‹ A travers l'Amérique [microforme]Chapitre 20 sur 44 · FER · texte numérisé non relu

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saveur assez agréable, certains négociants fabriquent un vin gazeux, faisant partir le bouchon avec fracas, qu'ils osent décorer du nom de Champagne, Moët, Cliquot ou Rœderer! Tout est parfaitement combiné pour tromper l'acheteur ; mème bouteille, même bouchon, étiquette semblable, rien n’y manque... que le goût. Ne croyez pas que ces honorables industriels vendent leurs vins moins ther que les vins vraiment français; au contraire ils les vendent un prix plus élevé, faisant croire par cela qu'ils ne possèdent que les purs. En général, le commerce américain fait plutôt de l’agiotage que des affaires. La spéculation agit sur tout, et chacun a hâte de s'enrichir au plus vite. Aussi, combien de chutes, de faillites, de banqueroutes! Mais les Yankees ne connaissent pas nos préjugés commerciaux, et tel homme, placé actuellement à la tête d'une maison importante, a, au sù de tout le monde, fait cinq ou six fois de mauvaises affaires. A l'appui de notre dire, citons le fait de ce jeune industriel de Lyon, venant en Amérique pour réhabiliter son père, mort vingt ans auparavant, à la suite d’une faillite importante faite dans ce pays, et ne pouvant faire comprendre aux créanciers ce mot de réhabilitation qui n'a pas d'équivalent dans la langue commerciale anglaise. Ce jeune homme leur sembla fou, et, pe voulant pas abuser de son état, ils se refusèrent d'un commun accord à lui donner le moindre éclaircissement à ce sujet.

IL faut reconnaitre que les lois protectrices commerciales sont très-larges et qu'il est facile de voyager dans leurs anneaux,

Le voleur vulgaire s'appelle pick-pocket; c'est l'homme voulant s'approprier, brutalement et sans formes, le bien d'autrui. En prison celui-là! Mais le faiseur qui fonde une compagnie d’assurances sur les explosions de fulmi-coton, avec annonce de forts dividendes, garantis par l'honorabilité du personnel de son comité, et qui lèche-pied en laissant ses actionnaires se partager J'ameublement de ses bureaux ; le prèteur sur gages ou. plutôt l’usurier qui pullule, l’entremetteur qui fait des offres dans les journaux, toutes ces industries honteuses, tout cela grouille en pleine lumière, et agit sons crainte. et sans remords. Je n'attaque pas la généralité, Le haut commerce se recommande par une vraie intelligence et une assez grande probité. Quelquefois un ‘ petit scandale se révèle, mais bast! on oublie, et les maisons riches sont toujours honorables.

Depuis la guerre dé sécession, le Gouvernement, obligé de payer sa dette, a établi de nouvelles taxes qui ont suscité de vrais embarras au commerce et à l’industrie. Le nouveau système fiscal, basé principalement sur l’éacome tax (impôt sur le revenu), l’/nternal-revenue, et sur l'élévation des tarifs pour l'importation, a produit beaucoup, il est vrai; mais ces

charges n’on pu être supportées par le pays, sans

amener de grandes perturbations dans les affaires, et sans amoindrir la prospérité proverbiale des Etats- Unis.

La marine marchande a diminué de moitié; la | marine militaire, subissant le contre-coup de cette ; situation, a perdu de sa puissance; enfin, le commerce, entravé par le renchérissement des matières | et des articles importés, a quelquefois recours à la fraude, cherchant ainsi à éviter des impôts, vé- à ritablement trop lourds. Encore si tout cet argent ; revenait à l'Etat! Mais, quoique les fonctionnaires I chargés de percevoir les droits et de contrôler les f finances, soient pour la plupart d'honnètes gens, tous ne sont pas sans avoir mis la main dans la P caisse, Rappelons l'affaire Tweed, ce contrôleur des ;

finances de l'Etat de New-York, qui eut assez de génie pour laisser ignorer, pendant plusieurs années, un déficit de plus de cent millions dans ses écritures. Ces virements ne furent pas acceptés par ses juges,

comme paroles d'Evangile,

Aussi les Français ne peuvent-ils pas lutter avec de pareils hommes; ils ne sont pas assez bronzés pour savoir faire leurs affaires. Les Allemands, eux, ne se bercent pas d'illusions, Ils savent pourquoi ils émigrent, et ils vous le font savoir, Quels automates du travail, quelle volonté mécanique pour arriver au but! On ne peut pas le nier, ces Germains ont les qualités requises de l'employé. Très-réguliers dans

leur tâche, bons comptables, connaissant suflisam ment les trois langues commerciales, ils sont aptes à rendre de véritables services. Tout cela tient à leur caractère méthodique, à leur éducation protestante, qui les mürit avant l'âge, et surtout aux études qu'ils ont faites en suivant les cours de ces grandes écoles du commerce, qu'on appelle Hambourg, Brème, et autres villes d'Allemagne où l'activité est proverbiale. Sans le commerce, quel serait, pour les Allemands, le moyen de faire fortune? Dans leur pays, les carrières libérales sont peu fortunées. IL n’est pas rare de voir des avocats, professeurs, musiciens, médecins sans clientèle. Pour tous ces hommes, l’émigration devient une nécessité, et vous les rencontrez aux quatre coins de l'univers.

Depuis cinquante ans, l'Allemagne a fourni un contingent de 2,267,500 émigrants ; la France, seulement 250,000. La raison de cette différence est que le Français, vivant dans un pays naturellement riche, offrant de grandes ressources, se trouve heureux; tandis que l'Allemand du Holstein ou de la Hesse, suant sur les livres ou s'exténuant sur des terres naturellement improductives, ne peut exister

dans sa patrie qu'en se gorgeant de pommes de terre,

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