‹ A travers l'Amérique CentraleChapitre 49 sur 64 · V.— REVENUS PROBABLES DU CANAL · texte numérisé non relu

V.— REVENUS PROBABLES DU CANAL

ge.

Les revenus du canal peuvent provenir de deux sources, — d’abord des droits de péage auxquels seront assujettis tous les navires; ensuite de la plus value qu’acquerront les terrains que le gouvernement de Nicaragua donnera à la compagnie.

Voyons quels seront les vaisseaux qui adopteront cette nou. velle route. Ce seront — non-seulement tous les navires qui n'auraient d'autre alternative que de doubler le cap Horn pour aller au Pérou, au Chili, à l'Orégon, en Californie et sur tous les autres points de la côte occidentale de l'Amérique, ainsi qu'aux îles de l'Océanie, — non-seulement tous les baleiniers, qui se rendentien si grand nombre dans l'océan Pacifique; — mais encore tousiles navires partant d'Europe ä destination de la Chine, de Manille, de la Nouvelle-Hollande et de la Nouvelle-. Zélande ; car, encore bien que le voyage d'Europe en Chine, par ce canal, soit presque aussi. long que par le cap de Bonne-Espérance, les vaisseaux y trouveront l'avantage d’être comparaiivement exempts des dangers de mer, d'être aidés par les vents alizés et les courants équatoriaux. Il est vrai que, pour leur retour, ces deux derniers avantages n’existeraient pas. D'un autre côté, le plan proposé à sir Robert Peel par M. Mac Geachy, de la Jamaïque (Kingston Morning Journal du 11 mars 1846), pour

l'établissement d'une communication par bateaux à vapeur, prouve qu’une coupure à travers l’isthme de Panama ou de Nicaragua rendrait la correspondance avec Canton beaucoup plus rapide, au moyen de ce genre de bâtiments, qu’elle ne l’est par la route actuelle de l'Egypte.

Grâce à l'ouverture de ce canal, le Japon viendrait peut-être, comme la Chine, offrir un nouveau stimulant au commerce du monde.

Le canal de Nicaragua raccourcirait de 2,846 milles le voyage d'Europe à la côte occidentale d'Amérique, et donnerait en . moyenne une économie de quarante-huit jours. C’est, en effet, le chiffre moyen auquel on arrive en additionnant le nombre de milles et de jours employés pour l’aller et le retour de Londres au Callao, à Valparaiso et à l’Orégon par le canal, et en les comparant avec le nombre de milles et de jours employés pour faire le même voyage par le cap Horn. Pour aller à Canton, à Singapour et à Sidney, on trouve, il est vrai (sans tenir compte du retour), une augmentation moyenne de 932 milles; mais, par suite des vents et des courants, on obtient en réalité une économie de temps qui s'élève à vingt-six jours.

Quant aux navires partant des États-Unis (1), toutes ces dis-

tances seraient abrégées de 1,480 milles et de quinze jours de navigation (les navires partant de la Nouvelle-Orléans auraient encore un plus grand avantage). Ainsi, l'Europe gagnerait quarante-sepi jours dans un voyage à la côte occidentale d’Amérique, tandis que les États-Unis en gagneraient soixante-deux : pour la Chine et Sidney, l'Europe gagnerait vingt-neuf jours, et les Etats-Unis quarante-quatre.

Si donc une coupure était pratiquée à travers l’Amérique,

centrale, cette voie serait prise, d’abord par tous les navires qui sont aujourd’hui forcés de doubler le cap Horn; en second lieu, par une grande partie de ceux qui doublent aujourd’hui le cap de Bonne-Espérance. |

Voyons maintenant quel est le nombre de ces vaisseaux.

Ii résulte des documents publiés en France par ordre du ministre du commerce, que le nombre de navires appartenant aux quatre grandes puissances maritimes, la France, l’Angle-

(4) NOTE DU TRADUCTEUR. Ceci ne s'applique pas à la Californie, qui ne faisait pas encore partie du territoire des États-Unis, en 1846.

terre, les Pays-Bas et les Etats-Unis, qui avaient doublé le cap Horn et le cap de Bonne-Espérance dans le cours de l’année 1841, était de 2,966, jaugeant ensemble 1,203,762 tonneaux. Dans ce chiffre ne sont pas comprises les puissances maritimes de second ordre, qui peuvent figurer pour au moins 200,000 tonneaux.

