‹ A travers l'Amérique [microforme]Chapitre 37 sur 44 · PS PP · texte numérisé non relu

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nous accable de soins, de prévenances, Ah! le bon petit homme avec ses anneaux d'or!

Avant d'aller plus loin dans la description de Montréal, je dois parler de l'ancienne ville française; il sera toujours temps de rappeler qu’elle est devenue anglaise.

Dans sa première période, Montréal fat d’abord la propriété des cent associés, qui constituaient la marine marchande. Ces traitants, comme on les appelaient alors, arrivèrent dans la colonie, avec les premières expéditions françaises et mirent toute leur énergie à’ établir la prospérité commerciale du Canada. En 1642, il y avait quelques maisons bâties, défendues contre les attaques des Iroquois par | quelques palissades en bois. Dans la même année la ville fut bénie et nommée Ville-Marie ou Marianopolis, par le supérieur des Jésuites. Pendant les premiers temps de la colonisation il y eût des combats sans nombre entre les habitants et les Indiens. Les Hurons étaient les alliés des Français.

De crainte d'être surpris, les colons, comme les reconstructeurs de Jérusalem labouraient avec des armes dans leurs mains. Montréal, dont les défenses devenaient de plus en plus fortes, leur servait de forteresse. Enfin des renforts qui arrivèrent en 1653 obligèrent les Indiens à traiter, et le calme régna quelque temps dans la colonie. Le commerce des pelleteries était très-grand et représentait le trafic

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spécial de Montréal. Des rapports commerciaux s'établirent entre les Français et les Indiens, et les missionnaires furent les auteurs de ce rapprochcment. Mais il y en eut plusieurs de scalpés, ce qui ralluma de nouvelles guerres de représailles. Dans l'intervalle de ces guerres, les voyages d'exploration continuaient et certains missionnaires faisaient des découvertes très-importantes. Le projet des Français, dont on attribue la première idée à l'amiral Coligny, était de coloniser tout le pays compris du Saint- Laurent au Pacifique, et des sources du Mississipi au golfe du Mexique. Les frontières étaient bien trouvées et quand on réfléchit qu'avec un peu d'aide de la part du gouvernement ce résultat pouvait être atteint, on déplore la triste indifférence dont la métropole fit toujours preuve, pour les questions qui touchaient à l'avenir de cette colonie.

Le P. Marquette, dont nous avons déjà parlé, poussa ses voyages jusqu'aux bouches du Mississipi, le grand-père des eaux. Mais il n’osa pas aller plus loin et revint vers le lac Michigan, où, peu de temps après, il mourut.

Enflammé d’ardeur à la nouvelle de cette découverte, Cavelier de la Salle résolut de la compléter, dans l'espoir de trouver une route nouvelle pour la Chine. Le Gouvernement lui donna trois navires pour découvrir les fameuses bouches, IL atteignit ce résultat en 1681, mais comme ces endroits étaient

déserts, il fût obligé de revenir sur ses pas. Enfin, en 1682, il partit de nouveau et, procédant lentement, s’arrétant à la bouche de chaque tributaire, faisant des recherches dans les endroits voisins, il finit par gagner une des bouches de la grande rivière, Descendant alors le Mississipi jusqu’au golfe du Mexique, De la Saile prit possession du pays en le nommant Louisiane, en souvenir du nom de son roi. Pauvre Cavelier de la Salle, il devait mourir assassiné par ceux-là même qui avaient été ses compagnons d'exploration, et qu'il avait associés à son œuvre glorieuse !

Mais déjà les Anglais luttaient sourdement contre l'établissement de la colonie, et tout en protestant de leurs sentiments amicaux pour les Français, ils ne laissaient échapper aucune occasion d’exciter les Indiens contre eux. Cette politique eut pour résultat de déchainer sur Montréal une horde d'Iroquois, qui, dans une attaque de nuit, surprirent la ville et y firent un carnage épouvantable. Plus de mille personnes furent massacrées ou brülées. L'ineptie du gouverneur actuel avait beaucoup aidé à la perpétration de ce forfait.

Le comte de Frontenac, qui vint le remplacer la même année du massacre, réselut de prendre une revanche, Au milieu de l'hiver 1689-90, il fit surprendre et incendier la petite ville de Schenectady, située à peu de distance d’Albany. Un grand nom-

bre d’Anglais périrent dans le massacre, Triste effet des représailles ! Une guerre à outrance devenait donc inévitable entre les Anglais et les Français, Elle commença en 1690, et jusqu'en 1760, ce ne fût qu'une suite de combats qui devait se terminer par le honteux traité signé à Versailles en 1763, Par ce traité, la France cédait à la Grande-Bretagne, entre autres territoires, le Carada et toutes les iles du golfe Saint-Laurent, sauf les iles de Saint-Pierre et- Miquelon, et l'Espagne héritait de la Louisiane !

