‹ A travers l'Amérique CentraleChapitre 40 sur 64 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Dans le courant de l’année 18242, plusieurs personnes considérables de l'Amérique centrale écrivirent au prisonnier de Ham, par l'intermédiaire d’un Français établi à la Jamaïque, pour l'engager à demander sa mise en liberté et à passer en Amé-

(4) NOTE DU DIRECTEUR de la Revue britannique (mai 1849).—Nous traduisons le titre anglais de la brochure qui fut imprimée en 1846, mais non publiée, et dont un des rares exemplaires nous a été transmis de Londres var un de nos correspondants. Son existence nous avait été révélée par un article du journal le Times, qu’il nous a paru

rique, où, disaient-elles, le prince serait reçu avec enthousiasme et pourrait entreprendre des travaux dignes de son nom et de son esprit actif. Le prince Napoléon-Louis Bonaparte crut devoir, à cette époque, décliner cette invitation. Touché, néanmoins, de marques de sympathie venues de si loin et qui traversaiéent les portes d'une prison pour lui arriver, il entretint une correspondance avec les personnes qui s'étaient ainsi adressées à lui.

Plus le corps est étroitement resserré, plus l'esprit est disposé à se lancer dans,.les espaces imaginaires et à agiter la possibilité d'exécution de projets auxquels une existence plus active ne lui aurait peut-être pas laissé le loisir de songer : c’est ainsi que le prince, ayant reçu la visite d’un officier de la marine française sur le point de partir pour l'Amérique centrale, l’engagea à faire des observations sur la possibilité de creuser un canal navigable pour les vaisseaux, qui reliât l’océan Atlantique à l’océan Pacifique, par les lacs de Nicaragua et de Léon. Par une coïncidence assez singulière, à peu près à la même époque où le prince Napoléon faisait faire des études préliminaires sur le tracé le plus avantageux à adopter pour un canal maritime, le gouvernement français envoyait un ingénieur (M. Garella), pour lever les plans et préparer les devis d’une coupure projetée à travers l’isthme de Panama.

En 1844, les États de Guatémala, de San Salvador et de Honduras envoyèrent M. Castellon, en qualité de ministre plénipotentiaire, auprès de Louis-Philippe, avec mission de réclamer pour ces États la protection du gouvernement français et d'offrir, en retour, de grands avantages commerciaux à la France. Le gouvernement français n’accueillit pas les ouvertures de M. Castellon, qui sollicita alors la permission de visiter le prisonnier

utile de reproduire, nous abstenant nous-même de tout commentaire, soit sur l’ouvrage, soit sur l’illustre auteur qui préside aujourd’hui aux destinées de la France. Qu'il nous soit seulement permis de dire qu'avant de nous emparer, par la traduction, de ce travail, noble produit des loisirs d’un captif, nous avons dû, de peur de manquer aux convenances, nous assurer indirectement que nous pouvions le faire sans être désapprouvé. Ajoutons enfin qu’il n’existe aucune autre traduction que la nôtre, le prince Napoléon-Louis Bonaparte ayant écrit son manuscrit dans la langue anglaise, qu’on sait lui être aussi familière que le frauçais. É

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de Ham. Cette demande ayant été accordée, M. Castellon eutavec

le prince une entrevue, dans le cours de laquelle il s’étendit longuementsur l'importance et la possibilité d’une jonction des deux océans, et pressa vivement le prince de se rendre dans l’Amérique centrale pour se mettre à la tête de cette entreprise gigan- tesque : ses instances étant demeurées sans résultat, il conclut plus tard un traité avec une compagnie belge. |

Quelques mois s'étaient écoulés, lorsque le bruit d’une amnistie prochaine commença à circuler. Le prince, craignant qu'il ne lui fût pas permis d’aller voir son père à Florence, reporta ses pensées vers l'Amérique et repassa dans son esprit le grand projet qui lui avait été récemment soumis, et dont l'exécution était de nature à faire tant d'honneur à‘son nom.

M. Castellon avait pu reconnaître, pendant son séjour à Ham, que le prince était parfaitement au courant-de tout ce qui se rattachait au projet en question, et comprenait toute l'importance que les contrées de l'Amérique centrale ne pouvaient manquer d'acquérir dans un avenir peu éloigné : il l'avait donc prié de rédiger par écrit ses idées à ce sujet. Pour répondre au désir de M. Castellon, le prince lui adressa en Amérique certaines notes, qui comprenaient plusieurs des considérations qu’on trouvera développées dans sa brochure ; il l'informait en même temps que, s’il était rendu à la liberté, son intention bien arrêtée était de passer en Amérique et de se mettre à la tête de l’entreprise. Le père du prince n’avait encore, à cette époque, fait aucune démarche pour obtenir la mise en liberté de son fils. Sa santé n'avait pas encore été altérée comme elle le fut depuis, et l’on ne pouvait, d’ailleurs, prévoir la difficulté que le gouvernement français opposa plus tard à la mise en liberté du prince.

