‹ A travers l'Afrique equatorialeChapitre 86 sur 86 · PHOTOGRAPHIE · texte numérisé non relu

PHOTOGRAPHIE

Il faut reconnaître que nombre de photographes amateurs et même professionnels réussissent souvent médiocrement sous les tropiques, quoique le soleil éclatant semble devoir rendre le succès inévitable. S'il est un précieux auxiliaire pour la photographie, on se heurte, par contre, à des difficultés multiples et imprévues, qui contrarient et compromettent, à tout moment, vos travaux et provoquent un déchet considérable dans le nombre de clichés pris. Pour éviter le plus possible les insuccès, il faudra, comme en bien des choses, procéder avec méthode, afin que, par des essais raisonnes, vous arriviez à des résultats irréprochables.

Soyez bien équipé — ce qui n'est pas uniquement ce qu'il faut pour réussir, -- il vous manquera l'expérience nécessaire, que vous n'acquerrez qu'à la longue.

Beaucoup d'opérateurs se demandent si l'on doit développer sur place ou, de préférence, renvoyer, à cet effet, les plaques impressionnées en Europe. Si cela est possible pour certaines régions où les moyens de communications sont faciles et rapides, ce n'est guère réalisable pour d'autres. On serait donc forcé de transporter tous ses clichés durant des mois, sans en connaître même les résultats. Aussi, ai-je toujours développé, au fur et à mesure que les vues étaient prises, y trouvant des avantages sérieux; le plus important, c'est de savoir si vous possédez des vues réussies ou non. Si elles ne le sont pas, vous recommencez des essais jusqu'à résultat satisfaisant ; eu plus, tant que vous êtes sur place, vous pouvez <' prendre -^ bien des clichés de choses qui vous entourent et, de la sorte, revenir avec tout ce que vous désirez posséder en photographies. Mais développer en voyage

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n'est pas toujours chose pratique et aisée, et cela vous procure plus d'un souci. Cependant, puisqu'il le faut, je signalerai les principaux inconvénients et le moyen d'y remédier en partie.

Je ne considérerai que les plaques ; depuis longtemps j'ai abandonné les pellicules et je ne les emploie que lorsque je ne possède rien d'autre. Certes, je leur reconnais des avantages, mais, par contre, elles ont trop de défauts, et si je compare, la plaque a décidément ma préférence. La couche de gélatine chez beaucoup d'entre elles est très sensible aux bains dont la température dépasse souvent celle qu'ils ont dans les ateliers de nos pays. Cette gélatine se ramollit et finit par fondre. Aussi faut-il la durcir pour éviter semblable désagrément. Certains révélateurs ou fixages ont été mélangés à des matières durcissantes, mais j'ai cependant préféré simplement, après le fixage, passer les plaques durant cinq minutes dans un bain à loo/o d'alun, qui m'a rendu d'excellents ser\aces. Le formol et d'autres matières, dans des proportions convenables, conviennent également pour durcir la gélatine. Après un lavage suffisant, que l'on peut activer par de l'éliminateur d'hyposulfite, les clichés sont séchés presque instantanément ; au sortir de l'eau, ils sont plongés dans un bain d'alcool, dans lequel ils sont maintenus cinq minutes, en ayant soin d'agiter légèrement la cuvette durant l'immersion. Après l'immersion dans l'alcool, égouttés au soleil ou dans un courant d'air, ils sèchent complètement en moins d'une minute. Ce séchage rapide les préserve des piqûres que pourraient produii'e, sur la gélatine, des poussières qui s'y déposent durant la longue évaporation de l'eau. On obtient ainsi, dans l'espace d'une heure, un cliché qui peut être glissé dans un classeur et dont on ne devra plus se préoccuper durant le voyage.

Je ne veux nullement vous apprendre à développer une plaque. Il faut, cependant, que je vous dise que la haute température des bains, qui atteint normalement 24 degrés centigi'ades, active

sensiblement le développement de celle-ci , tandis que, par contre, avec le temps — après un an et plus, — elles perdent quelque peu de leur sensibilité ; il y a des pellicules qui, pour cette raison, deviennent même inutilisables après deux ans.

