HIPPOPOTAME
André Pilette. A travers l'Afrique Équatoriale.
tion que l'on vise ; de même chez les animaux de taille moindre, dont le cœur a une dimension beaucoup trop réduite. S'il vous est possible de vous approcher à 40 ou à 50 mètres d'une très grosse bête — ce qui est assez fréquent, ■ — vous pouvez alors hardiment viser le cœur car, sauf dans le cas où vous atteindriez votre victime trop bas et trop en avant, vous perforeriez, à défaut du cœur, les poumons qui entourent l'organe précité, ce qui n'amènerait comme résultat qu'une différence dans la durée de temps qui le conduit vers l'agonie. Mais, comme il faut toujours partir du principe de tuer dans le plus bref délai, pour empêcher la fuite ou l'attaque du blessé, il est toujours préférable d'atteindre les organes très vitaux.
L'hippo est un amphibie de peu de vitalité ; même des petits calibres ont rapidement raison de sa structure monstrueuse. En ne le touchant qu'aux poumons, on le voit s'effondrer après quelques mètres de course. Il n'en est pas de même du rhino. Aussi, chez celui-ci, le coup au cerveau est à envisager comme plus courant, surtout à courte distance. Il est à conseiller que le projectile qu'on lui destine soit très pesant car, même s'il ne fait qu'effleurer cet organe, la bête sera certainement assommée par la commotion. Chez le buffle, prendre le cerveau comme cible n'est pas à recommander : si j'ai, un jour, risqué le tout pour le tout, c'est parce que je n'avais en main qu'une petite carabine et qu'un buffle blessé se présentait de face à quelques mètres de moi, l'air menaçant. C'est pour des cas semblables, mais assez exceptionnels, que je signale nombre de coups différents, afin que le chasseur, dans n'importe quelle circonstance, puisse se défendre avec chance de réussite et ne soit jamais à court de connaissances pour loger, à des ennemis aussi dangereux, une balle qui conjure tout malheur.
Vu de profil, le cerveau des rhinocéros africains (R. simus et R. bicornis), est atteint en visant quelque peu en avant la base du cornet, forme qu'affecte l'oreille. Quant au cœur, chez les trois
pachydermes, vu leur structure massive, leur embonpoint, la forme de la cage thoracique, leur tissu débordant de toutes parts, le chasseur peut se tromper sur son emplacement, par conséquent sur la cible à choisir. Chez le rhino et l'hippo, on peut viser derrière l'épaule dans le prolongement de la patte avant, un peu plus bas que la mi-hauteur du corps. Chez l'éléphant, la bordure extérieure de l'oreille peut servir à déterminer le point de repère, mais comme l'oreille peut différer de forme et de grandeur d'une espèce d'éléphant à l'autre, il est impossible de choisir avec certitude la partie à atteindre par rapport à l'oreille, à moins de connaître en détail toutes les variétés d'éléphants africains qui peuplent le continent noir, ce à quoi personne ne peut prétendre. Déjà pour le coup au cerveau, les crânes peuvent varier de forme, et ce qui est vrai pour tuer par un coupa la tête telle variété, peut ne pas l'être pour telle autre.
Je ne considérerai donc pas l'oreille pour déterminer approximativement l'emplacement du cœur chez les éléphants africains, à vous de le faire si vous ne chassez qu'une variété, sur laquelle vous auriez le temps d'effectuer des recherches semblables. En général, — abstraction faite des espèces inconnues ou peu connues, exemple : les éléphants nains, — le cœur est situé un peu au-dessus de la mi-hauteur du corps et sur une ligne perpendiculaire, qui quitterait l'horizontale légèrement derrière la patte avant du pachyderme au repos.
Pour marquer une préférence de plus pour le coup au cerveau chez l'éléphant, je rappellerai que les gros mâles entourés des femelles et des éléphanteaux, ne permettent souvent pas le coup au flanc, tout comme lorsqu'ils sont partiellement cachés par la végétation. Touché au cœur, le proboscidien fuit souvent aveuglément, parfois sans méchantes intentions, dans votre direction, entraînant à sa suite la harde ou une partie qui, dans son affolement, menace de vous écraser ou de piétiner un de vos
serviteurs qui se trouverait malchanceusement sur son passage.
Chez tous les animaux, il y a encore la colonne vertébrale. Touché quelque peu avant la naissance de la queue, surtout par une balle de fort calibre, l'éléphant tombe sans pouvoir se relever et permet au chasseur de l'achever par un coup plus classique. C'est que ce pachyderme, surtout en forêt, ne laisse souvent voir, au travers de l'inextricable végétation, qu'une minime partie de son être gigantesque, et qu'il faut profiter d'un instant favorable, quel que soit le point sensible présenté, pour se rendre maître du colosse, en lui envoyant, au moment voulu, un projectile approprié. Le rhino, l'hippo et le buffle touchés au cou dans les vertèbres cervicales, tombent et ne bougent plus. Dans les vertèbres dorsales et lombaires, ils sont au moins jetés à terre. Les apophyses variant assez de grandeur suivant les bêtes, il faut s'efforcer d'atteindre le trou des vertèbres où passe la moelle épinière.
Un coup très efficace, surtout chez les félins, c'est de leur briser l'omoplate ; le bris de cet os les empêchera de bondir et vous garantira des sauts qui sont toujours à redouter de la part du lion ou du léopard. Après avoir traversé l'omoplate, si le projectile passe assez haut, la colonne vertébrale est touchée et c'est alors un coup instantanément mortel.
