‹ A travers l'Allemagne hippiqueChapitre 9 sur 23 · HAMBOURG LE CARROUSEL ET LE CONCOURS HIPPIQUE · texte numérisé non relu

HAMBOURG LE CARROUSEL ET LE CONCOURS HIPPIQUE

Mais voici une marche guerrière... Le public frémit d'impatience et d'enthousiasme préventif car, à tous les grands concours agricoles, on voit parader un peloton des corps de cavalerie les plus voisins et quatre pièces d'artillerie attelée.

Cette année, la cavalerie se composait de dragons et de hussards. Leurs chevaux étaient des est-prussiens, tous fils de demi-sang, très près du sang; compacts, un peu longs, faits en anglo-arabes avec de jolies têtes, et les points de force très remarquables que j'ai signalés, au cours de cette étude, comme propres à cette race. J'ajouterai à ces qualités une harmonicité, un équilibre tels que, tout à l'heure, la longue reprise au trot se fera à un trot d'école ca-

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dencé, très voisin du trot à extension soutenu... Seul un cheval mecklembourgeois se fait remarquer parmi ces jolis chevaux de selle, par son modèle un peu noyé, bien que très régulier.

Il y a trois ans, à Dusseldorf, les chevaux des hussards de Crefeld ressemblaient curieusement à nos anglo-arabes, mais en plus épais, en moins racing-like et avec des têtes assez fortes. Cette année, ceux des 15*" et 16^ hussards m'ont semblé plus ragots, plus roulés; les croupes toujours remarquables, la poitrine profonde, les membres bons; mais si le rein est fort, le dos est très souvent plongé. Même remarque pour les chevaux des 17' et 18' dragons, car, en Allemagne, les dragons comptent comme légère.

Les hommes — qu'on doit féliciter de leur science équestre — s'avancent au pas cadencé, les rênes de bride tendues. Leurs doigts ne se desserreront pas et les encolures resteront rouées. Mais les chevaux mâchent leur mors et sont libres dans leurs mouvements. C'est que leurs cavaliers, — dont beaucoup sont sous-officiers, — droits sur leur selle, même

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trop penchés en avant, portent leurs jambes iixes très en arrière et s'en servent. Cette tenue de manège, très guindée d'aspect, est aussi celle des officiers.

Les chevaux sont très bien dressés et, au commandement bref, aboyé sur un ton de fausset qui m'a paru être le suprême du chic, ils évoluent en diverses figures très simples, mais parfaitement dessinées. Le galop est facile, trop ralenti, aux sons d'une traînante musique de cirque. Le galop allongé manque de perçant. On sent que la haute école, en Allemagne, est un but et non un moyen. Alors qu'en France, on applaudit surtout le perçant naturel et l'équilibre, qui lui convient le mieux, en Allemagne, il n'est pas rare de lire cette critique dans le rendu compte d'une reprise quelconque : Manche isoohl etwas zu sehr auf der Hand^ imd su wenig aitf die Hinterhand gearbeùet. (Cheval trop sur la main et pas assez assis.)

A ce propos, quelqu'un de très bien informé m'a raconté que les Allemands avertis, s'ils n'ignorent pas que leurs chevaux si bien nés manquent de sang, savent aussi que leurs cavaliers manquent de perçant. Leurs offi-

ciers sont allés visiter, à Saumur, notre école de cavalerie. Cette école, en effet, malgré les efforts de quelques bluffeurs de l'équitation internationale dite de concours hippique, a conservé tout son prestige. A Saumur, les Allemands ont admiré l'allant de nos jeunes gens, le galop gaillard qui leur est familier, naturel même à l'extérieur. Naturellemen*t, les observateurs étrangers ont voulu remonter de l'effet aux causes, des élèves aux maîtres. Ils ont vu nos écuyers, en leurs classiques séances de haute école, haute école qui est à l'équitation ce que excercices de solfège sont à la musique instrumentale. Mais ce qui pour les écuyers français n'est qu'un moyen expérimental d'apprendre le mécanisme secret et compliqué de la locomotion, a été pris par les Allemands comme le but final de l'équitation même et comme la cause de nos succès cavaliers. Et, déjà très portés par tempérament à pratiquer l'équitation renfermée, ils se sont mis à la renfermer davantage encore. Puissent-ils rester longtemps dans cette erreur qui les met visà-vis de nous en état d'infériorité et compense sans doute la supériorité possible de leurs che-

vaux de troupe sur nos anglo-normands militaires !