Or, on admettra bien que, sur ces 1,400,000 tonneaux, 700,000 au moins ont doublé le cap Horn. En effet, en 1835,

L’Angleterre et les États-Unis ont expédié. . . . . . . . 205,000 tonn. Hd PrTATOS AN UNE OO RS EE RES AN 790.000

La Hollande (48,006), l'Espagne, le Danemark, la Suède. 65,000

EDR ST RE Taie + 300,000 tonn.

Ce qui donne un mouvement de 600,000 tonneaux.

Depuis lors, la navigation a pris un plus grand essor. En 1843, l'Angleterre expédiait, à elle seule, au delà du cap Horn, 300 navires, jaugeant ensemble 110,040 tonneaux : le mouvement d’aller et de retour était donc de 220,080 tonneaux. D'après le Newbury-Port Herald, journal publié aux États-Unis, le nombre des baleïiniers seulement, employés en 1844, pour la plupart dans l'océan Pacifique, était de 625, représentant ensemble un tonnage de 206,000 tonneaux.

En 1843, le tonnage de la marine marchande anglaise à destination

de la Chine et des Philippines, a été de. . . . .. 58,901 tonn. A destination de l'Australie et de l'Océanie . . . . . . 56,890 TORRENT 124,791 tonn.

Ce qui donne pour l’aller et le retour 250,000 tonneaux.

Il est donc constant que le mouvement annuel de la navigation par le cap Horn dépasse actuellement 700,000 tonneaux, et qu'il en est de même de la navigation par le cap de Bonne-Espérance. Sur ces 1,400,000 tonneaux, on peut calculer que 900,000, au moins, prendraient la voie du canal, sans parler de l'accroissement inévitable que produiraient, dans les relations commerciales, la plus grande facilité des communications et l'ouverture de nouveaux débouchés aux produits de l’industrie européenne.

. Pour évaluer ce que rapporterait à la compagnie le péage au-

quel seraient soumis ces navires, nous prendrons encore les calculs de M. Garella. On à déjà vu, par ce que nous avons dit plus haut, que la coupure de l’Isthme abrégerait, en moyenne, d’un mois au moins, le voyage des bâtiments européens: qui adopteraient cette voie, et de deux mois celui des bâtiments des États-Unis. L'économie qui en résulterait pour les armateurs peut se résumer comme suit, pour un navire de 300 tonneaux :

Entretien de l'équipage . . . . . .. . . . carre VB 00 Intérêt à 4 4/2 p. 100 sur la valeur de la cargaison ÉVAIUGE 100.000 ri I ANS ERER 1,500 Intérêt à 4 p. 100 sur la valeur du bâtiment, éva- JE SPORE MOTTE. LS UE 2 ee CN EE Economie par mois. . . . . .. 6,000 Réduction de l’assurance sur le bâtiment et la car- SO ANDT MODE ET Sr ET ANS TELE 1,000 Économie totales ete AS AE TRES 7,000 fr.

Soit 24 fr: 33 c. par tonne.

Les navires des États-Unis, dont le voyage serait abrégé de deux mois, gagneraient le double, c'est-à-dire 48 fr. 66 c. par ionneau. Il serait donc juste, pour les traiter sur le même pieë que toutes les autres nations, de leur faire payer un double péage. Ea admettant qu'on prélève seulement 10 shellings (12 fr. 50 c.) par tonneau sur les navires européens, et 20 shellings (25 fr.) sur ceux des États-Unis, on pourra compter sur :

600,000 tonneaux à 12 fr. 50 c., soit. . . . . 7,500,000 fr. SU U0D SU. + à 25100 NSUIL. 22.100 2. 7,500,000 Produit annuel du canal. . . . . . 15,000,000 fr.

Cette entreprise donnerait, comme on le voit, un très-beau dividende aux actionnaires. En déduisant, en effet, 2 pour 100 pour les frais d'entretien du canal, et 4 pour 100 pour les fonds d'amortissement, il leur resterait 12 pour 100 par an de leur capital. |

Afin de développer les ressources de l'État de Nicaragua et d'y créer des intérêts commerciaux et maritimes, il serait convenable d'établir en principe que tout navire sous pavillon centre-américain, ayant la moitié de son équipage, y compris.

un officier, composée de naturels du pays, payerait un cinquième de moins que les navires de toute autre nation. De cette manière, l'Amérique centrale aurait bientôt de bons matelots et une marine commerciale respectabie, formés aux frais des armateurs étrangers, qui, pour jouir du bénéfice de la réduction des péages, navigueraient sous le pavillon de Nicaragua

ei se hâteraient de composer la moitié de leurs équipages 5 matelots indigènes.

