ROBERT LE LORRAIN
Il existe aux archives départementales du Bas-Rhin une pièce tort intéressante qui porte ce titre : Description des ouvrages de sculpture que feu M. Lelorrain, professeur de L'Académie royale de peinture et de sculpture, a fait pendant plusieurs années au château de Saverne, finies en 1723, et au palais épiscopal de Strasbourg en 1735, 1736, 4757, ouvrages dignes d'être admirés et d'honorer la mémoire de ce grand homme. Les œuvres de Le Lorrain énumérées et décrites dans ce document sont : les clefs des arcades sur la façade de la principale entrée (ce sont des masques admirables représentant les traits de quelques personnages de l'Ancien Testament); les deux belles figures de la Religion et de la Clémence qui surmontent l'entablement du portail (le visage de la Clémence est d'une grâce inexprimable) ; les Groupes d'enfants et les cassolettes qui décorent le même entablement; la Charité qui orne le tympan du pavillon à droite de l'entrée (le dessin seul est de Le Lorrain, la sculpture fut exécutée par un sieur Paulé); les clefs des neuf fenêtres de la façade du château sur la cour; les trophées qui décorent le fronton triangulaire de l'édifice sur la cour et les figures qui les surmontent, la Force et la Prudence (la Force a été complètement refaite, il y a quelques années) ; les deux anges qui couronnaient la grande fenêtre de la
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bibliothèque (exécutés en cuivre, ils furent envoyés à la fonderie, en 1793).
Dans cette énumération, on ne voit figurer ni les clefs des arcades du rez-de-chaussée de la façade sur 1*111 (elles sont exquises, surtout l'adorable masque de femme d'une grâce presque gothique, sculpté sur le bâtiment de la chapelle), ni les têtes de chevaux qui ornent les murs des communs et des écuri es. Néanmoins, ces sculptures sont dans la manière de Le Lorrain; elles ont été sans doute oubliées par l'auteur de la description, à moins qu'elles n'aient été exécutées par un élève, sur les dessins et après la mort de son maître.
Comme cet art de Le Lorrain s'accordait bien avec celui de Robert de Cotte! Même facilité, même élégance, même esprit. Ces deux Parisiens de Paris étaient faits pour s'entendre.
Les successeurs d'Armand-Gaston de Rohan, François-Armand de Rohan-Soubise-Ventadour, Louis-Constantin de Rohan-Guéménée-Montbazon et Louis-Edouard de Rohan-Guéménée habitèrent le palais episcopai, chaque fois qu'ils vinrent à Strasbourg. Ils n'y vinrent pas très souvent. Lorsqu'ils étaient en Alsace, ils préféraient Saverne, qui, avec ses jardins, ses eaux, ses chasses, ses vastes écuries et ses nombreux appartements, convenait mieux à la vie de cour.
Le dernier des cardinaux de Rohan, le car-
MIS CHATEAUX DES CARDINAUX DE ROHAN 2.j5
dinal de l'affaire du collier, surpassa en faste et en prodigalité tous les prélats qui l'avaient précédé à Strasbourg. 11 émerveilla la baronne d'Oberkirch par le luxe de ses vêtements, la magnificence de son domestique, la bonne grâce de sa conversation, et les Mémoires de cette femme d'esprit sont à lire, si l'on veut évoquer la vie d'autrefois dans le grand appartement du château de Strasbourg. « Son Éminence nous reçut dans son palais épiscopal digne d'un souverain. Il menait un train de maison ruineux et invraisemblable à raconter. Je ne dirai qu'une chose, elle donnera l'idée du reste. Il n'avait pas moins de 14 maîtres d'hôtel et de 25 valets de chambre. Jugez! Il était trois heures de l'après-midi, la veille de l'Octave de la Toussaint ; le cardinal sortait de sa chappelle en soutane de moire écarlate et en rochet d'Angleterre d'un prix incalculable. Le cardinal portait à la main un missel enluminé, meuble de famille d'une antiquité et dune magnificence uniques; les livres imprimés n'étaient pas dignes de lui. Il vint au-devant de nous avec une galanterie et une politesse de grand seigneur que j'ai rarement rencontrées chez personne.. » Et qu'elles sont vivantes et dramatiques, les scènes où, dans ce même château de Strasbourg, la baronne nous montre Fempire que Cagliostro exerçait sur le crédule cardinal!
