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CONCOURS DE HAMBOURG

Le concours agricole est enclos dans une vaste enceinte de planches dont l'étendue varie dans chaque ville suivant l'importance du concours. Point très élégante, l'installation. Pavillons officiels et particuliers, kiosque à musique, tribunes, restaurants, écuries, ateliers, norias, etc., sont posés sur le sol inégal rempli de fondrières, sol cette année épouvantablement détrempé par les orages. Aucun massif de verdure, aucune plate-bande, pas le moindre gazon. Pas une boutique jolie ou élégante. Cependant, nombreux sont les pavillons, les tentes où sont installés les bureaux des syndicats d'élevage. On y trouve des brochures souvent très bien illustrées, des photographies et un accueil empressé. Deux ou trois marchandes d'oranges et de pommes sourient aux

promeneurs qu'elles sollicitent jusqu'aux tables des restaurations où, d'ailleurs, on ne vend point de fruits. Ces immenses restaurants dont un seul a droit au titre de haitpt, qu'ils soient « à la bière » ou « au vin », sont bondés à toutes heures par une foule lourde et placide, consommant d'une façon extraordinairement abondante.

C'est avec peine qu'un étranger trouve une place au milieu d'une famille ou d'une « société », et avec plus de peine encore qu'il arrive à se faire servir. La bière, par exemple, y est merveilleuse, le hoide (vin blanc aux fraises), des plus agréables, et, à tout prendre, la nourriture mangeable, bien qu'un peu graisseuse pour nos goûts français. Mais l'observateur n'a pas le droit de s'attarder dans les délices des goulach ou des hûhner fricassés, compotes de poulets (en conserve — se méfier!)... là bas les chevaux défilent.

Nous n'avons pu suivre les opérations des jurys parce qu'elles étaient simultanées et effectuées dans un désordre et une confusion surprenants.

Ces jurys sont composés de quatre personnes

et comprennent le plus souvent soit un officier, un directeur de haras ou de dépôt, un vétérinaire.

Fort heureusement, à l'inverse de ce qui se fait en France, à notre Concours de reproducteurs, tous les primés défilent longuement deux fois par jour, à heures fixes; aux écuries, c'est toujours avec la plus grande complaisance qu'on vous sort les animaux, étalons, juments ou poulains. A Paris, il est extrêmement difficile d'obtenir de la plupart des exposants la permission de soulever les rideaux cloués derrière lesquels les boxes des chevaux semblent des cellules de reclus.

Avant le premier défilé des chevaux, sitôt les classements terminés, avait eu lieu l'inaugfuration officielle du concours. Un prince était venu, en uniforme, entouré de beaucoup d'autres dignitaires, en uniforme et en redingote. Les uns et les autres remplirent la tribune officielle et les discours commencèrent entre uniformes et redingotes, discours qui durèrent très longtemps, — nous sommes en France vraiment moins bavards! — tandis que le bon peuple envahissait la piste et se massait

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respectueusement sous la tribune pour mieux écouter; aucun service d'ordre apparent, et il y avait peut-être 25 à 30000 visiteurs. Tout d'un coup, à l'invite d'un discoureur, chacun, dans l'immense foule, soulève lentement et par trois fois son chapeau, en proférant trois Hoch! très sages, presque religieux qu'essaye de rattraper, en trois accords, la musique militaire. Ces Hoch! maintenant alternent avec l'hymne impérial. Je regarde les gens qui, dans la tribune, m'entourent. Vestons clairs, chapeaux de paille variés, panamas de toutes formes (fait singulier, cité par Huret, je crois, pas dix chapeaux pareils). Les femmes sans corset, sans taille , se tenant mal , affaissées sur leurs hanches dès qu'elles sont assises, le dos rond, et très douées sous le rapport mammaire. Elles ne sont ni jolies, ni surtout distinguées, mais quels teints et quels éblouissants cheveux blonds! Les femmes de la « société », des officiers ou des von, comme dit mon compagnon, sont souvent fines et racées, avec de jolis traits, des yeux un peu froids, des maxillaires un peu catégoriques, des méplats très particuliers au bout du nez, des lèvres bien fendues, souvent

A TRAVERS L'ALLEMAGNE HIPPIQUE Si

trop. On m'assure que ce type distingué est donné aux Allemandes du Nord par des croisements étrangers, anglais, autrichiens, russes, polonais...

