SECOND LAC AU NORD-EST DU KRAEPELIN
(Sur les flancs de la vallée, végétation de séneçons).
André Pilette. A travers l'Afrique Équatoriale.
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croissait entre 4000 et 4500 mètres, il ne restait plus que peu de trace. Insensiblement, toute végétation cessait ; j'entrais dans une zone de rochers que quelques mousses noires recouvraient à peine.
J'arrivai ainsi du côté Est de la base de cette énorme pyramide dénudée de toute flore. Une traînée de terre jaunâtre tombant du sommet, la faisait ressembler à une ancienne moraine. Il me serait donc aisé de l'escalader, mais il était trop tard ce jour-là, pour le tenter. J'étais à 4610 mètres et j'estimais qu'une différence de niveau de 300 mètres environ me séparait du sommet. Je remis la tentative au lendemain ; je n'eus pu dépenser, ce jour-là, l'énergie nécessaire.
Je redescendis donc, mais je jouai de malheur ; en franchissant une crevasse, j'eus l'imprudence d'appuyer le pied sur un tronc d'arbre vermoulu qui céda sous mon poids et je tombai dans l'excavation en heurtant une aspérité de la tête et des reins. Le coup fut si rude que je brisai un de mes altimètres. J'en sortis péniblement à moitié assommé et l'échiné douloureusement meurtrie. Je voulus poursuivre ma route mais la souffrance que me causait la commotion que je venais d'éprouver me clouait littéralement sur place. Je fus pris subitement d'une soif intense que je ne pus étancher faute de gourde. Cependant, mon malaise ne tarda pas à se dissiper, et je pus rejoindre les hommes que j'avais laissés à 4500 mètres et qui m'y attendaient.
Je disposai mes appareils photographiques en un lieu propice afin de prendre quelques jolies vues, puis j'attendis que le ciel se découvrît.
Presque chaque jour, dès l'aube, la plaine de la Semliki est couverte d'un brouillard épais. Cette mer de nuages s'élève lentement et enveloppe les montagnes d'un voile quasi-impénétrable. Il faut presque tout le mouvement
diurne de la terre pour (]u'il se dissipe. Aussi ce n'est qu'au coucher du soleil que la photographie y est possible. Mais ce jour-là j'attendis en vain l'heure propice. Le ciel fut sans éclaircie appréciable et, ayant trop tardé à quitter mon poste, je dus redescendre précipitamment a lin de rejoindre mon camp à 3850 mètres. J'eus l'heureuse chance d'y être aidé par un clair de lune brillant fort à propos.
Le lendemain, je repris mon calvaire ; j'eus soin, cette fois, de me faire accompagner par deux hommes que je choisis parmi les moins intelligents de toute la troupe ; de ceux-là j'obtiendrais les services que j'exigerais. Je voulais qu'ils ne méconnussent pas mon autorité. Croyant raccourcir ma route, je changeai quelque peu mon itinéraire, mais je trouvai sur mon passage des marécages semblables à des tourbières, d'aspect chaotique, que couvrait une végétation, des touffes d'herbe hérissée et rude (Carex). Quoique parti plus tôt que la veille, je perdis mon temps à contourner ces marais et me fatiguai à lever les jambes afin de surmonter les accidents de terrain. De plus en plus, en moi, l'épuisement des jours précédents se faisait sentir. De multiples blessures aux pieds et aux mains, ainsi que celles résultant de ma chute récente, me faisaient souffrir. Les privations de toute nature et aussi la basse pression à cette altitude, pression qui me tenait continuellement à court de souffle, me forçaient souvent à l'arrêt pour rétablir la norme de ma respiration et m'avaient considérablement affaibli. Avec toute ma volonté tendue et le peu de vigueur qui me restait, je ne pus atteindre qu'avec peine la hauteur atteinte la veille. Quand j'y arrivai, j'étais totalement exténué, j'avais interrompu ma marche plus de cent fois, au cours de cette matinée, afin de recouvrer dans le repos l'énergie de poursuivre. Je l'avoue, ce fut plutôt par amour-propre que je retournai jusqu'à 4610 mètres, point le
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plus élevé atteint lors de ma précédente recomiaissance. Je m'y couchai en considérant mélancoliquement la traînée de terre jaunâtre par laquelle j'avais espéré conquérir le sommet du pic Kraepelin. Il régnait là-haut un silence de mort que seul le sifflement du vent troublait par intervalle.