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Le cardinal de Rohan protesta à l'Assemblée constituante contre tous les décrets relatifs aux biens ecclésiastiques, puis passa le Rhin et se réfugia à Ettenheim. Le 8 août 1791 , le château fut vendu comme bien d'émigré. La commune de Strasbourg l'acheta 129.000 livres pour en faire une mairie. Mais les meubles restèrent encore deux années dans les appartements. La commune demandait qu'on les enlevât; elle écrivait aux administrateurs du district : « Nousmêmes, nous n'attachons aucune valeur à des meubles somptueux qui contrastent avec la simplicité républicaine et répugnent à l'économie que la municipalité doit mettre dans son administration. » Néanmoins, lors de la vente, la Ville eut soin de racheter les objets qui formaient le décor même du palais : les glaces, les peintures, les tapisseries, les bustes antiques, des vases de Chine et du Japon, les armoires de la bibliothèque. Malheureusement, la Révolution laissa derrière elle quelques dommages irréparables. Les portraits des évèques, qui ornaient un des salons, furent brûlés. Les deux Anges en cuivre, qui surmontaient la grande fenêtre de la bibliothèque, furent envoyés à la fonte. L'écusson de Rohan, sculpté sur le portail, fut brisé. Il est vrai que sur l'entablement de ce même portail, le 12 fructidor an II, on érigea une Liberté du sculpteur mayençais, Etienne Malade.
En 1806, la ville donna le château à l'Empereuret ce fut dans ce palais impérial que résida Napoléon, à son retour d'Allemagne. Des fêtes furent alors célébrées dont le programme rappelle celui des fêtes jadis données à Louis XV. Le souvenir en a été conservé dans une suite d'estampes d'après les dessins au trait de Zix qui ne manquent ni de finesse ni d'esprit. Un d'eux représente le défilé des corporations de Strasbourg sur la terrasse de l'Ill. Napoléon a remplacé Louis XV à la fenêtre du château.
En i832, l'ancien palais épiscopal, devenu palais impérial, puis palais royal, fut détaché de la liste civile et revint à la ville qui, de nouveau, s'en débarrassa, sous le second Empire, en le donnant à Napoléon III. De 187 1 à i8o,5, il abrita la bibliothèque de l'Université dont l'installation causa de grands dégâts aux plafonds et aux boiseries.
Aujourd'hui le musée de peintures et le cabinet des estampes occupent le premier étage du château. Quant au grand appartement des cardinaux, le seul dont la décoration soit précieuse, il sert à des expositions diverses.
Une partie du château a été envahie par le service des monuments historiques qui y a établi ses bureaux et ses magasins. Non seulement il a encombré la cour de débris romains, mérovingiens et carlovingiens qui font la plus
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sotte figure au milieu des bâtiments du dixhuitième siècle, mais il a envahi les deux plus belles salles du palais, la bibliothèque et la chapelle, et les a transformées en un dépôt de briques et de vieilles pierres, et il faut avouer que voilà une assez plaisante façon d'entendre la conservation des monuments historiques.
Ce château est un des exemplaires les plus merveilleux et les plus achevés d'une résidence princière, bâtie en pleine ville, sans le décor d'un jardin.
La porte qui s'ouvre sur la place du château, avec ses vantaux de bois sculptés, la galerie intérieure qui conduit aux deux pavillons, la forme de la cour et ses justes dimensions, la noble façade du palais avec son fronton et ses deux statues allégoriques, le degré qui, aux angles de la cour, précède les deux vestibules la majestueuse façade qui domine le cours de rill, le choix même des matériaux, la pierre grise des façades principales qui s'harmonise si bien avec le grès rose employé dans les autres parties de l'édifice, tout offre ici un incomparable caractère de grandeur et de perfection. L'édifice est à peu près conservé dans ses parties essentielles.
