AÎ.O
réclamé aoprè» du gouvernement marocain, qui a fait toutes les excuses exigibles et a payé une indemnité qui s'élevait, ai je me souvins bien, à seize ou dix-sept mille francs par tÊte de soldat tué. Cet it a àù beaucoup amuser les coupables, [u'ils soient d'humeur à rire; car, s'ils gouvernemenl français, ils se moquent Lage encore du gouvernement marocain :
e pour eux, qui ne le rembourseront jaaucune forme. En réalité cette façon de lit leur être un encouragement à recomils recommencent; depuis cette affaire t,500 de nos chameaux ont encore été l'extrême sud.
t>le région agricole de la Tafua reste inculte, parce que nous ne pouvons y garantir la sécurité .aux cotons, et le sud de la province d'Oran est voué ù des perturbations chroniques ; il est à espérer que, quand le sort du Transsaharien s'ajoutera à ces deux rai&ons, le .gouvernement se décidera . enfin à prendre une mesure qui a déjà beaucoup trop tardé pour nôtre honneur aussi bien que pour notre intérét. Il ne faut pas seulement que nos troupes entrent sm' le territoire marocain, il faut qu'elles y restent; il nous faut une frontière que nous puissions garder et derrière laquelle la civilisation soit abritée contre la barbarie. La nature s'est chargée de l'indiquer; ce.sera au nord le cours de la Molouïa et au sud la vallée de l'Oued-Saoura ; au nord quelques postes suffiront pour protéger nos Colons; an sud, en occupant les ksâurs de Figuig, nous priverons les pillards
Tl.KHfKN KT hlDl-Bpi.-ABBÉS. aoi
du désert de*leur base d'opération et de teur centre d'approvisionnement; en y établissant un poste militaire indigène comme ceux de Touggourt el d'Ouai^ gla, nous achèverons de les disperser; alors la paix sera rendue à une partie de la colonie aui en est privée depuis seize ans, la ligne du T par la province d'Oran sera tracée toi territoire français, et elle deviendra elj cause de sécurité, en nous permettant d rapidement autant de troupes qu'il en ^v..»» ^..o^^.. jusqu'aux extrémités de nos possessions.
Naturellement on se demande comment la proposition de cette rectification de frontière serait accueillie par le gouvernement marocain. L'opinion générale en Algérie est qu'il serait possible d'obtenir un arrangement à l'amiable. Les tribus dont nous annexerions le territoire ne lui obéissent pas; elles lui causent beaucoup d'embarras et ne lui rapportent aucun profit. Le point d'honneur seul pourrait l'engager à ne pas se dessaisir du pouvoir purement nominal qu'il possède sur elles; or, lors des expéditions dont j'ai rappelé plus haut les dates, nous avons occupé ce territoire pendant des mois entiers et il n'a jamais protesté; le point d'bonneur est dont fort émoussé chez lui. Mais supposons qu'il refuse, n'avons-nous pas tous les droits possibles à passer outre? Est-ce que trente-cinq ans d'une expérience poursuivie à nos dépens n'ont pas démontré à satiété qu'il est incapable d'exercer son autorité sur ces tribus et de nous faire' respecter par elles? Il n'est pas vraisemblable qu'il coure les risques
*' =^rfr-
.170 A TJiAVER^ LALGÉRIK,
d'une guerre sans espoir pour essayer de nous arrêter; mais, même s'il fallait compter avec cette éventualité, ia France est-elle tombée si bas qu'entre une situation humiliante et une campagne contre le Maroc, elle choisisse Thumiliation? On parlera peut-être de complications diplomatiques; ce sont là des épouvantails pour les niais. Aucune puissance européenne n'a rien à voir à ce qui se passe dans le bassin de la Molouïa, encore moins dans le Grand Désert; quand T Angleterre occupe Chypre, quand la Russie marche sur Merv, elles ne consultent personne ; nous n'avons personne non plus à consulter pour régler les affaires algériennes.