Quand une bête vous charge, il faut le plus possible, se mettre, avec la carabine épaulée, au même niveau que le point que l'on vise chez l'animal qui vient vers vous. Il s'avance alors presque comme une cible fixe, qui grandit en se rapprochant, et vous n'avez pas à vous préoccuper, au moment où l'on presse la détente, de tirer en avant du point que l'on désire atteindre. Cet espace est toujours à considérer chez les animaux qui se déplacent, espace qui doit grandir suivant la vitesse de course du sujet et la distance qui vous en sépare. Quand un lion charge, mettez de préférence, si la végétation le permet, un genou en terre avant de tirer pour
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l'arrêter, tandis que, pour un buffle, restez debout ; toutefois, si vous trembliez, il serait préférable de rester à genou, vous atténueriez sensiblement, par ce moyen, l'agitation qui risque de vous faire manquer le but.
Le coup au cerveau, chez les félins, n'est à pratiquer qu'à courte distance et surtout utile de connaître au cas où, terrassé, vous auriez des chances, au revolver, de réduire votre agresseur à l'impuissance par un coup à la tête. Chez le lion, le cerveau n'est guère plus développé qu'une pomme de grandeur moyenne ; il est situé un peu plus haut que l'œil et de 8 à 10 centimètres en arrière de l'orbite. Chez les vieux mâles à crinière, la forme exacte du crâne n'est pas apparente, car il se perd, ainsi que le cou, dans une fourrure des plus touffues ; c'est la raison pour laquelle il faut prendre l'emplacement de l'œil, comme point de repère, pour arriver à déterminer celui de la cavité cervicale.
Je me suis déjà trop étendu sur la question que je traite ici, vu qu'elle est trop vaste pour la développer en détail dans cet ouvrage ; ce que j'en ai dit servira, j'espère, utilement au chasseur débutant et je conseille fort à mes successeurs de dépecer au moins les animaux types qu'ils tueront, et cela pour se rendre compte exactement du chemin suivi par le projectile, des dégâts occasionnés sur son passage et surtout pour connaître l'anatomie des mammifères. Ils apprendront ainsi rapidement et sûrement à tirer au bon endroit et rectifieront les erreurs qu'ils pourraient commettre. Retenez qu'un peu de pratique vaut souvent plus que beaucoup de théories et munissez-vous du nécessaire pour découper, même chez les plus gros animaux, les organes à étudier. N'hésitez pas à scier un crâne d'éléphant ou à déchiqueter le flanc d'un pachj'derme pour savoir exactement où est logé le cerveau ou le cœur.
Je crois inutile de parler de plus petits animaux que ceux précisés : si vous êtes capable d'abattre les gros, je vous promets
pleine réussite auprès des antilopes, cochons, zèbres, girafes, etc. Tâchez, après avoir acquis de la théorie, de vous servir de vos armes avec adresse, de les manier parfaitement et surtout, oui, surtout, faites appel à tout votre sang-froid, réagissez contre le trac qui a si souvent paralysé, dans les instants critiques, nos Tar tarins autant du nord que du midi.
Pistage. — Si vous êtes bon tireur, vous vous imaginerez, avant votre départ, que vous devez indubitablement réussir à la chasse. Mais détrompez- vous : il y a encore en Afrique, et cela ne s'apprend que sur place, toute une science que vous n'acquerrez qu'à la longue, dans laquelle vous deviendrez chaque jour plus savant à condition de faire preuve de beaucoup de sagacité : c'est le pistage.
Il me faudrait bien des pages pour vous le décrire et encore n'y arriverais-je que péniblement. Je préfère vous en donner une idée par un aperçu ; si vous êtes appelé à y avoir recours, vous trodverez des nègres qui en sont des maîtres incontestables et les pygmées Mambuti peuvent être comptés parmi les plus savants.
Chaque région a sa faune et sa flore ; celui qui y habite et qui y chasse sera toujours plus compétent que les étrangers. C'est pour cela que vous ne pouvez prétendre acquérir une compétence bien approfondie étant donné vos déplacements continuels qui vous conduisent de la prairie à la forêt, de la plaine à la montagne. Dans chaque région, il faudra avoir recours, le plus possible, à un pisteur du pays même, à défaut duquel vous emploierez le ou les noirs qui vous accompagnent d'habitude à la chasse. J'admets qu'à la longue, vous puissiez acquérir des connaissances suffisantes pour vous en tirer seul, mais jamais elles ne seront comparables à celles d'un vieux chasseur indigène qui opère dans sa région qu'il connaît parfaitement.
Si vous voulez vous éviter des fatigues et vous mettre en chasse
avec des chances de tuer une grosse bête, vous ferez bien d'envoyer aux quatre points cardinaux, des hommes qui viendront vous prévenir dès qu'ils auront découvert des animaux, ou, tout au moins, des traces fraîches.
Les empreintes qui apparaissent en général le mieux au chasseur Font celles des pieds et des pattes qui, suivant la nature du sol, marquent plus ou moms distinctement. Ces traces vous révéleront le genre de bêtes qui a passé en cet endroit. De plus, dans chaque genre, vous pourrez distinguer les espèces, car chacune de celles-ci aune patte qui marque assez différemment. Ayant reconnu une espèce déterminée, la grandeur vous renseignera sur la taille, parfois sur le sexe, sur le sens de sa marche, la rapidité avec laquelle la bête avançait et bien d'autres indications, dont je ne cite ici que les principales.
