‹ A travers l'Amérique, North AmericaChapitre 12 sur 16 · Ï5« A TRAVERS L'AMERIQUE · texte numérisé non relu

Ï5« A TRAVERS L'AMERIQUE

fois saints : pas un homme ne conserva pour spirituais wife la femme avec qui il était déjà lié, quoiqu'il fût convenu qu'on pouvait contracter avec cette même épouse un mariage spirituel ; tous choisirent une autre femme pour épouse spirituelle; les femmes du reste suivirent cet exemple, et les uns et les autres curent, qui deux femmes, qui deux maris. •

Celte secte religieuse a pris le nom à'ebelisme ou vulgairement muckers en Allemagne. En Angleterre, elle s'est appelée lampeser ou princeckis ; en Amérique, on la nomme la secte des spiriluaCs wifes. Paulinc's church, son église principale, est à New- York. Dans le Massachusetts, Noyer compte un grand nombre d'adeptes. Rien de plus amusant du reste que de vivre au milieu de ces gcns-là. Le mari dit un jour à sa femme :

— Ma chère, je vous quitte ; ma spiritual's wife m'appelle à Washington, nos âmes ont besoin de causer un peu.

— Très-bien, allez, mon ami, répond la femme ; pendant votre absence j'irai faire un petit voyage

avec mon spiritual's husband, à qui, moi aussi, j'ai mille choses à dire.

Si vous êtes dans un salon, le maître de la maison vous présente sa femme, puis arrive une toute charmante jeune fille ; il lui serre la main avec effusion ; tous les deux s'isolent dans un coin du salon, ils causent bas et tendrement. Si vous regardez avec étonnement ce tête-à-tête, la femme réelle ou plutôt matérielle, puisque. c'est l'autre qui est la vraie, vous . dit : « Celte jeune fille est l'épouse spirituelle démon mari. »

En Amérique, cette secte a eu parmi les femmes un immense succès ; plusieurs jeunes filles de bonne famille se sont mises à prêcher les théories du père Noyer.

Mademoiselle Lucina d'Umphreville de Delphi, la [première, a pris la parole pour expliquer aux habitants de l'État de New-York qu'un mariage sur la terre ne constitue pas un mariage dans le ciel; que notre séjour ici-bas représentant une minute à peine à côté de l'éternité, c'était surtout de la félicité conjugale en l'autre monde qu'il fallait se préoccuper, et que ceux qui n'auraient pas pris le soin de choisir

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dès ce monde l'épouse ou l'époux de 1 avenir scraicut réduits à un célibat éternel.

Luggie Doten, Cora Hatech, Mary Lincoln se joignirent à elle. Ces dames, toutes jeunes et jolies, ayant le feu sacré do la foi dans les croyances qu'elles prêchaient, eurent un immense succès et firent de nombreux adeptes. Elles joignirent les écrits à la parole et fondèrent des journaux, publièrent des brochures. En peu de temps leur église fut fondée. Chaque homme se mettait en quête de l'âme faite pour son âme. Chaque jeune lille cherchait son époux céleste, et l'on se fiançait sur la terre pour s'unir dans le ciel.

Des fêles dites religieuses s'établirent ; on les appelle les primautés des fêtes d'amour ou \cs prayer*s meeting love. Dans ces fêtes, la doctrine de l'auiour céleste était enseignée ; ceci se passait en 1855. Aujourd'hui la secte de Noyer compte beaucoup d'adeptes, surtout dans l'Etal de New- York et dans celui dej Massachusetts.

Il y a eu division parmi les sectaires : les uns sq] sont appelés perfectionnistes y les autres spiritualistes, mais l'Église mère a pris le nom de Pauline's

church (Pauline église), ils ont donné ce nom de Pauline en l'honneur de saint Paul, car ils se basent sur la vie, les actions, les théories de ce saint personnage pour affirmer l'origine divine de leurs théories.

«Saint Paul, disent-ils, n'était pas marié, cependant il était toujours accompagné dans ses voyages par une femme, le mot grec gynê signifiant épouse. »

Clément d'Alexandrie pense que Paul et Barnabas ne se seraient point ainsi compromis en public s'ils n'avaient pas été mariés.