Le 22 octobre, la caravane se remit en route pour rentrer à Alger par Sidi-bel-Abbès. Sur la route qui mène de Tlemcen à cette ville, il y a autant de poussière que sur celle d'Oran à Tlemcen; seulement, au lieu d'être blanche, elle est rouge, ce qui la rend plus désagréable. Les gens du pays préfèrent, dans les passages les plus difficiles, s'engager tout bonnement à travers la broussaille. J'étais dans une voiture particulière, et c'est ce que nous avons fait ; cette manière de voyager à travers les touffes d'alfa et de diss , les buissons de lentisques, de genévriers, d'arbousiers, de myrtes, de thuyas, d'oliviers sauvages et de chênes, ne manque ni de cahots ni de charmes. Deux de nos compagnons de route et le cocher avaient des fusils, et de temps en temps on faisait une décharge générale sur les compagnies de perdreaux qui se posaient à portée.
Nous déjeunâmes h Lamoricière, un yiHage que
TLEMCEN ET SIDI-BElj-ABBÈS. ' 371
le blé enrichit comme tous ceux de cette riche région , et qui est eu train de devenir un gros bourg; Comme nous disposît)ns de quelques instants, nous voulûmes aller voir les ruines d'Hadjar-Roum. Le Guide Piesse m'avait fort excité l'imagination ; il parle, en trois colonnes, de constructions romaines et d'inscriptions de toutes sortes. Savez-vous ce que nous trouvâmes ? Nous ne pûmes nous empêcher de rire : deux montants de porte à peine dégrossis que nous aurions pris aux environs d'un village de France pour les restes de quelque mauvaise écurie. Le Guide Piesse est en général fort exactement renseigné et rend de grands services, mais ne vous laissez pas prendre. à son amour de l'archéologie, c'est un conseil dont vous me saurez gré si vous n'avez pas la passion des vieilles pierres.
Dans les broussailles que nous traversâmes, il nous arriva plusieurs fois de rencontrer de pauvres gourbis de branchages et d*herbes sèches, habités non pas par des Arabes, mais par des Espagnols, airaciieurs d'alfa. Au point de vue de la sobriété, des habitudes^ de l'insouciance du confortable , il y a de grandes similitudes entre les deux races, qui se sont, du reste, fortettient pénétrées l'une l'autre autrefois* Je n'ai pas vu ce qu'on appelle la mer d'alfa, c'est-à^ dire des espaces où cette plante règne sans partage \ il faut pour Cela descendre plus au sud que la caravane parlementaire ne l'a fait; mais, dans la région que nous avons parcourue entre tleitlcën et Sidi-bel- Abbès, ce textile est cependant assez abondant pour être exploité avantageusement, et c'est lui qui ali-
. ^7% A TRAVKRS L'ALGÉRIB.
mente avec le blé le trafic de la ligne de Sidi-bel- Abbès au Tlelat. Regardez une touffe de4)etits joncs près d'une mare, et you$ avez vu une touffe d'alfa; seulement les feuilles, au lieu d'être naturellement rondes, sont simplement des feuilles plates enroulées sur elles-mêmes. Si on ne les arrache pas, elles retombent autour de la souche et forment ce que les colons appellent pittoresquement un bonnet à poil ; les feuilles nouvelles passent au travers, et les déhyris de chaque saison, en s'entassant, fînisseut par faire des mottes assez considérables pour rendre les secousses d'une voiture difficiles à supporter. . Le premier chargement d'alfa algérien s'est fait à bord d'un navire anglais en 1862. Auparavant les indigènes s'en servaient pour faire des nattes et divers ouvrages de sparterie et de vannerie ; mais, s'il n'avait jamais eu d'autre utilité, sa production serait restée fort restreinte. Aujourdliui qu'on en tire une pâte à papier excellente, la colonie en exporte régulièrement par an 60 à 65,000 tonnes valant une dizaine de millions de francs. Cette exportation ira assurément en croissant, car les besoins auxquels elle répond grandissent chaque jour. Les hauts plateaux contiennent de vastes champs de cette précieuse plante, et on a calculé qu'ils en pourraient fournir aisément trois millions de tonnes chaque année. L'Angleterre, qui a épuisé les peuplements de l'Espagne, n'est donc pas près d'épuiser ceux de l'Algérie. Un chemin de fer, celui d'Arzeu à Saïda, qui a 212 kilomètres, a été construit spécialement pour exploiter l'alfa. Des demandes sont faites pour