Alors que je n'avais aucun de mes appareils photographiques sous la main, le soleil qui, jusque là, avait rarement daigné me sourire, vint, durant près d'une heure, comme pour me narguer de ses rayons. Anéanti devant le but même qui, peut-être, m'était désormais inaccessible, je demeurai étendu sur le rocher, les yeux fixés sur la montagne très belle sous les rayons d'un soleil couchant qui sombrait dans une apothéose de nuages. Je me remémorai les efforts déployés pour parvenir jusque-là ; j'avais entamé l'ascension le 8 juin et nous étions le 19. Allais-je donc échouer après douze jours de peines physiques et morales? Allais-je, après avoir bravé une humidité atroce, succomber à la fatigue et au froid à quelque cent mètres d'un des pics convoités? Je me rendis compte de ce que mon dernier camp était trop éloigné du but ; j'aurais dû monter nuiter à une altitude supérieure à 3850 mètres, mais c'eut été demander l'impossible à des hommes pour qui de si basses températures étaient un supplice. En effet, à 3850 mètres nous constations — 2^ centigrades et — 4° centigrades à 4200 mètres. Il était donc vraisemblable qu'à 4500 mètres, où j'aurais dû camper, la température fût tombée à — 6*^ ou même à — 7° centigrades. Le vent glacial qui balayait ces hautes plaines nous crevassait la face en plein jour. Ajoutez à ces tourments le manque total de bois à brûler au-delà 4000 mètres.
Toute la volonté qui avait soutenu jusque là mon effort tenace s'écroula, et à la défaillance succéda le découragement. Quand je me fus raisonné afin de mieux supporter le regret
dont j'avais l'âme pleine, je pris une résolution et, considérant une dernière fois le sommet que j'avais rêvé d'atteindre, je lis demi-tour et descendis d'un pas plus assuré les pentes du merveilleux et gigantesque massif montagneux qu'est le Ruwenzori. De tous les efforts physiques que j'eus à soutenir durant mes voyages, celui-là fut certainement le plus rude ; oui, ce fut celui qui exigea une dépense énorme d'énergie pour un résultat partiellement inutile puisque je n'ai pu, en somme, toucher le blanc couronnement de la cime.
Celui qui n'a pas tenté semblable aventure ne peut s'en représenter les difficultés. Il ne peut s'imaginer à quelles fatigues expose la montée des pentes boueuses, ni l'impression d'horreur qui remplit l'âme dans ces solitudes toutes de tristesse et de silence. Par endroit, la végétation ensevelit le voyageur, lui dérobe l'étendue, et c'est par la hache qu'il faut avoir raison d'elle. Puis d'autres éléments s'opposent à son avance : la pluie, l'humidité, le brouillard qui, du matin au soir, entourent, transpercent ou voilent. Et l'absence d'air dans les grandes altitudes, le manque d'abri et de nourriture, la rébellion d'hommes qui ne peuvent partager l'enthousiasme d'une foi scientifique, sont autant d'obstacles qu'il faut surmonter.
Pour nous résumer, disons que le Ruwenzori offre des aspects extrêmement variés, la faune ou la flore diffèrent considérablement ; ces différences pro\dennent de' l'altitude et de l'orientation. La flore influe évidemment sur la répartition de la faune. Le Ruwenzori est bien plus intéressant pour le botaniste que pour le zoologiste ; dans l'ignorance complète où nous sommes en ce qui concerne le versant congolais, il y aurait grand intérêt à en confier l'exploration à quelque voyageur compétent et averti qui nous en rapporterait certainement des documents de haute importance.
Quoique le massif du Ruwenzori ait été entrevu confusément du lac Albert par Sir Samuel Baker, en 1864, et qu'en 1876 Sir Harry Johnston l'aperçut de la même région, c'est en 1888 seulement que l'honneur de la découverte en revint à Stanley. Il précisa la position et décrivit ces montagnes d'une façon irréfutable. Il n'y a pas lieu de s'étonner qu'en 1875, treize ans avant qu'il en reconnût décisivement l'existence, il ait campé sur ses flancs, du côté oriental, sans se douter de la présence des cimes neigeuses qui couronnent le massif, car en certaines saisons et à cause des nuages, elles restent invisibles, parfois pendant des mois, pour le voyageur.
