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c’est presqu’en souriant qu'on aborde cette deuxième épreuve, On s'occupe mème du paysage, qui est fort beau et d’une couleur originale, Sur les r,ves sont des forêts qui ont l'air d’être les frontières de l'infini. Leur sombre feuillage encadre bien les scènes terribles de ce fleuve tourmenté, Les iles couvertes d’une puissante et verdoyante végétation viennent faire opposition à.ces tons un peu sévères. L'ile de Cornwall devant laquelle nous passons émergeant ainsi de ces eaux tumultueuses rappelle — comme dit Byron — « Iris assise au milieu d'une infernale scène, comme l'Espérance sur un lit de mort. Tout ce qui l'entoure est déchiré par les flots furieux, et pourtant son visage conserve une expression calme et souriante. D'une manière sereine, elle porte au loin le rayonnement de ses brillantes couleurs, ressemblant, au milieu de cette scène de torture, à l'amour contemplant la Folie, avec une inaltérable douceur. » Ces rapides fianchis, la rivière se calme peu à peu, et abandonne ses airs de colère. Nous entrons dans le lac Saint-François, qui n'est à vrai dire qu'un élargissement du Saint- Laurent,
Les rives s’éloignent à perte de vue, quitte à se resserrer quelques instants plus tard, Maintenant que nous voguons si doucement, quei serait le passager assez rancunier pour oser se rappeler Jes secousses d'il y a quelques minutes? I n’est certainement pas
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parmi nous, et dans cet oubli des choses passées, dans cette soif d'émotions nouvelles, je pourrais trouver une comparaison avec la vie. Les dures expériences qu'il a faites empèchent-elles l’hoinme d’être attiré par les mêmes séductions, et après avoir franchi des abimes et conquis le calme et la tranquillité, ne se prend-t-il pas à désirer de nouvelles épreuves, de nouvelles luttes? Ce lac Saint- François est pourtant charmant avec ce soleil qui vient briser ses rayons sur sa surface unie et miroitante! Seuls, en ce moment, les mauves et les goëlands viennent troubler son repos, en effleurant ses eaux limpides du bont de leurs blanches ailes. Les rives qui le bordent sont couvertes d'arbres géants, et sur le haut des rochers escarpés se dressent quelques maisons de cultivateurs. Les champs présentent leur manteau d’Arlequin, et le seul bruit que l'oreille perçoit dans cette immobilité, est le tintemenut d’une cloche, dont les sons aflaiblis ont peine à arriver jusqu'à nous.
Henreux celui qui passe sa vie devant un pareil tableau ! Heureux le laboureur, ce fils de la nature, qui n’a pour ambition que le produit d’une belle récolte, comme désirs qu'une goutte d'eau ou un rayon de soleil! Mais l'homme de la grande civilisation doit dédaigner la pure jouissance des biens que la nalure lui offrent si généreusement, et préférer au calme de Ia vie primitive, le trouble et les
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chagrins d'une existence qui s’épuise en efforts souvent stériles !
Au milieu du lac Saint-François, le steamboat s'arrête à la rivière au Baudet, pour y prendre un pilote, Après quelques minutes d'attente, nous voyons un Indien s’élancer de la rive, dans un canot détaché du navire. Les rameurs font force de rames, en un clin-d'œil l’ex-sauvage est sur le pont, Il parait avoir une soixantaine d'années et posséder, malgré son âge, une agilité surprenante. Sans perdre une seconde en démonstration d’aucun genre, il se saisit du gouvernail qui est placé en tête du steamboat. Ne se préoccupant le moindrement d’être l'objet de la curiosité générale, son regard ne se détourne pas du point qu'il fixe. Aidé de quatre hommes (sans Ccaporal), qui obéissent au moindre de ses signes, il manie le gouvernail en marin expert.
Il parait que nous avons devant nous trois rapides, réputés comme très-dangereux, et le capitaine, en déclinant toute responsabilité, nous pérsuade qu'il n'y à que la main d'un sauvage qui puisse nous faire franchir un si mauvais pas. Notre existence est dans les mains de cet Iroquois. S'il allait, dans une rage vengeresse, nous offrir en holocauste à son grand manitou ! Brou ! Quel plongeon expiatoire nous ferions !
