‹ A travers l'Allemagne hippiqueChapitre 6 sur 23 · TOT.\UX · texte numérisé non relu

TOT.\UX

L'Allemagne importe donc une moyenne (statistique de 1909) de 55000 chevaux de gros trait, dont la provenance est la suivante :

Belgique .... 22627

Autriche 4 5^6

France 3 152

Pays-Bas .... 966

Russie I 171

Danemark. . . . 21889

La France exporte ses boulonnais, l'Autriche ses noriker. Les chevaux du Pinzgau, lourds, singularisés par leur robe tigrée, sont surtout employés en Bavière.

L'Allemagne achète également des chevaux de service de trait plus léger, parmi lesquels on remarque les chevaux de tramways, le tout, en chiffres ronds, se montante 44 000 tètes, dont :

Autriche 2631

France .

Pays-Bas

Russie. . Danemark

La Russie vend annuel

ement à l' AllemagnCj

en plus d'environ 30000 trait moyen, près de

15000 poneys de i m. 40 et de si petite valeur qu'il serait impossible, je le répète, au moindre éleveur allemand de les produire à ce compte pour les vendre avec bénéfice aux laitiers, bouchers, boulangers, etc.

On a vu dans le tableau ci-dessus que l'Allemagne importe environ 5 500 chevaux de selle ou d'attelage de luxe dont l'Autriche et l'Angleterre fournissent le plus grand nombre, tandis que la France, le moindre. En somme et en chiffres ronds, les importations allemandes se montent à plus de cent mille têtes (121 441 en 1909). Les lecteurs que les chiffres précis et détaillés intéresseraient les trouveront dans la Statistique de t Empire d'Allemagne, cahier X, tome 232.(Puttkammer et Muhlbrecht) qui énumère le commerce français des deux dernières années.

Ce sont surtout les différentes industries et particulièrement la brasserie qui sont acheteurs de chevaux français. Les achats ne se font que par l'intermédiaire de quelques gros marchands qui viennent annuellement dans le Perche, le Boulonnais, les Ardennes, la Bretagne. Voici les noms des plus connus : Bernhard Weil, à

Colmar; Gebrûder Rothschild, à Horb (Wurtemberg); Pressburger et C'% à Rexingen (Wurtemberg); Jos. Rohrbacher, Roblingerstrasse, à Stuttgart (Wurtemberg) ; Jos. Rohrbacher (même maison), 8, Landsbergerstrasse, à Munich (Bavière); Rehbock, à Bedin.

Un effort se tente en France pour conjurer les effets de la crise chevaline. On espère augmenter nos exportations. Déjà des comités se sont formés pour le succès desquels on doit former les vœux les plus vifs. Les difficultés qu'ils rencontreront seront très grandes et dues non seulement à la résistance de l'étranger, mais à notre caractère et à nos procédés routiniers et individualistes. Ces comités seront impuissants s'ils tentent simplement d'imposer ex abrupto une marchandise sans essayer de la conformer autant que possible au goût et aux habitudes économiques du client. Ainsi, à notre avis, les Allemands seraient plus fréquents acheteurs de nos chevaux de trait, d'abord s'ils leur revenaient moins cher que les belges, les hollandais, les danois. Or le cheval français est cher, comparativement. A ce propos, j'ai appris avec certitude que des car-

rossiers hollandais transitaient à travers la Belgique pour venir en France, chez certains marchands, concurrencer nos attelages normands!

Il fautaussi que le cheval de trait français s'acclimate facilement. Il faut encore qu'employé comme étalon, il race sans dégénération dans ses produits, car l'Allemagne veut arriver à fabriquer tous les chevaux dont elle a besoin et elle y arrivera. Mais saurons-nous profiter de l'excellente occasion de devenir, pendant un laps de temps qui doit être long, ses fournisseurs?

