RHINOCÉROS
André Pilette. A travers l'Afrique Équatorinle.
qui, sans défenses, atteint assez couramment de 60 à 80 kilos, il est cependant suffisamment grand pour être touché à la carabine ; il aiïecte une forme ovale et est logé dans une cavité assez basse et en arrière. L'œil, l'entrée de l'oreille, les plis supérieurs de la trompe sont trois points qui vous renseigneront assez exactement sur sa position. Considérez que vous soyez au même niveau que le pachyderme et que celui-ci se tienne immobile dans une pose normale.
De profil. — Prenant une ligne imaginaire qui joindrait l'œil à l'entrée de l'oreille — qui est un peu plus haute que l'organe de la vue, — vous viserez presque le milieu de cette ligne entre les deux points précités ; la balle devra porter de préférence vers l'entrée de l'oreille. Si vous êtes très près de l'animal, 3 ou 5 mètres, visez nettement au-dessous de la ligne. Si vous êtes plus éloigné — 7, 10 ou 25 mètres, — tirez sur la ligne ou très légèrement au-dessus (toujours à balle lisse).
De face. — Sur toute la longueur de la trompe se trouvent de grands plis parallèles qui ressemblent à des anneaux concentriques ; à l'approche du front, ces plis cessent d'une façon très visible et presque nette. C'est au milieu du front, un peu au-dessus du dernier pli que vous viserez, de 5 à 8 centimètres, suivant la taille de la bête, en observant toujours la loi de rapprochement ou d'éloignement. Il arrive, en forêt, que les plis ne sont plus visibles, tant il fait sombre dans la haute futaie ; dans ce cas, vous prendrez une ligne imaginaire qui joindra les deux yeux. Cette ligne coïncide à peu près avec le dernier pli ; vous n'aurez qu'à viser au milieu et légèrement au-dessus. Il se peut que l'animal, ou tous les animaux en général, ne se présente pas comme dans les deux exemples qui nous occupent et que, de plus, il soit plus haut ou plus bas que le chasseur. Je ne puis pas envisager toute? les façons dont il pourra vous apparaître, mais si vous avez bien saisi les deux cas envisagés plus haut, il vous sera aisé de repérer
immédiatement l'endroit à viser pour toucher le cerveau. C'est ainsi que la balle pourra pénétrer dans le crâne par le tuyau de l'oreille, au-dessus ou dans l'œil et même par le sommet du crâne s'il vous arrivait d'observer le proboscidien d'un arbre qui le domine.
Le coup au cerveau est tout à fait de précision et il ne faut pas le risquer à plus de trente ou quarante mètres, surtout si vous avez l'occasion de vous approcher de la bête. Si elle est assez éloignée, et qu'elle vous présente d'autres parties, choisissez un autre organe. Le cerveau fut toujours, à la chasse à l'éléphant, mon coup favori; je l'ai réussi à maintes reprises. Certes, j'ai essuyé quelques insuccès, mais je persiste dans mon idée : c'est que si vous tirez d'assez près, de dix mètres à trente mètres, et que l'émotion ou la peur ne vous font pas trembler, vous pouvez hardiment tirer à la tête chez ce pachyderme.
Je ne vois que deux animaux qui, par leur vie aquatique, obhgent très souvent le chasseur d'Afrique à tirer au cerveau : c'est l'hippopotame et le crocodile. Tous deux nagent en ne laissant généralement émerger que le sommet du crâne ; ils ne vous laissent donc, quand ils sont à l'eau, qu'un seul organe \atal à atteindre. Si, par contre, ils sont à la rive, à proximité de leur élément, il est bon de les toucher mortellement ; sinon, blessés, ils ont le temps de rentrer à l'eau où ils se perdent.
Je ne les considérerai, tous deux, que de profil : pour l'hippo, tout comme pour l'éléphant, joignez l'œil à l'entrée de l'oreille et tirez au milieu et au-dessous de la ligne considérée (5 à 6 centimètres). L'organe cérébral est ici encore plus réduit que chez l'éléphant.
