FRANC. CASTELLON
Quelques mois plus tard, le prince recevait à Ham une lettre de M. de Montenegro, ministre des affaires étrangères, qui lui conférait officiellement tous les pouvoirs nécessaires pour orga-
(1) On retrouvera cette lettre et l’histoire de la négociation de M. F. Castellon dans l'ouvrage qu'a publié à Londres M. Brifaut, sous ce titre : the Prisoner of Ham. C’est un volume que l'auteur doit à ses compatriotes de traduire lui-même dans sa langue natale.
niser une compagnie en Europe, et l’informait en outre que, par une décision du 8 janvier 1846, le gouvernement de Nicaragua ävait résolu de donner à ce grand ouvrage d'art, destiné à ouvrir une nouvelle route au commerce du monde, le nom de: Canale Napoleone de Nicaragua. Par suite de cette décision, M. de Marcoleta, chargé d’affaires de Nicaragua en Belgique et en Hollande, se rendit à Ham, conformément aux instructions qu'il avait reçues, afin d’y signer avec le prince un traité qui donnait à ce dernier plein pouvoir pour réaliser l’objet en vue.
Pendant le cours de cette négociation, des démarches actives, mais infructueuses, se poursuivaient à Paris pour la délivrance du prince, qui, résolu, avant d'employer la dernière ressource, d’épuiser tous les moyens compatibles avec l'honneur qui pouvalent lui ouvrir les portes de sa prison, et satisfaire en même temps ses affections filiales en lui permettant d’aller à Florence rendre visite à son père âgé et infirme, informa le gouvernement français des propositions qu'il avait reçues d'Amérique, s'engageant, dans le cas où on lui laisserait la faculté de passer quelques mois en Toscane, à se rendre ensuite directement en Amérique pour l'objet en question.
Aucune espèce de réponse n'ayant été faite à cette demande, le prince se décida dès lors à mettre fin lui-même à sa captivité, si l’occasion s’en présentait.
Il y a maintenant (1846) deux mois que le prince est en Angleterre, attendant de jour en jour la permission de se rendre en Toscane; mais une politique insensée a toujours mis obstacle à ce qu'il reçût la bénédiction de son vieux père, qui est mort à Florence le 25 juillet dernier, sans avoir pu présser encore une fois son fils dans ses bras. Aujourd’hui que le prince se trouve dans l'exil, il est plus éloigné que jamais de renoncer à l'idée d’une entreprise qui a été l’objet d'instances si pressantes auprès de lui, et, afin de répondre à la confiance que lui a témoignée le gouvernement de Nicaragua, dans le temps même de sa captivité, il a résolu de profiter de son séjour en Angleterre pour obtenir et assurer, autant qu'il dépendra de lui, le concours de tous les esprits intelligents et élevés à cette même entreprise, qui ne saurait manquer d’avoir les résultats les plus heureux pour le commerce de toutes les nations.
Î. — IMPORTANCE DE LA POSITION GÉOGRAPHIQUE DE L'ÉTAT DE NICARAGUA, ET TRACÉ GÉNÉRAL DU CANAL.
La jonction des ocèans Atlantique et Pacifique, au moyen d’un canal traversant le centre du nouveau monde, est une question dont l’importance.ne saurait être mise en doute : cette
- jonction des deux océans aura pour effet de raccourcir de trois
milles la distance qui sépare l’Europe de tout le littoral occidental de l'Amérique, ainsi que de l'Océanie; de rendre les communications avec la Chine, le Japon, la Nouvelle-Zélande el la Nouvelle-Hollande, rapides et faciles, par la vapeur; d'élever immédiatement à un degré prodigieux de prospérité les contrées qu’une pareille entreprise fera traverser chaque année par deux à trois mille navires marchands; d’ouvrir de nouvelles voies au commerce et de nouveaux débouchés aux produits européens ; de nâter, en un mot, de plusieurs siècles, les progrès du christianisme et de la civilisation du globe.
L'entreprise en question se présente donc sous un aspect également favorable aux intérêts de l'humanité en général et à ceux de l'Amérique en particulier. Ce point admis, il reste à examiner dans quelles conditions un canal de grande navigation peut contribuer le plus efficacement au développement du commerce européen et à la prospérité de l'Amérique centrale. Si nous prouvons qu'il n'existe qu'un seul tracé qui satisfasse à la fois à ce double iniérêt, que ce tracé est celui qui présente le moins de difficultés et qui exige le moins de dépenses, nous aurons singulièrement simplifié le problème.