Les pachydermes ont les pattes les plus grandes ; leurs traces sont aisément reconnaissables. Chez l'éléphant, la sole du sabot avant est presque ronde, tandis que celle de derrière est ovale. Il semble que cette différence est moins marquée chez les femelles. Les pieds de devant, chez l'éléphant d'Afrique, portent quatre ongles ; ceux de derrière, trois. La surface de la sole est couverte de nombreuses indentations qui marquent très apparemment. Le rhinocéros, dont la patte peut être confondue avec celle de l'hippopotame, s'en distingue en ce qu'il n'a que trois doigts, tandis que le second en a quatre, disposés sur un sabot arrondi et qui, tous, s'appuient sur le sol durant la marche. Je ne donne évidemment que les différences qui peuvent intéresser un chasseur.
Parmi les carnivores : les félins ont la patte semblable à celle du chat, cinq doigts devant, quatre derrière, à griffes rétractiles non visibles dans les empreintes. Celle du lion dépasse, de loin, celle du léopard ; elle peut approcher, en grandeur, du sabot d'un gros cheval. Il faut encore citer, dans cette famille, le cerval et les différents chats sauvages.
Parmi ceux aux griffes non rétractiles visibles dans leurs empreintes, il faut citer : de la famille du chien, les cynhyènes ou loups africains et le chacal (Canidés), les hyènes (Hyénidés), les civettes et les mangoustes (Viverridés), le guépard (Félidés) à griffes partiellement rétractiles, le porc-épic, le fourmilier, le pangolin, etc.
Les quadrumanes laissent sur la terre des traces de main plus ou moins proportionnelles à leur taille. Souvent, ces traces proviennent des mains arrière, car ils avancent surtout en s'appuyant sur les membres postérieurs tandis que les antérieurs prennent appui avec les mains fermées, surtout pour les plus grandes espèces.
Les ruminants, qui offrent le plus de variétés, ont les pattes fendues, tels les moutons et les bœufs ; mais les variétés d'antilopes sont si nombreuses qu'il serait excessivement difficile de se prononcer sur certaines empreintes, surtout que de nouveaux animaux se rencontrent chaque jour quand on voyage. Souvent, la sole des pattes avant est plus grande que celle des pattes arrière. Les ergots qui sont situés derrière et plus haut, touchent parfois légèrement le sol, surtout chez les bêtes âgées. Les cochons ont des pattes fort semblables à celles des ruminants. Les animaux qui se rapprochent du cheval, tels les zèbres et le couagga, ont un sabot fermé et sont solipèdes.
Une longue pratique vous permettra de lire daub les empreintes presque tous les renseignements utiles au chasseur. Par les traces que laissent ses pattes, la bête aura écrit sur le sol son histoire : sa famille ou son espèce, son sexe, son âge, sa taille, l'espace de temps qui vous sépare de son passage, lequel vous sera indiqué par la fraîcheur de la coupe du sol si c'est sur la terre ; sur l'herbe, si elle est fanée, le passage datera peut-être de la veille.
Des débris dé verdure, parfois tombée de la bouche des bêtes et couverte de bave, du sang des blessés ; enfin les excréments.
seront encore des indices très précieux pour renseigner le chasseur.
La plupart des animaux ne se préoccupent pas de leurs fumées. Cependant, certains — comme les éléphants et les hippos, — les dispersent tandis que d'autres, tels le lion et le loup, les recouvrent de terre à l'aide de leurs pattes. Les fumées vous renseigneront le plus sûrement sur la date de passage des bêtes, mais vous pourrez parfois marcher quelque temps avant d'en découvrir.
Leur sécheresse, leur éclat, leur température et leur forme vous apprendront souvent ce que vous désirez savoir. Les antilopes déposent en général des petites olives ; les zèbres et les cochons des crotins ; ceux des trois grands pachydermes y ressemblent, mais la forme n'en est pas aussi bien observée. Les laissées des carnassiers sont encombrées de poils et blanchissent avec le temps.
Suivant l'écartement des pinces, la profondeur des traces, l'espace qui sépare une patte de l'autre, le glissement et parfois la terre jetée en arrière (au galop), vous renseigneront sur la vitesse à laquelle les bêtes se mouvaient.
Ce ne sont pas là les seuls indices ; on peut, si la végétation atteint une certaine hauteur, trouver sur les plantes et les arbustes mille renseignements. Des branches cassées, des plantes broutées, l'état de la rosée de la nuit, la boue que certains ont laissée aux feuilles après s'être roulés dans la \-ase : tout cela sera à observer rigoureusement en pistant.
Pour les blessés, la quantité de sang perdue vous montrera l'endroit touché ; la teinte qui passe du rose au noir, le temps qui s'est écoulé depuis leur passage.
Si je ne vous cite que quelques indices qui doivent vous mener à la réussite, c'est parce que la \Taie manière d'apprendre à pister, c'est de pratiquer sur place en compagnie d'un bon maître noir, et, quand vous aurez acquis cette science qui, au début, vous
paraîtra bien sombre, vous pourrez suivre les animaux sans ralentir votre marche et vous rendre compte immédiatement si vous pouvez espérer les rejoindre et vous les approprier, ce qui préoccupe toujours bien vivement le chasseur.
