A travers l'Amérique, North America
L'envahissement de notre pauvre patrie par l'Atlila moderne et ses hordes barbares nous a empêchée de le faire paraître l'an dernier. M. Dentu m'annonce qu'il va le mettre en vente.
Quelqu'un, qui a lu mes épreuves, m'a dit à ce sujet : « Est-ce que les tristes événements qui se sont succédé, et l'expérience que nous avons faite de la républi-
AVERTISSEMENT
que, ne vous inspirent pas le désir de faire quelques changements à certains passages de votre ouvrage ? »
Celle demande m'a rendue perplexe ; j'ai pris mon livre, je l'ai relu altenlivemenl. Eh bien ! toutes réflexions faites, je ne changerai pas une ligne, pas un mot ; mon livre parai Ira lel qu'il a élé écrit il y a près de deux ans.
« Nous avons fait l'expérience de la république, » me dit mon ami. Ceci me plonge dans unélonnenienl profond, car j'aiassislé à bien des drames, à bien des comédies exécrables, depuis un an; j'ai vu des choses bien Irisles; mais, je le jure, je n'ai vu ni république ni républicains.
J'ai vu, au miheu des malheurs de l'invasion, un coup d'État fait par des ambilieux dont l'incapacilé n'était comparable qu'à leur présomption. J'ai vu sorlir de cellCj
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jadis fameuse, Église de la démocratie des hommes qui avaient passé leur vie à parler de liberté, d'honneur, de désmtéressement, de Hbéralisme, et j'ai vu ces hommes, au pouvoir, devenir des tyrans, des despotes tels que les tyrans antiques ont dû, dans leur tombe, frémir de jalousie en se voyant surpassés. Tous ces despotes modernes n'ont visé qu'à la dictatme; nous avons eu dicta- . leurs à Paris, dictateurs en province, trop, beaucoup trop de dictateurs. Ces hommes-là étaient-ils des républicains? Non, certes. Descendaient-ils des hommes de 89? Non, car les républicains de la grande révolution se levèrent en masse pour défendre leur patrie ; les hommes de 70 se sont levés en masse, eux aussi, mais pour voler à la curée des places et des sinécures. Ils ont chanté, il est vrai, et sur tous les tons : « Guerre à outrance! » mais, i:ous l'avons bien vu, ils
IV AVERTISSEMENT
n 'avaient pas d'aiilre but que de l'aire luer par les Prussiens le plus grand nombre possible de leurs rivaux, les légitimistes et les orléanistes; à leur point de vue, ce n'était pas maladroit du reste. Je leur ai entendu crier fort souvent : « Vive la liberté! » mais la seule que je leur ai vu mettre en pratique a consisté à confisquer celle d'aiilrui à leur profil.
Lorsque M. Thiers, ce grand patriote, est venu enfin mettre un terme à l'orgie autoritaire des lionunes du 4 septembre, j'ai vu surgir soudain un autre despote, celui-ci sanglant et féroce : la canaille avait formé un tout et avait pris le nom de Commune.
Sa Majesté la canaille nous a montré que, en fait de république, elle était de l'école des Néron, des Caligula et des Soulou(|ue. Les écoliers ont surpassé les maîtres; mais, je
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le répète, je n'ai vu ni république ni républicains.
Je redirai clone ici ce que j'ai écrit dans ce "volume, ce que j'ai dit dans le tome V% \é Far-West.
La république me paraît être une bonne chose, un gouvernement rationnel ; mais ce gouvernement-là sera impossible en France, car le Français est d'essence autoritaire; le despotisme ne cesse de lui plaire qu'alors qu'il le gêne ; il appelle liberté le droit d'ennuyer son voisin et défaire, lui, tout ce que bon lui semble; il ignore complètement l'art d'être libre.
Les chefs de parti ne voient dans la république qu'un moyen de s'emparer du pouvoir et d'en abuser; la foule ne connaît pas la liberté, mais seulement la licence.
J'ai dit aussi, quelque part, dans ce volume, que même les libres-penseurs fran-
VI AVERTISSEMENT
çais mcrilaienl bien plutôt le titre de tyrans penseurs, car, s'ils trouvaient mauvais qu'on essayât de leur imposer une croyance, ils trouvaient fort naturel d'imposer aux autres de n'en avoir aucune.
Les Mottu et consorts m'ont, hélas ! prouvé que je les avais bien jugés.
Dans mon chapitre de VÊmigration, j'exprime le regret que la France, seule de toutes les nations européennes, n'envoie pas son trop plein, l'écume de sa société, dans le nouveau monde.