Mais tous, du peuple, de la bourgeoisie, de l'aristocratie, tous portent au corsage, à la boutonnière, une petite rosette de dix pfennigs aux couleurs de l'Empire. Et je m'imagine que c'est par patriotisme et je fais un triste retour sur nos mœurs françaises. Mais on me détrompe; jamais, au contraire, on ne porte, en Allemagne, les couleurs... Cette rosette est un insigne de paiement par abonnement pour toute la durée de l'Exposition, voilà tout!

La façon de s'habiller des Allemands est ce qui choque le plus les étrangers, du moins ceux qui ont quelque sens esthétique du costume. En général, sauf à l'armée, nulle part l'Allemand n'est élégant — bien que souvent prétentieux — dans sa mise, même lorsque sa tenue vise un peu à l'uniforme. Il est, par exemple, de mode là-bas de faire broder en couleurs éclatantes ses initiales entrelacées, couronnées s'il y a lieu et de vingt centimètres de haut, sur la doublure de son pardessus, côté

du cœur. On s'arrange de façon, bien entendu, à montrer cet objet d'art le plus souvent possible. Le costume des palefreniers des divers syndicats de vente ou d'élevage est bien ce qu'on peut voir de plus laid. Pantalon de civil quelconque, assez sale chemise de flanelle grise, horribles casquettes de jockey en laine à passepoil de couleur voyante, le tout sur une académie assez grande, mal tassée, brutale, taillée à coups de serpe. Et dire qu'à Paris, au Concours des reproducteurs, section gros trait, on a pu voir des tenues presque analogues! Viendraient-elles d'Allemagne, par la Belgique?

Quant à la livrée allemande, elle diffère assez de la nôtre. Elle est restée 1830 et allemande et si bon enfant! Tous les cochers de maître ont l'air d'être habillés avec les défroques de leurs grands-pères, trop larges, trop grandes, depuis la redingote flottante autour du siège jusqu'à des curieuses bottes chantilly à revers. Car la botte à revers fleurit — si j'ose dire — à foison en Allemagne. Bien entendu, un énorme haut-de-forme sans aucun reflet, mais congrûment galonné et cocarde, couvre une grosse

tête presque toujours placide et patiente, très patiente. Je n'ai vu battre aucun animal dans cette énorme foire de V Atisstellung ^ ni même insulter bruyamment un cheval...

Mais voici encore trois Hochf et la musique scande une marche allègre. La palabre est terminée. Le public, enchanté, s'écoule pour dégager la piste.

La parade des primés commence. Nous n'avons qu'à regarder pour voir défiler, à grande distance les uns des autres, en main, au pas, puis au trot, les meilleurs spécimens de tous les élevages allemands. J'en ai vu de semblables, de meilleurs et de pires aux écuries ou sur la piste, pendant l'examen des jurys, dans les divers régiments et les divers centres d'élevage que j'ai visités.

J'ai, de plus, longuement causé avec des éleveurs, des vétérinaires, des officiers et des amateurs. Il me semble donc qu'il me soit permis de décrire le type moyen de chaque race et ses aptitudes moyennes, aussi exactement que peut le faire un étranger tant soit peu homme de cheval et très soucieux d'impartialité. Malgré cela, tout observateur juge forcément avec

des habitudes d'appréciation particulières à sa nationalité, avec son tempérament, avec un esprit critique fondé sur la connaissance et l'emploi de chevaux aussi différents en somme des chevaux allemands qu'un Latin peut l'être d'un Germain, et ce n'est pas peu dire.

Pour bien juger le cheval allemand et spécialement le cheval de demi-sang, c'est-à-dire le comparer avec notre cheval français, il faudrait l'essayer ou tout au moins le voir à l'ouvrage, surtout si cet ouvrage est dur ou prolongé. Mais il est très difficile de suivre utilement les manœuvres de cavalerie qui pourraient nous renseigner. En France, il n'en est pas de même et il semble qu'on montre trop de choses à la curiosité parfois malveillante des officiers étrangers.

