GUEBWILLER
bulle de Clément XII. Le chapitre avait fixé sa résidence à Guebwiller, sous le titre singulier à' Insigne collège équestral, et y avait transporté son incomparable bibliothèque. L'église nouvelle fut commencée en 1766 et, dix-neuf ans après, eut lieu la dédicace solennelle. C'est un vaste monument du style dit jésuite, mais d'une décoration sobre et d'un aspect majestueux. Les colonnades de la façade sont élégantes. L'intérieur est d'un dessin sûr et grandiose. J'ai sous les yeux une brochure écrite en i843 pour engager les Alsaciens à réparer et achever Notre- Dame de Guebwiller, et j'y lis ceci : « Il existe en Alsace un monument qui peut être regardé comme un chef-d'œuvre de l'architecture moderne, et auquel il ne manque plus que la dernière pierre, pour être, avec la merveilleuse basilique de Strasbourg, un des plus beaux édifices religieux de la France. C'est la nouvelle église paroissiale de Guebwiller. » Le rapprochement est assurément fâcheux pour la nouvelle église paroissiale de Guebwiller; les noms de Benque de Besançon et de Ritter de Guebwiller n'auront jamais la popularité du nom dErwin de Steinbach ; et il est cruel de nous rappeler les statues du portail de Strasbourg en face des allégories contournées et glaciales qui décorent la façade de Guebwiller. Cependant, devant la belle ordonnance de cette église gréco-romaine,
il faut renoncer aux dédains qu'inspirèrent à nos aînés le dégoût de l'académisme et la joie du moyen âge retrouvé. Qu'il y avait encore de grandeur, de grâce et d'harmonie dans les édifices religieux du dix-huitième siècle !
Au fond du chœur s'élève une grande Gloire, œuvre d'un sculpteur allemand qui vivait à Guebwiller : une nuée s'échappe d'un sépulcre et soutient une Vierge triomphante, au milieu du chœur ailé des Principautés, des Dominations et des Trônes ; lange des Dominations a devancé la troupe céleste; il porte la cuirasse et le baudrier, brandit son bâton comme s'il voulait le jeter au milieu d'une mêlée ; et il est charmant, ce jeune maréchal des anges s'élançant au milieu des nuages et des palmes, chevaleresque et pompeux comme un héros de tragédie.
Voilà trois églises qui ne se ressemblent guère ; et, sans sortir de chez soi, les gens de Guebwiller peuvent étudier les vicissitudes de l'art chrétien. Mais une remarque s'impose au passant : aucune de ces églises n'est pareille aux édifices du même style construits dans le même temps, en d'autres pays. Le centre de la France est riche en églises romanes ; les églises dominicaines abondent dans le Midi; au dix-huitième siècle, on a bâti partout des églises gréco-romaines. Et pourtant, devant ces églises alsaciennes nous n'avons jamais l'impression du
ABBAYE DE MUKBACH