Ce n'est pas avec de tels errements, même en décrétant la vitesse de leur galop à 550 mètres à la minute, qu'ils prendront jamais l'habitude des galops gaillards des Lignères, des Galliffet, des Bellegarde... Quand il y a trois ans j'ai visité l'école de cavalerie de Hanovre, même là le manque de perçant des chevaux et des hommes m'a frappé. Je sais, par de récents visiteurs, que ce défaut ne s'est pas atténué, au contraire. Mais peut-être mon tempérament français me fait-il appeler mollesse ce qui n'est que le calme nécessaire au cheval d'armes, calme qui fait un peu défaut à certaines de nos remontes, surtout en garnison.

Des attelages d'artillerie se sont aussi « dégagés » au carrousel.

En 1907, à Dusseldorf^ les canons et les caissons étaient peints en gros bleu, teinte bien peu plaisante. J'avais trouvé les attelages de l'artillerie de campagne trop grands, mais d'un type absolument remarquable. Mon cicérone me les avait certifiés hanovriens. Ils étaient forts osseux et distingués dans leur modèle,

suffisants dans leur membrure, irréprochables dans leur dessus, trottant allongé, galopant parfaitement. Sages et dociles, ces attelages paraissaient bien plus cavaliers d'allures que ceux des hussards de Crefeld, car ils n'étaient pas, comme ces derniers, mis en dedans de la main par une équitation trop renfermée. Les chevaux des sous-officiers eussent presque mérité la qualification de chevaux de tête.

Assurément, toute l'artillerie allemande est très loin d'être remontée comme ces pièces d'exposition. Mais ces échantillons prouvent que les Allemands savent comment on doit se remonter et il n'est pas permis de douter que, grâce à la volonté unique et persistante qui régit l'Empire entier, il n'arrive un temps où cette bonne remonte soit généralisée.

A Berlin, j'ai eu l'occasion de voir défiler un régiment à! artillerie de la Garde. Tous ses chevaux avaient du modèle, du sang, trop de taille, selon la théorie — je ne dis pas la pratique — française, et de la distinction dans la tête. Les officiers très bien remontés. Je note, en passant, leurs étriers extraordinairement courts.

Cette année, à Hambourg, l'une des pièces

était attelée de grands chevaux noirs du Schleswig-Holstein, de tailles trop diverses, depuis I m. 56 jusqu'à i m. 68, mais de modèle, à première vue, assez plaisant, et pas bourdon du tout. Longilignes, trop longilignes plutôt, parfois décousus ; moyennement mais point mal membres. Allures, au trot, étendues et rasantes, au galop, trop rondes et relevées comme celles de vrais carrossiers, chose rare en Allemagne. Avant que j'eusse formulé la moindre appréciation, mon voisin, un vétérinaire civil du Schleswig, m'expliquait qu'on était bien obligé, même en Allemagne, pour « flatter les éleveurs régionaux », de moins bien atteler quelques régiments, que d'ailleurs le cheval d'artillerie était rare et qu'il le deviendrait beaucoup plus... Mon interlocuteur était un sage.

Une autre pièce était attelée de schleswigs aussi, bais, mais de même taille et de même pied entre eux. Ils produisaient, à tous points de vue, une meilleure impression professionnelle.

Quelques huit de chiffre au trot et au galop, aux sons de la lénifiante musique — pas de

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mise en batterie — et l'artillerie de campagne disparut au galop allongé sous un tonnerre d'applaudissements. Mais malgré ces bravos, l'artillerie allemande, du moins celle que j'ai pu voir aux concours de 1907 et 1910, ne peut se comparer à la nôtre quant à la gaîté, à la vitesse, au brio, à la furia brutale; même en admettant que nos chevaux fussent inférieurs aux leurs, nos hommes, du moins, et leurs cadres sont autrement lestes, dégagés, perçants...