Un de nos officiers généraux est revenu d'un récent voyage en Allemagne avec un jugement très favorable sur les aptitudes cavalières et miilitaires des remontes allemandes; cette appréciation vient d'être confirmée par le général directeur de la cavalerie dans un rapport officiel. (Rapport sur le budget de l'agriculture, 1910.)

Cependant le monde militaire et cavalier européen s'est toujours étonné de l'interdiction faite par l'Empereur à ses officiers de prendre part aux épreuves internationales, raids ou concours hippiques. L'Empereur paraît ainsi trop se méfier ou des cavaliers ou des chevaux de l'armée allemande. On ne pourra porter sur les uns et les autres un jugement définitif qu'en les voyant à l'œuvre.

La visite de \ Aiisstelliing permettrait, à elle seule, de se rendre parfaitement compte, en ce qui concerne les chevaux prussiens^ qu'ils soient spécialement issus de la célèbre source trakehnen, ou simplement nés dans l'Est-Prusse ou même dans l'Ouest-Prusse, combien le type reste le même malgré une certaine diversité de volume. Cette homogénéité de type est d'autant plus heureuse que ce type condense la plupart des qualités obligatoires pour un cheval de selle. Quand un de nos anciens officiers supérieurs des remontes a écrit, dans une brochure de polémique, à propos de chevaux de cuirassiers français, que les che-

vaux de la Prusse orientale ne sont pas bâtis en chevaux de selle, il a commis une erreur complète. Il est rare, au contraire, de voir un groupe considérable de chevaux posséder un. si grand nombre de « points » cavaliers dans leur squelette, et un mécanisme mieux disposé pour le galop rapide et prolongé. Je ne vois guère, si nous ne parlons que des gros poids, que le hunter qui lui soit supérieur. On sait que le cheval prussien proprement dit est le résultat du mélange du sang arabe et du sang anglais pur sur le fond indigène, c'est-à-dire lithuanien. Mais, parce que le gros s'obtient presque toujours au détriment de la « sensitivo-motricité », la qualité originelle des est-prussiens paraît parfois bien noyée dans la masse. C'est que les étalons sont en fin de compte sélectionnés exclusivement sur le modèle, et qu'on emploie à Trakehnen, au stud, des étalons petits-fils ou fils de pur sang extrêmement lourds et massifs. Ils sont toujours charpentés en chevaux de galop. Ils ont le modèle, c'est indéniable. Ont-ils la trempe?

Je ne peux mieux comparer le cheval estprussien, qu'il soit de légère, de ligne ou de

grosse cavalerie, qu'à un anglo-arabe renforcé, bien développé, très membre, très osseux, mais qui, bien que pyrénéen, aurait pris son volume dans les Charentes. Ajoutons que le cheval allemand est d'un caractère très pacifique. Les Allemands — et cette impression n'est pas mienne seulement — ont horreur de la difficulté à cheval ou en voiture. Ils en ont des escadrons d'autant meilleurs manœuvriers, mais je doute que les élèves de l'École de Hanovre se tirent d'affaire avec une reprise soit de « rogneux », soit de nos anglo-normands à la rentrée des vacances, aussi bien que nos officiers élèves de Saumur.

Quoi qu'il en soit, si beaucoup de trakehnen ont le dos creux, — c'est leur plus commun défaut, — l'oreille souvent grande et tomibante, — imperfection fréquente, — l'encolure assez courte, la tête forte, du moins toujours la croupe est-elle admirable d'étendue et de direction, le rein bon, bien soudé, la poitrine très développée etdescendue, les aplombs bons, l'angle du jarret très ouvert, les membres bons, les articulations fortes et larges, l'épaule bien placée, pas toujours assez couchée, le garrot

prolongé en arrière, les pieds de bonne forme. Les allures au pas, bonnes; au trot, étendues et sans élévation du genou à la hackney; au galop, parfaites, faciles, rasantes et dépendant d'un mécanisme bien agencé à cet effet. Cette facilité naturelle a permis aux Allemands de porter leur galop allongé à 540 mètres à la minute alors que le nôtre n'est que de 440 mètres. Les chevaux allemands donnent-ils effectivement cette vitesse? Oui, très facilement. La soutiendront-ils longtemps et sur de mauvais terrains? Cela est une autre question, et je n'ai aucune donnée pour y répondre d'une façon précise.