Mais Tertullien, au contraire, dit que la femme qui voyageait avec lui n'était pour lui qu'une sœur sacrée.

Paul d'un seul mot aurait pu fixer la postérité, mais il n'a pas dit ce mot-là.

Ce silence embarrasse généralement les Eglises, qui ne savent trop comment expliquer et faire accepter celte fameuse Barnabas suivant Paul comme son ombre.

Les disciples d'Ebel^ de Prince et de Noyer tournent la difficulté au plus grand avantage de leurs principes ; ils disent :

« La femme qui voyageait avec Paul n'était pas sa femme d'après la loi : elle était son épouse spirituelle. »

Ils assurent que le même genre d'amour spirituel, d'union contractée en vue de l'élernité, se retrouve dans les agapes , ces fêtes d'amour , qui sont si souvent mentionnées dans l'histoire de l'Église primitive.

Ils essayent de lier le christianisme, en profitant de son origine un peu obscurcie, avec ces fameuses agapes et affirment que l'Église a sanctionne ces fêtes de l'amour, en les transformant en une sympathie de sexe à sexe, synqiathic qui se transformera en amour céleste et éternel.

Décos idées, de ces théories, sont nées les affinités libres.

Robert Awen, de New-Lanark, en Ecosse, se sentant, lui aussi, une velléité de fonder une secte, traversa rOcéan, afin de retrouver en Amérique la

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liberté voulue pour faire connaître ses idées nouvelles.

Ce fut à Washington qu'il fit entendre sa première prédication. Il prophétisa un monde nouveau, des hommes régénérés.

« Bientôt, s'écria-t-il d'un accent inspiré, il n'y aura plus de crimes, plus de guerres, car il n'y aura plus de militaires et plus de police. »

De fait, le procédé serait fort simple : licenciez tous les militaires et forcément les guerres deviendront impossibles. Pour la police, c'est autre chose ; suffit-il de la supprimer pour supprimer le crime? C'est assez douteux. H est vrai que Robert Awen remplace les militaires et les policiers par une loi nouvelle, celle de VHarmonie. A la femme appartenait le rôle de créer l'harmonie universelle. Chaque femme doit, par conséquent, plaire, charmer et rendre heureux le plus grand nombre d'hommes possible.

Robert Awen eut un grand succès, car lorsqu'il proposa d'aller fonder la ville de New-llarmony dans rindiana,'il trouva beaucoup de familles de Boston et de New-York prêtes à le suivre. Tous socialistes

et philosophes avancés, ils entrèrent dans les vues du prophète et commencèrent une guerre acharnée contre la Bible, qu'ils appelaient un livre funeste. Ils attaquèrent violemment toutes les lois sociales ; le mariage surtout. Ils proclamèrent que les biens d'ici-bas devraient être en commun, qyc les titres des propriétés devaient être détruits comme n'ayant aucune valeur ils proclamèrent enfln l'amour libre, le mariage libre, mais le divorcé plus libre encore. Fils de Robert Awen, Dale Awen prit la parole, lui aussi, pour affirmer les théories de son père.

El comme une femme est, paraît-il, l'élément obligatoire pour tout innovateur, s'il désire réussir, DalcAwon prit pour compagne Francis Wright,

Ce jeune couple libre se mit à parcourir FAmérique.

La jeune femme prêchait d'une voix inspirée ; elle eut un grand succès et fit plus d'adeptes encore que son compagnon. Elle attaquait la Bible avec une violence inouïe, la présentant comme un livre de scandale, comme une école de tyrannie et d'arbitraire, bonne pour former les sujets d'un souverain autocrate,

mais juste bonne pour être foulée aux pieds dans un pays de citoyens libres. Elle soutenait celte théorie, connue, du reste, et pas neuve, que la terre était trop peuplée, qu'il fallait s'efforcer de diminuer le nombre des enfants ; secondement que le mariage, tel que l'Église l'institue, rend la femme esclave et qu'on doit l'abolir au nom de la liberté.