Eh bien, plus que jamais, je redirai aux gens sensés que l'on doit, à Texemple de l'Europe, qui envoie un demi-million d'émigrants par an en Amérique, faciliter l'émigration française, car l'écume monte en Ilots pressés et furieuse, elle menace de submerger la portion saine de la société.
Un ami indiscret, qui lit par-dessus mon
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épaule, me fait observer que j'oublie de dire si, depuis le 4 septembre ou malgré le 4 septembre, je suis encore républicaine. J'ai beau lui assurer que je \iens de répondre à sa question, il prétend que ma réponse n'est point catégorique.
Demander à un homme son opinion dans ce moment serait plus qu'indiscret, ce serait peu charitable; ces messieurs se réservent, ils attendent, pour se prononcer, que le vague de l'avenir soit dissipé; c'est de la prudence. Mais, comme femme, n'ayant pas la moindre ambition, je puis me prononcer avant que les chances de tels ou tels soient dessinées.
Je suis toujours républicaine, mais je souhaite, pour l'amour de mon pays, que de mille ans et plus on ne fasse plus l'expérience d'une république en France.
Songeant aux malheurs, à la honte qui
vin AVERTISSEMENT.
accablent ma pauvre patrie, je lui souhaite un bon gouvernement.
Henri V se présente à mon esprit entouré du prestige d'un grand nom et d'une loyauté chevaleresque. Mais que promet-il à la France? Une revanche contre la Prusse? Non, une guerre contre Tltalie. Je la trouve tout au moins inopportune, cette guerre-là.
Du reste, ce prince nous offre-t-il du stable et du définitif? Non, il n'a pas d'enfants. Les d'Orléans lui succéderont, me dira-t-on ; c'est possible, mais les Bourbons de Modène, de Parme, de Naples ; ceux d'Espagne, pourront toujours revendiquer la couronne de France au nom de la légitimité*; et, après comme avant, nous aurons deux branches rivales.
Henri V est-il, du reste, l'homme qu'il
' On n'a pas oublié que les Bourbons de Naples, comme ceux •l'Espagne, ont renoncé au trône de France, mais seulement en
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faut à ce siècle où tout est régi par l'imprévu et où l'on fait du nouveau au lieu de recommencer l'histoire? Je n'ose l'espérer, tout en rendant hommage à son âme d'élite et à l'illustration de ses aïeux, et tout en admirant la sortie habile et spirituelle qu'il a faite, drapé dignement dans le blanc drapeau de Jeanne Darc.
Je ne suis pas orléaniste, el pourtant je dois avouer que les princes de cette famille me semblent plus aptes à ramener la victoire infidèle sous notre drapeau national et à rétablir l'ordre et la prospérité.
A côté du comte de Paris, il y a des princes ai'dents patriotes et qui, comme Henri V,
tant qu'ils seraient on possession de ceux d'Espagne et de Naples. Or, étant déchus, ils peuvent de plein droit faire valoir leurs prétentions à la couronne de Franci;. Voici l'ordre des prétendants de la branche des Bourbons : Henri V, don Carlos, duc de l'arme, duc de Modènc, prince des Asluries.
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ne se sont pas désintéressés des choses de la terre ; ils ont étudié l'économie politique, l'artillerie, la marine ; ils ont écrit des articles remarquables sur ces graves sujets; ils se sont toujours montrés vaillanls soldats et chefs habiles. Deux de ces princes sont allés bravement combattre en Amérique pour la cause de l'émancipation des nègres, alors que le républicain Cluseret se battait avec les esclavagistes.
Ces princes sont de leur siècle ; et en plus, ayant vécu en Angleterre, en Amérique, en Allemagne, ils ont perdu cette routine française, routine qui nous conduit à notre perte sans (pie nous nous en don lions.
Donc, sans être orléaniste, Tamaur de ma patrie me pousse à souhailer la prompte venue de la famille d'Orléans au trône de France. Voilà ma réponse, catégorique cette fois-ci, à la question insidieuse démon indis-
AVERTISSEMBNT.
cret ami. Elle est téméraire; la franchise frise toujours la témérité, mais la témérité ne me déplaît point. Si bien que j'ajouterai que j'aime trop l'indépendance, la vraie et saine liberté, pour supporter avec patience l'arbitraire, l'excès d'autorilé de ce qu'en France on nomme la République.
Olympe Audouard.