On peut considérer l'Amérique centrale comme un grand isthme qui sépare l'océan Atlantique de l'océan Pacifique, et qui s'étend de l’isthme de Tehuantepec au golfe de Darien. Elle possède environ douze cents milles de côtes; sa superficie est de 26,650 lieues carrées, c’est-à-dire presque égale à celle de la France; sa population, de trois millions d'habitants. Les naturels descendent des anciens Espagnols et Ladinos, ainsi que des Indiens aborigènes, et l'esclavage n'existe pas chez eux. Le nord de l'Amérique centrale appartient au Mexique, le sud à la Nouvelle-Grenade ; la région intermédiaire forme la république de Guatémala, qui, en 1823, se constitua sous une forme fédé-
rale, composée de cinq États : Costa-Rica, Guatémala, Honduras, Nicaragua et San Salvador. Ces États sont aujourd’hui indépendants les uns des autres; mais, dans leurs relations diplomatiques, Honduras, San Salvador et Nicaragua agissent de concert. Suivant Thompson et Montgomery, de vastes étendues de territoire, avantageusement situées, jouissant d’un climat admirable et d'une merveilleuse fertilité, sont encore inhabitées et entièrement incultes. On y trouve aussi d'immenses forêts, dont l'exploitation procurera d'immenses bénéfices à: ceux qui voudront l’entreprendre. Telle est la richesse du sol, qu'on peut y faire, chaque année, trois récoltes de céréales, notamment de maïs, qui rend de cent à cinq cents pour un. Toutes les productions des climats chauds et tempérés y prospèrent. La température y est aussi variée que l'aspect du pays. Les côtes et les terres bases qui avoisinent la mer sont exposées aux chaleurs tropicales, tandis que sur les plateaux et dans l'intérieur règne un printemps perpétuel. Les fruits, comme tous les autres produits de la terre, s’y succèdent sans interruption. Dans les plaines et les vallées, le sol est formé de matières alluviales jusqu’à une profondeur de cinq à six pieds; il est assez riche pour servir d'engrais aux terrains moins fertiles.
C'est dans cette partie du continent américain que cinq points ont été signalés comme propres à l’ouverture d’une communication entre les deux mers. Le premier, au nord de l'Amérique centrale, sur le territoire mexicain, à travers l'isthme de Tehuantepec; le second, à travers l’isthme de Nicaragua ; le troisième, à travers l’isthme de Panama ; et enfin, deux autres, à travers le golfe de Darien. ;
De ces cinq passages, celui qui coupe istime de Tehuantepec présente, d’après les reconnaissances du général Orbregoso, des difficultés presque insurnrontables. Suivant M. Moro, ces difficultés pourraient être vaincues, mais au prix d'énormes sacrifices ; car, bien que son devis ne s'élève qu'à 3,334,000 liv. st. on arrive, en lui appliquant les bases d'évaluation adoptées par M. Garella, l'ingénieur chargé par le gouvernement français d'étudier le passage par l’isthme de Panama, à un chiffre de
près de 8,000,000 Liv. st. (4). De plus, ce canal aurait l'immense . inconvénient de déboucher dans le golfe du Mexique, dangereux pour la navigation, et aussi d’allonger de quelques centaines de milles la route pour l'Amérique du Sud : les ports situés à ses deux extrémités ne seraient d’ailleurs pas aussi bons que ceux de la ligne qui traverse le Nicaragua, et le pays lui-même n'offre pas, à beaucoup près, les mêmes avantages pour la colonisation, ni les mêmes éléments de prospérité. Quant aux deux coupures proposées dans le golfe de Darien, les opinions recueillies par M. Michel Chevalier leur: sont tout à fait défavorables.
Il ne reste donc que deux projets susceptibles d’être pris en sérieuse considération, — la coupure par l’isthme de Panama, et celle par la rivière San Juan et les lacs de l’État de Nicaragua. Or, nous maintenons que, dans le cas même où tous les projets ci-dessus mentionnés seraient exécutables, ce dernier est le seul qui devrait être adopté, parce qu'il est le seul qui satisfasse aux véritables intérêts de l'Amérique centrale ei du monde en général. Quelques observations préliminaires expliqueront notre pensée.