Dale Awen est devenu un des premiers citoyens des Etats-Unis. Il était le chef du parti démocratique, dont il se sépara au moment oîi surgit la question des nègres. Le premier, il prêcha énergiquement l'égalité parfaite entre toutes les créatures humaines, quels que fussent leur couleur et leur sexe. Il proclama hautement l'égalité entre l'iiommc blanc et l'hommo noir, entre la femme et l'homme, entre le mari et la femme.

Francis Wright et lui ont écrit un ouvrage trèsbien fait sur ces sujets, et l'on peut dire qu'ils ont soulevé à eux deux, et les premiers, la question de l'émancipation de la race noire et de l'émancipation delà femme. Ils fondèrent un journal, h Free Eîiqiiirer, pour soutenir leurs opinions... Ils ont fait école, car, aujourd'bui, il y a des écoles à New-York

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et à Boston qui soutiennent les théories de Awen, et qui ont surtout pour but de ralentir le nombre des mariages légaux ; ils prennent en main la cause des femmes malheureuses en mariage et les aident à reconquérir leur liberté.

Dale a laissé des ouvrages socialistes remarquables, dans lesquels il a traité surtout les questions de la population, augmentation et diminution... Si la Bible dit : Croissez et multipliez, Dale insinue qu'il faut croître, — mais multiplier dans des limites modérées, afin que les hommes n'en soient pas réduits un jour à s'entre-dévorer. Francis Wright a traité à fond la question mariage.

L'un et l'autre ont émis des idées justes accompagnées de divagations cl de théories insensées.

Mais quelle que soit la valeur de la semence qu'ils ont semée, elle a fructifié, car dans ce nouveau monde, celui qui sème, et quoi qu'il sème, récolte toujours.

L'école de Fourier a trouvé des adeptes en Amérique. Albert Brisbane vint étudier en France cette nouvelle école et, dès son retour dans le Nouveau-Monde, en 1842, il commença ses prédications. Il insista beaucoup sur la liberté complète entre les deux sexes. . . Henry Raymond, l'ami et le confident d'Abraham Lincoln, l'attaqua avec une grande violence. La violence de ces attaques assura une parfaite réussite à Brisbane. Plusieurs riches banquiers mirent des fonds à la disposition du novateur, et des colonies établies sous les lois et les idées de Fourier furent fondées, la première, dans Wernont County , la seconde, dans le New-Jersey. Dans ces deux colonies, on établit un grand phalanstère où s'installèrent ceijt cinquante personnes. La religion fut laissée de côté comme un non-sens ; la philosophie matérialiste fut adoptée. On cultiva la terre en commun ; on fit des opérations commerciales, dont le produit était mis dans la bourse commune. Les femmes étaient en commun aussi, mais comme on leur reconnaissait le droit de choisir les hommes et qu'elles accordaient leurs préférences aux jeunes et beaux garçons, les vieux et laids commencèrent à se plaindre. Ceux qui n'avaient pasd'en-

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fanls trouvaient très-injuste de nourrir ceux des autres ; les actifs et laborieux récriminaient contre les paresseux ; ils finissaient pas s'adonner à la paresse, afin que leur travail ne profitât pas aux oisifs. Bref, le désordre devint grand dans les deux phalanstères, et ces deux colonies se mirent en faillite un beau jour.

Mais si les disciples de Fourier n'ont pas eu de succès, ce n'est pas au communisme qu'il faut s'en prendre, c'est simplement à ce que Louis Cabet, Fourier et Considérant n'avaient pas consolidé leurs théories sociales d'une idée religieuse; ce qui le prouve, c'est qu'il y a aujourd'hui en Amérique à peu près cent mille personnes, habitant des petits villages situés sur le montLibanon, qui pratiquent le communisme et vivent en fort boimc intelligence; les affaires de ces sortes de communautés sont florissantes.