Il I. WP
^fmmmK^
l'LBÎiICKN ET SIDI BEL-ABBÉS. 973
en construire d'autres dans le même but, notamment de Sidi-bel-Abbès à Magenta et de Mostaganem à Tiaret. Ce textile est donc une fortune inespérée qui favorisera singulièrement Tœuvre de la colonisation, car c'est une loi bien connue que lacréation d'une voie ferrée dans un pays inculte encore y détermine immédiatement un afflux de population. La récolte se fait de juin en décembre. On recrute pour cette besogne des Espagnols et des indigènes. Uu ouvrier peut se charger de vingt à vingt-cinq hectares dans une saison, de sorte qu'une exploitation comme celle de la Compagnie du chemin de fer d'Arzeu à Saïda, qui possède 300, #00 hectares, nécessiterait 15,000 ouvriers. Ceux qui ne se soucient point de l'avenir arrachent les feuilles en enroulant une touffe autour d'un bâtonnet et en donnant un coup sec; ce procédé ébranle la racine, et la plante meurt au bout de deux ou trois ans; les autres choisissent parmi les feuilles celles qui ont une valeur marchande et les cueillent sans causer de préjudice à la vie de la plante. Les colons demandent qu'une réglementation sévère impose à tous les glaneurs d'alfa ce dernier procédé, sans quoi les peuplements de l'Algérie seraient un jour détruits comme ceux de l'Espagne et la richesse publique gravement atteinte. L'alfa cueilli, on le fait sécher, on le lie par petites bottes, et il attend, empilé, la voiture^ qui le mènera au chemin de fer, qui le conduira lui-même au port le plus voisin. Nous avons pu voir à Sidi-bel-Abbès à quel actif mouvement cette industrie donne lieu.
L'excursion parlementaire ne pommait mieux se terminer que par Sidi-bel-Abbès. Non que la vUlc soit curieuse, elle est au milieu d'une plaine plate comme une table et n'a d'antres beautés -que celles qui résultent des admirables plantations d'arbres dont on l'a complètement entouréeT; mak c'est, de beaucoup, le centre agricole le plus prospère que nous ayons créé en Algérie. Bien que n'ayant que trente ans d'existence, la ville compte déjà 12,000 habitants, et il s'y trouve des fortunes considérables. On nous a raconté l'histoire du maire, qui a commencé par être un simple cantinier, vendant des petits verres le long de la route, et qui, aujourd'hui, possède 2,500 hectares et une fortune qui dépasse le million. Plusieurs autres colons, partis de rien, sont ainsi, à force de travail et d'ordre, devenus millionnaires. Tout le monde est dans i'aisance; il est, diton, peu de cultivateurs qui n'aient leurs cent hectares de terre. C'est au blé qu'est due cette prospérité qui nous fit un vif plaisir à voir; en 1879, la récolte s'est liquidée par une recette de huit à neuf millions. Cette abondance habitue les colons à une vie très* large ; sitôt leur blé vendu, ils fuient les chaleurs de l'été qui sottt pénibles dans leur plaine, et s'en vont à Vichy soigner les dispositions aux maladies de foie que le climat développe chez eux. Il est bon de no* ter que, si les cultures de Sldi-bel-Abbès se sont si heureusement développées, cela tient beaucoup à ce que, Comme je l'ai déjà dit autre part, c'est un des premiers endroits, où la propriété indigène ait été constituée. Quand ils sont en possession de leurs ti-
.Tf.KMCKX KT S[D1.BF,].-.\IÏ Ji ts. HTS
très, les Arabes s'en défont volonliers, et cesl ce qui a permis aux colons d'acquérir des terres an point dé se tailler des domaines de plusieurs centaines d'hectares, comme on en voit autour de la ville.