Il y a certains pays qui, par leur position géographique, sont destinés à l'avenir le plus prospère; richesse, puissance, tous les avantages nationaux y affluent, pourvu que, là où la nature a tout pour l’homme, l’homme ne néglige pas de tirer parti des ressources qu’elle à mises à sa disposition.
Les pays placés dans les dispositions les plus favorables sont ceux qui, situés sur la grande route du commerce, lui offrent les poris et les havres les plus sûrs, ainsi que les moyens d'échange les plus avantageux. Ces pays, trouvant desressources illimitées dans leurs rapports avec le commerce étranger, petvent tirer parti de la fertilité de leur propre sol, et ainsi se créer peu à peu un commerce intérieur, qui reçoit l'impulsion
(1) 4° Terrassements, 90 kilomètres, à 500,000 fr. 45,000,000 fr.
2° 150 écluses, à 600,000 fr. chaque. . . . . 90,000,000 sCreusementide, Marais Mes LU de fe 11,200,000 4° Canalisation du Guazacoalco. . . . . . .. 34,500,000 5° Fossés, 30 kilomètres, à 25,000 fr. . . . . 730,000
181,450,000 fr.
et suit le mouvement du progrès du mouvement général. Voilà comment Tyr, Carthage, Constantinople, Venise, Gênes, Amsterdam, Liverpool et Londres ont atteint un si haut degré de prospérité, s’élevant, de misérables bourgades qu’elles étaient, au rang de grandes et riches cités commerçantes, et offrant aux nations étonnées le spectacle d’États puissants, sortis tout à coup de lagunes ou de marécages insalubres. Venise, en particulier, dut sa grandeur merveilleuse à sa position géographique, qui en fit, pendant des siècles, l’entrepôt du commerce de l’Europe avec le Levant. Ce fut seulement après que la découverte du cap de Bonne-Espérance eut ouvert aux navigateurs une route nouvelle vers l'Orient, que la prospérité de Venise commença à décroître. Cependant, telle était son opulence, et, par suite, son influence commerciale, qu’elle pui lutter pendant trois siècles contre la formidable concurrence que lui suscitait cette découverte.
Il existe une autre cité, fameuse dans l’histoire, quoique aujourd’hui déchue de son antique splendeur, et dont l’admirable position est un objet de jalousie pour toutes les grandes puissances de l’Europe, qui s'accordent pour y maintenir un gouvernement à demi barbare, incapable du moins detirer parti des avantages que lui a prodigués la nature. La position géographique de Constantinople en a fait la reine de l’ancien monde: occupant le point central entre l'Europe, l'Asie et l’Afrique, elle pourrait devenir l'entrepôt du commerce de toutes ces contrées, et acquérir sur elles une immense prépondérance. Assise entre deux mers, qui sont comme deux grands lacs dont elle commande l'entrée, elle pourrait y renfermer, à l'abri des attaques de toutes les autres nations, les flottes Les plus formidables, à l’aide desquelles elle assurerait sa domination dans la Méditerranée comme dans la mer Noire; maîtresse à la fois des bouches du Dauube, qui lui ouvriraient la route de l'Allemagne, et des sources de l’Euphrate, qui lui ouvriraient la route des Indes, elle dictcrait alors des lois au commerce de la Grèce, de la France, de l'Italie, de l'Espagne et de l'Égypte; — voilà ce que pourrait être l’orgueilleuse cité de Constantin, et voilà ce qu’elle n’est pas, parce que, comme le dit Montesquieu, « Dieu a permis qu’il y ait dans le monde des Turcs, les hommes du monde les plus propres à posséder inutilement un grand empire. »
Il existe, dans le nouveau monde, un pays aussi admirablement situé que Constantinople, et nous devons ajouter, jusqu’à ce jour aussi inutilement occupé: c’est l'État de Nicaragua. ’
De même que Constantinople est le centre de l’ancien monde, de même la ville de Léon, ou plutôt Massaya, est le centre du nouveau ; et si une coupure était pratiquée à travers la langue de terre qui sépare ses deux lacs de l’océan Pacifique, elle commanderait, par sa position centrale, toutes les côtes de l'Amérique du Nord et de l'Amérique du Sud. Gomme Constantinople, Massaya est placée entre deux grands havres naturels, où les plus grandes flottes seraient en sûreté et à l’abri de toute attaque. Mieux encore que Constantinople, l'État de Nicaragua peut devenir la route obligée du grand commerce du monde,’ car il serait, pour les Étas-Unis, la route la plus courte vers la Chine et les Indes-Orientales, et pour l'Angleterre et le reste de l’Europe, vers la Nouvelle-Hollande, la Polynésie et toute la côte occidentale de l'Amérique. L'État de Nicaragua paraît donc destiné à un degré extraordinaire de prospérité et de grandeur: ce qui rend, en effet, sa position politique plus avantageuse que celle de Constantinople, c’est que les grandes puissances maritimes de l’Europe le verraient avec plaisir, ei non pas avec jalousie, prendre dans l'échelle des nations un rang non moins favorable à ses intérêts parliculiers qu'au commerce du monde.
