MT LOUIS DE SAVOIE
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Carte 111
Chaîne du Ruwenzori
Pics neigeux et vallées adjacentes
ASCENSION DU RUWENZORI 97
l'observateur d'étendre la vue, de distinguer les étapes à atteindre et même les chemins à suivre. Vers midi et demi, j'arrivai à 4350 mètres. Les hommes se mirent à faire du feu et à préparer leur nourriture (i), mais lorsque je voulus repartir, ils entendirent rester. L'un d'eux raconta une baroque légende et avertit ses congénères que, s'ils allaient plus loin, ils s'exposaient à des maux de ventre. Cela ne fit que renforcer leur résolution de m'être désobéissants. Seuls, trois d'entre eux, après avoir menacé les défaillants, m'accompagnèrent tandis que les autres s'enfuirent emportant une partie des objets dont je les avais chargés et qui m'étaient nécessaires et regagnèrent le campement, à 3850 mètres d'altitude, où étaient cantonnés leurs frères. De l'endroit d'où j'étais parti, il était impossible de gravir le pic rocheux ; il fallait que je le contournasse afin de l'escalader par le. Nord-Est, où le terrain était présumé plus accessible. La conformation des montagnes ne se prêtait du reste qu'à cette orientation ; je n'avais donc pas à choisir, seul ce chemin pouvait être suivi.
A 4500 mètres, j'abandonnai les trois hommes, parmi lesquels se trouvait mon chasseur Mustapha, en qui j'avais une entière confiance. Je poursuivis donc ma route seul, en avançant sur l'extrême bout de la crête que j'avais parcourue ces derniers jours, mais qui, d'une direction Nord-Ouest qu'elle avait quand elle était presque parallèle à la chaîne rocheuse, avait maintenant une direction nettement Nord- Sud, et se dirigeait vers le dernier pic rocheux couvert en partie de neige. D'après ce que j'appris par la suite, ce pic porte le nom de Kraepelin. A ma droite, c'est-à-dire vers le
(i) Voir photographie n° 28.
Nord-Ouest, s'étendait la grande vallée qui s'ouvrait en un large couloir vers la plaine de la Semliki que l'on n'apercevait plus depuis plusieurs jours. A ma gauche, une autre vallée peu profonde m'apparut confusément ; elle avait, en cet endroit, une orientation Nord-Sud. Cette vallée donne accès au col Roccati, lequel sépare le Mont Géssi du mont Emin. (Voir momentanément carte III.) Durant une éclaircie.je pus y distinguer, dans le fond et vers le Sud, un lac situé à l'Est du pic Kraepelin. Ce lac avait pour lit une cuvette entièrement de granit qui reliait le pied du pic Kraepelin à celui du pic Bottégo. L'eau du lac provenait d'un grand glacier dont je ne vis que le bas et qui recouvrait les flancs du mont Géssi (i). Ce ne fut que le soir que je l'aperçus pour la première fois ; ses névés s'étendaient sur une surface assez considérable. C'est à mon retour •en Europe que j'appris les noms que je cite ici à l'intention du lecteur. Une rivière s'échappait de ce lac vers le Nord, par une petite cascade. A peu de distance de là, ce gros ruisseau formait un second lac (2) ou plutôt une grande mare dont les eaux très sombres reflétaient les cimes environnantes. La rivière continuait son cours, formait encore quelques mares boueuses, puis disparaissait vers le Nord-Est dans les replis du massif. En jugeant de la conformation du terrain, il ne serait pas impossible que ce fût la source de la Lamia. A première vue, ces deux lacs avaient de deux à trois hectares de superficie totale. La profondeur du premier semblait grande ; celle du second ne dépassait pas quelques mètres.
Le terrain devenant de plus en plus rocheux, rendait la marche difficile et m'obligeait à des détours. Des séneçons, des lobélies, des immortelles et de la petite herbe rude qui
(t) Voir photographie n^ 29.
(2) Voir photographie n" 30.
MASSIF DU RUWENZORI (Versant Nord-Oucst).
Glacier du Gessi
Cu\
ette granitique
Mont Emin
(Fie IJottégol
avec I" lac
(Pic Kraepelin'