Avant toutes choses^ les colons de Sidi-Bel-Abbès oatdemandéàlîiic&raTane^jiwl'oD construisit promptement la ligne qni doit prolonger leur chemin de fer dans le sud jusqu'à Magenta. Ils redoutent que la ligneB'Arzen à Saïda, qui vient d'6tre mise en exploitation, ne leur fasse une cMicurrence désastreuse pour le commerce de l'alfa ; la ligne de Magenta, abordant ur.e région où cette plante abonde, rétablira les conditions de la lutte à leur profit. On a pu remarquer dans le cours de ce volume qu'il est peu de villes qui n'aient adressé à la caravane quelque vœu de ce genre. Peut-être aurais-je bien fait de les réunir dans le chapitre sur les réclamations des colons, car ils sont l'expression de l'un des besoins les plus urgents de la colonisation. Beaucoup d'Algériens nous disaient : La qu< rienne n'est qu'une question économique :
ses de notre pays sont innombrables, si faut de l'argent pour les exploiter ; dei encore des capitaux. Tout le monde sera à condition qu'on n'entende point par là, comme quelques-uns de nos interlocuteurs, que l'Etat devrait fournir tout cet argent, pourvoir aux défrichements et commanditer les entreprises agricoles, forestières et minières. Ce serait du socialisme pur et simple. Point de confusion : à l'initiative privée les
entreprises particulières; à TÉtat les entreprises d'un intérêt général, c'est-à-dire les travaux publics. Restreinte à ce rôle, l'action pécuniaire de l'État n'en est pas moins prépondérante dans le développement de la colonisation. Ainsi, pour nous en tenir aux chemins de fer, le Parlement français, au mois de juillet 1879, a classé vingt-trois lignes à construire dans la colonie, formant un total de 1718 kilomètres ainsi répartis : 255 kilomètres pour l'achèvement de la ligne qui reliera Alger à Gonstantine, 589 kilomètres pour la province de Gonstantine, 358 kilomètres pour la province d'Alger, et 516 kilomètres pour la province d'Oran; la rapidité des progrès de la colonisation dépend de la rapidité de la construction de ces lignes, et il est bien évident que cette construction s'achèvera d'autant plus promptement que l'État y consacrera des crédits plus considérables. En France, on construit des voies ferrées pour desservir des intérêts existants; en Algérie, on doit construire des lignes pcmr développer des intérêts qui n'existeraient point sans elles. Gette nécessité renverse les idées généralement admises, de sorte qu'on est porté à la contester; cependant, pour peu qu'on y réfléchisse, on voit qu'il n'en est pas de plus facile à démontre?. Prenez l'exemple de la région de Sétif ; pendant longtemps la colonisation y a été dans une situation précaire ; la plaine était d'une fertilité admirable, il y avait beaucoup de terres, et cependant les colons n'y venaient pas, et ceux qui y étaient venus végétaient misérablement ;^'est que ces avantages étaient complètement aùnulés par
le manque de moyens de transport ; il fallait dépenser une fois et demie le prix d'un hectolitre de blë pour ramener au port d'embarquement, ce qui rendait l'exportation impossible ; dès lors, que la terre fût bonne ou mauvaise, la récolte médiocre ou abondante, c'était tout un, puisqu'on ne pouvait en vendre les produits. Aujourd'hui qu'un chemin de fer permet à cette région d'exporter à bon marché, elle se peuple rapidement, les cultures s'agrandissent sans cesse, et elle prend rang au nombre des plus florissantes de l'Algérie. Vingt autres régions sont dans le même cas. Les belles forêts de cèdres et de chênes-lièges de l'Aurès, qui n'ont pas encore de voies de communication, sont comme une mine d'or encore enfouie dans la terre ; il leur faut un chemin de fer pour qu'elles aient une valeur ; de même pour les champs d'alfa des hauts plateaux : sans chemin de fer, c'est comme s'ils étaient stériles. L'exploitation de ces richesses ne peut être tentée qu'autant qu'on les rendra accessibles. Cet axiome s'impose donc : il ne faut pas attendre que la colonisation soit développée pour construire des chemins de fer, il faut construire des chemins de fer pour développer la colonisation. A cet égard, les colons ont le droit d'attendre de l'État le concours le plus large.