S Il

Nous avons dit que la seconde source de profits pour le canal serait dans la plus value du sol. D’avrès les informations que nous possédons, le gouvernement de Nicaragua abandonnerait à la compagnie tous les terrains situés à droite et à gauche de la ligne du canal, dans toute la longueur dé son parcours et sur une largeur de deux lieues, ce qui formerait une zone de trois cents lieues carrées, ou environ 4,200,000 acres. Ces terrains valent à présent 4 sh. 6 d. (4 fr. 87 c.) l’acre (40 ares). Le don que ferait le gouvernement de Nicaragua à la compagnie représente donc aujourd’hui une valeur de 2,250,000 fr. Si l’on en retranche 200.000 acres, comme n'étant pas susceptibles d’être mis en rapport, et 300,000 autres qui seraient nécessaires pour le service de la compagnie, et qui ne produiraient aucun revenu, ou qui seraient concédés, à titre gratuit, aux ingénieurs, employés, etc., il restera 709,000 acres à exploiter et à bonifier. Le canal achevé, on nous accordera bien que, selon toute probabilité, ces terres vaudront au moins 50 francs l'acre : mettons-les à 25 francs seulement, et nous aurons Jà une propriété d’une valeur de 47,500,000 francs à la disposition de la compa-

gnie. Il ne faut pas oublier qu'il s’agit ici d’un sol extrêmement fertile, et qui donne souvent plus de deux récoltes par an; que l'indigo de ces contrées est supérieur à celui des Indes-Orientales ; que le tabac vaut celui de la Havane; que le caféier et la canne à sucre y viennent facilement; que les forêts y sont remplies de vanilliers et de bois de teinture; qu'il ÿ à des mines à exploiter ; et enfin, que le trop plein des écluses fournirait des forces motrices pour des établissements industriels. En supposant donc que la compagnie se bornât à vendre ces terres après

l'achèvement du canal, elle en tirerait évidemment un grand profit, ne füt-ce que par la plus value qu’elles auraient acquise ; mais, selon nous, elle aurait plus d'avantage encore à les garder. |

Nous avons l’intime conviction qu'il importe de combiner avec la construction du canal un système de colonisation, afin que ces deux entreprises se prêtent un mutuel appui, et d'engager comme actionnaires les masses d'émigrants qui partent chaque année pour les États-Unis, et qui, d’après les renseignements recueillis jusqu’à ce jour, emportent en moyenne un petit capital de 500 francs par tête (1). Les actions se trouveraient ainsi placées dans les mains les plus intéressées au succès de l’entreprise; car la solidité d’une entreprise par actions n’est assurée que par les actionnaires sérieux qui font un placement de leur capital, et non pas par les spéculateurs qui n'achètent que pour revendre.

Le capital de 100 millions de francs, que nous supposons nécessaire pour la construction du canal, serait divisé en 400,000 actions de 250 francs. En payant comptant la valeur d’une ou de plusieurs actions, l'émigrant actionnaire aurait droit, à son arrivée en Amérique, à certaines facilités qui lui permettraient de surmonter les premières difficultés inséparables de tout début dans la colonisation. Tout actionnaire émigrant recevrait de la compagnie 20 acres de terre à cultiver, avec tous les accessoires nécessaires.

Les 700,000 acres de terre seraient ainsi distribués entre 35,000 émigrants, à qui la compagnie les céderait aux conditions suivantes. Il serait accordé dix années à l'actionnaire émigrant pour payer les 20 acres qui lui auraient été alloués, et