Il est probable que les monts de la Lune que Ptolémée mentionne sur ses cartes sont le Ruwenzori ; cette dernière appellation est restée au massif ; elle est celle choisie par Stanley parce que, d'après lui, elle fut la plus communément employée par les indigènes.
La première ascension fut tentée par le lieutenant W. G. Stairs, un des collaborateurs de Stanley, que celui-ci envoya pour préciser la documentation sur ces montagnes. C'était en 1889, un an après la découverte du mont, que Stairss'attaqua au géant par le Nord-Ouest, à peu près par le même chemin que je suivis, mais il abandonna son projet au bout de trois jours, après avoir atteint 3254 mètres. Dès lors, les ascensions se succèdent. Deux camps se forment : l'un tente la chance du côté occidental — et il compte le moins d'adhérents, — l'autre l'aborde par le versant oriental. La tnajorité s'applique à longer les vallées afin d'éviter les forêts de bambous. Les rives de deux rivières sont successivement suivies ; c'est, pour le versant occidental, c'està-dire pour celui du Congo Belge, celle qui ondule par la vallée de la Butagu, et, du côté anglais, sur le versant oriental, celle de la Mabuku. Toutes deux ont l'immense
avantage d'éviter les forêts de bambous, et c'est précieux.
En 1891, Emin Pacha envoie le docteur Stuhlmann qui, par la vallée de la Butagu, atteint 4063 mètres. En 1895, J. F. Scott, Elliott, empruntant les deux chemins précités, ne monte qu'à 3962 mètres. En 1900, on constate de nombreuses ascensions par le versant anglais, sans toutefois élever les records. Le D^" David, en 1904, empruntant la route de la Butagu, serait monté à 5000 mètres par le versant belge, mais ses récits sont si peu clairs que ceux qui ont quelque expérience du Ruwenzori hésitent à déterminer le point touché par lui ; et certains, parmi les plus compétents, remplacent avec irrévérence l'altitude prétendue atteinte par un point d'interrogation. Il est regrettable que David ait disparu de ce monde sans pouvoir apporter la précision absente de sa narration.
Les ascensions se multiplièrent du côté oriental. MM. Wollaston, Woosman et Carruthers atteignent, en avril 1906, 4992 mètres. Jusqu'à cette date, tous les efforts pour parvenir au sommet étaient donc restés vains, quand, enfin, quelques mois plus tard, le duc des Abruzzes réussit à escalader la plupart des cimes dont la culminante. Il avait entamé son ascension par la Mabuku. Il rapportait des précisions nettes et définitives sur la structure du massif, et déterminait avec une grande approximation, l'altitude extrême des sommets dont le pic Marguerite est le plus élevé : 5125 mètres. Il est incontestable que le duc des Abruzzes fit preuve de grand courage et de persistante volonté, mais on ne peut établir de parallèle entre des ascensions de particuliers disposant du strict nécessaire et une expédition telle que fut celle du duc, constituée uniquement dans ce but. Il n'avait reculé devant aucune dépense, il avait recruté des guides alpins ainsi que d'autres montagnards d'Europe, en vue de répartir
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le transport des bagages au cas où les nègres refuseraient de lui prêter leur concours.
La plupart des prédécesseurs du duc avaient abandonné leur projet à cause des intempéries qui paralysèrent la marche des plus hardis et des plus courageux.
Il semble que, depuis 1906, ces entreprises aient été délaissées. Si, de temps à autre, des amateurs poussent une pointe sur les flancs du géant, c'est sans beaucoup de conviction. De toutes les tentatives précédentes offrant quelque importance, on ne retient que trois explorations qui ont été faites par le versant belge. Les noms des pionniers c]ui les tentèrent sont à retenir. Ce sont Stairs qui est Anglais ; l'Allemand Stuhlmann et le Suisse David. Il me semble que, des trois, c'est Stuhlmann qui ait fait preuve de la plus belle endurance puisqu'il aboutit, en 1891, à 4063 mètres ; il était accompagné de noirs. Or, je me représente les difficultés qu'il eut à vaincre car, il y a vingt-trois ans, les indigènes devaient ne point se plier facilement aux désirs des blancs si anodins qu'ils fussent.