Le 24 octobre, la caravane parlementaire reprit au Tlelat le chemin de fer d'Oran à Alger. Son voyage était heureusement terminé, et, le 25, ceux de ses iDembres qui n'avaient pas préféré la route d'Espagne s'embarquaient pour Marseille à cinq heures du soir. Je crois pouvoir dire que tous étaient très-sa-
journaux avaient alors à raconter de fréquents faits d'armes, et de nombreuses publications initiaient la France aux mœurs et aux curiosités de sa nouvelle • possession. Il nous est resté de cette éducation, où les détails qui frappaient le plus Fimagination par leur étrangeté et leur nouveauté étaient mis au premier plan, ridée d'un pays extraordinaire : beaucoup de palmiers et beaucoup de sables, des gorges sauvages, des montagnes escaladées par nos soldats, des sentiers à travers le» broussailles, des cactus, des chacals, des histoires de lions et de bêtes fauves, des tentes et des gourbis, des courses à cheval, des faatasias, un peuple en burnous aimant la poudre, beaucoup de férocité et beaucoup de poésie, beaucoup de ruse at beaucoup de bravoure, dès coups de yatagan et des coup» de matraque, des aventures romanesques, des prouessses de zouaves, des actes héroïques, la vie de bivouac, les mœurs des camps, le débraillement de la guerre, quelques expressions de l'argot sabir, le colon à l'état.de cantinier suivant l'armée, un décor curieux et des existences de fantaisie, voilà les légendes où le grand public va trop souvent puiser encore aujourd'hui ses opinions sur l'Algérie. Combien faudra-t-il de livres nouveaux et .. d'années pour les lui désapprendre!
Et, tandis qu'il en reste là, l'Algérie se transforme, que dis-je? elle s'est métamorphosée. Deux députés qui l'avaient visitée dans leur jeiyiesse ne pouvaient retenir des exclamations d'étonnement : Nous n'y reconnaissons plus rien, s'écriaient-ils. Après le défrichement de« landes qui a rendu le sol à la vie, Ce
. (JONCLUSION, 381
qui a peut-être le plus changé la physionomie* du pays, ce sont les innombrables plantations dont tous les centres de population s'entourent; on arrive le plus souvent aux villes et aux villages par de belles avenues à travers .des jardins et des vergers; comment reconnaître l'ancienne nudité soiis les riantes féeries de la verdure? Pour moi, qui m'étais préparé au voyage autant que j'avais pu, je n'ai éprouvé aucune désillusion; en revanche, j'ai éprouvé beaucoup de surprises. La plus forte et la plus agréable, tine surprise à laquelle mes tectures ne m'avaient pas préparé, a été de voir combien nous sommes déjà solidement assis dans notre conquête. La quantité de travaux publics que nous y avons exécutés est vraiment énorme : ports, quais, ponts, aqueducs, canaux, barrages, chemins de fer, routes, attestent le caractère à tout jamais définitif de notre o(5cupation (1). Une population entreprcHante et laborieuse, à laquelle il serait souverainement injuste de continuer les sentiments de défiance qu'ont pu inspirer les premiers émigrants, utilise avec une grande activité ce matériel de la civilisation. L'admirable aspect des campagnes dans la Metidja, dans les environs de Bôi^ et de Philippeville et dans la province d'Oran, explique l'expression dont je me suis servi
(1) Une notice officielle distribuée à l'Exposition de 1878 donnait le relevé suivant des travaux faits en Algérie :
Des débarcadères établis sur la côte partout oii ils étaient utiles;
8 ports construits ou en construction ;
43 phares;.
en disant qu'elle recrée la terife par son travail, elle la hit sienne en la tirant du néant où Tincurie arabe l'avait laissée tomber et sa persévérante énergie se manifeste par Taugmentation incessante du commerce général de la colonie^
On entend souvent, à propos du chiffre de cotte population coloniale, répéter ce lieu commun : Ah ! si les Anglais avaient l'Algérie, il y aurait trois fois plus de colons; voyez l'Australie, voyez les États- Unis. On oublie que l'Australie et les États-Unis sont des mondes capables de nourrir cinq cents millions d'hommes, et que l'Algérie n'est qu'un ra<ï?!teste coin de terre auprès. Prenons des territoires dont les proportions se rapprochent des siennes, la Californie et la Nouvelle-Galles du Sud par exemple, et nous verrons que le développement de la population al^gérienne n'a point à souffrir de la comparaison. La colonisation de l'Algérie n'a vraiment commencé que vers 1840. A cette époque, on y comptait en tout 20,000 Européens. En trente-six ans, elle est arrivée â avoir 313,437 colons (recensement de f876), soit pour 20 millions d'hectares cultivables, — et ce chiffre est certainement exagéré, — un habitant par 64 hectares environ. La Nouvelle-Galles du Sud est
occupée par les Anglais depuis 1778. c'est-à-dire
7,267 kilomètres de routes et de chemins de grande communication
1,344 kilomètres de chemins de fer exploités ou en cours d'exécution ; • '
50,060 hectares de terres irriguées; '
5 millions et demi dépensés pour Fassainissement des parties marécageuses du territoire.