Si, comme je l'ai dit, le modèle s'épaissit souvent, assez pour faire ressembler quelquefois un est-prussien à un hanovrien (tel Banat, petit-fils de Paragon pur sang; gris, poids 580 kilogrammes, taille i m. 67, périmètre thoracique i m. 92, tour du canon 20,5); par contre, ce modèle s'allège aussi au point de donner à quelques-uns de ses chevaux un type très oriental, exemple : un des lauréats de Hambourg en 191 o, le très harmonieux Thronerhe^ au fameux éleveur Eb. von Zitzevitz (poids 532 kilogrammes, taille i m. 60, hauteur des

jambes o m. 84, périmètre i m. 88, tour du canon 19,5), et la petite-fille de Dandin, la très belle jument Bavaria, alezan doré, gracieuse et forte (poids 520 kilogrammes, taille i m. 53, tour thoracique i m. 88, tour du canon 18,25), une vraie anglo-arabe pyrénéenne, le rayon de soleil de ce concours un peu terne. Mais la jument la plus appréciée à Hambourg dans la catégorie des est-prussiens était sûrement la forte et grande 'yivci^vXBastinella, petite-fille de i^//^//(C, pur sang (poids 725 kilos, taille i m. 69, tour de poitrine 2 m. 06, hauteur des jambes o m. 81, tour de canon 20,5), au même éleveur, forte bête, trapue, culottée, membrée, près de terre, bien d'aplomb, mais longue dans son dessus et lourde de tête et d'encolure (Prix d'honneur). Bien entendu, tout n'est pas parfait dans cet élevage où, même à l'Exposition, se remarquent encore beaucoup de chevaux disharmoniques et ordinairement membres.

Un lot àe jeunes chevaux présenté par les remontes militaires méritait tous les compliments que des amateurs français adresseraient

à ceux de nos anglo-arabes dont la distinction, la membrure, la compacité attestent le bon élevage. Des issus du pur sang sont râblés, près de terre, tassés, parfois si râblés, comme deux ou trois nés en Schleswig (dépôt de remonte de Mecklenhorst), qu'ils en étaient communs, n'étaient leur jolie attache de tête et leur œil. Les est-prussiens sont assurément plus distingués, tout en ayant autant de substance. Il n'y a, en Allemagne, qu'un seul régiment remonté exclusivement en hanowiens . C'est le i6^ dragons à Lunebourg. Il le fut, sur la demande d'un ancien colonel très ami de l'Empereur, et qui s'était porté garant que les chevaux de sa province valaient ceux de la Prusse. Dans les milieux cavaliers, on est aujourd'hui d'un avis opposé.

J'ai noté, parmi les chevaux hanovriens exposés, quelques types remarquables comme Dernïtza, fille du pur sang irlandais Delphos^ très belle jument de selle, possédant ampleur, énergie, grâce et force, allures et modèle presque irréprochables, type de hunter; ou encore Aja^

petite-fille de Chauffeur pur sang (poids, 699 kilogrammes; taille, I m. 70; périmètre thoracique, 2 m. 80; tour de canon, 21 centimètres). Énorme machine de très bon modèle, malgré une insuffisante encolure, etc., etc. ; par contre, j'ai noté dans la section hanovrienne beaucoup des modèles presque culturaux, noyés, sans grâce, sans brillant, sans encolure, mais avec de beaux membres, un beau massif antérieur, une belle culotte, de bons dos, un trot parfait, bien étendu.