En ce qui concerne les chevaux à deux fins, soit de harnais-luxe, soit de selle, il sera plus difficile d'arriver à placer un beaucoup plus grand nombre de chevaux français. D'abord, l'Allemagne est très hère, et à juste titre, de ses chevaux de selle. Elle a voulu des galopeurs ; elle les a, et nous n'en avons pas, en nombre, de comparables. Nos normands près du sang par le père ou la mère, ou par le grand-père ou la grand'mère mériteront bientôt, souhaitons-le, la vogue dont jouissent actuellement les hunters anglais, seulement nous les vendons trop cher, et, d'ailleurs, leur production reste assez limitée.

Bien que les carrossiers d'outre-Rhin y soient très appréciés pour leur modèle, leur masse et surtout leur caractère, il ne devrait pas être impossible de placer à Berlin et dans les grandes villes de plus nombreuses paires de nos carrossiers trotteurs normands, lesquels sont infiniment supérieurs à tout ce que j'ai vu de ce genre en Allemagne, volume à part, bien entendu.

Il semble d'ailleurs qu'on veuille, en Allemagne, essayer un peu plus souvent l'influence bienfaisante de l'étalon anglo-normand en ce qui concerne le geste et la vitesse au trot. Mais il est certain que nos voisins recherchent les trotteurs dont le modèle se rapproche le plus du bourdon. La hantise du gros, toujours, plutôt que celle de la qualité! Il serait utile du côté français — avis aux syndicats de défense normands, trop préoccupés de querelles locales — de faire faire une enquête sans esprit préconçu sur les services que rendent ces étalons à l'étranger. Cette enquête ne devrait pas être menée auprès des directeurs de haras ou de dépôt qui ont préconisé ces achats, mais bien dans le monde des acheteurs, des marchands, des officiers et dans le palmarès

des divers concours. Car les directeurs de haras passent, et, avec eux, leurs méthodes d'élevage quand elles sont mauvaises, et même, malheureusement, quand elles sont bonnes.

Quoi qu'il en soit, il ne faudrait pas croire que nos exportations d'étalons de demi-sang puissent jamais être très importantes en Allemagne oii il y a, actuellement, 22 étalons de demi-sang anglo-normands faisant la monte. Ils se répartissent partout où on ne fait pas de chevaux de selle, sauf en Hanovre, à Celle où il y en a deux, réservés, du reste, aux juments carrossières (i).

(i) Étalons anglo-normands faisant la monte en Allemagne en 1909 :

A Marbach, en Wurtemberg, 2 : Fardage (Cherbourg) ; Faber (Kabach) ;

A Darmstadt, en Hesse, 4 : Acteur {Fuschia) ; Baron, ex- Beau-Gars (Cherbourg) ; Escaviillo, Qx-Editeur (Harley) ; Espoir, ex-Escot (Union Jack) ;

En Alsace-Lorraine. 4 : Xuarès (Cherbourg) ; Xérès (Cherbourg) ; Novi (Schamrock) ; Xylophane (Cherbourg) ;

A Deux-Ponts, i : Tabago ;

A Celle (Hanovre), 2 : Dakota (Ouragan) ; Uzès ;

A Neustadt-a.-Dosse, i : Ouragan (Homard);

A Warendorf (Westphalie), 6 : Verr-.er (Gambler) ; F^m- 7^c»//^2î (Ventre Gris) , Franklin ; Natal ; Henri (Volga) ; Gouvernant (Accueil) ;

A Brunswick, i : Galba (Sydney);

A Weimar (Saxe), i : File-au-Vent (Ouragan).

Quant à nos anglo-arabes, il est à craindre qu'ils ne soient trouvés trop légers, trop chauds, trop chers en comparaison des hongrois, excellents d'ailleurs, et des russes.

Mais ce qui, surtout, empêche les Allemands d'apprécier nos chevaux de selle, — j'en ai déjà écrit plus haut, — c'est qu'ils les trouvent trop nerveux, peureux, mal dressés, ou d'un dressage délicat. Ils veulent des chevaux impassibles dans leur service quel qu'il soit. Nos éleveurs fournissent trop volontiers des animaux bruts, livrés, en quelque sorte, à l'état de matière première, dont l'acheteur a à faire la façon à ses risques et périls. Ce défaut enlève beaucoup de clients aux éleveurs français, non seulement en Allemagne, mais en France; et ce défaut est malheureusement presque incorrigible parce que, d'abord, l'éleveur, chez nous, n'est absolument pas homme de cheval, même en Normandie, et qu'ensuite nos races sont trop tardives pour pouvoir, à trois ans ou même à quatre, supporter le vrai dressage que donne seul un travail suivi. Seuls, les éleveurs riches peuvent se payer ce dernier luxe.