* . CONCLPSION. 383
depuis un siècle ; elle compte eaviron 60 millionsd'h|ictares de terre cultivable, et elle n'a encore aujourd'hui que 560,000 habitants (recensement de 1873), soit un habitant par 107 hectares environ. La Californie a 49 millions d'hectares de bonnes terres ; mais elle n'a commencé à se peupler qu'en 1848; elle compte, aujourd'hui 750,000 habitants, soit un habitant par 65 hectares. Ainsi l'Algérie (1) a l'avance sur les fameuses colonies anglaises. Il est vrai que la colonisation de la Californie est de date un peu plus récente, mais celle de la Nouvelle-Galles du Sud, en revanche, est de date beaucoup plus ancienne. On pourra faire remarquer que cette dernière est aux antipodes de la métropole et que la Californie est séparée du reste des Etats-Unis par d*immenses solitudes, tandis que l'Algérie n'est qu'à quelques heures de la France. C'est vrai; mais il faut considérer, d'une part, que l*Algérie a ce désavantage de contenir une population indigène nombreuse et fortement attachée au sol qu'elle possède presque tout entier ; et, de l'autre, que la découverte des mines d^Or a déterminé* vers la Californie et vers l'Australie des courants d'émigration d^utie violence sans exemple jusqu'alors. Tout bien pesé, les chances^ dô la colonisation ont été à peu près égales, et on voit que, malgré les fautes com-
(1) Il convient da dire que la mbitié de la population européenne de l'Algérie est composée d'étrangers. Mais toutes les races n'ont-elles pas également, bien que dans des proportions
- moindises, contribué au peuplement de la Californie et de la
, Nouvelle-Galles du Sud?
.{81 A TRAVERS I/ALttKHIE. *
mises, nous nous en sommes tirés à notre honneur» C'est r»vis des étrangers qui visitent TAlgérie. J'emprunte à une traduction de M. de Lamothe ee passage d*un article quîa publié en 1876 dans lesMitfheilungen de Petermann un voyageur allemand qui fait profession de haïr la France, M. Gehrard Rohlfs; le témoignage n'est pas suspect : « A l'étranger, on a tou^urs soutenu cette théorie, — et, à force de se l'entendre répéter, les Français eux-mêmes commencent à y croire, — que la France ne s'entend pas à coloniser. Et cependant rien de plus erroné que cette assertion. Celui qui comme moi a vu cette • splendide (Aen'/icAe) colonie; les routes construites avec art qui la traversent du nord au sud, de l'est à l'ouest; ses nouveaux canaux d'irrigation; les travaux des ports* les lignes de télégraphe et de chemin de fer, etc. ; celui qui comme moi a été témoin de la création de cités entièrement nouvelles et des colossales [kolmsalen) améliorations des cités anciennes ; celui qui comme moi a voyagé parmi les magnifiques at exubérantes plantations de ce pays, celui-là repoussera en haussant les épaules [mit Achselzucken) ce réproche adressé aux Français, de ne point s'entendre à coloniser. »
Sachons donc enfin nous rendre justice. Oui, nous savons coloniser. Oui, l'Algérie existe, une Algérie <jui travaille et qui produit et où le champ de la civilisation s'étend chaque jour. C'est déjà mieux qu'une promesse, c'est un succès. Nos colons y ont triomphé de la nature et des homaies, des fièvres, des fatigues, des déboires du début comme des indé-
-CONCLU SIO?î. . ^5