Malgré un modèle souvent commun et noyé, toujours de bons aplombs garantissant le cheval apte au galop, et, toujours, une croupe puissante et belle. Le port de queue est suffisant, sans exagération toutefois. Le gingembre est rigoureusement proscrit des concours, ainsi que la chambrière et le « tonnerre » dans le chapeau.

En somme, parmi les bons sujets hanovriens, très peu sont vraiment distingués. La moyenne — et nous parlons des chevaux de tête — ressemble bien plus à des chevaux de harnais qu'à des chevaux de selle, et cela plutôt à cause de leurs formes noyées qu'à

cause de leur disposition squelettique qui est suffisante, au sens cavalier. Mais en dehors de ces bons chevaux, il nous a semblé que la plupart des hanovriens, assez lymphatiques de tempérament, malgré de belles origines (dépôt de Celle), étaient au point de vue cavalier « pur » de bien médiocres chevaux, au dos mou, au garrot noyé, sous eux du devant, à la croupe parfois trop horizontale. La remonte militaire sait, cependant, faire un choix judicieux, car ceux que j'ai pu voir au 13'' uhlans, à Hanovre et à Potsdam, — et en traversant les cours des quartiers au moment du pansage retour de manœuvres, — m'ont fait l'effet de bons routiers, avec moins de sang sous la peau cependant que dans leur pedigree. Ils sont communs; leur membrure est inférieure à celle des trakehnen. Aussi se tarent-ils plus vite, comme bien des officiers me l'ont affirmé et comme j'ai pu le constater en comparant entre eux les chevaux de même âge des deux races. Et pourtant, leurs allures sont bien cavalières malgré cet aspect peu engageant!

A Hambourg, les jeuneschevaux hanovriens, classés cuirassiers par le dépôt de Hunnesruck,

tous fils de demi-sang, étaient particulièrement noyés dans leurs lignes, — il est vrai qu'ils n'avaient que quatre ans, — d'un type plus postier que selle, mais forts, réguliers avec de très belles allures, cavalières toujours.

En somme j les chevaux hanovriens m'ont paru, comme extérieur, inférieurs à nos anglonormands. Cette infériorité s'accentue s'il s'agit des juments. Les princesses de l'élevage allemand qu'on a pu me présenter, soit à Dusseldorf, soit à Hambourg, soit en divers haras, ne peuvent, surtout pas au point de vue français ni même anglais, je pense, supporter la comparaison avec nos juments anglo-normandes de qualité. La supériorité de notre race anglo-normande comme carrossière est indiscutable; modèle, action, vitesse, coup de piston des postérieurs, tempérament, trempe, qualité, sont des points qu'on ne retrouve que très atténués dans la race hanovrienne, et encore chez les sujets d'élite. Mais ce que possède cette dernière race, par contre, n'est l'apanage que de très rares normands, je veux parler des bons aplombs et des allures éminemment cavalières. Au point de vue particulier de

l'aptitude galopeuse, nous ne pouvons opposer aux Allemands, en fait de chevaux type cuirassiers ou dragons, que quelques trop rares encore issus du pur sang et de la jument de demi-sang normande. On est donc forcé, pour conclure, de constater l'infériorité comme modèle et allure de nos g7'0s chevaux de selle, sur ceux de nos voisins de l'Est, issus d'étalons spécialement sélectionnés à cet effet, si toutefois nous mettons de côté le facteur qualité qu'il m'a été tout à fait impossible de doser en Allemagne.

Quant aux juments qui, à première vue, sauf quelques rares sujets, m'ont paru manquer de distinction, de cachet, de sang en un mot, il faut se garder de se mettre trop, pour les juger, à notre point de vue français. Un Allemand très averti a répondu ainsi à mes critiques : « Presque toutes ces juments que vous voyez là ne sont pas des chevaux de selle, mais bien des poulinières pour faire des chevaux de selle avec l'étalon de demi-sang près du sang ou même de pur sang. Dans tous nos élevages nous voulons des juments fortes, profondes, larges, calmes^ avec cependant de la ligne et