Il n'y a que le D^" David qui soit monté par le versant belge à une altitude probablement supérieure à celle que j'atteignis en juin 1912. Toutefois, ceci est malaisé à établir étant donnée la pénurie des documents existants.
C'est probablement à tort que d'aucuns prétendent qu'il est impossible d'arriver aux hautes cimes du Ruwenzori par le versant occidental ; il est certain que la tâche est beaucoup plus difftcultueuse que par l'autre versant, mais je la crois réalisable. J'estime qu'il serait téméraire de conclure des quelques échecs subis du côté belge, qu'on ne peut mener à bien l'entreprise par le versant congolais. Je pencherais résolument vers l'afhrmative si un seul doute ne subsistait. Voici : En me butant au pied du pic Kraepelin du côté Est, j'étais
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à peu de distance du pic Bottégo puisque, à vol d'oiseau, 2 kilomètres à peine séparent les deux sommets. Il s'agit ici de savoir s'il est possible de passer des flancs de l'un à ceux de l'autre. Mais si, en ligne droite, 2 kilomètres séparent les deux pics, il y a, pour le voyageur, une vallée passablement profonde qu'un petit lac (i), sans nom, inonde en partie et peut rendre infranchissable. N'en ayant point parcouru les rives, je ne puis affirmer qu'il soit aisé de passer de ce côté sur les flancs de l'Humbert. Mais si la chose est possible, en empruntant mon itinéraire, il suffira de poursuivre et d'adopter la route prise par le duc des Abruzzes, route qui se raccorde à la mienne dans ces parages. La réussite ne dépendrait plus, dès lors, que du courage et de l'endurance de l'explorateur.
A rencontre de beaucoup d'autres montagnes situées au centre d'un continent, le Ruwenzori s'élève au milieu d'une dépression qui porte le nom d'Albertine et qui embrasse les bassins des lacs Albert et Albert-Edouard, y compris le Ruisamba qui se déverse dans ce dernier.
Un des phénomènes géologiques de l'Afrique sont les deux immenses tranchées de largeur variable et presque parallèles qui courent du Nord au Sud. La tranchée orientale va des environs du Nyassa jusqu'au-delà du Rodolphe, en se prolongeant vers la Mer Rouge, tandis que l'occidentale s'étend jusque près de Gondokoro. Elles côtoient et enferment une suite presque ininterrompue de lacs qu'une ligne transversale de volcans coupe ; ils ont au Sud le lac Kivu et le Tanganyka et, au Nord, les lacs x\lbert-Edouard et Albert. Au Sud du Ruwenzori, la tranchée orientale bifurque vers l'Est ;
(i) Voir photographie n° 29.
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une branche s'arrête au pied des hauteurs qui englobent le bassin Nord du Ruisamba, tandis qu'une autre se continue au Nord-Est du Ruwenzori, suit l'extrémité de la vallée de la Semliki et le bassin du lac Albert, et remonte encore quelque cent kilomètres plus loin.
Le Ruwenzori est environné par la dépression Albertine dans laquelle, de toutes les directions, il déverse la totalité de ses eaux, alimentant ainsi en grande partie, les trois lacs qui l'entourent. Il ne forme pas de ligne de partage des eaux et celle qui sépare, dans cette région, le Nil du Congo est le remblai occidental que j'ai appelé jusqu'à présent Mitumba.