-çisionâ ^es gouvernements et -des entrâtes des adininistrati«nfS. Ils se sont attaoBiés à cette terpe en i:aison des difficultés qu'ils y ont rehcooitré^, c'est- .à-dire par des liens inde*tru6tibles. Arpent par a;*pent ils en refont la conquête^ arrosaul de Teurs' sueurs le sillon où nos soldats avaien* versé leur sang, et déjà se dessine à grands traits la France nouvelle qui s'élève sous leurs efforts. Ainsi prenons confiance dans les résultats du passé pour agir avec assurance dans l'avenir; nous avons déjçi beaucoup fait, mais il reste beaucoup à faire encore : conti- . nuons notre œuvre avec la foi en nous-mêmes qui " nous a manqué jusqu'ici; les sacrifices nous seront (}ésormais d'autant moins pénibles que nous serons plus convaincus qu'ils ne sont pas stériles. L'Algérie est arrivée à un moment capital de sou histoire où une administration mieux appropriée à ses besoins, une refonte de sa législation, une impulsioa plus active donnée à ses travaux publics doivent inaprimer un nouvel élan à ses progrès ; l'idée bi^n nett§ du but que nous poursuivons et la certitude qufe nous pouvons l'atteindre rendront toute hésitation impossible dans les décisions du Parlement. Ce but est de faire de l'Algérie un pays entièrement français, et il commande une double série de mesures, les unes tendant à multiplier indéfiniment l'élément français, les autres tendant à supprimer cette ano- , malie de deux millions et demi d'individus qui sont sujets sans être citoyens ; les unes consistait i , favoriser, par tous les moyens dont dispose l'État, le développement de la colonisation en hâtant par
la constj:*uctioii des ports, des routes, des clieiuiui de fer et des tsàvaus d'irrigatioa, TaclTè^ement de ^ Toutillage que la (Svilisation moderne pent mettre à. sa disposition, en procurant à Témigrant les facilitée d'installation, les plus grandes et en garantissant aux colons les libertés de la mère-patrie ; les autres consistant à pourvoir à l'éducation des indigènes et à les tirer de l'état à demi barbare où nous les avons laissés jusqu'à présent pour les rendre dignes de devenir Français un jour. Peut-être ces mesures nécessiteront-elles quelques charges nouvelles ; qu'on les accepte sans déplaisir, car il n'en est point qui puissent être plus sûrement profitables à la force et à la gloire ete notre patrie.
FJN
Pas es.
Préface. i
La. Traversée. « 1
Le mal de mer. — Déceptions. —Pas de vaste mer ! —Devant Alger. — Première vue de l'Algérie.
Lç débarquement. ^— Les querelles de Bône et de Constantine. — Le département de la Sey bouse. — Autres vœux de Bône. — La ville. — Les corailleurs. — Les Biskris. — La Kasbah et ses légendes. — Les incendies des forêts. — Uneikouba. — Les ruines d'Hippone.
BoNE (suite) 27
Le concours régional. — Les chevaux arabes. — Bœufs et
moutons. — Le chêne-liège et le liège. — La vigne et les
vins en Algérie. — Curiosités gastronomiques, le raisin de
'Écriture. — L'olivier. — Peaux de grèbe et peaux de lion •
— Un fabricant de tapis indigène. — Les courses de chevaux en Algérie. — Une fantasia.
De Bone a Constantine 45
La vallée de ia Seybouse. — La ferme d'Ous-'Fetha, ^ Notre droit sur l'Algéne. — Histoires de chasse. — Bombonnel sauvé par le naturalisme. — Guelma. — Un musée algérien.
— Le chercheur de trésors. — Hammam -Meskhoutine, le bain des maudits. — Les légendes arabes. — L'Algérie nue.
Constantine. . , . . 64
. Une ville sur un piédestal. — La ville européenne. — Les Constantinoises sont jolies. — Le quartier marchand indigène, — La ville arabe, — Le palais de El-Hadj-Ahmed.—
'■Vf
Un tjTan africain. — Types algériens : les Maure», les ite'abes, les K*l»yles, les Mozabites, les Nègres, les Juifs.