assez d'origines pour ne pas être trop étrangère au pur sang qui à l'occasion les saillira. Avec de telles juments nous pouvons tout faire : hunters, remontes de cavalerie, d'artillerie, carrossiers, selon le degré de sang de l'étalon Fortes et calmes, elles peuvent servir à l'agriculture. Chez vous, en France, presque toutes vos poulinières sont trop nobles, trop nerveuses, trop distinguées, trop légères. Vous, vous primez ce genre de poulinière comme si c'était un cheval de selle, oubliant qu'elle ne doit en être que la mère et c'est ainsi que vous allégez vos races quand vous les voulez près du sang. De plus, nous, nous voulons une cavalerie calme. » Voilà donc le point de vue allemand, ou du moins hanovrien, car il y a un large fossé entre celui-ci et l'élevage est-prussien. J'ai tenu à le citer, car il est fort raisonnable en théorie, bien que trop optimiste, à notre avis.

La lVestpkaliepresent3.it à Hambourg, outre ses chevaux de trait dont il sera parlé plus loin, des chevaux de demi-sang. Tous ceux que j'ai

pu voir avaient dans leur pedigree le pur sang très près des deux côtés. Certains sont tout à fait réussis, très forts, trop gras de cette graisse « arrondissante » et chère aux Allemands, — et, hélas! aussi à beaucoup trop de Français, — mais réguliers, équilibrés, trop baissés dans leur encolure par une mauvaise présentation montée, ce qui désharmonise la bonne silhouette d'anglo-arabe limousin qu'ils possèdent parfois. Mais l'élevage westphalien s'efforce, en vain, m'a-t-il semblé, de suivre la formule de Celle. 11 y a trois ans à Dusseldorf les étalons du haras Warendorf m'ont paru communs et sans assez d'allure.

he Holstein produit des demi-sang de type carrossier et aussi des chevaux qualifiés selle auxquels il ne manque pas d'amateurs. Pour un œil français, ils paraissent gros, ronds, lourds et épais. Certains ont de la figure, mais presque tous sont noyés dans leurs lignes; ils sont longs, avec une belle poitrine descendue, de beaux membres, de fortes articulations et les coudes au corps; têtes fortes mais proportion-

nées, croupes toujours puissantes et bien dirigées, l'angle articulaire presque toujours bien ouvert, le trot tranquille et étendu; en somme, un type presque cultural comme volume, et réalisant ce que les gens peu difficiles appellent un hunter pour gros poids. D'autres, bien qu'un peu ouverts du devant, — cet excès est le propre des chevaux de trait, — sont plus cheval de selle, avec beaucoup de sang dans la tête, une poitrine parfaite, une croupe distinguée et forte, de très beaux membres, de belles articulations bien descendues; mais le dos, qui manque souvent de soutien, ne se redresse un peu qu'à l'allure du trot, brillante et étendue, presque à extension soutenue; tel se présente Ruhezahl, petit -fils de pur sang arabe par le père, Amurath (Celle), dont un autre produit, Carmen, est tout à fait remarquable. Des holsteinois anglo-arabes ont été présentés en paire. J'en ai pu voir de très importants, du type à peu près qu'Alfred de Dreux donnait jadis à ses hypothétiques anglo-normands. Ils étaient présentés à une allure pompeuse, encore plus agaçante en sa prudente lenteur que l'extrême vitesse qui

désunit l'allure de nos présentations françaises. La production holsteinoise, la plus nombreuse, exception faite de quelques sujets de choix, ne se réclame pas de la noblesse angloarabe. Elle est, en somme, papiers en main, plutôt loin du sang, sans lignes, du type boudiné de nos bourdons dont se contentait jusqu'à présent notre artillerie. Nous voyons dans les rues de Paris trotter des gardes républicains sur des « saucissons » assez semblables à ceux que j'ai vus à Hambourg dans cette catégorie.

On pourrait surnommer les Frisons de la Frise orientale les hackneys de l'Allemagne. Ils sont, dans la bonne production, substantiels et bien membres, assez spécieux de modèle et d'allures, mais sans garrot, sans rigidité suffisante dans leur dessus. Ils tournent vite au postier très ordinaire, épais, commun, viandeux, à abdomen volumineux, au mauvais dessus, mais assez bien membres, et assez brillants dans leurs gestes, carrés dans leurs allures, et même vites, relativement, étant donnés leur volume, leur lymphatisme et la

façon déplorable dont ils sont présentés par leurs palefreniers; ces derniers, d'ailleurs, fort médiocres « montreurs » dans toutes les classes de VA ustellung.