TAXIDERMIE
Pas plus que pour le pistage, je ne veux, par des écrits, vous enseigner la façon de préparer un oiseau ou une peau de mammifère que vous seriez désireux de faire naturaliser dans l'avenir. Ce sont des expérimentations qu'il faut faire sur des spécimens différents pour en connaître la méthode générale ; puis, suivant la conformation de l'animal, vous choisirez votre manière de faire, guidé par vos connaissances et votre bon sens. Posséder un précis, comme aide-mémoire, traitant cette question sera toujours utile. Mais j'insiste dans votre intérêt pour que vous fassiez votre apprentissage sous la conduite d'un praticien qui vous fera préparer certains spécimens d'Europe pouvant se différencier quelque peu de ceux d'Afrique, mais ils n'en seront pas moins d'un précieux enseignement. Entre le traitement de la dépouille d'une outarde, d'un éléphant, d'un crocodile et d'une tortue existent des différences assez notables. Comme, pour les expériences, on ne peut mettre à votre disposition une faune semblable, c'est sur quelques sujets typiques que devront porter vos premiers essais et vous perfectionnerez vos notions plus tard sur les bêtes si variées du continent noir.
La structure de la tête et des pattes étant assez différente parmi les mammifères, il est à conseiller de faire son apprentissage sur un chat et sur une chèvre portant des cornes (la tête, y compris le cou et les pattes de la chèvre suffiraient), deux animaux typiques qui vous donneront suffisamment d'expérience
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pour écorcher, comme il convient, les mammifères en général. Quoique les pachydermes, les équidés, les singes, les chiroptères diffèrent considérablement entre eux, puisque certains ont des sabots de forme très variable, des mains, des pattes palmées et même des membres aliformes, les deux exemples qui précèdent suffiront pour qu'un débutant puisse s'en tirer. Pour les oiseaux, le canard ou l'oie sont les sujets qui conviennent le mieux pour l'apprentissage. Pour certains volatiles, chez qui la tête est très grosse et la peau du cou très étroite, une incision faite à l'extérieur, dans l'épiderme, à partir de la base du crâne, est nécessaire pour la préparation ; de même pour les ailes. Les pattes trop fortes doivent être tranchées pour l'enlèvement des tendons, trois opérations qui sortent quelque peu de l'ordinaire et qui peuvent être montrées à l'élève sur une oie de basse-cour.
On ne trouvera, dans le présent paragraphe, que quelques renseignements utiles sur la conservation des spécimens que peut abattre un chasseur désireux de rapporter des souvenirs de ses exploits cjmégétiques. Ces indications ne seraient que de peu d'importance pour un zoologiste avisé, dont le but serait de composer des collections très complètes sur la faune africaine de régions qu'il pourrait parcourir. Il est à souhaiter que, sous peu, le Musée du Congo, à Tervueren, imitant les musées étrangers, crée un ouvrage complet sur la façon de collectionner : la faune, la flore, les fossiles, les minéraux, etc., afin de pouvoir remettre à ceux qui aimeraient emplo5^er utilement leurs heures de loisirs en Afrique, une brochure leur indiquant la manière de réussir dans les recherches qu'ils pourraient entreprendre. Cet opuscule servirait aussi bien aux naturalistes professionnels qu'aux amateurs, les uns et les autres pourraient y puiser en temps voulu les renseignements utiles et, par la diffusion d'un teldivre, créer parmi les coloniaux une émulation qu'il serait temps de voir apparaître chez eux.
Je passe sous silence les poissons, tortues, batraciens, reptiles... puisqu'au point de vue du chasseur, ils ne pourront jamais figurer sur son tableau cynégétique. Seuls les crocodiles qui, souvent, y sont mentionnés exigeront quelques explications de votre professeur, surtout pour la tête.
Considérant que sachant écorcher un animal, après avoir entièrement terminé le travail au scalpel, c'est-à-dire après avoir dédoublé les parties de la peau qui l'exigent et en avoir enlevé totalement la chair, vous vous proposez de la conserver, je vous documenterai sur les matières et la façon de les employer, ainsi que sur les quantités à emporter. Certaines personnes qui prétendent savoir préparer, vous diront qu'elles n'ont jamais rien utilisé pour frotter les dépouilles, et qu'elles ont rapporté bien des choses en très bon état en les faisant simplement sécher au soleil. Cette méthode est certes la plus facile, mais la dernière que j'emploierais, car c'est celle qui donne les plus mauvais résultats, surtout à la saison des pluies, quand le soleil est rare, que l'air est chaud et chargé d'humidité. Il est inadmissible que, sous prétexte que l'on est amateur, on puisse moins bien faire les choses que les professionnels ; il n'y a qu'une façon de les bien faire : c'est celle que je me propose de vous exposer.
Les peaux, après le découpage, sont lavées dans deux ou trois eaux (on peut y verser un peu d'acide phénique), afin d'enlever le sang qui les macule en maints endroits ; puis, après les avoir laissées égoutter pendant quelques, minutes, vous les étendez sur un tapis de tente, sur de l'herbe ou simplement sur le sol, les poils en dessous, la partie qui était attenante au tissu musculaire au dessus ; vous frottez vigoureusement avec un mélange de 2 /3 d'alun pour I /3 de sel, toutes les parties qui étaient en contact avec les chairs ou les cartillages, vous insistez surtout à la tête, aux extrémités des membres, à l'anus, et, en général, sur toutes les parties charnues. Après avoir bien vérifié que pas le moindre repli n'a été
oublié, vous pliez la peau en deux dans le sens de la longueur, les poils à l'extérieur, en ramenant les pattes superposées sur le corps ; puis vous la roulez en commençant par la tête et la laissez dans ime caisse, de préférence à l'ombre, durant deux ou trois jours. Si vous confiez la préparation à un indigène, surveillez son travail et vérifiez minutieusement, quand il prétend avoir fini, s'il en est bien ainsi.