Deux pièces de grosse artillerie se présentèrent ensuite, traînées, l'une par des belgesrhénans, l'autre par des schleswigs-holsteinois lourds. Les premiers, alezan clair, de i m. 60 en moyenne, très roulés, râblés, trop gras, trop épais, trottaient cependant avec facilité. Les seconds, beaucoup plus communs, moins réguliers, plus décousus dans leur modèle, plus bidets indigènes, plus « qualitueux » peut-être, se sont montrés, de plus, beaucoup plus dégagés dans leurs allures. Je comparerais volontier ces schleswigs-holsteinois à nos trop rares trait lorrains et les rhénans à de petits ardennais-belges.

Le Concours agricole comprenait encore un CONCOURS HIPPIQUE organisé par le Polo- Club hambourgeois, lequel est, paraît-il, très florissant.

Mais il ne faudrait pas s'imaginer que ce concours hippique pût être comparé même à l'un de nos moindres concours de province. Celui que j'ai vu à Hambourg était plutôt minable ; il faut dire qu'une pluie diluvienne avait tout contrarié et que les opérations des jurys de selle, de voiture et d'obstacles eurent lieu dans de véritables fondrières.

Je n'en décrirai pas par le menu toutes les opérations et me contenterai de transcrire ici les impressions notées au fur et à mesure sur mon calepin...

La note dominante de ces épreuves était, comme toujours, le manque absolu d'allant naturel commun à toutes les classes de chevaux, — selle et attelage, — manque d'allant encore augmenté par la préoccupation cons-

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tante du rassembler'entrele mors et l'éperon, et par l'ignorance absolue — du moins on le croirait — de ce galop détendu cher aux Anglais et aux Français, et inné chez tous les chevaux de sang qui « en veulent toujours »; tandis que les chevaux allemands — on le dirait à les voir, et cela revient dans mon étude comme un leitmotiv — n'ont qu'une envie, celle de ralentir et de s'arrêter, pour peu que l'action des jambes de leur cavalier vienne à cesser. Je sais bien qu'il y a en France une école — peu nombreuse heureusement — qui préconise un tel dressage et souhaite à ses chevaux un tel tempérament. Il n'est heureusement pas le cas des cavaliers entreprenants civils ou militaires que soutient et anime le génie de la race.

Symptôme caractéristique, en plusieurs garnisons allemandes, j'ai vu de jeunes et brillants officiers que me désignait leur colonel comme des cavaliers accomplis, monter à l'entraînement leur pur sang sur le mors de bride tout comme le font les sportsmen (?) argentins ! On voit d'ici ce que, avec de telles habitudes, doit être, de l'autre côté du Rhin, une présentation de concours hippique.

Je ne dirai que peu de chose des épreuves d'obstacles. Le saut, en Allemagne, n'a, la plupart du temps, aucun rapport avec ce qu'une longue pratique, une organisation sérieuse de concours d'obstacles, un entraînement rationnel sur des chevaux très bons sauteurs, l'émulation, un tempérament plus « chaud », ont donné aux Français, aux Belges, aux Italiens ; je veux dire une méthode qui, modifiée selon les caractères propres de chacun de ces peuples et enseignée à Saumur, Ypres, Tor di Quinto, a, comme base, la préoccupation, la nécessité de ne gêner en rien le cheval au saut, ni par la main, ni par le poids de l'homme. Cette préoccupation, en Italie et en Belgique, va même jusqu'à sacrifier la position. En Allemagne, rien de semblable. Les cavaliers ont tous l'air de monter à l'ordonnance de 1860 et à la parade, sous l'œil sévère d'un inspecteur général très vieux jeu... et l'on peut voir des officiers, et même des dames, présenter leurs chevaux, devant un pourtant peu impressionnant jury de concours, au trot assis, avec la conduite à une main, l'autre main pendant en arrière de la cuisse. Car de nombreuses dames, et de meilleure société, des femmes d'of-

ficiers présentent elles-mêmes leurs chevaux. Les femmes, en effet, montent beaucoup à cheval, beaucoup plus que chez nous, vénerie mise à part, bien que depuis quelque temps il semble que nos Françaises reprennent goût à l'équitation.

