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POUR LES BAIGNEURS

— Qu'est-ce que cela ? Ce n'est donc pas l'ile... — Non, monsieur, me répond le maître d’équipage qui devine mes pensées, Beaucoup de voyageurs français commettent la même erreur, sans réfléchir que la véritable île de Sainte-Hélène, qui se trouve sous la ligne, c’est-à-dire à deux milles lieues d'ici, ne peut se rencontrer dans ces latitudes.

Pas forts en géographie, mes compatriotes !

Je n'ai plus que des regards dédaigneux pour la fausse île de Sainte-Hélène, et je porte toute mon attention sur deux charmantes petites villes. Longuenil et Sorel, dont l'apparence pittoresque témoigne en faveur du goût que,montrèrent toujours les Français dans le choix des endroits où ils fondaient leurs villes, Ce qui rend le voyage sur le Saint-Laurent particulièrement agréable, c’est la diversité des paysages et le changement pour ainsi dire constant que présentent ses rives. Encaissée pendant plusieurs milles, la rivière s'étend tout d’un coup, et se transforme en une énorme étendue d’eau. C’est ainsi que nous entrons dans le lac Saint-Pierre, qui a une quinzaine de lieues de longueur sur quatre de largeur,

Tout autour de la baie on aperçoit des petits ports, vers lesquels filent des bateaux pêcheurs. Ces bateaux sont chargés de poissons, parmi lesquels les truites sont en majorité,

Le Saint-Laurent est réputé pour ses pêcheries, et l'abondance de certains poissons est telle, qu'une truite mesurant ur mètre coûte à peine un dollar. Aussi «au Canada devient-on vite ichthyophage.

Ainsi que sur les côtes de Bretagne, les pêcheurs canadiens sont à la fois agriculteurs et marins, et en ce moment où le bateau fait relâche dans un de ces petits ports pour y prendre du poisson, il est étrange de voir la ressemblance frappante qui existe entre ces deux populations, pourtant si éloignées l’une de l’autre. Les hommes ont les traits accentués, l'œil cave et brillant, la figure maigre et sans barbe, encadrée par de longs cheveux noirs, qui viennent tomber en boucles sur les épaules. Leur costume se compose d’une veste et d'un gilet en laine blanche avec des rangées de boutons d'argent, La culotte est boutonnée au genou, et des guûtres enserrent la jambe. N'est-ce pas le portrait d’un paysan basbreton? Et quelle illusion quand on les entend parler ! On se croirait à une foire de Quimper ou de ELandivisiau. Je voudrais descendre du bateau pour aller leur serrer la main et leur dire : et moi aussi je suis français, et breton, ce qui ne gâte rien; mais je me contiens, car il y a plusieurs »isses qui

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