L'alim dégraisse et est astringent ; le sel conserve et rend imputrescible en extrayant le sang. Telles sont les actions que ces matières ont opérées en pénétrant dans les tissus qui composent le derme jusqu'au jour où, retirant la peau de la boite, vous la tendez à l'ombre (jamais au soleil), sur une corde ou sur une perche de bois pour qu'elle s'égoutte et sèche. Ensuite, comme vous l'avez fait après le frottage, vous la pliez, mais cette fois les parties velues l'ime sur l'autre en glissant entre elles, si possible, une étoffe ou du papier de façon qu'une séparation étrangère isole les deux faces qui pourraient entrer en contact. Vous y jetez de la naphtaline en poudre et en boules ; vous la roulez, la liez et vous en faites un ballot en l'emballant dans un morceau de toile bitumée. Vous aurez soin de ne pas laisser les parties dures, telles que les sabots, en contact direct avec la peau car, par le frottement continuel durant le transport, la fourrure pourrait en souffrir. Ainsi maintenue dans une atmosphère de naphtaline, jamais un insecte ne s'y attaquera ; elle pourra, en renouvelant de temps à autre l'insecticide, se conserver indéfiniment. On peut également, pour en éloigner les parasites, la frotter légèrement du côté des poils avec le mélange de sel et d'alun — la naphtaline ne de\aendrait plus alors qu'une mesure de précaution, — ou bien inonder la peau de térébenthine de façon que celle-ci parvienne jusqu'à la racine des poils et, par mesure de prudence, jamais trop exagérer, — en répandre quelque peu du côté cuir. La poudre de tabac se trouvant presque partout, peut servir à la rigueur, au
cas où l'on ne posséderait pas l'un ou l'autre des puissants insecticides précités.
Préparées à l'alun et au sel, vos dépouilles peuvent, par la suite, tomber à l'^eau sans aucun danger ; il suffira même, après deux ou trois jours d'immersion, de les refaire sécher. L'humidité de la nuit n'aura aucune action sur elles, sauf de les rendre un peu plus souples par suite de l'hygroscopie du sel ; ce sera même un moyen de les assouplir quand on les aura laissé sécher trop longtemps et qu'elles deviendront cassantes pour les rouler.
Dans la crainte d'avoir oublié de frotter un endroit de la peau, j'ai toujours, le lendemain, procédé à un second frottage pour plus de sécurité et cela avec un peu d'eau, qui permet aux matières employées de pénétrer plus rapidement dans les tissus. Si un point était oublié, les poils s'en détacheraient aisément sous la traction des doigts ; de plus, après un jour ou deux, une odeur fétide est facilement décelée si on l'approche du nez. Pour essayer de réparer en partie le mal, frottez les deux faces avec le mélange, mais très doucement du côté des poils.
Quand un animal a été abattu, la décomposition en est rapide dans les régions tropicales. Le ballonnement observé chez tous, provient de l'air et des gaz qui augmentent à tout moment dans les viscères de la bête, soit en quantité à la suite des réactions intérieures facilitées par la chaleur, soit par la dilatation des fluides qui gagnent en volume par l'élévation de la température. Ces gaz n'étant plus évacués régulièrement par les voies naturelles, filtrent au travers des tissus et amènent la rapide décomposition de la chair et de la peau. Une autre raison de décomposition partielle rapide, raison extérieure celle-ci, c'est le dépôt, dans tous les liquides en général visqueux qui s'écoulent du nez, de la bouche, des plaies, etc., de larves de mouches qui s'y développent, endommageant l'épiderme aux endroits où elles évoluent. Pour éviter ces inconvénients, il sera bon de badigeonner, à
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l'aide d'un désinfectant, les places qui peuvent sennr de lieux de ponte ; ensuite, d'écorcher la bête au plus tôt pour en séparer la peau des chairs. Si l'animal est pesant et qu'il a été tué loin du campement, il faut le dépecer sur place en ayant soin, pour cette opération, de l'amener à l'ombre ou d'en couvrir d'herbe ou de branches les parties auxquelles on ne travaille pas. Si le travail se fait lentement, il sera prudent de frotter avec le mélange, sel et alun, les parties séparées des muscles au fur et à mesure que l'on avance. Il faut toujours avoir en chasse, dans son sac, une certaine quantité du mélange précité et les instruments nécessaires pour dépouiller un sujet, afin d'avoir la certitude de rapporter la peau en bon état ou de gagner quelques heures en commençant le travail immédiatement, en attendant que le camp soit transporté à proximité de la bête abattue, car la peau n'est pas toujours transportable sur-le-champ. Pour des animaux tels que les antilopes, les équidés, les félins, etc., il est assez aisé de les écorcher sommairement en laissant à la peau le crâne sectionné à sa base, les pattes, la queue, etc. On transporte ensuite la dépouille au camp, où sa préparation est achevée avec un peu plus de confort pour le préparateur. Il est recommandable de la rouler dans une couverture mouillée durant le transport ; l'action du soleil sur l'enveloppe humide qui entoure la peau amène sur celle-ci une température assez basse causée par l'évaporation de l'eau qui imbibe la couverture.