A cette triste époque, Montréal devint la vraie capitale du Canada, et le centre du gouvernement anglais. Déjà de grands établissements avaient été fondés dans cette ville par les Français ; entr'autres l'Hôtel-Dieu par Madame de Bullion, le Séminaire par les Sulpiciens de Paris. Quoique beaucoup plus nombreux, les Français durent se soumettre à cette oligarchie triomphante, ne pouvant plus combattre par les armes, ils voulurent au moins l'emporter dans les luttes pacifiques de l'agriculture. L’excellente qualité des terres du Bas-Canada assurait la richesse aux fermiers intelligents. Tandis que l’émigration anglaise, composée principalement de commerçants, peuplait les villes, les familles des colons français devenaient plus nombreuses, et s'emparaient du pays par le défrichement. De tous côtés les hameaux surgissaient, ct l’Eglise, tenant avec fermelé la croix, qui était devenue le signe de rallie-

ment des colons, comprit qu'il était de son devoir, de son patriotisme, de grouper autour d'elle tous ces peuples, et de prendre l'initiative d’une ligue de résistance à l'envahissement anglo-saxon, en prèchant aux Canadiens-Français, la conservation de leur nationalité. Ses efforts furent couronnés de succès, car, malgré un siècle d'occupation anglaise, Montréal est restée française, et ses campagnes auraient autant de diflicultés à comprendre le langage d'un sujet britannique, que l'idiôme d’un Indien de la tribu des Pieds-Noirs.

Pour un voyageur qui ne verrait que la surface des choses, la ville paraiîtrait anglaise, et cela à cause de la langue anglaise qui est généralement adoptée pour les affaires. Mais s’il visitait les basquartiers, il verrait que la population, celle qui constitue le nombre, est purement française.

Dans le centre, sont les banques, les grandes administrations, le haut commerce, et tous ces quartiers forment la partie neuve.

Les rues sont larges ; les maisons possèdent ce style particulier qui consiste à mettre devant la demeure une grille comme défense de l'intérieur, un perron qui prouve que l'on ne vit pas terre-à-terre, et des fenêtres sans jalousies percées régulièrement, Toutes ces pratiques créations sont l’œuvre des Anglais. Mais l'édification des plus beaux monuments appartient aux Français, Parmi eux, on doit admi-

rer la cathédrale catholique, construite en granit ct dans le style de Notre-Dame-de-Paris. Elle peut contenir quinze mille personnes, C'est avec la plus grande pompe que les fêtes religieuses sont célébrées à cet évèché. Le développement du chœur permet à plus de deux cents enfants et séminaristes de manœuvrer, et cela sans qu'on puisse savoir d'où le commandement peut leur arriver, Dans la tribune du fond se placent les chanteurs. Ils sont presque une centaine. Le maitre de chapelle, un abbé, dont je ne me rappelle plus le nom, dirige avec habileté cette masse chorale. Au milieu des hymnes chantées en plain-chant grégorien, on entend des œuvres de Chérubini, de Dietsch, de Niedermeyer, exécutées avec la plus grande perfection. L'orgue est très-ancien et offre dans sa construction une particularité bizarre. Pendant que le buffet se trouve placé contre le mur du fond, sa console, posée dans le milieu de la tribune, s’en trouve éloignée d’une dizaine de mètres. Quand il accompagne, et pour que l’ensemble soit satisfaisant, l’organiste doit toujours jouer sa partie, un temps avant l'attaque des chanteurs. Singulière anomalie !

Après la cathédrale, — c’est l’église des Jésuites qui attire le plus de visiteurs. La richesse de ce monument, les innombrables sculptures, les dorures, les tableaux, rappellent le luxe de Sainc-Pierre de Rome, — Les Jésuites du Canada sont très-riches,

et il n'y a rien d'étonnant à cela, Arrivés «u Canada, an début de la colonisation, ils comprirent l'avenir qui était réservé à ce pays, ct ils acquirent des propriétés immenses, Chacun connait leur système de propagande, et le terrain sur lequel ils manœuvraient leur était singulièrement propice. Tout cela devait donner des fruits. C’est pourquoi à l'heure qu'il est, les Jésuites, après bien des persécutions et des bannissements, représentent encore la communauté religieuse la plus puissante au Canada, Mois s'il me fallait citer toutes les églises de Montréal, je n'en finirais pas, car elles sont fort nombreuses, Parmi les autres monuments on remarque une bourse et une banque qui sont construites dans un grand style. Dans les bas-quartiers de la ville, ou partie française, les rues sont droites, et les maisons n'ont pas cette uniformité d'apparence, qu’on observe généralement dans les villes anglaises. L'on voit que plusieurs peuples ont apporté dans cette ville leurs mœurs, et les habitudes de leur nationalité, Montréal est une ville spéciale, très-remarquable par sa situation, et son caractère. Adossée au mont Hochelaga, sur les flancs et les hauteurs duquel des ravissants cottages sont construits, le Saint- Laurent, ce fleuve splendide, vient à ses pieds dérouler ses eaux.