La position de l'amazone allemande est bonne; elle est assise. Mais son équitation, qui frise celle de cirque, est encore plus renfermée que celle de son époux.

L'une de ces dames montait un beau pur sang alezan à encolure rouée comme un hippocampe, qui ne savait, ou ne voulait faire, ce jourlà, que du passage. Elle eut le premier prix! Toutes les autres s'efforçaient à faire passager leurs « irlandais », sortes de roadters gros et gras à lard. Et, toujours, cette tenue de rênes à une main, l'autre pendante et tenant, à la Julia de Trécœur, une cravache de haute fantaisie !

Les habits de cheval des amazones étaient fort variés de couleur et de coupe. Il y en avait de toutes les époques, spencers à boutons d'or, vestes à petites basques, redingotes modernes, cols droits ou cravates épinglées d'un gros bijou saïtapharnesque, tout petits chapeaux

YuBELGREis, étalon demi-sang Neustadt, petit-fils de Chaînant, pur sang (88 pour loo d'anglais)

Titus, étalon demi-sang Neustadt, petit-fils de pur sang.

melons ou très grands de bords dont un relevé sur le côté à la mousquetaire. Mais, si quelquesunes devançaient la mode dans l'anglomanie, d'autres semblaient la mépriser fort, ou bien, très bon enfant d'aspect, ne s'en soucier aucunement. Mais soyons justes envers elles, toutes restaient dans le fond de leur selle, même au saut, très sagement exécuté parleurs montures, bien d'aplomb, les bras fixes, les poignets souples, très compréhensives de leurs chevaux. Combien de Françaises et même d'Anglaises pourraient en dire autant, les unes et les autres fort entreprenantes, très « sport », mais empiriques et incapables du moindre dressage?

Leurs selles — presque toutes posées trop en avant — présentaient aussi des modèles bien divers. Plusieurs, recouvertes de peau de daim pour augmenter l'adhérence, reposaient sur des tapis de feutre en schabraque, bleus ou blancs, parfois agrémentés d'énormes couronnes héraldiques, car l'Allemagne est un pays oii fleurit facilement la couronne géante. Aperçu plusieurs dames à califourchon, ce qui n'est vraiment pratique et seyant que pour les maigres. Elles ne l'étaient point toutes.

Des officiers, à leur tour, présentèrent leurs chevaux en selle d'armes ou en selle anglaise, cette dernière presque toujours à forts bourrelets, sur tapis carrés en feutre ou drap de couleur. Les chevaux de quelques-uns sont embouchés d'un immense mors de bride aux branches en S, destiné à contenir des animaux parfois plutôt légers et dont aucun, certes, ne paraissait avoir grande envie de s'échapper. Le cheval allemand, en effet, semble être partout tout à fait bien disposé à l'égard de son cavalier. Celui-ci, officier ou civil, le lui rend bien. Il est doux avec lui et ce qu'il en exige, il le lui demande toujours d'une façon raisonnable et raisonnée, d'après les règles étudiées et bien comprises d'une équitation savante dont certains détails peuvent être critiqués et surtout les tendances, mais qu'on ignore absolument en Angleterre, et qu'il serait heureux de ne pas voir tout à fait abandonner en France, du moins par ceux qui ont mission d'instruire les jeunes cavaliers en équitation courante. Cette science équestre est une base bien utile, et plus d'un qui était « parti » sans vouloir s'y initier,, y est revenu apprendre le pourquoi et le com-