La France, l'Angleterre, la Hollande, la Russie et les États- Unis ont un grand intérêt commercial à l'établissement d’une communication entre les deux océans; mais l'Angleterre a, de plus que les autres puissances, un intérêt politique à l'exécution de ce projet. L’Angleterre ne peut que se réjouir de voir l’Amérique centrale devenir un État florissant et considérable, qui rétablira l'équilibre du pouvoir en créant dans l'Amérique espagnole un nouveau centre d'activité industrielle assez puissant pour faire naître un grand sentiment de nationalité et pour empêcher, en soutenant le Mexique, de nouveaux empiétements du côté du nord. L’Angleterre verra avec satisfaction l'ouverture d’une route qui lui permettra de communiquer plus rapidement avec, l'Orégon, la Chine et ses possessions de la Nouvelle- Hollande; elle trouvera, enfin, que les progrès de l'Amérique centrale auront pour effet de relever le commerce languissant de la Jamaïque et des autres Antilles anglaises, et d'arrêter
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ainsi leur décadence. C’est une heureuse coïncidence, que la prospérité politique et commerciale de l’État de Nicaragua se rattache intimement aux intérêts politiques de la nation qui est en possession de la prépondérance maritime.
Faire voir l'immense importance qu'acquerrait l’État de Nicaragua, si la jonction des deux mers avait lieu à travers son territoire, c’est résoudre tout d’abord la question de sa nécessité ; mais ce que nous avons à examiner en ce moment, C’est si cette ligne satisferait, mieux que celle de Panama, à toutes les conditions nécessaires pour réaliser les avantages que l’Europe et l'Amérique sont en droit d'attendre d’une entreprise de cette naiure.
Le canal proposé ne doit pas être une simple coupure, destinée uniquement à faire passer d’une mer à l’autre les produits européens; il faut surtout qu’il fasse de l'Amérique cenirale un État maritime, prospère par l'échange de ses produits antérieurs, et puissant par l'étendue de son commerce. Dans ce but, il convient d'adopter un iracé qui présente dans son cours, et notamment à ses extrémités, les meilleurs mouillages, et qui soit en communication avec le plus grand nombre de rivières. :
Si l'on pouvait faire traverser ce territoire de l'Amérique centrale par un canal qui partirait de San Juan de Nicaragua, sur la mer des Antilles, pour aboutir à Realejo, sur l'océan Pacifique, ce canal remplirait complétement les conditions voulues, car Realejo est un bon port, et San Juan offre une bonne rade, abritée contre les vents du nord-est, les seuls qui soufflent avec vioience sur cette côte. On ne trouve, d’un autre côté, ni à Panama, ni à Chagres, ni sur aucun autre point de ce littoral, de mouillage comparable à celui-là.
Mais il ne suffit pas que ce-canal ait deux bons ports à ses extrémités : il faut encore qu'il possède, le long de son cours, une suite de bassins naturels, servant de docks, où un grand nombre de vaisseaux puissent charger et décharger leurs cargaisons avec promptitude et sûreté.
A Londres, à Liverpool, à Venise, à Cherbourg, au Havre, à Anvers, les différents gouvernements de l'Europe ont, pendant les cinq derniers siècles, dépensé des centaines de millions pour créer des bassins artificiels, de quelques centaines de suètres de superficie, tandis qu'il existe, à Léon et à Grenade,
deux bassins naturels qui présentent, sur une vaste échelle, sans frais ni travail, ce que nous n’avons obtenu en Europe, sur une petite échelle, qu'avec des peines infinies et au prix d'énormes sacrifices pécuniaires. C'est en vain que nous chercherions, à Panama ou sur aucun des autres poinis indiqués plus haut, un tracé aussi avantageux à tous égards.