Mais quelle désolation quand on pénètre dans l'intérieur du château, dans les magnifiques appartements du rez-de-chaussée! L'œuvre de
l'architecte y est intacte: le vestibule avec ses lignes doucement arrondies, la grande salle du Synode avec ses arcades, la longue enfilade des salons, l'admirable bibliothèque communiquant avec la chapelle, tout cet appartement d'une beauté vraiment royale nous émerveille encore, malgré l'état lamentable où il est abandonné. Mais des boiseries sont éventrées, d'autres pourrissent, des plafonds sont troués, des volets sont brisés et portent les traces du bombardement de Strasbourg ; des peintures ont été arrachées et des panneaux entiers sont en ruine !
Le cardinal Egon de Furstemberg avait entrepris la construction du château de Saverne sur les plans d'un Italien, Thomas Comacio. Son successeur, le premier des cardinaux de Rohan, celui qui a bâti le château de Strasbourg, résolut d'achever l'édifice, et là aussi il fit travailler Le Lorrain. Celui-ci sculpta les bas-reliefs du grand salon et deux sphinx plus grands que nature, « l'un coiffé à la grecque et l'autre à l'allemande » qui étaient posés de chaque côté des degrés par où du château l'on descendait vers les jardins. De ces sculptures, comme du palais qu'elles ornaient, il ne reste rien : un incendie adétruit, en 1779, lechâteaude Saverne.
Pour nous représenter les dehors du château
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incendié, nous n'avons qu'une estampe Mais les contemporains nous ont laissé des relations enchanteresses de la vie que menaient les hôtes de Saverne. Ecoutons d'abord le marquis de Valfons qui fut reçu par le cardinal en 1741.
L'immensité de l'édifice lui causa une grande surprise, car on y comptait 700 lits. Il y avait 180 chevaux dans les écuries et « des calèches à volonté. » La plus grande liberté régnait dans le château et chacun y vivait selon sa fantaisie. « Avec un pareil maître de maison, tout est bonheur ; aussi le temple ne désemplissaitpas, et il n'était femme ou fille de bonne maison qui ne rêvât Saverne. Je remarquai que tout y était de bon conseil, jusqu'au-dessus des portes, où il y avait pour légende un mot latin, suadere, qui veut dire persuader. Chacun y travaillait, et souvent le succès suivait le désir. J'y ai vu les plus belles chasses : 600 paysans rangés avec des gardes de distance en distance formant une chaîne d'une lieue, parcourant un terrain immense devant eux, en poussant des cris, battant les bois et les buissons avec des gaules. »
Ne dirait-on pas de petits tableaux composés parLancret pour être logés dans le cadre sinueux d'une boiserie Louis XV?
« On faisait trois battues comme cela jusqu'à une heure après midi, où la compagnie, femmes et hommes, se rassemblait sous une belle
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tente au bord d'un ruisseau, dans quelque endroit délicieux; on y servait un dîner exquis assaisonné de beaucoup de gaîté; et comme il fallait que tout le monde fût heureux, il y avait des ronds et des tables creusés dans le gazon pour tous les paysans... La halte finie, le chaud un peu passé, chacun allait reprendre de nouveaux postes, et la battue recommençait. On choisissait son terrain pour se mettre à l'affût, et de crainte que les femmes n'eussent peur étant seules, on leur laissait toujours l'homme qu'elles haïssaient le moins pour les rassurer. Il était extrêmement recommandé de ne quitter son poste qu'à un certain signal, afin d'éviter les accidents de coups de fusil; tout était prévu, car, avec cet ordre, il devenait impossible d'être surpris. Il m'a paru que les femmes à qui j'avais entendu le plus fronder le goût de la chasse, aimaient beaucoup celle-là. La journée finie, on payait bien chaque paysan, qui ne demandait qu'à recommencer, ainsi que les dames. »
Un poète, commensal de l'évêque, va nous faire entrer dans l'intimité de cette petite cour plus mondaine qu'ecclésiastique. Ce poète, c'est l'abbé Grandidier, qui fut plus tard l'austère historien de l'église de Strasbourg1. Mais, alors, il a vingt ans. On le trouve, à Saverne,