Pour parler de l'Amérique d'une manière complètement impartiale, il faut n'avoir pas d'opinion.
Car le royaliste, le monarchique quand même, écrivant sur les États-Unis , se laissera guider par un sentiment d'indignation et de haine contre les Américains, un peuple qui a eu l'audace inouïe de se décréter souverain !
Un peuple qui a eu la prudence d'entourer sa royauté d'une parfaite sécurité 1
Qui n'a donné d'autre rôle au pouvoir que le devoir de protéger la royauté du peuple, ne lui laissant pas d'autre mission que celle de serviteur soumis, lidèle et obéissant à la volonté nationale !
Un peuple, enfin, qui a osé inscrire dans sa constitution, que « tout homme a des droits inaliénables : la vie, la liberté, la recherche du bonheur. »
Un pareil peuple, se dira ce royaliste, ne peut être composé que d'un ramassis de vulgaires révolutionnaires !
Toutes ces sages institutions qui ont enfin rendu à l'homme sa dignité, en cessant de faire de lui un sujet pour en faire un citoyen, lui paraîtront monstrueuses, anormales.
Il s'écriera avec une parfaite bonne foi :
— Eh quoi ! des hommes, de simples mortels, que le droit divin n'a pas transformés, s'avisent dei croire qu'ils ont des droits !
Ils se refusent à cette évidenee, qu'ils ne sont que les vils esclaves, la chose d'un être à part, d'un être infaillible appelé Roi !
Ils ne comprennent pas qu'ils ont été créés pour obéir passivement à ce roi, et à ceux à qui il daigne déléguer une partie de ses pouvoirs illimités !
Ils osent dénier à un souverain le droit de disposer de leur vie, de leur honneur, de leur fortune, et de les envoyer mourir dans des expéditions insensées, pour ensuite ajouter cotes additionnelles sur cotes additionnelles, afin de leur faire payer les frais de ces guerres! de grever le budget, d'imposer le pain, le vin, l'eau, l'air qu'on respire, les rayons du soleil qui vous réchauffe!
Ils se refusent à comprendre que ces trentehuit millions d'individus, d'êtres humains, pensant, raisonnant et sentant, ne sont rien, rien que des marionnelles, des pantins, qui doivent
agir ou rester immobiles, d'après l'impulsion de la ficelle gouvernemenlale.
Voilà ce que se dira ce bon royaliste; mû par ces sentiments-là, il critiquera tout en Amérique; les. meilleures choses lui paraîtront absurdes, il n'en verra que le mauvais côté; sans le vouloir môme il sera partial, et laissera dans l'ombre tout ce qu'il y a de grand, de beau, de sage dans les institutions américaines; il ne mettra en lumière que les côtés mesquins et défectueux que l'on y trouve encore.
Il dépeindra une Amérique de fantaisie; au lieu défaire de l'histoire, il fera du mélodrame ou de la comédie bouffonne; il fera un livre royalisteou un pamphlet contre les républicains.
Le républicain agira en sens contraire.
Comme on a fait en quelque sorte d'Amérique le synonyme de république et de liberté, il n'osera pas aventurer le moindre blâme, de peur de paraître parjure à son parti.
Il décrira une république idéale,, peuplée de citoyens ayant toutes les plus hautes vertus en partage et incapables d'un sentiment mauvais, d'une ambition personnelle.
Il insinuera que tout Américain est un émule de Washington.
Au lieu de faire de l'histoire, il fera simplement une apologie de la république.
Entre ces deux ouvrages, le public désireux de savoir ce qui se passe dans le Nouveau- Monde sera assez embarrassé.
En qualité de femme, je n'ai pas d'opinion.
Avoir une opinion, et pourquoi faire?
Opinion et ambition sont presque toujours synonymes.
Les hommes ont généralement une opinion, afin de pouvoir la mettre au service de leur ambition.
Quelle ambition puis-je avoir, moi, femme?
De par le Code napoléonien et draconien, ne
suis-je pas un de ces êtres indéfinis, auxquels on dit, devant l'impôt à payer :
c( Paye, paye donc, tu es citoyenne ! »
Mais à qui, devant le député à élire, on dit: ce Arrière! tu n'as pas voix au chapitre, tu n'es pas citoyenne ! »
Et pourtant les députés volent l'impôt, le font lourd ou léger !
Ne suis-je pas un de ces êtres neutres à qui devant les privilèges, les places, les récompenses, on dit : «Ceci n'est que pour les Français. »
Mais à qui devant l'échafaud, l'exil, l'amende, la prison, on dit : « Allons, prends-en U part, car Français sous-entend toujours Française. . . ! »
Singulière position, en vérilé !