— La porte Valée et le génie militaire. — Le marché aux grains. — Environs de Constantine.
PHILIPPEVILLE 09
La culture des primeurs. — ^s marbres du Filâla.
pK Constantine a Biskra . . *'!fl.'î
Toujours le plateau nu. — Batna. — Les ruines de Lambèse.
— Le pénitencier. — Traversée de TAurès. — L'Algérie légendaire él la véritable Algérie. — Les caravanes en marche. — La gorge et l'oasis d'El-Kantara. — I/oasis d'El-Outaïa. — Le col de Sfa. — Vue du désert.
Bis»RA i.'n
Projet d'une station de plaisance dans le désert. — Le nouveau Biskra. — Les Européens. — Le quartier marchand. — : Une boutique de curiosités. — Les indigènes parlent français. — M. Colmnbo. — Un gavroche biskrien. — Une soirée chez les Nailiennes. — Bâtonnistes tunisiens.' — ' Le vieux Biskra. — Les palmiers. — L'insurrection de l'Aurès.
— La mer intérieure de M. Roudaire.
De Constantine a Bougie 171
Les Abd-en-Nour. — Sétif. — Le Chabet-el-Akhra. — La vallée de rOued-Aguerioun. — Bougie.
Réclamations des Colons agricoles 187
La question des terres. — La question du crédit. — La question de la sécurité.
p]N Kabylie 208
Notre caravane. — Aspect de la Kabylie. — Chellata. — L'asif
Tifilkount. — Hommes et femmes kabyles. — Tifilkount. —
* La. vie kabyle.. — Merveilles de- culture. — Chez Mbhamed-
■ Saïd-ben-Tahar. —Surprises. •— Fort-National.
La Question indigène 229
Qui se fera l'apôtre de la Kabylie? — Notre honneur et notre intérêt exigent Fassîtaiilation des indigènes. — Les indigènes ne disparaîtront pas de l'Algérie. — Preuves quMls ne sont point réfractaires à notre civilisation. — Arabes et Berbères. — Ilotisme actuel des indigènes. — Vainqueurs' ot vaincus. — Comment on encourage les naturalisations. -- Nécessité de mettre les indigènes en rapport avec le
gouvernement par des délégués é\us. — II faut détruire la société arabe. — Constitution de la propriété individuelle.
— Constitution d'un état ciVÎl des indigènes. — Suppression de la justice musulmai^B. —* Suppression des collecteurs» d'impôts indigènes. — Des écoles ! Partout des éqplés !
Alger ^. 26^7
f'IÂneries dans Alger. — Fromentin. — Physionomie d'Alger.
— La ville européenne. — La ville arabe. — Les monuments.
— Les réclamations des habitants. — Environs. — Les parcs / d'autruches. — Alger, station d'hiver.
De quelques autres Réformes * . . . 204
Nécessité d'une administration civile. — Les bureaux arabes.
— Faute commise par M. Albert Grévy. — Rattachement du Tell au territoire civil. — Nécessité de coordonner tous les projets de réforme. — Lacunes du programme de M. Albert Grévy. — 11 faut indiquer dès maintenant qVio le but final des réformes est l'assimilation complète de TAlgérie à la France. — Existence d'un parti autonomiste en Algérie.
D'Alger a Oran 32:1
Boufarik. —L'eucalyptus. — Blidah. — Milianah. — Le plus grand fleuve de l'Algérie. — Deux cents kilomètres de plaine. — Orléansville. — Oran, sa prospérité, ses plaintes contre Alger. — L'émigration espagnole.
Tlemcen et Sidi-Bel-Abbès 342
Les routes de la province d'Or an. — La mosquée de Bou- Medine. — Les ruines de Mansourah. — Le minaret d'Agadir. — La légende de Sidi-Yacoub. —Tlemcen. — Beautés naturelles de ses environs. — Le chemin de fer transsaharien. — Avantages du tracé par la province- d'Oran. — Nécessité de rectifier la frontière franco-marocaine. — Sidi-Bel-Abbès. — L'alfa. — Les chemiits de fer en Algérie. — Départ de la caravane.
Conclusion 379
Paris. — Typ. G. Chamerot, X9, rue des Sainti-Pères, — 9087.