Si l’on veut que le canal devienne le principal élément des progrès de l'Amérique centrale, il faut qu’il traverse, non pas la partie la plus étroite de la langue de terre, mais la partie du pays la plus peuplée, la plus saine, la plus fertile, arrosée par le plus grand nombre de rivières, afin que son activité puisse se communiquer aux points les plus éloignés de l’intérieur. Or, un canal allant de San Juan à Realejo profiterait de la rivière San Juan, qui reçdit beaucoup de petits affluents, dont trois notamment sont navigables pour des bateaux jusqu’à une distance considérable dans l'intérieur des terres. De l’embouchure de cette rivière jusqu'à l'océan Pacifique, le canal parcourrait en droite ligne environ 278 milles, répandant par ses deux rives la prospérité sur plus de 4,000 milles de territoire, eu égard aux sinuosités des lacs et au cours des rivières intérieures. Que l'on songe aux effets presque miraculeux que produirait le passage annuel, à travers ce beau pays, de deux à irois mille bâtiments qui échangeraient les produits étrangers contre ceux de l'Amérique centrale, et feraient circuler partout la vie et la richesse! On peut se figurer ces rives, aujourd’hui solitaires, peuplées de villes et de villages ; ces lacs, aujourd’hui mornes et silencieux, silonnés de navires; ces terres incultes, fertilisées ; ces forêts et ces mines, exploitées, et les rivières qui se jettent dans les lacs et dans le San Juan portant au cœur du pays tous les bienfaits de la civilisation.
À Panama, au contraire, un canal de ce genre ne traverserai qu'un pays marécageux, malsain, inhabité et inhabitable, n'offrant qu’un trajet de 30 milles, au milieu d'eaux stagnantes et de rochers arides, où l’on ne trouve pas un point propre à un grand établissement commercial, à l’abrilage des flottes, au développement et à l'échange des produits du sol.
Ainsi, un canal par les lacs offrirait, sous tous les rapports, des avantages qu'on ne rencontre nulle part ailleurs; mais ce qu’il importe surtout de remarquer ; c’est que la Providence paraît avoir indiqué celte coupure du Nicaragua comme
présentant les difficultés d'exécution les moins formidables.
Il résulte, en effet, des plans dressés par M. Garella, qu’un canal à travers l’isthme de Panama présente des difficultés insurmontables. La longueur de ce canal, tel qu’il est proposé, ne serait, il est vrai, que d'environ 30 milles (48 kilomètres) et la plus grande élévation à atteindre, de 54 mètres seulement (1); mais la principale difficulté dans l’établissement des canaux en général consiste dans l'alimentation du bief de partage. Or, comme il paraît que c'est aussi à Panama le grand obstacle, l’audacieux ingénieur propose de percer un souterrain monstre, qui coûterait deux millions sterling (50,000,000 de francs) et offrirait les plus graves inconvénients pour le passage des grands navires.
Nous allons faire voir qu’un canal qui traverserait les lacs serait moins dispendieux, quoique beaucoup plus long. Pour cela, il est nécessaire de faire connaître le pays dont il s’agit.
[[. — DESCRIPTION DES LIEUX PAR LESQUELS DOIT PASSER LE CANAL DE NICARAGUA. —. LONGUEUR DE SON PARCOURS.
Le canal proposé éntre les océans Atlantique et Pacifique, partant du port de San Juan et aboutissant au port de Realejo, traverserait : 1° la rivière San Juan, qui, avec ses sinuosités, a, suivant M. Baily, quatre-vingt milles anglais, et cent quarante d’après le journal de M. Lawrance, aide-ingénieur à bord du navire le Thunder, chargé en 1840 d’une mission d'exploration ; 2° Je lac de Nicaragua, qui a quatre-vingt-dix milles géographiques de longueur; 3° la rivière de Tipitapa, qui unit le lac de Nicaragua à celui de Léon, vingt milles; 4° le lac de Léon ou de Managua, dont la longueur est de trente-cinq milles; 5° enfin l'isthme qui sépare le lac de Léon du port de Realejo, vingtneuf milles. |
(1) Projet d'un canal ‘de jonction à travers l’isthme de Panama, par M. Garella. Paris, 1845.