubliant pas le but de mon voyage, je la fais dépouiller à bord du bateau ; celui-ci ne tarde pas à quitter les quais et à gagner le large au travers d'une eau boueuse. Sur une colline de Port-Florence, vers le Nord, nous voyons s'étager des petites huttes ; là sont parqués les indigènes atteints de la maladie du sommeil, dont les ravages sont terribles dans cette région. Le bateau glisse à \ave allure sur les ondes calmes, d'un brun argileux, mais qui peu à peu de\iennent bleues. Les rives sont très découpées et bordées de montagnes de faible altitude ; de nombreuses îles émergent de cette immense nappe d'eau, dort bientôt seule la côte que nous suivons restera visible. Avec des lunettes, on y distingue des hippopotames et des crocodiles dormant au soleil, tandis que quelques oiseaux aquatiques voyageant par petites bandes, se perchent sur les rochers du rivage. ■ Le lendemain, vers midi, nous arrivâmes en vue d'Entebbé ; un orage violent retarda notre débarquement. Dès que le soleil reparut, cette jolie petite ville se montra sous un jour nouveau. La plupart de ses habitations, ensevelies dans la verdure, ne laissent apparaître que le sommet des toits, lesquels s'étagent en gradins sur la colline. Aussitôt à terre, je me rendis à l'hôtel aménagé dans l'ancienne maison du gouverneur ; aussi lui a-t-on gardé le nom de « Old Government House ». Sur la hauteur, en face du lac, entouré d'un fort

ENTEBBË. — UGANDA

Photo de l'auteur.

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