Espérons que ses appétits sanguinaires ne se réveilleront pas aujourd'hui, et qu'il attendra un
bateau plus complet, . . . .. . . . . . ..
Vous dirai-je, cher lecteur, que j'ai vu les rapides du Côteau, des Cèdres, des Cascades? Non. Pendant que nous accomplissions ce voyage, il me semblait que le paysage tournoyait devant mes yeux. Dans mon vertige, j'ai pourtant cru apercevoir des rochers dont les pointes allaient s’enfoncer dans les flancs du navire, entendre deux ou trois détonations sourdes, comme si nous avions touché, et assister à une danse d'Indiens, qui aiguisaient leurs couteaux en jetant des regards de convoitise, sur ma cheve- Jure. Tout cela n'était qu'un leurre de mon imagination, puisqu'en ce moment où nous débouchons dans le luc Saint-Louis, je me retrouve assis à la même place, avec mes habits aussi secs et ma chevelure dans la même symétrie. Mais pourquoi ces Indiens? Je suppose qu'à un moment critique, mon regard se sera instinctivement porté sur le pilote et que l'expression de sa physionomie m'aura donné ce cauchemar.
Nous approchons de Montréal et la preuve c’est que les voyageurs se montrent du doigt des montagnes au pied desquelles füt construite l’ancienne Hochelaga des Indiens. .
Avant d'arriver au port, nous avons encore une
trentaine de milles à parcourir, ce qui nous permet de centempler l'Ile des Sœurs, qui est la propriété d’une communauté religieuse, établie à Montréal depuis deux siècles, Un couvent est constrait sur cette île, et j'avoue que pour ce genre de retraite, l'endroit est merveilleusement choisi. L’œil des recluses ne peut percevoir que des roches moussues, l’eau du lac et l’azur du ciel. Magnifique invitation au recueillement !
Après nous avoir fait danser un peu sur les rapides de Lachine, qui furent causes du premier insuccès qui arrêta la course d'exploration de Jacques Cartier — les canaux n'existaient pas encore —., notre pilote indien dans son langage inarticulé nous dit adieu. Good-bye ! Good-bye ! bon pilote!
Pour débarquer à Montréal, il faut passer sous le « Victoria Tubular Bridge » un chef-d'œuvre unique dans le monde entier. Ce pont, mai est surmonté d’une galerie tubulaire sous laquelle passe le chemin de fer, fut inauguré en 1860 par le prince de Galles. Il à deux milles de longueur, et excepté ses vingthuit ples qui sont en pierre, sa charpente est toute en fer. Il est aussi solide qu'il est long, car sur le Saint-Laurent la débâcle des glaces doit posséder une puissance de démolition, qu'une résistance ordi-
naire ne vaincrait pas.
Derrière le pont, Montréal se dévoile à nos yeux dans toute sa splendeur, Joli port, rempli de ba-
teaux, quais en pierre de taille, Je ne sais pourquoi, je songe en les voyant aux Chartrons de Bordeaux, Nombreux cabs pour les voyageurs.
Nous sautons dans une de ces voitures. Very fast ! very fast! to St-James’'s hotel. Ce n'était pas nécessaire de recommander la vitesse à notre coachman ; il a un cheval qui file comme... les Parques.
A notre arrivée à l'hôtel, un petit Monsieur, rouge de teint, anneaux aux oreilles, s'avance vers nous le sourire sur les lèvres.
— Will you one or two rooms, sir ?
— Uone onclé, Seur,
A cet Anglais prononcé à la manière française, le petit Monsieur change d'organe, et avec un accent bas-normand impossible à rendre :
— Baptiste préparez le 128 pour Monsieur !
— Il n'y a pas à s'y tromper, vous êtes Français, lui dis-je.
— Canadien-Français, enfant de Québec, et un des propriétaires de l'hôtel, fut sa réponse.
— Oh! donnez-moi votre main, il y a si longtemps que je n'ai vu un Français.
Et nous voilà nous serrant les mains comme de vieilles connaissances, à tel point que quand je rentre en possession de mes phalanges, elles en sont toutes meurtries. C’est égal, c’est bon de rencontrer un compatriote ! A St-James’s hôtel, je trouve un bon gite, un bon souper et... le sommeil. Notre hôte
Laura
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