Le lot des hrandehourgeois (demi-sang carrossiers) était composé de très grands et gros carrossiers aussi forts, presque, que des percherons, réguliers dans leur modèle, souvent avec beaucoup de chef, de noblesse, de tenue, des membres suffisants, avec des allures belles et étendues. Et bien que ces brandebourgeois n'aient aucune prétention au service de selle, aucun d'eux n'était éloigné dans ses jarrets. J'en ai vu quelques-uns de très bien membres, mais cette bonne note est loin d'être généralement méritée.

Quelques produits du pur sang et de juments « attelage-noble » attiraient l'attention des connaisseurs par l'harmonie et le sérieux de leur modèle.

Les favoris de la mode, et par conséquent des jurys, sont les carrossiers oldenhourgeois.

Il y en a de deux catégories, poids moyens et poids lourds. Leur taille varie entre i m. 62 et I m. 70. Ce sont des animaux très loin du sang dont les individus réussis impressionnent par la majesté avec laquelle ils font progresser leur masse à des allures, à vrai dire, plutôt lentes, au trot bien développé en étendue plutôt qu'en hauteur. Leur encolure sort de façon distinguée. Les articulations descendues, fortes, accompagnent une membrure très suffisante, parfois même très belle. Voici un poids lourd, Ewald (i m. 67), extrêmement membre, court, régulier, distingué dans sa force, un type de grand et gros postier plus distingué, plus noble que nos bretons. Voici encore Kuno^ du poids de 800 kilogrammes, trop long, au dos creux, mais membre près de terre malgré sa taille de i m. 71.

Il paraît que les Américains ont payé certains de ces étalons jusqu'à 32 000 marks. Nous n'avons pas idée en France de tels animaux. A quoi les emploierions-nous, d'ailleurs?

J'ajoute que les mieux réussis sont justement les plus légers, ceux dits de voiture demi-

A TRAVERS L'ALLEMAGNE HIPPIQUE loi

lourds. Ils ont le type, en beaucoup plus fort, de nos anglo-normands format dragons.

Ce qui précède s'applique aux individus réussis. Mais quand ils ne le sont pas, on peut les qualifier d'affreux, voire d'ignobles : longs saucissons, à garrot noyé, à épaule droite, à l'aspect commun et très lymphatique..., en un mot de type cultural médiocre, ni trait ni carrossier. S'ils ont un peu d'action, on peut les classer dans le troupeau où les riches banquiers juifs achètent les lugubres équidés qui les traîneront Unter d. Linden ou, à Paris, au Bois de Boulogne.

Je me souviens avoir trouvé à Dusseldorf, en 1907, des oldenbourgeois artilleurs, remarquables par leur manque d'encolure, leur garrot gras, et leurs lignes noyées. Les uns eussent bien fait aux brancards d'un lourd coupé de louage, les autres, extrêmement épais, au timon d'un gros camion. Mais tous trottaient légèrement et étendu...

Le grand- duché de Mecklemhoiu'g-Schwerin a la spécialité d'énormes carrossiers, dont les

sujets VUS à V Ausstellung étaient très épais, membres, près de terre, à jarrets droits, mais en somme distingués, malgré leur garrot noyé, leur dessus mou, une croupe souvent horizontale, mais forte et puissante. Leur tête, assez volumineuse mais « sculptée », a parfois des rappels d'arabe extraordinaires. Tous les étalons envoyés à Hambourg par le dépôt de Redefin sont d'origine hanovrienne, comme tous les chevaux mecklembourgeois modernes. Le vieux type mecklembourgeois est, en effet, tout à fait disparu.