Quelles sont les plaques à employer ? Cela dépend avant tout de vos intentions. Cependant, une plaque qui convient quasi pour tout, aussi bien pour le portrait que pour le paysage, est une plaque de sensibilité moyenne, orthochromatique et antihalo. Elle répond à toutes les conditions et certaines n'exigent pas l'emploi de l'écran jaune pour obtenir des détails très apparents dans la végétation ou pour permettre aux montagnes neigeuses de se détacher sur le ciel. Cependant, l'écran jaune est utile pour nombre de ces plaques et quoiqu'il exige une augmentation considérable d'exposition, il permet encore en Afrique, dans bien des cas, des instantanés assez rapides. Il permet de photographier à contre-jour, même avec le soleil tout à fait en face de l'objectif, ce qui est très précieux pour le voyageur qui ne peut attendre, durant ses longues marches, un soleil propice pour prendre un cliché. Pour les sous-bois, l'anti-halo est nécessaire. Pour ceux qui seraient désireux de photographier, au téléobjectif, des sujets aussi turbulents que les animaux, les plaques ultra-rapides deviennent indispensables ; elles exigent une manipulation dans une obscurité absolue ou à la lueur d'une lampe rouge très sombre. On aura soin de couvrir les cuvettes durant leur développement. Faute d'observer ces recommandations, on doit forcément obtenir des plaques voilées, dues à leur sensibilité extrême.

Les moments qui conviennent le mieux pour la photographie sous l'Equateur, sont les deux ou trois heures qui précèdent ou qui suivent l'heure de midi car, à midi, le soleil darde perpendiculairement au sol et n'éclaire que le dessus des sujets.

Tout comme la plaque orthochromatique anti-halo, qui répond

à toutes les exigences, l'appareil à miroir est celui qui est le plus pratique. Un peu plus volumineux que les autres, il est d'un emploi facile et répond aux exigences diverses que nécessite la prise des clichés aussi variés comme genre que ceux que l'on rencontre dans semblable voyage. Le format 9 x 12 n'est pas trop grand. Des plaques de cette dimension ne sont pas très pesantes ; je leur ai toujours donné mes préférences. L'appareil doit être en bois de teck ou en métal inoxydable, afin d'é\âter à la chambre, par suite de l'humidité, de subir des déformations. Ln' appareil du même format, mais pliant, pouvant se glisser dans la poche, sera en maintes circonstances d'une grande utilité ; il permettra de prendre des photographies très rapidement, tout en le dissimulant jusqu'au dernier moment, car nombreux sont les nègres qui refusent de se laisser photographier ; il faut vraiment les prendre à l'improviste et encore y en a-t-il qui, après, se lamentent, racontant toutes espèces d'histoires superstitieuses sur l'effet néfaste de cet inoffensif instrument.

La photographie d'animaux sauvages exige quelques explications supplémentaires. S'il est parfois difficile à la chasse de réussir à abattre une bête, il est encore bien plus laborieux de saisir sur la plaque sensible, des animaux si méfiants et si rusés. Arriver à peu de distance d'eux est difficile. On ne peut pas songer à utiliser un objectif de fabrication courante car, aux distances dont on peut s'en approcher, vous n'obtiendriez que rarement des résultats. Même au téléobjectif, il faut avoir recours à des stratagèmes pour avoir raison de leur méfiance continuelle. Pour ceux que la chose n'intéresserait que peu, un téléobjectif serait bien suffisant et certains empruntent l'objectif de l'appareil n'exigeant aucune modification à la chambre ; le prix en est modeste, mais les résultats en souffrent. Avec l'emploi du téléobjectif, suivant le rapprochement du sujet qui peut être grossi six fois et plus, la luminosité diminue proportionnellement et.

par conséquent, l'exposition doit augmenter. Il serait bon de s'en tenir à un grossissement de 4 à 6, en employant des plaques ultra-rapides ; sinon on se verra forcé de faire de la pose, ce qui devient inutile pour des sujets vivants. Pour ceux qui voudraient réussir d'emblée, il serait plus prudent de se munir d'un appareil créé spécialement à cet usage. En général, ceux-ci sont coûteux, encombrants et lourds, mais il donne des résultats certains. Avec eux, vous prendrez des clichés tout comme avec un appareil ordinaire ; vous photographierez un éléphant à 80 mètres et, sur une plaque g X 12, il occupera jusqu'à un centimètre carré. Les vues seront très nettes et permettront de forts agrandissements. De plus, l'appareil vous permettra, par suite de la luminosité de son objectif, de grands instantanés pour les animaux en pleine course. Il peut être utilisé dans nombre d'autres cas ; pour des vues en montagne, il vous épargnera bien des marches inutiles, car il n'exige pas que vous vous approchiez trop du sujet que vous visez.