ment des choses, que la simple pratique ne lui avait pas révélés. Le jour où les cavaliers allemands fréquenteront nos concours hippiques, nos raids internationaux, le jour où leur but ne sera plus le trot à extension soutenue ou la demi-pirouette, le jour où ils décrocheront la gourmette de leurs mors, le jour où ils auront des chevaux maigres, ce jour-là ils monteront parfaitement bien à cheval. Mais toutes ces conditions-là, leur tempérament froid, compassé et ratiocineur d'homme du Nord et de Germain pourra-t-il jamais les remplir?... Je viens de lire un ouvrage très intéressant, Springrûfungen u. gelanderttte , par le lieutenant von Maercken zu Geerath, où est constatée l'infériorité allemande et autrichienne en équitation d'obstacles et d'extérieur; notre supériorité y est également et très loyalement reconnue. Les jeunes officiers allemands commencent à étudier nos méthodes et puisqu'ils reconnaissent leurs erreurs, tout fait supposer qu'ils les corrigeront facilement.

Maisil faut qu'on lesache, c'est notre méthode classique de Saumur, au saut, qui fait, à l'étranger, qu'on nous admire, et non l'équitation quas

simiesque, qui, sous prétexte de modernité, sert aux trop subits « parvenus de l'équitation » à cacher leur ignorance et leur manque d'assiette .

En attendant, les Allemands montent les jambes tendues en arrière par des étriers très courts, la cuisse bien descendue, les fesses en portemanteau; aussi, au trot, sont-ils forcés de s'enlever du bassin et non de la cheville et du genou. Par contre, ils ont bonne tenue partout, ce qu'une équitation seulement sportive ne garantit toujours pas, hélas!

Je remarque un élégant ofhcier de hussards, à l'uniforme très dix-huitième siècle. Sa bride est brodée à l'orientale depetits coquillages sur cuir verni noir, ainsi que la martingale et le poitrail, tout cela du plus joli effet. L'officier, jeune mais déjà un peu gras, « un peu noyé », comme ses camarades, porte, comme eux, la moustache taillée en brosse à ongles — ce qui est la grande mode actuelle, mode que doivent maudire les gretchen sentimentales aux joues si tendres. Les cheveux sont portés très ras, tondus « au rose » , et la haute casquette enfoncée jusqu'aux oreilles, ce qui ne laisse visible qu'un petit morceau de figure. Aspect peu esthétique, sur-

tout lorsque la boule crânienne est supportée par un haut col de couleur et montant jusqu'aux oreilles partant de très bas, à cause d'un cou trop court.

D'autres ofEciers, selon l'arme, montent en redingote foncée ou grise, fort décorative à pied, mais trop collante pour bien tomber de chaque côté de la selle et malséante aux allures vives. Voir flotter au vent les pans d'une redingote militaire retroussée, alors que son propriétaire s'emploie, avec la monte à l'américaine, à franchir les obstacles d'un steeple, est un spectacle peu sportif et d'ailleurs inesthétique. La plupart des officiers se plaignent fort de ce vêtement incommode qui n'a de riding-coat que le nom. Mais la redingote du professeur demeurera, car elle constitue un des caractères ethniques de la race. A Cassel, j'ai vu, à un enterrement, une société de tir dont les hommes, armés de fusils, portaient comme uniforme une redingote noire et un chapeau haut de forme !

Après les cavaliers militaires, il convient de citer les cavaliers civils, les écuyers. Ce mot vient naturellement sous ma plume pour qualifier au plus près les personnages en redingotes

professorales, bien collantes sur des culottes bouffantes et parfois de haute fantaisie dans leurs teintes et dispositions, comme disent les tailleurs.

Ces jeunes hommes, à la santé florissante, montent de bons chevaux bien en chair, ronds, mais toujours régulièrement bâtis pour la selle et dont les allures sont excellentes. Quelques détails amusants de tenue : ici, à un assez beau cheval on a tressé la crinière avec des rubans roses et arrêté chaque tresse avec une rose rose, en papier, je crois, et encore deux grosses roses roses au frontail! Là, un domestique présente un assez joli trakehnen, plein de sang, d'un pur type oriental, extrêmement cheval de cirque dans ses manières. L'homme, habillé d'une redingote bleue à retroussis rouges, à lourdes pattes d'épaule et fourragère d'or, culotte blanche, chapeau haut en poil de lapin, largement galonné et cocarde d'or : un vrai type de domestique du célèbre lord Seymour. Il chevauche un étalon sortant d'un élevage princier quelconque et le monte très bien.