1 Grandidier poète, par A. -M. -P. Ingold. {Revue alsacienne illustrée. Octobre 1903.)
« le plus aimable, le plus instruit et le plus beau des hommes ». Toutes les femmes en raffolent : la marquise de Salle. Christine de Saxe, abbesse de Remiremont, la princesse de Rohan-Rocheforî, pour laquelle il rime une fable charmante, une certaine Mme de P..., à qui est adressée cette galante prière :
En faveur de ma jeunesse Vous n'avez que trop vanté Des chansons que la paresse Me dicta pour la beauté.
Vous affligez ma tendresse En flattant ma vanité.
Vous augmentez ma détresse Blâmant ma sincérité.
Le laurier peut-il me plaire!
Je vous aime et j'ai vingt ans.
Parez ma muse légère, Enchaînez-moi de rubans.
Pour mes vers soyez sévère :
Mais des festons du printemps Et du myrthe de Cythère Couronnez mes jeunes ans.
La gloire est triste à mon âge Et l'amour est enchanteur.
Louez un peu moins l'ouvrage, Aimez un peu plus l'auteur.
Et Grandidier, ayant été exaucé, remerciait par ce quatrain :
A la même sur un baiser qu'elle avait donné à Vaut eu r après la lecture de cette chanson.
Alain Chartier dormait, si l'on en croit l'histoire, Lorsqu'il dut au hasard un baiser pour sa gloire. Pour le prix de mes vers j'eus un baiser plus doux; Mais je ne dormais pas quand je l'obtins de vous.
Mme de P... était, paraît-il, d'un âge qui rendait ce badinage innocent. On veut aussi, pour la même raison, ne voir que fantaisie de rimeur dans les Réflexions d'un jeune antiquaire adressées à Mme la comtesse de Brionne :
Donc, avec art découvrant les trésors, Les Phidias à Fenvi l'un de l'autre, En modelant jadis de si beaux corps.
Semblaient mouler tous les contours du vôtre.
Ainsi, princesse, en l'âge des amours, Quand le plaisir préside à nos beaux jours, En vous voyant comme un modèle unique, J'admire en vous les beautés de l'Antique.
N'est-il pas vrai que le seul accent des petits vers du petit abbé suffît à évoquer toutes les images galantes, toutes les mythologies dont les peintres et les statuaires des Rohan avaient orné les jardins, les appartements et les galeries de Saverne ?
Après le Français de Vallons et l'Alsacien Grandidier, voici un Allemand.
Un beau jour d'été de Tannée 1770, trois jeunes
étudiants qui prenaient leurs degrés à l'Université de Strasbourg firent le projet d'aller visiter Saverne. Deux d'entre eux étaient de la Basse- Alsace et le troisième venait de Francfort. Plus tard, ce dernier racontait ainsi ses impressions : « Avec deux de nos convives, mes bons amis Engelbach et Weyland, tous deux enfants de la Basse-Alsace, je me rendis à cheval à Saverne, et, par le temps qu'il faisait, cette gracieuse petite ville nous sourit très agréablement. Nous admirâmes l'aspect du château épiscopal ; l'étendue, la grandeur et le luxe d'une nouvelle écurie attestaient la richesse du possesseur; la magnificence de l'escalier nous surprit; nous parcourûmes les chambres et les salles avec respect ; mais la personne du cardinal faisait contraste : c'était un petit homme caduc. Nous le vîmes dîner. La vue sur le jardin est superbe, et un canal de trois quarts de lieue, tiré au cordeau dans la direction du centre de l'édifice, donne une haute idée de l'intelligence et du pouvoir des anciens maîtres. Nous nous promenâmes au bord, et nous parcourûmes plusieurs parties de ce domaine, bien situé à l'extrémité de la magnifique plaine d'Alsace, au pied des Vosges. Après avoir observé avec plaisir cet avant-poste ecclésiastique d'une puissante monarchie et nous être promenés à loisir dans les environs, nous atteignîmes le lendemain »
Le petit homme caduc, c'était le prince Louis- Constantin, le troisième des cardinaux de Rohan. Le jeune étudiant qui parcourait les galeries du château avec respect, et assistait au dîner du prélat, c'était Gœthe.