La livrée du Grossherzoglich Mecklemhoitrg schwerinsche Landgestût (bleu ciel, parements amarante et or, culotte blanche et bottes chantilly, chapeau haut à grande cocarde) présente ses chevaux enrênés à fond à un large surfaix blanc. Ils passent au pas, au trot, un beau trot long... Certains passagent, même, naturellement. Mais beaucoup sont vraiment trop culturaux.

Et je songeais en voyant trotter le très beau carrossier de gala Johannès, qu'en France, ses éleveurs l'eussent imposé aux remontes militaires comme cuirassier, tête peut-être ! En

Allemagne, bien qu'élève d'un duc, ce cheval est classé dans la catégorie carrossière, sans plus, ce qui est bien sa place.

La bande des traits helges-i'hénans réunit toute la gamme des ardennais que nous pouvons voir au Concours annuel des reproducteurs à Paris. Il y a des petits et des gros belges-rhénans.

On m'assure que, pour qu'un produit ait ici quelque valeur en service, il faut encore qu'un de ses deux ascendants directs soit un importé.

Les belges-rhénans de taille moyenne sont utilisés dans l'artillerie lourde; nous aurons l'occasion d'en reparler. Mais j'ai pu constater, à Hambourg, beaucoup de robes alezanes à crins lavés, beaucoup de genoux renvoyés, de dos longs et mous, de têtes trop fortes, chargées de viande...

Le belge-westphalieii , d'après la montre de Hambourg, serait moins viandard, moins commun que le belge-rhénan. Il est bien culotté et

gigoté, mais son encolure se greffe moins bien que chez nos ardennais français.

Pour faire des chevaux de trait, dans le Holstein comme en Saxe et en Poméranie, on emploie volontiers l'étalon anglais, le shire, qui, généralement, produit long, boudiné, peu régulier et transmet, m'a assuré un gros éleveur, le vice de mordre (?).

Les trait Schleswïg (Holstein) de VAiistellung, tous plus ou moins près du belge, m'ont paru très empâtés, décousus, communs. Plusieurs d'entre eux furent présentés attelés à des carrioles et garnis de harnais presque aussi légers que des harnais de course, ce qui ne manquait pas d'être assez ridicule. C'étaient d'ailleurs de très médiocres carrioleurs culturaux, de tailles diverses mais avec d'énormes têtes. Fait à remarquer, ils étaient conduits en filet, allongeant au moindre petit sifflement. Pas un coup de fouet d'ailleurs dans VAttstellung. Quelles leçons y prendraient nos éleveurs de demi-sang et de trait!

L'élite de la production allemande vient donc de défiler sous nos yeux. En ce qui concerne les chevaux d'attelage et les chevaux de trait, nous pouvons affirmer que nos chevaux français sont nettement supérieurs à ceux de nos voisins, du moins pour les services que nous autres, Français, exigerions d'eux. Si les Allemands possèdent des belges-rhénans ou westphaliens assez comparables à nos ardennais comme modèle, utilisation et origine, ils ne peuvent montrer un seul cheval semblable à un percheron, à un boulonnais ou à un trait breton, chevaux de trait ayant cependant du sang plein la peau, un seul cheval comparable aussi à un vrai shire ou à un clydesdale.

D'autre part, si le carrossier de gala peut encore se rencontreroutre-Rhin, le bon cheval de service, le trotteur attelé, le routier de qualité m'a paru faire défaut. Le hanovrien harnais me semble inférieur à notre anglo-normand; le trakehnen et Test-prussien, classés attelage, sont bien plutôt de grands et forts chevaux de

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selle attelés que de véritables carrossiers. D'ailleurs, est-prussiens et hanovriens sont considérés par les Allemands comme excellents de service — lorsqu'ils ont le volume suffisant — dans les brancards ou au timon. Ils conviennent tout à fait à leurs employeurs, lesquels n'ont aucune envie de les remplacer par des importations étrangères.

Les mensurations de ce tableau concernant à peu près toutes les races allemandes, donyieront des indications relatives à la Tnoyenyie des chevaux prim.és en tête dans les concours. Une partie de ces chiffres est empru7itée à l'ouvrage du D^ von Nathusius, les autres proviennent du Catalogue général du concours de Hambourg (içio).

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