Aussitôt après le frottage, la peau d'une bête de taille movenne peut être roulée, mise de côté et, sans plus s'en préoccuper, on peut se remettre en route ou vaquer à d'autres occupations. Mais quand le sujet abattu est un pachyderme, y compris buffle et girafe, et qu'il s'agit d'en conserver la peau, le travail dexient considérable et, peur un éléphant, exige même une équipe d'hommes bien stj-lés pour le mener à bonne fin dans le délai nécessaire. Pour les très gros mammifères, il ne peut non seule-
ment être question de transporter la peau au campement, mais on ne peut même pas espérer, pour certains, la préparer sur place d'une seule pièce. La difficulté de retourner, de soulever, en un mot de manier un éléphant, un hippo ou un rhino, est telle qu'il faut souvent se résigner à en prendre la peau en trois ou quatre parties ; et quand on les a bien frottées, il faudra les amincir et les amener, d'un pouce d'épaisseur, parfois à un demi-centimètre, en les raclant sur toute leur étendue. Au fur et à mesure que cette opération s'effectuera, il faudra refrotter à l'alun et au sel et alors seulement vous pourrez songer à la rouler et à en faire des ballots d'un volume et d'un poids plus ou moins transportables. Un tel travail nécessite souvent six et huit jours-et demande que le camp soit transporté surplace. Il faut exiger des noirs qu'ils travaillent jour et nuit afin de terminer la besogne au plus tôt.
Plus la peau d'une bête est épaisse, plus longuement le mélange sel et alun, doit agir ; il faut prendre comme minimum deux ou trois jours et même huit jours pour les pachydermes.
J'ai cité la méthode de frottage en première Hgne, car c'est la seule qui convienne pour un chasseur qui se déplace beaucoup ; elle permet à celui-ci, aussitôt que le travail est terminé, de continuer son chemin avec, en plus, un poids minime. Mais pour celui qui séjournerait longtemps au même endroit, le bain d'alun et de sel lui permettrait une économie sérieuse de ces matières. Suivant la taille de la bête — il faut y renoncer pom" les toutes grosses à moins de posséder une cuve énorme et de rester longtemps sur place — on prépare, dans un récipient, un bain au pourcentage d'un kilogramme d'alun et d'une livre de sel pour lo litres d'eau, mélange que l'on fait bouillir pour bien y dissoudre les produits utiHsés et l'on y trempe, quand la solution est refroidie, les peaux durant trois, quatre et même huit jours, suivant leur épaisseur (on ne les y laissera jamais trop longtemps). On doit avoir soin de les retourner dans le liquide trois ou quatre fois par jour, en
surveillant l'action du sel et de l'alun ; puis, après avoir égoutté et séché les peaux, on procédera comme précédemment pour les empaqueter. Ce bain, à condition de le renforcer de temps à autre, peut servir très souvent et c'est là que réside l'économie. Mais pour ceux qui se déplacent fréquemment, le transport de ce liquide exigerait de trop nombreux porteurs ; je l'ai tenté et j'y ai renoncé depuis. Il peut cependant être employé en Safari pour les petits mammifères, singes de petite taille, mangoustes, rats, etc., car, en ce cas, un vase indigène peu encombrant suffît.
Il arrive de manquer d'alun ou de sel ; on se passe alors, aussi bien pour le frottage que pour le bain, d'observer les proportions mentionnées. Un mélange de moitié de chacun convient encore et, même, le sel seul convient également sans remplir cependant toutes les conditions. Il y a des personnes très avisées qui ne conservent les peaux qu'au sel uniquement et les dépouilles sont parfaites.
Le badigeonnage au savon arsenical, à défaut de sel et d'alun, convient aussi et si vous ne possédez aucun des ingrédients qui précèdent, frottez à la cendre de bois, elle remplacera les matières coûteuses et encombrantes, surtout par leur transport difficile en Afrique. La cendre de bois a, dans ce cas, des quahtés détergentes ; la potasse qu'elle contient en plus ou moins grande quantité suivant l'espèce de bois brûlée, dégraisse l'épiderme et le carbone des bois durs a une action bienfaisante sur les peaux qui en sont enduites. La cendre ne peut être frottée que sur des peaux assez minces, une ou deux fois par jour et dans un lieu peu humide ; la peau doit rester étendue à l'air libre tandis que la cendre agit à sa surface. Si vous n'avez pas même le moyen de vous procurer de la cendre de bois, faites sécher en plein soleil, tout comme les nègres sèchent leurs peaux de chèvres, en les maintenant tendues par un entourage de fiches de bois. Quand
il n'y a pas de soleil, à la saison des pluies, les noirs conservent les peaux en les étendant sur un boucan ou claie en bois, sous lequel brûle un feu très réduit de façon qu'elle se dessèche uniformément et lentement.