M. Castellon, ayant reçu la communication à laquelle il a été fait allusion plus haut, la fit traduire en espagnol, et à peine eut-elle reçu la publicité nécessaire, qu’un grand nombre des plus notables habitants du pays adressèrent à leur gouvernement une pétition tendant à ce que l'exécution du canal projeté fût confiée exclusivement au prince Napoléon-Louis Bonaparte. En conséquence, le 6 décembre 1845, M. Castellon écrivait au prince la lettre suivante,

« Léon de Nicaragua, 6 décembre 1845.

« Prince, °

« J'ai reçu avec le plus vif plaisir la lettre de Votre Altesse, en date du 12 août, qui m’apporte l'expression des sentiments d'amitié et d’estime dont je me sens si fort honoré. Vous y joignez le développement de vos idées relatives au canal de Nicaragua, dirigées dans le sens qui me paraît le mieux calculé pour la prospérité de l'Amérique centrale. Vous m'annoncez en même temps que vous êtes beaucoup plus disposé maintenant à vous rendre dans ce pays pour y activer, par votre présence et votre concours, l'exécution de cette grande œuvre, qui suffirait à l'ambition la plus noble, et que vous êtes prêt à en accepter la direction, sans autre vue que d’accomphr une tâche digne du grand nom que vous portez. Avant d'aborder ce sujet, qui intéresse à un si haut point ma patrie, je demande à Votre Altesse la permission de lui dire, en retour des termes flatteurs dont elle se sert vis-à-vis de mon peu de mérite, que rien ne prouve mieux la magnanime et bienveillante disposition de votre cœur.

« Lorsque je vins en France, en qualité de ministre plénipotentiaire, j'étais fort désireux, avant mon départ d'Europe, de vous faire une visite à Ham. J'aspirais à l'honneur de vous voir, non pas seulement à cause de la popularité qui entoure votre nom dans le monde, mais aussi parce que j'avais pu juger par moi-même, dans votre pays natal, de la haute estime qui s’attache à votre caractère et de la sympathie qu'inspirent vos malheurs. |

« J'admirai, prince, votre résignation et votre amour pour cette France où vous vivez emprisonné; mais j'eus une secrète joie en voyant votre esprit s’exalter à la peinture de l'immense travail dont mon pays se préoccupe, et qui pourrait si vivement agir sur les progrès de la civilisation. |

« Les dispositions que vous m’annoncez, et les notes qui sont jointes à votre lettre, ont excité le plus réel enthousiasme, auquel se mêle une profonde gratitude.

« Je suis heureux de faire savoir à Votre Altesse que le gouvernement de ‘cet État, pleinement convaineu que le vrai moyen de réaliser le capital nécessaire à cette entreprise est de la placer sous le patronage d'un nom indépendant, comme le vôtre, par la fortune et la posilion, et qui, en attirant la confiance des deux mondes, éloigne ici toute crainte de domination étrangère; que ce gouvernement, dis-je, s'arrête à Votre Altesse comme à la seule personne qui puisse remplir ces diverses conditions. Élevé dans une république, Votre Altesse a montré par sa noble conduite en Suisse, en 1858, à quel point un peuple libre peut compter sur votre abnégation, et nous sommes assurés que si votre oncle, le grand Napoléon, s’est réndu immortel par ses victoires, Votre Altesse peut acquérir parmi nous une gloire égale par

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les travaux de la paix, qui ne font couler que des larmes de reconnaissance.

« Du jour où vous poserez le pied sur notre sol, une ère nouvelle de prospérité commencera pour ses habitants.

« Ce que nous demandons à Votre Altesse la permission de lui proposer n’est pas indigne de sa sollicitude; car, dès avant 4830, le roi Guillaume de Hollande avait accepté quelque chose de semblable. Si nous ne vous remettons pas immédiatement les pouvoirs nécessaires à l'ouverture de ces grands travaux, cela tient à l’absence actuelle des Chambres législatives, dont l'intervention est obligatoire pour l'examen d’un traité signé par moi, l’année dernière, avec M. le comte de Hompesch, président de la compagnie belge de colonisation. Ce traité n'ayant pas été aussi favorablement accueilli que j'avais lieu de le croire, il est plus que probable que le gouvernement sera autorisé à s'adresser à vous, et pourra ainsi satisfaire le vœu national. Il paraît résolu à m'envoyer près de vous avec les instructions nécessaires pour nous mettre à même l’un et l’autre de nous entendre à ce sujet.

« Une autre cause de retards ést la récente commotion populaire de ce pays. Mais, comme le nombre des mécontents est minime, et que le gouvernement a l'appui de l’opinion publique, je pense que cette ré-volution touche à son terme, et que le calme prochain permettra de donner à notre grande entreprise l’impulsion la plus prompte. Le gouvernement est convaincu que la construction du canal, en donnant de l'ouvrage à tous les bras inoccupés, sera un nouveau moyen de pacification et de bien-être pour ce peuple, depuis si longtemps fatigué dés horreurs de la guerre civile.

« Autant par impatience de voir le début d’une œuvre à laquelle je veux employer toutes mes facultés, que par désir de voir Votre Altesse régler les destinées de ma patrie, j'aspire à l'honneur de vous revoir à Ham, ne füt-ce que quelques heures, en conservant l’espoir d'assister à votre délivrance, pour laquelle je ne cesse d’adresser à Dieu de ferventes prières.

« Je prie Votre Altesse d agréer, etc. (1).

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