Quoi qu'il en soit, c'est, bien entendu, la ques-

tion économique qui domine tout. L'acheteur allemand se fournit où il trouve, à valeur à peu près égale, le moins cher. C'est-à-dire chez ses voisins. L'Angleterre, à cause de la modicité des prix des transports par mer, est une voisine plus immédiate que la Normandie, le Perche, le Centre. (Nos tarifs de chemins de fer sont réellement des tarifs prohibitifs de vente...) J'ai dit à valeur à peu près égale, car, de même que les percherons, les boulonnais, les nivernais se valent à peu près entre eux, de même les diverses races de trait en usage en Allemagne valent à peu de chose près les nôtres. C'est donc une question de prix de vente et d'accommodement de la marchandise au goût du client. Comme toute l'exportation française, en Allemagne, est dans les mains des quelques courtiers dont j'ai cité les noms plus haut, c'est sur ces derniers qu'on devrait faire porter l'effort du début. Nous n'aurions pas de meilleurs agents commerciaux que ces derniers, s'ils étaient intéressés à étendre rapidement le cercle de leurs opérations.

Un autre procédé d'action serait aussi de faire présenter aux expositions et concours,

par des éleveurs allemands auxquels nos comités, syndicats, etc., consentiraient quelque dédommagement, des percherons-allemands, boulonnais - allemands , bretons - allemands , c'est-à-dire des poulains nés en Allemagne d'étalons français. Si ces produits étaient réussis et partout primés, il est plus que certain que notre exportation concurrencerait très sérieusement celle des Belges.

Et que ne faisons-nous comme les Allemands qui, eux, sont passés maîtres dans l'art de la réclame ? Leurs syndicats, nombreux, bien organisés, riches, ont à leur disposition des journaux spéciaux remplis d'articles illustrés fort bien faits. Ces syndicats publient — l'État, également, en ce qui concerne ses établissements — des tracts élégants, joliment reliés, très bien illustrés, au texte parfaitement quoique brièvement rédigé, et vendus très bon marché, ou, à l'occasion, délivrés gratuitement. Rien de tout ceci n'existe chez nous. Les quelques monographies de race françaises qu'on peut se procurer sont mal imprimées, mal illustrées, surtout médiocrement rédigées pour la plupart par des écrivains sportifs d'occasion rééditant

tous les ponts-neufs, louant d'une façon si exagérée leurs élevages régionaux que la réclame apparaît dans toute sa grossièreté mensongère. L'effet produit à l'étranger est alors exactement le contraire de celui escompté. Quant aux tracts français bien rédigés, peu de gens les connaissent. Ils devraient être distribués généreusement à toutes les réunions hippiques, aux frais des divers syndicats d'élevage, et traduits en allemand, en anglais, en espagnol.

Aux grands concours annuels agricoles allemands, le droit de photographier pour quiconque est absolu, mais une organisation oihcielle photographique fonctionne sous la direction, non de quelque industriel, mais d'un homme de cheval compétent (actuellement l'érudit et sculpteur de talent, major Shœnbeck). Un emplacement clos et convenable lui est réservé. Le règlement fait défiler devant-l'objectif tous les lauréats. Sous l'épreuve-phototypie 18x24, tirée ensuite à un grand nombre d'exemplaires, et vendue i ou 2 marks pièce,

Est-prussien, légère troupe, 14'' hussards.

Trakehnen noir, carrossier du Marstall de S. M,

on trouve non seulement le signalement et le pedigree du sujet, mais encore ses diverses mensurations. Cette belle collection constitue un document de premier ordre pour observer l'évolution de l'élevage, et un procédé de réclame efficace parce qu'il est sincère.