(4) Il est arrivé, en 1845, à New-York seulement, 30,567 émigrants allemands, possédant, en moyenne, chacun 500 francs, 12,225 venaient du Havre, à bord de 78 bâtiments ; 9,647 de Brême, à hord de 771 bâtiments ; 3,718 d'Anvers, à bord de 25 bâtiments ; 2,525 de Hambourg, à bord de 24 bâtiments; 1,956 de Rotterdam, à bord de 13 bätiments; et 493 de Gand, Londres et Liverpool, à bord de 5 bâtiments. La plupart se sont dirigés vers les États du Midi. En 1844, il n’était arrivé à New-York que 17,999 émigrants allemands. (Voir pour l’émigration aux États-Unis, en 1847 et 1848, la Revue britannique, livraison de janvier 1849, page 14, note.)

rembourser à la compagnie les avances qu'elle aurait faites pour lui procurer une habitation, des vivres et des outils. Ce payement aurait lieu par versements annuels et proportionnés à la plus value progressive que devrait acquérir chaque année la propriété.

La première année tout entière ayant été employée à défricher et à façonner la terre, on n'exigerait, pendant cette année, aucun payement de l’actionnaire émigrant. Les versements annuels commenceraient à la fin de la seconde année et auraient lieu suivant la progression indiquée dans le tableau suivant :

Par année et par acre.

À ja fin de la première année . . . . . . Ofr. 00 c.

dE de liséconden Did Van 4 95

IDR TAN DEUISTEME LI Ve de De ST UE EPA de ta quatriemenrid, 1". 1e » A0 OÙ

HP delai cHAUIeMEr Id PATES 34 42% 172 Id. de la sixième ji AAA dé hour

14: --1Ld@la, Septième nids AU LU ST 478 1d, dela huitième tite Ne ut 5 »

Id v deda nenvièmoemdM manu 5 62 172 Ida de ta dixième L'iden 00 6 925

id... de laionziémest MO LACS 682

40 fr. 62c.172

Ainsi, chaque acre de terre procurerait à la compagnie, dans le cours de onze années, un bénéfice net de 40 fr. 62 1/2 cent., soit, pour les 700,000 acres, 28,437,500 francs dans le même laps de temps.

La compagnie fonderait autant de villages qu'il serait nécessaire, en raison du nombre des colons. Chaque village serait établi sur un emplacemeñt sain et à proximité d’une rivière : il se composerait de deux cents habitations, chaque habitation appropriée à l'usage d’une famille. La dépense d'un village serait de : |

200 habitations, à 100 fr. chaque. . . . . . . . . 20,000 fr. Entretien pendant les six premiers mois et se-

mences, à raison de 400 fr. par famille. . . . 20,000 Églises, magasins et écoles. . . . . . . .. . .. 1% 4:000 Dépenses imprévues . . . . . . . tee SD IE 000

50,000 fr.

En divisant cette somme par le nombre de familles, on trou= vera que la dépense est de 250 francs par famille, remboursables en dix années, comme il est dit ci-dessus. Supposons maintenant que, dans le cours de dix années environ, la compagnie ait fondé 175 villages, contenant 35,000 famäles : la dépense aura été de 8,750,000 francs, qui lui seront remboursés successivement au moyen des versements annuels progressif. Cependant, comme chacune de ces familles aura pu acheter et payer ces vingt acres de terre de la manière qu'il a été dit plus haut, la compagnie aura reçu, pour 700,000 acres, la somme de 28,437,500 francs; si l’on en déduit les 8,750,000 francs qu'il aura fallu avancer pour la construction des villages, et dont le rem-, boursement aura lieu ultérieurement, il restera encore un bénéfice net de 19,687,500 francs, sans parler de l'intérêt reçu sur les capitaux avancés. Remarquons d’ailleurs que les colons étant en même temps actionnaires se seront, par le fait, payé à euxmêmes ces 19,657,500 francs : il y aurait ainsi fusion complète d'intérêts entre les simples actionnaires et les colons, qui seraient également intéressés au succès de l’entreprise. Déduisant cette somme des 100 millions de francs nécessaires pour la construction du canal, le capital dépensé ne serait plus que d'environ 80 millions, donnant, ainsi qu'on l’a vu, un revenu annuel de 45 millions, c’est-à-dire de 18 pour 100.

Aujourd'hui, quand un colon va aux États-Unis, il n’y tronve pas d'habitation prête à le recevoir, pas d'avance des premiers fonds nécessaires, souvent même pas de travail. D'après notre plan, au contraire, il lui suffira d’une action pour être sûr de trouver, en arrivant en Amérique, une bonne habitation, des vivres pendant six mois, des terres fertiles, une communauté déjà formée ; une partie de l'argent qu’il aura payé pour l'achat de sa terre lui rentrera en sa qualité d’actionnaire, et, au bout d'une dizaine d'années, non-seulement cette terre ne sera plus grevée d'aucune charge, mais il y a tout lieu de croire que son action dans le canal et sa propriété foncière auront doublé de valeur.