Pour la photographie des animaux nocturnes, il faudra avoir recours au magnésium, car il est plutôt rare de rencontrer des carnassiers durant le jour. Il faudra donc attendre patiemment et bien armé, qu'un lion veuille venir, à une trentaine de mètres de vous, manger l'appât que vous avez mis à proximité pour l'attirer et, à ce moment, de votre cachette, vous tirez la ficelle qui déclenche le marteau communicant le feu aux poudres. Pour éviter la perte de lumière, un projecteur sera nécessaire ; il se placera derrière la lampe à magnésium. Les appareils dissimulés devront, dans l'obscurité, rester à objectif ouvert jusqu'après l'éclair. On fera bien de frotter les lentilles au crayon anti-buée, ce qui empêchera l'humidité de la nuit de se déposer sur les verres. Il sera préférable, pour un pareil emploi, de faire confectionner deux simples boîtes en bois de teck ou en métal, avec adapteur pour vos objectifs et pour vos châssis avec mise au point à l'aide

d'une petite crémaillère. Les chambres noires de valem" s'abîment considérablement sous l'action de la rosée.

Liste des objets nécessaires :

Appareils photographiques (suivant les désirs avec ou sans téléobjectif). — Plaques (anti-halo, orthochromatiques, ultra-rapides pour grands instantanés). — Pieds bois et métal. — Deux écrans jaunes par objectif (transparence variable de 2 à 4 fois). — Châssis en tôle de cuivre ou de laiton inoxvdable (en grand nombre, de 25 à 50), ou escamoteurs en métal d'un fonctionnement certain. — • Dix verres dépolis de rechange. — Blaireaux pour enlever, au chargement, les poussières des châssis et des plaques. — Six cuvettes 13x18 émaillées. — Révélateur. — Fixage. — Alun. — Éliminateur d'hyposulfite.

— Alcool (i litre pour sécher six douzaines de 9 x 12). — Séchoir bois. — Deux thermomètres à liquide (pour connaître la température des bains).

— Trois verres gradués. — Douze agitateurs. — Deux grandes cuvettes à bords intérieurs rayés pour lavage des plaques. — Dix bouteilles en verre de couleur pour conserver les bains. — Trois lampes rouges et verres de rechange de transparence variable. — Papier filtre en très grande quantité pour filtrer les solutions. — Deux entonnoirs émaillés. — Boîtes classeurs pour plaques développées ou enveloppes en papier translucide. — Papier sensible et cartes postales (résistant aux bains à température élevée). — Châssis presse 9 x 12 et 12 X 16 I /2. — Virages (certains papiers peuvent être \drés avec simplement du fixage). — Tôle à glacer. — Talc. — Rouleaux ou raclettes. — Buvard pour égoutter les épreuves. — Une chambre noire pliante pour chargement des châssis en plein jour. — Lam.pe à magnésium, avec projecteur et déclic automatique. — Magné.sium en cartouches de 10 grammes. — Deux cravons anti-buée.

Le révélateur, le fixage, le virage, l'alun, l'éliminateur d'hyposulfite, le plus possible en comprimés ou en poudre dans des tubes en verre hermétiquement clos et dosé pour des quantités d'eau mentionnées sur les étiquettes. Tout ce qui craint l'humidité

doit être enfermé dans des boîtes fermant hermétiquement et pouvoir tomber à l'eau sans danger. Les plaques, le papier sensible. les châssis chargés, les appareils photographiques, etc., etc., doivent être contenus dans des récipients semblables, en attendant que l'on en fasse usage ou après a'en être servis.

Des Presses d'Oscar Lamberty Editeur 70, Rue Veydt (Quartier Louise) Bruxelles

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