Après l'incendie de 1779, le cardinal Louis- Edouard de Rohan Guéménée fit bâtir un édifice nouveau par l'architecte Salins de Montfort. C'est celui qui subsiste encore aujourd'hui, mais combien défiguré !
Les travaux n'étaient pas tout à fait achevés au moment de la Révolution. Le 10 juin 1790, une bande de six cents paysans envahit les jardins du château, et abattit les arbres séculaires. Saverne, « autrefois le repaire du druide Rohan », tombe au pouvoir des Jacobins : le 28 septembre 1792, on plaça sur le fauteuil du cardinal l'effigie de Louis XVI, et on la promena dans toutes les rues de la ville « au grand déplaisir des aristocrates, qui avaient soigneusement fermé leurs fenêtres et qui, sans doute, faisaient de ferventes prières pour la délivrance des prisonniers du Temple. Le soir, la ville a été illuminée, et il y a eu des danses et des festins1 ».
Le Directoire du département du Bas-Rhin
1 Courrier de Strasbourg, Ier octobre 1792. — J'emprunte ce détail — comme beaucoup d'autres — à une très intéressante compilation de Le Roy de Sainte-Croix : Les Quatre cardinaux de Rohan en Alsace.
sauva la bibliothèque de Rohan et fit transporter à Strasbourg les magnifiques volumes dont les reliures, frappées aux armes cardinalices, portaient la mention : Ex bibliotheca Tabernensi. Ils ont *été brûlés dans l'incendie de la bibliothèque de Strasbourg, allumé le 24 août 1870 par les bombes allemandes.
Le château était, sous le Consulat, très délabré. La ville de Saverne, qui l'avait acquis, en fit abandon à l'administration de la Légion d'Honneur. Celle-ci, au lieu de le consolider, vendit le cuivre, le plomb et les ardoises des toitures. L'édifice n'était plus qu'une ruine. La ville en réclama de nouveau la propriété, l'obtint, fit les réparations les plus urgentes. Le vieux palais devint une halle, une mairie, une caserne, jusqu'au jour où le prince Louis- Napoléon le convertit en un asile pour les veuves des hauts fonctionnaires civils ou militaires morts au service de l'Etat. On rebâtit les façades, on aménagea de nouveau les appartements Depuis 1870, le palais est redevenu caserne.
Une première fois, m'étant présenté pour visiter l'ancien château, je fus éconduit. Depuis, j'ai été plus heureux. On m'a laissé parcourir tous les étages, et j'ai pu me convaincre qu'il ne restait pas un vestige des magnificences d'autrefois. On ne peut même plus imaginer la
disposition des anciennes salles; tout l'aménagement intérieur a été bouleversé.
Ce qui subsiste, c'est les deux façades, telles que les avait construites l'architecte Salins de Montfort. La façade tournée vers la ville a été défigurée par l'adjonction d'une aile immense et disgracieuse ; les toitures ont été surélevées ; le palais est couronné d'une abominable petite lanterne en verre de couleur. L'autre façade, du côté des jardins, a conservé toute sa majesté avec ses immenses pilastres qui montent du rez-de-chaussée jusqu'à l'attique, et son grandiose péristyle soutenu par des colonnes corinthiennes.
Les Rohan avaient donc donné à l'Alsace deux superbes modèles de l'architecture française appliquée à la construction dune résidence princière.