A notre grand Concours de reproducteurs, aux brillantes et instructives exhibitions de la Société hippique française, rien de pareil. A part des photographies prises au petit bonheur par deux ou trois illustrés, je ne trouve jamais rien à envoyer comme document intéressant et exact à mes correspondants de l'étranger, rien, sauf quelques ridicules cartes postales. Quant à essayer de se procurer des photographies de nos étalons nationaux, impossible. Une consigne inexplicable les rend tahoit envers l'objectif même le plus qualifié. Les haras ont peur d'être trahis soit par la maladresse, soit par la malveillance des photographes. Ne vaudrait-il pas mieux que les haras eux-mêmes organisassent ce service dans leurs dépôts, et à Paris, au Concours des reproducteurs? Ces photographies, avec des légendes copieuses, serviraient non seulement

à l'instruction hippique des étrangers, mais encore à celle, — si négligée, — de nos compatriotes. Les remontes militaires elies-mêmes feraient encore mieux comprendre par l'image leurs desiderata qu SLtVdquent, sans les connaître complètement, tant de personnalités, même parlementaires !

Nos exportations, d'autre part, sont actuellement gênées par des tarifs douaniers assez compliqués qui nous sont très peu favorables, exception faite pour les chevaux ardennais. Ces tarifs, on doit le reconnaître, ne sont rien, comparés aux nôtres, presque prohibitifs. Nous gagnerions, certes, à ce que de part et d'autre les barrières fussent abattues, ou abaissées, et ce, malgré les clameurs des protectionnistes quand même... Quoi qu'il en soit, le tarif allemand n" loo taxe les chevaux selon leur valeur : par exemple, taxe de 90 marks pour chevaux jusqu'à 1000 marks; taxe de 180 marks pour chevaux de i 000 à 2 500 marks ; taxe de 360 marks pour chevaux de valeur supérieure à 2500 marks; mais, par contre, des tarifs de

faveur sont consentis pour chevaux de trait de provenance belge, hollandaise, ardennaise, autrichienne. La taxe varie alors, selon la valeur, entre 50 et 72 marks.

Les chevaux d'une valeur inférieure à 300 marks et d'une taille maxima de i m. 40 ne payent que 30 marks (poneys russes) ; les poulains de moins d'un an, 30 marks également; les chevaux importés par l'Etat ou avec son consentement ne sont taxés qu'à 10 marks.

On le voit, l'État protège contre la concurrence étrangère les éleveurs de chevaux de selle et carrossiers dont la production, suffisante en nombre, lui semble satisfaisante en qualité. Il ouvre ses portes aux gros trait dont il manque, sauf au gros trait français. En effet, d'après la loi douanière allemande du 25 décembre 1902, les droits réduits dont bénéficient les races flamande, brabançonne et ardennaise s'appliquent aux chevaux belges. Une remarque ajoute : « Pour jouir des droits réduits, les importateurs sont tenus à produire pour chaque cheval un certificat délivré par un agent de l'État belge attestant que l'animal appartient

exclusivement à l'une des races précitées ou au croisement de ces races entre elles. »

Il seraità désirer que les deux gouvernements français et allemand s'entendissent spécialement à ce sujet pour que nos ardennais et nos autres trait bénéficient des mêmes avantages que leurs concurrents belges et hollandais.

En résumé on 'doit croire que le succès de nos tentatives vers une plus grande exportation en /\llemagne dépend de trois conditions principales : I " étude sur place de l'état actuel et des tendances des élevages des Allemands et connaissance de leurs besoins et de leurs desiderata; 2** modération dans notre tendance à vouloir imposer notre production fe/le qiielle est, sous prétexte que nous la trouvons excellente chez nous, alors qu'elle peut très bien être inférieure sous un autre climat et avec une autre utilisation, je dirai même d'autres employeurs; 3° obtenir la revision des tarifs douaniers et, partant, un peu plus de zèle, d'intérêt et de compétence de la part de nos représentants à l'étranger, à la plupart desquels notre commerce chevalin est bien indifférent.

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