Faire un livre politiipie dans cette situation serait vraiment folie, j'enlends par ces mots « un livre politique » un ouvrage écrit en faveur de tel ou tel parti.
Je vais donc me contenter de faire de la pho-
tographie, et raconter aussi exactement que possible ce qu'est cette grande république américaine.
Si je n'ai pas d'opinion, à la façon dont on entend la chose, j'ai, en revanche, une conviction sincère et profonde.
Je suis démocrate et républicaine.
Oh ! n'allez pas sourire !
N'allez pas vous écrier : « Il n'est point permis à une femme de se dire républicaine pu légitimiste, puisqu'elle n'a aucuns droits politiques. . .»
Une femiii« a le droit d'avoir une opinion, puisqu'elle a un cœur et une religion.
J'ai puisé mes sentiments démocratiques dans les sublimes paroles prononcées par le Christ. Jésus-Christ a été le premier démocrate ; ses maximes démocratiques sont ardentes et convaincues ; de plus, il a mis la pratique d'accord avec ses théories.
Comme chrétienne, donc, je suis démocrate,
et le Christ m'a si bien conyerlie à ses théories que je persiste dans ma démocratie, malgré tout ce que font certains journaux rouges pour la faire détester.
Je suis républicaine et c'est mon droit, car la philanthropie est permise à tout le monde... môme aux femmes.
En jetant un regard sur l'hisloire de tous les peuples, en étudiant celle de notre belle France, j'y vois, sous les règnes les plus glorieux, une cour brillante, une société peu nombreuse vivant dans le luxe et le plaisir... Mais, je vois à côté de cela la masse, la grande majorité, pauvre, opprimée, sacrifiée; je trouve ce spectacle aflligeant.
Mon avis est que le progrès et la civilisation n'auront point dit leur dernier mol, tant que la faim et la misère n'auront point été extirpées de la société.
Je voudrais voir tous les membres de la grande
famille humaine heureux, que personne ne grelottai de froid, et ne mourût faute d'un morceau de pain.
ïl paraît qu'il est impossible d'arriver à ce résultat consolant, mais il me semble que la république pourrait, mieux qu'aucun autre gouvernement, assurer le bien-être à la majorité, en diminuant un peu le luxe de la minorité.
Et de grand cœur, ici, je sacrifie la minorité à la majorité.
Mais, — se diront certains hommes, — ceci est une politique absurde, c'est une politique de 'sentiment! C'est très-vrai.
Que voulez-vous? j'ai tort, peut-être, mais je trouve que celle-là vaut encore mieux qu'une politique d'ambition !
En religion tout comme en conviction, je déleste le fanatisme.
Ma profonde considération pour la république ne m'empêchera pas d'être impartiale et de vous
iO PRÉFACE.
dire le bien comme le mal des insliliitions américaines et des hommes qui les interprètent.
J'ai passé treize mois en Amérique, j'ai tout vu. tout étudié avec ardeur, avec curiosité, et avec le ferme désir de voir bien.
Des hommes éminents, môles aux affiiires du pays;
Les journalistes américains, de toutes les couleurs et les nuances (car, hélas ! il y a aussi plusieurs couleurs là-bas);
Tous ces hommes, avec une grande bienveillance, m'ont expliqué les rouages administratifs, m'ont montré cette grande constitution de Washington en pratique, et dirigeant vers le progrès un peuple de trente-huit millions d'hommes; ils m'ont fait assister aux conventions, aux luttes électorales; ils n'ont pas, je leur rends celte justice, même eu la pensée d'essayer de me dissimuler les abus qui existent dans leur pays; avec une franchise complète, ils me les
ont signalés, ayant bien soin de me faire observer que la constitution est d'une sagesse inattaquable, qu'on ne saurait la rendre responsable de ces abus ; mais que malheureusement un peuple qui s'accroît chaque année de cinq cent mille émigrants, ne saurait être composé exclusivement d'hommes honnêtes et intègres.
L'Américain possède un gros bon sens ; la flatterie exagérée le fait sourire.
Il a conscience de ce qu'il vaut, mais il voit fort bien ce qui lui reste à faire.
Il est patriote, mais il n'a pas un chauvinisme exagéré.
Grâce donc à la complaisance de mes cicérones et amis américains, j'ai tout vu, et je crois avoir bien vu ; leur science est venue au service de mon ignorance ; j'ai causé avec les démocrates, avec les républicains et avec les radicaux : j'ai donc écouté le pour et le contre.