Si les sujets conservés sont appelés à être naturalisés par la suite, il faut, aussitôt que la bête a été abattue et avant que la chaleur n'ait amené de dilatation ou de déformation, mesurer la bête suivant le désir du praticien du musée ou du préparateur auquel elle est destinée et qui vous indiquera les mesures nécessaires pour le montage. Ces mensurations permettront de rendre à l'animal, dans l'avenir, ses proportions naturelles tandis que la photographie d'animaux vivants donnera une idée exacte des attitudes, de l'allure, du regard, même du relief musculaire pour des montages très soignés. Les os des quatre membres, ainsi que le crâne, y compris les maxillaires, sont conservés pour guider plus exactement l'empailleur dans le moulage-mannequin sur lequel s'adaptera la peau rapportée. Pour les mammifères, comme pour les oiseaux, la couleur des yeux doit être notée ainsi que celle des parties nues de la bête (dépourvues de poils ou de plumes). Pour les oiseaux, en plus : la teinte du bec et des pattes. Pour tous, le sexe peut être indiqué comme suit : mâle q, femelle °. Notez également l'apparence générale du sujet, le lieu de récolte, l'habitat (forêt, prairie, savane, etc.), l'altitude, le nom indigène, la date, la saison. Une étiquette, de préférence en parchemin, portera ces détails plus un numéro d'ordre, le tout écrit à l'encre de Chine et recopié dans un cahier. L'étiquette, pour simplifier les écritures, peut à la rigueur ne porter que le numéro d'ordre ; elle est pratique pour fixer à la patte des oiseaux et des petits mammifères, mais pour les grands, il est préférable de marquer les peaux intérieurement à l'aide d'une pointe métalhque. On y écrit, par une suite de piqûres, traversant le cuir, le numéro d'ordre qui ne disparaît jamais, même au tannage. Pour les cornes et les
OS, on emploiera des poinçons qui, sous le marteau, y enchâsseront l'estampille matriculaire.
Chez les petits mammifères, on laisse souvent les os des membres attachés au bout des pattes ; pour les petits singes, chats sauvages, chacals, etc., qui vont au bain d'alun, ils seront — malgré que l'on évite le plus possible d'empaqueter les os auprès des peaux, — emballés sans nuire au pelage, à condition que les parties osseuses ne touchent pas directement la fourrure.
Pour conserver entièrement ou partiellement un squelette, on fait dépouiller les os de la chair et, après l'avoir laissé sécher, on le badigeonne au savon arsenical. En faisant bouilUr les os, le nettoyage est plus efficace, les tissus s'en détachent plus aisément. Il faut avoir soin de ne pas perdre le plus petit os car un squelette incomplet n'est d'aucune valeur. Quand les os longs sont très volumineux, il faut les perforer aux deux extrémités afin d'extraire la moelle de la cavité centrale.
Les crânes, pour être expédiés, doivent être complètement emballés ou, tout au moins, les mâchoires, pour éviter d'en perdre les dents. Ces dernières doivent être enduites d'une matière telle que de la cire qui résiste aux assez hautes températures des tropiques et les préserve des fentes, qui en crevassent l'ivoire ou des bris d'émail qui sautent à l'air libre sous l'action de la chaleur.
Les cornes ou étuis cornés qui, chez certains ruminants cavicornes, se détachent facilement de la partie osseuse qu'ils recouvrent, peuvent être maintenus en place comme suit : on en badigeonne la base à l'intersection de la corne et. du cuir — après avoir enlevé celui-ci, — avec du savon arsenical. Ce désinfectant éloigne les mouches qui pourraient y déposer leurs larves. La matière intermédiaire entre la peau et la corne qui les maintient, à leur base, se dessèche au soleil et se durcit.
Les cornes doivent être également entièrement badigeonnées au savon arsenical ou à l'aide d'un insecticide, sans quoi elles
risqueraient fort d'arriver rongées, en de nombreux endroits, par des vers parasites des contrées tropicales qui, à la longue, s'y développent et y creusent des petits canaux.
La térébenthine peut aussi servir de désinfectant. On en verse à l'intérieur des cornes et on en frotte l'extérieur. Le crâne même peut être trempé dans ce liquide après nettoyage parfait, mais on ne doit pas oublier, avant l'immersion, de vider la cavité cervicale. Une solution de savon arsenical appliquée même au pinceau suffit également, mais ce produit est d'un usage beaucoup plus dangereux. L'arsenic attaque principalement les doigts, sous les ongles, et c'est un danger constant pour les animaux gourmands du camp (chiens, poules, etc.). Une pâte qui remplace le savon arsenical et qui ne serait pas toxique est, paraît-il, mise en vente actuellement dans le commerce.
Les oiseaux seront, après vidage complet — ce qui vous aura été enseigné au cours de vqtre apprentissage, — badigeonnés intérieurement au savon arsenical ainsi que les parties nues extérieures, cette dernière opération surtout pour les gros sujets. Le travail de préparation terminé, vous ferez prendre aux volatiles une attitude naturelle, comme s'ils dormaient sur le dos, les ailes au corps, les pattes tendues. Si le cou ou les pattes sont d'une longueur exagérée, ramenez la tête vers une aile et repliez les pattes sur l'abdomen ; ensuite, vous les roulerez dans du papier, vous épinglerez "le sachet et vous pourrez immédiatement les mettre en plein soleil pour en activer le séchage. Ensuite, mais de préférence après trois à cinq jours, ils pourront être enfermés dans une malle avec de la naphtaline. Aérer de temps à autre ne peut nuire. Il ne faut jamais employer l'alun pour la conservation des oiseaux. Pour les préserver des insectes parasites, on peut également, avant de les emballer définitivement, passer légèrement sur les plumes qui n'ont pas de teinte éclatante, un tampon d'ouate imbibé de térébenthine.
Nombre d'autres désinfectants peuvent être utilisés dans certains cas, tels l'acide phénique, la formaline, etc., mais je me borne à citer ce qui est le plus utilisé.