L'équitation des civils s'efforce vers la haute école. Et même, ceux d'entre eux qui fran-

chissent les obstacles en usent assez convenablement grâce aux principes indiqués dans le livre de Fillis, assez en honneur ici.

Tout se passe avec accompagnement de musique de cirque sur laquelle les cavaliers règlent leur cadence et qui force les chevaux à gambiller, à trottiner, à galopailler rassemblé, avec des voltes « dans une assiette ». On attend M. Loyal ou M. Franconi, M. Mollier ou M. Rentz avec leur chambrière... La musique accélère, les chevaux allongent l'allure. On applaudit à tout rompre. Mais, vite, les poignets se ferment sur les rênes de bride et revoilà toute la reprise aux allures traînantes. C'est fini, à une autre classe... '

Un petit lad de quatorze ans saute sur un cheval pour l'emmener. Tout de suite, il met ses jambes en arrière, ses fesses en portemanteau, se penche en avant, tire sur le mors de bride et part au trot espagnol sous le regard satisfait de son maître, un officier fort élégant.

Il y a un grand et continu désordre dans toutes ces présentations. Tous les animaux

sont si sages, calmes et doux à l'homme, que malgré le pêle-mêle qui les groupe au hasard comme des moutons attendant leur tour d'abattoir, jamais une ruade ni un traître coup de pied. Les étalons eux-mêmes sont très facilement maniables. Même aux écuries de l'Empereur, les carrossiers entiers, pourtant bien nourris à l'avoine, sont très indifférents aux vraies ou fausses tentations de ce monde! A VAicsstelhcng^ jamais on n'entend cette belle musique du Concours des reproducteurs de Paris, cette belle musique que fait l'étalon, hennissant en l'honneur des juments, prudemment séparées de lui cependant par toute la largeur de la Galerie des Machines!

Je n'ai pas eu le courage, je l'avoue, d'assister à toutes les séances de ce concours hippide. Hambourg offre d'autres attractions. Ce jour-là, il est encore de bonne heure. Je saute dans un tram qui m'emmène à travers les faubourgs. Un agent de la police montée che-

vauche un hanovrien assez rond, mais doté d'une certaine branche et d'une belle tenue. Il l'exploite au grand trot avec une précision telle que l'animal nage avec extension soutenue. Cet ancien sous-officier sait, lui aussi, sonéquitation. La majorité de nos gardes républicains en sauraient-ils autant? Sûrement non.

Au bout d'une demi-heure, je suis chez Hagenbeck, le fameux marchand d'animaux sauvages. Voici le « paradis des bêtes », où les plus féroces semblent, dit le programme, vaguer en liberté. Il faut déchanter. Cette organisation constitue le plus beau bluff qu'il soit donné de contempler en Allemagne.

Par compensation, j'ai pu admirer un beau spécimen du fameux cheval sauvage de Prezwalski.

On sait que ce cheval sauvage, découvert il n'y a pas très longtemps, erre dans les plaines de la Dzoungarie mongolique, dans le Turkestan chinois, par troupes d'une vingtaine d'individus très difficiles à approcher. On prétend qu'ils' sont les derniers représentants du cheval préhistorique dit de Solutré, et nommé par les savants equits caballus feras.

L'échantillon d'Hagenbeck est gras, — révérence parler, comme un moine, — ce qui lui ôte toute silhouette de sauvage buveur d'air. C^est un animal de i m. 40 environ, très régulier, très membre, avec une crinière courte et droite, une grosse tête, un front large, du coffre, une épaule droite, un bras horizontal, un dos soutenu, une croupe forte, en somme un parfait cheval de bat. Beaucoup de chevaux chinois que j'ai pu voir et même monter au Tonkin vers 1884 lui ressemblaient un peu.

Ce prezwalski, tandis que j'essaye de le photographier, se promène de long en large avec le doux entêtement de l'ours en cage...

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