Il est difficile de recueillir auprès des indigènes des renseignements sur les noms géographiques et, quand ils emploient des qualificatifs, il faut souvent renoncer à s'en servir, d'autant plus que les diverses tribus disséminées sur le massif donnent aux lieux des dénominations différentes. Il en est du reste de même à peu près partout en ce qui concerne les longs fleuves ou rivières et les grands lacs. Pour les villages, un grand nombre de bourgades de l'Afrique tropicale portent le nom de leur chef ; si le chef meurt, ce nom change et devient celui de son successeur. Celui qui s'arrête en tel lieu et se renseigne, constate une discordance avec les indications mentionnées sur sa carte, ce qui provoque immanquablement des erreurs. Certains Européens ont modifié totalement la désignation des centres où ils séjournèrent, centres qui portaient précédemment des noms bien connus des indigènes. En leur en substituant d'autres, soit dans la langue du pays, soit parfois dans celle de leur patrie, ils ont fait œuvre absurde. Souvent des qualificatifs sont imposés par des gens désireux de voir figurer sur les cartes ou leurs noms ou celui de quelque haut personnage ; ils empêchent ainsi le voyageur de reconnaître sa route, ces appellations étant totalement
inconnues des habitants des contrées traversées. Mais ce n'est toutefois pas le cas pour le Ruwenzori. Si l'on a baptisé de noms de grands explorateurs les différents monts de cette chaîne, c'est tout simplement pour pouvoir se retrouver aisément en parlant de la configuration topographique de la région qui ne possédait, primitivement, peu ou pas de points de repère. Toutes les appellations usitées chez les indigènes ont été respectées. Je pense qu'il convient de conserver celles-ci, les autres n'étant créées qu'à l'intention des géographes.
Le Ruwenzori est formé de six groupes de cimes (i) avec glaciers séparés par des cols sans neige et, par conséquent, nettement dégagés les uns des autres. La zone où se rencontrent les glaces mesure un peu plus de ii kilomètres 500 en ligne droite, du Sud au Nord et environ 6 kilomètres 500 de l'Ouest à l'Est. A son tour, chaque pic a reçu un nom de voyageur célèbre ou de personnage qui le de\aendra. Les principaux glaciers portent les noms des cimes dont ils descendent. Les cinq cols qui divisent les monts neigeux ont également été dénommés et sont situés entre 4200 et 4400 mètres d'altitude.
Les dénominations indigènes employées par les Bakonjo pour désigner, sur le versant oriental, les vallées, lacs et torrents ont été respectées. Il incombera à quelques explorateurs qui, espérons-le, seront Belges, de recueillir de la bouche des habitants, les noms indigènes du versant occidental.
La plupart des voyageurs qui ont étudié la géologie du Ruwenzori repoussent l'hypothèse d'une origine volcanique. En un point bien déterminé du versant oriental exploré.
(i) ^'oir carte III.
une formation de nature volcanique a été reconnue, mais tout tend à prouver qu'il s'agit ici d'un soulèvement de l'ancien plateau de l'Afrique centrale, bien que dans la région de Toro, au Nord-Est de sa base, existent de petits volcans.
Dans la période glaciaire, des amas de névés de développement énorme s'étendaient probablement sur le versant oriental jusqu'au-dessous de 2000 mètres. Aujourd'hui, les plus bas ne descendent guère en dessous de 4200 mètres. Cette différence est prouvée en de nombreux points par la présence de moraines qui se rencontrent aussi bien du côté oriental qu'occidental. Tous les glaciers actuels sont de peu d'étendue et diminuent encore d'importance.
La limite des neiges éternelles est à 4500 mètres environ, c'est-à-dire là même où commence la moyenne des glaces. Mais il arrive, suivant les saisons, que la neige tombée en grande abondance tienne, pendant un temps assez long, en-dessous du niveau précité, blanchissant de grands espaces jusqu'alors de couleur sombre.
Les vents sont très variables dans cette zone et il faudrait y avoir vécu de longues années pour parler de leur régime avec compétence ; ce qui est certain, c'est que la neige, la grêle, le brouillard et la pluie y sont très fréquents. Le beau et le* mauvais temps alternent fort capricieusement. En général, les nuits sont claires ; le ciel se dégage au coucher du soleil et se couvre, dès l'aurore, de nuages tombant en brume sur les montagnes. Il ne semble pas que l'une saison soit plus favorable que les autres aux ascensions. D'après certains dires des missionnaires de Béni qui, depuis six années, ont eu l'occasion d'observer le massif, c'est au mois d'août qu'il serait le plus souvent découvert du côté occidental. C'est à cette date que je vis, de maints endroits de la plaine, les hautes altitudes se couvrir de neige, et je suppose que les