De l'autre côté du fleuve, ce sont les plaines immenses du Vermont; de ce côté, les collines bien

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cultivées et plantureuses du Canada, Dans la ville beaucoup de mouvement; des voitures et des chariots se croisant en tous sens. La rapidité des chevaux est curieuse, et il n'est pas rare de voir une charette l'emporter de vitesse sur le plus brillant équipage. 11 y a longtemps que je remarque la qualité des chevaux canadiens. Ils ont une ‘forme spéciale, une hauteur plutôt moyenne que grande, et je ne saurai trop à quelle race européenne les comparer. La tète est celle des chevaux normands, les jambes sont fines et nerveuses, le corps robuste et souple, la robe plutôt terne que brillante, Ces chevaux ne sont que le résultat d'anciennes importations françaises et anglaises et de croisements qui s'opérèrent entre les deux races, Comme tous les chevaux de montagne, les chevaux canadiens ont le picd sûr, ct sont généralement sobres. Ils sont plus appréciés comme chevaux de selle que pour i'attelage, Le goût du cheval est très prononcé chez les habitants du Canada, et dans chaque province, il y a des courses annuelles qui sont très-suivies.

La jeune fille anglaise naît amazone et on pourrait dire que c’est à cheval que se passent les premières pages de son existence. N'est-ce pas dans une de ces cavalcades, qui sont les vrais plaisirs des canadiennes, qu'elle a vu celui qui fait battre son cœur? Et dans l'épaisseur des bois, la bride nonchalamment tenue, n'est-ce pas encore à cheval, qu'auront

lieu ces conversations intimes, dans lesquelles deux cœurs finissent par se mettre au même diapason ? L'amour sera alors le chef d'orchestre, et tous ces murmures, — mélange de chants d'oiseaux et de bruissements de feuilles, — ne seront que l'accompagnement d’une mélodie, dont l'âme conserve les accents s’en pouvoir en garder l’exact souvenir.

Et comme les promenades autour de Montréal sont propices à ces tendres épanchements ! Nous recommandons tout particu.ièrement la route qui part de Montréal et qui contourne la montagne Hochelaga. Au-dessus de cêtte route les arbres font des arceaux de verdure, qui empèchent même le soleil d'être indiscret. Du haut de la montagne la vue est splendide, ct bien digne de vous plonger dans la plus admirative contemplation. L'æil perçoit le Saint-Laurent jusqu’au lac Saint-François et la rivière d'Ottawa jusqu'au village indien des Deux- Montagnes. D'un autre côté de l'horizon, c’est le lac Champlain et le lac Saint-Pierre, un élargissement du fleuve, dix lieues au-dessous de Montréal. Comme pour gagner le faite de cette montagne il a fallu monter pendant deux heures, il est bien juste que le retour ne soit qu'une descente. C’est ce qui arrive, et en peu de temps on regagne Montréal.

Maintenant que cette promenade est accomplie, qu'on me permette de donner quelques détails sur nos concerts, C'est dans la salle Saint-Patrick qu'ils

ont lieu. Qu'est-ce que cela me fait? pourra dire un lecteur grincheux. Oui, mais cette salle a une certaine réputation due à un fait qu'il est bon de relater, et que je ne voulais pas omettre, Ii parait qu'il y a quelques années, au milieu d’un concert, le plafond de la salle s'effondra et vint tomber sur le public. Depuis ce temps, les dilettantes qui osent encore aller dans cette salle écouter de la musique, passent dans la ville pour des téméraires auxquels la vie est indifférente.

A nos concerts, il me sembla qu'une notable partie des cerveaux brülés qui composaient notre auditoire, écoutaient la musique les yeux levés au ciel. Etait-ce un effet de recueillement ou seulement pour se renseigner sur la solidité dudit plafond? Mystère qui restera inexpliqué comme une foule d’autres particularités.

Notre dernier concert est donné au bénéfice des incendiés du Saguenay, victimes très-intéressantes, il est vrai, mais qui sont aussi dignes de uotre pitié, que justiciables de notre critique.

Nous avons déjà dit dans de précédents chapitres qu'en Amérique il existait une singulière manière de défricher les terres. On allume un incendie dans les bois, et bientôt le feu fait table rase d’une végétation trop encombrante pour l’agriculture. Système adopte par les Colons franco-canadiens, et qui amène souvent dans la colonie des maiheurs épouvantables.

Dans ce dernier sinistre, le feu n'avait plus connu de limites. Poussé par un vent violent il s'était propagé dans des endroits déjà habités et avait brülé hommes, femmes, chevaux et fermes. Et après avoir fait quelques centaines de victimes, le fléau n'avait épargné que ceux qui, pour échapper à sa fureur, s'étaient plongés dans les rivières, et y avaient atteudu deux ou trois jours l'extinction de cette diabolique fournaise. Ce fait déplorable n'était pas sans précédent ; mais rien ne peut faire chandonner aux Colons leur mode de défrichage. IL. est vrai que bien des diflicultés matérielles s’opposent à ce qu'ils en changent de sitôt, Sans moyens de transport, que faire de ces immenses arbres qui n’ont pas moins de 20 mètres d’élévation et dont le tronc mesure 4 mètres de circonférence ? IL faut brûler; mais que ces braves Colons sachent au moins choisir pour leur auto-dafé un jour de caime plat!

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