En ce qui concerne les crocodiles, si vous êtes un peu plus haut que l'animal, tirez dans l'œil ; ou juste au-dessous si vous êtes au même ni\-eau. A terre, touché au cerveau, vous verrez souvent le croco faire un saut et retomber inerte sur le dos. Si vous en êtes
éloigné, pour plus de ceititude tirez au milieu du cou ou, au corps, dans le prolongement de la patte avant avec, de préférence, un gros calibre pour avoir des chances de l'empêcher de regagner l'eau.
Je pourrais encore considérer l'hippopotame et le crocodile de face ; le premier, surtout, se présente souvent ainsi quand il vous regarde, mais comme il tient la tête tantôt basse, tantôt haute, je m'abstiendrai d'étudier le point à viser dans ces multiples attitudes. Ce que j'en ai dit, quant au profil, suffît pour permettre au chasseur, après un court raisonnement, de repérer le cerveau chez tous deux.
L'éléphant a été envisagé au repos dans une attitude normale, mais quand il charge, son crâne ne se présente plus du tout comme lorsque, au repos, il se tient immobile : la trompe en l'air, la tête haute, il fonce sur son ennemi, ce qui rend presque impossible, ou tout au moins très difficile, le coup au cerveau. Par contre, le poitrail est, alors, en grande partie découvert et offre une belle cible au chasseur. Mais quel est celui qui possède une arme assez puissante pour arrêter, en la touchant à la poitrine, cette masse qui fonce sur lui ; il faudra un calibre 4 ou 8 pour faire stopper le monstre. Il n'y a qu'un de ces projectiles qui, par son poids énorme, — 80 à 100 grammes, — puisse frapper efficacement le colosse. Comme ces petits canons ne sont plus employés, il faudra se défendre avec une 450 ou une 577 c|ui n'aura probablement pas assez de pénétration pour atteindre le cœur 'chez un très gros mâle, en pénétrant par l'avant de la poitrine. Du reste, touché au cœur, cette blessure n'arrêterait parfois pas un de ces pachydermes en colère. Dès lors, il vaut mieux, pour arriver à ce but, de tâcher de l'assommer ou d'ébranler sa volonté par un coup placé adroitement à la tête, un projectile dans le genou l'arrêtera ou, tout au moins, ralentira considérablement sa course et vous permettra de l'achever en toute sécurité. Mais il faut que
les membres soient visibles ; il faut aussi être très adroit pour réussir un tel coup de carabine.
Une patte cassée chez tous les pachydermes et chez le buffle les force à se mouvoir avec lenteur ; chez les autres animaux, plus le poids et la taille diminuent, moins ils sont empêchés de fuir sur trois pattes, et les petites antilopes, ainsi handicapées, décampent comme des lièvres.
Après le cerveau, le cœur est, chez tous les animaux, un organe très vital et il a, chez les pachydermes et chez le buffle, une dimension suffisante pour songer à le viser utilement en chasse, à une certaine distance (40 ou 60 mètres). Mais s'il a l'avantage d'offrir une cible plus étendue, le cœur est cependant plus difficile à repérer et, par conséquent, présente de ce chef des chances d'insuccès. Insuccès parfois partiel, puisque, souvent, le projectile va se loger dans les poumons, occasionnant une mort certaine, mais beaucoup plus lente. L'aorte est encore plus sensible que le cœur.
Mieux vaut fixer par le dessin les points sensibles à toucher chez les bêtes, et les quelques dessins schématiques qui accompagnent ce texte en disent plus long que les interminables descriptions que je pourrais faire sur ce sujet, afin d'indiquer au tireur l'endroit exact qu'occupent le cerveau, le cœur et certains autres organes vitaux chez les principaux et différents animaux qui peuplent la brousse africaine.
Suivant les sujets et les circonstances, il ne faut pas toujours, toucher le cœur pour s'appropiier, sans trop de difficultés, un gros et dangereux animal ; sauf pour l'éléphant dont la mort est lente à venir, si elle n'est pas problématique, dans bien des cas un projectile d'une arme de premier ordre, 450 ou 577, au poumon d'un hippo — s'il est à teiTe ou s'il émerge de l'eau à grande distance,— d'un rhino ou d'un buffle, suffit pour qu'ils tombent dans un délai assez court. Comme on tire souvent sur ces bêtes à une centaine de mètres, c'est presque toujours l'organe de la respira-