ÉPILOGUE
Dieu soit loué ! j’ai fini mon voyage, non pas que je le regrette, mais la fatigue me saisit, la nostalgie me prend et j’aspire après la France, après mon pays :
A tous les cœurs bien nés que la patrie est chère !
Je m’embarque donc pour la France la joie et le bonheur dans le cœur; je vais revoir mes amis, leur faire part de mes impressions; je disais à mon départ, pour calmer leurs inquiétudes :
Je reviendrai dans peu conter de point en point Mes aventures à mon frère.
Je le désennuierai. Quiconq ue ne voit guère N’a guère à dire aussi.
J’ajoutais :
Quiconque a beaucoup vu Peut avoir beaucoup retenu.
J’ai satisfait votre curiosité, ami lecteur, j’ai tenu ma promesse, êtes-vous content? Hélas! pendant que je me complais dans ces idées, l’horizon s’obscurcit, le ciel devient noir, le vent souffle avec fureur, les flots s’amoncellent, une affreuse tempête se déclare : je renonce à vous dire les impressions que je ressentis; bien que j’eusse déjà appris à connaître l’amertume des flots, je ne pouvais m’accoutumer à leur rage; je tombai dans le marasme le plus grand et dans l’atonie la plus complète; je n’avais plus aucun sentiment de la vie; je m’abandonnai à la Providence, et je lui faisais , avec regret il faut l’avouer, le sacrifice de mon existence.
Dieu ne l’a pas voulu : sans doute il eut raison ;
J’en vois bien à présent la cause;
En louant Dieu de toute chose,
Garo retourne à la maison.
Me voici arrivé : je rentre dans ma solitude, je m’enferme dans mon fromage de Hollande avec le rat du vieux la Fontaine : j’ai voulu voir le monde, parcourir les lointains rivages, affronter les flots courroucés de la mer : grâce à Dieu, j’en suis hors. Vous pouvez maintenant me demander d’autres récits, m’engager à faire de nouveaux voyages, me supplier de vous divertir par quelque bon conte, et vous redire quelque nouvelle intéressante, je vous répondrai avec le bon la Fontaine :
Mon ami . ,
Les choses d’ici-bas ne me regardent plus : En quoi peut un pauvre reclus Vous assister? que peut-il faire,
Que de prier le ciel qu’ il vous aide en ceci ? J’espère qu’il aura de vous quelque souci. Ayant parlé de cette sorte,
Le nouveau saint ferme sa porte.