Pour collectionner les petits mammifères, les poissons, les reptiles, les insectes, etc., je ne puis vous recommander que de consulter les ouvrages qui traitent ces questions en détail et qui sont en vente dans presque tous les musées d'histoire naturelle ; vous y trouverez tous les renseignements nécessaires.
Ces quelques lignes ne sont que des indications sommaires et incomplètes pour un chasseur- zoologiste amateur.
Il n'est guère possible de donner un chiffre pour les quantités nécessaires de matières à emporter ; cela dépendra toujours de vos intentions et des régions parcourues. Je chercherai donc à en spécifier le plus possible les proportions.
Pour le frottage des peaux (sel i /3 et alun ammoniacal 2 73 mélangés) :
d'un éléphant (moyen) 120 à 150 kilos.
d'un buffle 20 kilos,
d'un zèbre 5 kilos.
d'une chèvre 2 kilos,
d'un lièvre 250 grammes.
Un kilo de naphtaline par an proportionnel à dix kilos d'alun et de sel, si c'est la naphtaline que l'on décide d'emporter comme insecticide pour les dépouilles préparées.
Les oiseaux de petite taille sont les plus nombreux, les grands sont plutôt rares ; on ne les rencontre surtout que parmi les oiseaux aquatiques. Au cas où il y aurait beaucoup de lacs et peu de forêts, vous pourriez forcer les proportions ci-dessous :
Pour des préparateurs ne gaspillant pas les matières :
! Savon arsenical 3 /4 kilo.
Plâtre ' 2 kilos.
Ouate 2 kilos.
Un kilo de naphtaline par an pour 250 oiseaux.
Le plâtre n'est pas rigoureusement nécessaire pour écorcher proprement les oiseaux, mais pour nettoyer les plumes, la préparation terminée, il est indispensable.
Si vous désirez collectionner, vous pouvez styler un préparateur et un chasseur noirs, comme vous pouvez en avoir dix suivant l'importance que vous voulez donner à vos collections. Les nègres, en général, préparent très bien ; il suffit de le leur enseigner et certains apprenant très rapidement font preuve de beaucoup d'adresse.
Le chasseur noir devra être armé d'un fusil 12 m /m ou 410 (petit calibre à plomb), et porter sur lui de 15 à 20 cartouches par jour, dont le plomb variera du 10 au 14 ; ce dernier est nécessaire pour les Nectarides.
Un fusil calibre 12, 16 ou 20 et 6 à 8 cartouches par jour, plomb variant du o au 10 ; cette arme et le gros plomb employé sont souvent nécessaires pour les singes et les gros oiseaux, parfois haut perchés en forêt. Le 8 et le 10 pour les plus petits qui ont la même habitude.
Une carabine d'un calibre d'environ 8 m /m et 20 cartouches à balle. Ce nombre de vingt qui semblera exagéré, peut être parfois nécessaire à un nègre pour achever une bête blessée, vu son ignorance des points vitaux et sa maladresse. Exigez le retour des douilles vides.
Deux ou trois hommes l'accompagneront pour porter ses armes, ses cartouches et les boîtes pour les petits animaux tués. Les oiseaux morts doivent être roulés dans l'ouate et, au préalable, il faut leur mettre de cette matière dans le bec, les narines, l'anus et sous les ailes, pour éviter qu'ils se tachent ou tachent leurs voisins. Trois ou quatre fois par jour, les bêtes seront rapportées au campement pour être immédiatement préparées ; si, pour ce faire, on attendait le soir, il serait trop tard. Tous les spécimens
doivent être préparés au plus vite pour en éviter la décomposition, qui s'opère parfois dans l'espace d'une ou de deux heures, quand ils sont exposés au soleil. Deux préparateurs pour un chasseur ne sont pas de trop où la faune est assez abondante.
Certains noirs porteurs d'un bocal contenant du cyanure de potassium peuvent récolter des insectes et chasser à l'aide de filets les papillons ; d'autres ne feront que piéger : il vaut mieux affecter le même homme au même service. Vous pourrez, avec un peu d'ordre, d'organisation et de discipline, vous composer une petite armée qui vous permettra de rapporter des choses extraordinaires, variées et nombreuses de régions qui nous sont encore bien inconnues.
La variété d'objets et de matières qui suivent pourront vous donner un aperçu de ce dont vous aurez à vous fournir pour collectionner modestement :
Scalpels et couteaux de dimensions diverses (surtout les scalpels en grand nombre). — Ciseaux divers démontables. — Scies. — Racloiis. — Forceps. — Pierre à affiler. — Fusil à aiguiser. — Pinceaux de dimensions di\erses pour brosser, nettoyer et badigeonner les oiseaux. — ■ Papier et épingles pour les emballer. — Cristaux d'alun. — Sel (il doit être empaqueté dans des boîtes en zinc hermétiquement fermées et, au préalable, il doit avoir été rigoureusement séché). — Savon arsenical. — Plâtre. — Ouate. — Naphtaline (en boules et en paillettes). — Térébenthine. — Alcool. ■ — Formol. — Bocaux (diverses dimensions). — Tubes à réaction en verre et bouchons. — De l'americani pour entourer les sujets qui sont dans un même bocal, afin qu'ils ne se touchent pas. — Cyanure ou chloroforme. — Filets à papillons. — Mètre souple. — Décamètres. — Pièges. — Étiquettes diverses et cahiers pour les notes concernant les animaux. — Encre de Chine. — Livre des couleurs pour mentionner la teinte des yeux, des pattes, du bec, etc.