Ceci m'amène à parler, dès à présent, du seul
élément de discorde, de la seule chose réellement mauvaise et illogique qui existe aux Etats-Unis.
En France , démocrate et républicain vont généralement de pair.
Celui qui est démocrate est républicain ; celui qui est républicain est démocrate.
Il n'en est pas de même aux Etats-Unis; ces deux mots y ont une signification diamétralement opposée.
Républicains et démocrates se font une guerre acharnée, guerre qui n'est pas toujours courtoise.
Les républicains sont abolitionistes : ils tendent franchement la main aux nègres; ils en font des ministres'; ils les envoient au sénat, à la Chambre des députés. m
Dans le but d'augmenter promplement le nombre des habitants, ils accordent facilement] les droits de citoyens aux émigranls.
le
' Granl a nommé deux hommes de couleur représentants des État:>-Unis.
Ils sont partisans des tarifs protecteurs, dont le but est de favoriser les industries locales, et d'attirer en Amérique beaucoup de monde.
Ils demandent l'augmentation du salaire de l'ouvrier, et l'association entre l'ouvrier et le patron ou le capitaliste.
Les démocrates sont opposés au vote des hommes de couleur, et à leur immixtion dans les affaires politiques ; ils persistent à les croire des êtres inférieurs ; ils affectent de changer de place si l'un de ces hommes s'assoit près d'eux.
Ils sont partisans de la franchise des États ainsi que des tarifs de libre-échange.
Ils souhaiteraient qu'on accordât le droit de citoyen moins facilement : ce flot d'émigration faisant invasion chaque année dans leur pays les épouvante : «Le moyen-, disent-ils, de devenir un vrai peuple, avec cet élément cosmopolite qui s'introduit constamment chez nous! »
Enfin, les démocrates commencent à trouver
la république avec ses théories égalilaires un peu bien commune pour eux ; ils sont aristocrates et demandent quelques privilèges; ils voudraietit que les gens bien nés, ceux qui sont un peu moins roturiers, prissent les renés du gouvernement; ils parlent quartiers et blason.
Ce sont eux qui se sont inventé une petite aristocratie de convention , qui, pour manquer des trente-deux (juartiers, ne manque pas de morgue et d'intolérance.
Les démocrates les plus ardents vont jusqu'à trouver qu'une cour ne ferait pas mal en Amérique, car elle créerait des titres, des décorations et des privilèges.
Le journal tlie Ewj^ire (l'Empire), soutient ordinairement ce dire-là dans ses colonnes.
Tous les sudistes sont démocrates, ainsi que tous les enrichis de vieille date; l'État de New- York est complètement démocrate, et aussi les villes de Boston et Philadelphie. Tous les Irhrn-
dais et tout ce qui est catholique est démocrate ; le clergé calholique est, il va sans dire, archidémocrale.
Tous les Américains d'origine allemande et suisse sont par contre républicains; le Far-West, avec ses trois millions d'habitanls nouvellement arrivés, est républicain.
Le Maine a donné une forte majorité au candidat républicain.
Lincoln était républicain ; Johnson n'était ni l'un ni l'autre; Grantest républicain.
Le parti républicain a eu la majorité aux dernières élections, mais la lutte a été vive, acharnée, et l'on a vu que le parti démocrate était fort nombreux.
Chaque parti veut faire prédominer sa politique; pour cela il faut, non-seulement que son candidat à la présidence soit élu, mais encore que les députés, les sénateurs soient choisis parmi les siens; les élections deviennent des batailles
acharnées; cliacun iiiliigiie, aclièlo des voix, cl met une ardeur sauvage à faire élire les hommes de son parti.
A côté de cet intérêt politique et général vient se joindre souvent un intérêt personnel. Le sénat, la Chambre des députés et le président disposent d'un certain nombre de places: si les membres de ces deux honorables corps, ainsi que le président, sont républicains , toutes, les places sont données aux hommes de leur parti, et iiice versa s'ils sont démocrates.
S'il n'y availen Amérique que des républicains, l'entente serait cordiale, l'ordre parfait; il n'y aurait aucune lutte, aucune intrigue... Ce serait la perfection , l'idéal de l'idéal. ïlélas ! la perfection n'est pas une vertu humaine et terrestre, aussi y a-l-il des démocrates et des républicains dans ce nouveau monde !
CHIAPITRE PREMIER