Notre plan protège donc tous les intérêts; le capitaliste réalise de grands bénéfices, et les émigrants participent à ces bénéfices, avec la certitude morale d'un avenir de prospérité. Ce pays négligé voit bientôt s'élever des villes florissantes, ses lacs

se couvrent de navires, et sa richesse s'accroît avec les progrès de l’agriculture et du commerce.

L’Amérique:centrale ne peut sortir de son état actuel de langueur qu’en suivant l'exemple des États-Unis, c’est-à-dire en commençant par emprunter à l'Europe des bras et des capitaux. Indépendamment des avantages de sa position géographique et della fertilité de son sol, l'État de Nicaragua offre aux émigrants européens d’autres avantages qu'on ne rencontre pas aux États-

Unis. Dans le nord de l'Amérique, la population «s’est établie d’abord sur le littoral oriental, puis s’est étendue peu à peu dans l'intérieur. Tant-que les terres incultes n'étaient pas éloignées de la mer, les-émigrants européens trouvaient facilement du travail; mais il n’en est plus ainsi aujourd’hui, et il en résulte que les masses d'étrangers qui arrivent journellement aux États-Unis deviennent un fardeau pour la nation; les terres incultes où ces aventuriers pourraient trouver à s'occuper sont maintenant à trois cents lieues de la‘côte, et les émigrants, dénués la plupart du temps des moyens de se rendre jusque-là, sont forcés de rester dans les villes du littoral, en proie à l’oisiveté et à la misère.

Dans l'Amérique centrale, ce serait le contraire. La population indigène s’est portée de préférence sur le littoral de l'océan Pacifique, abandonnant toute la partie du pays qui regarde l’ancien monde; en sorte que, quand le pays sera en position d'appeler des colons-et des travailleurs européens, ceuxci pourront arriver par le canal sur des points déjà habités; la population s’étendra peu à peu de l’ouest à l’est, et non pas, comme aux États-Unis, de l’est à l’ouest, se rapprochant ainsi de l’Europe à mesure qu’elle augmentera, et offrant toujours les mêmes facilités aux nouveaux colons, jusqu'à ce qu'ils aient atteint la limite extrême du pays.

La prospérité de l'Amérique centrale se rattache aux intérêts de la civilisation en général, et le meilleur moyen de travailler au bien-être de l'humanité, c’est d’abattre les barrières qui séparent les hommes, les races et Les nations. C’est la marche qui nous est indiquée par le christianisme «et par les efforts des grands hommes. qui ont paru par intervalles sur la scène du monde. La religion chrétienne nous enseigne que nous'sommes tous frères, et qu'aux yeux de Dieu, l’esclave est égal au maître, — de même que l'Asiatique, l’Africain, et l'Indien sont égaux

à l'Européen. D'un autre côté, les grands hommes de la terre ont, par leurs guerres, mêlé ensemble les différentes races, et laissé derrière eux quelques-uns de ces impérissables mo- . numents, tels que l’aplanissement des montagnes, le percement des forêts, la canalisation des rivières, monuments qui, en facilitant les communications, tendent à rapprocher et à réunir les individus et les peuples. La guerre et le commerce ont civilisé le monde. La guerre a fait son temps ; le commerce seul poursuit aujourd’hui ses conquêtes. Ouvrons-lui une nouvelle route. Rapprochons de l’Europe les peuplades de l'Océanie et de l'Australie, et faisons-les participer aux bienfaits du christianisme et de la civilisation.

Pour mener à fin cette grande entreprise, nous faisons appel à tous les hommes religieux et intelligents, car elle est digne de leur zèle et de leurs sympathies. Nous invoquons l’appui de tous les hommes d'État, parce que toutes les nations son! intéressées à l'établissement de communications nouvelles et faciles entre les deux hémisphères. Enfin, nous nous adressons aux capitalistes, parce que, tout en prenant part à une entreprise glorieuse, ils ont la certitude d’en recueillir de grands avantages pécuniaires.

No 6

Page 1