11 y a deux sectes très-distinctes parmi les habii lants du mont Libanon : celle des shakers ou Ircm* blcurs et celle des pei-fectiomiistes ; divisés pour lea idées religieuses, ils s'entendent à merveille pour la pratique du communisme.

Les Shakers habitent des petits villages qui ressemblent à des nids charmants; ils sont entourés de jardins ; les maisons sont recouvertes de plantes grimpantes. Par toutes les fenêtres ouvertes, on ne voit que fleurs et flots de mousseline blanche. Les femmes sont simplement, mais coquettement habillées ; leur costume comme leur maison sont d'une exquise propreté; elles passent leur temps à confectionner des confitures qui sont fort recherchées en Amérique et qui y jouissent d'une grande vogue. Beaucoup sont des parfumeurs {ou plutôt des parfumeuses, car la langue française, qui refuse un féminin à peintre et écrivain, le donne à parfumeur) ; elles distillent les fleurs et font des essences très-renommées; ce commerce leur rend beaucoup d'argent... Les hommes shakers sont, assure-t-on, les meilleurs agriculteurs et les meilleuTs horticulteurs du monde ; [. je l'ai cru sans peine en goûtant leurs fruits exquis, leurs légumes excellents et en voyant la façon dont sont tenus leurs grands jardins.

Comme religion, ils ont des idées assez baroques. Ils croient à une seconde descente du Christ sur la terre ; ils pensent que ce mot de résurrection ne fait

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point allusion à une vie dans une autre planète, ni dans cet infini appelé ciel, mais que Ihomnie ressuscite sur cette terre, et (pie celui qui est vraiment ressuscité y trouve son paradis. Ce qui prouve combien ces gens-là sont heureux, c'est qu'ils affirment qu'ils sont, eux, déjà dans le ciel.

Les perfeclionnistes croient, eux aussi, à une secondevenueduChrist, qu'ils placenta l'an soixante-dix de notre ère... Leur toquade est démarcher toujours et sans cesse vers la perfection, ils prétendent que l'homme a en lui deux éléments, celui du mal, celui du bien, et qu'une fois qu'il est parvenu à anéantir l'élément du mal, il est un homme régénéré et qu'il jouit dès lors de la béatitude éternelle.

Tous ces gen.s-Ià, à l'exemple de certaines tribus des naturels de l'Amérique, ont des grands greniers à provisions; chacun y met sa récolte; chacun y puise selon ses besoins. Ils ont une banque ou est déposé! l'argent de tous; cette banque, sous la surveillance] de membres élus aux voix, fait des opérations financières pour augmenter le capital.

Les perfectionnistes, comme les shakers, sont, diton, très-riches. Pas de mariages ; l'amour libre ; les

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enl'anls élevés en commun^abira-Xfaift-J.e la communauté.

The (jreat Harmony, la grande Harmonie, est une secte composée d'hommes très-fanatiques, qui ont attaqué très-violemment toutes les sectes fondées, toutes les religions établies. Ils ont déclaré n'avoir aucune ramification avec les hommes et les idées du vieux monde. Leur religion est née, disent-ils, d'un effort divin de l'esprit humain dégagé de toutes entraves charnelles.

Le fondateur de cette secte est un sabotier, nommé Andrew Jackson Davis. Il a débuté par écrire un gros volume pour expliquer les théories et les idées qu'il émet, et il insiste fortement sur ce que ces idées sont à lui, bien à lui. Mais je crois que cette précaution ne sert qu'à essayer de dissimuler une vérité, qui est celle-ci : son livre est un plagiat, une parodie mauvaise du livre extravagant, mais vraiment original de Swedenborg, livre intitulé Arcana cœlestia ou du vrai ciel sur la terre.

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Ce livre contient une série de rêves, mystiques si l'on veut, mais qui poussent le mysticisme jusqu'à la plus grande des voluptés. Mais avant de parler du Suédois Swedenborg, finissons-en avec le sabotier Davis. Son livre commençait par nier toute l'histoire de la race humaine. Il fulmina d'amers réquisitoires contre la Bible. Il déclara, du reste, en bon Yankee pratique, que le passé n'était rien, le présent beaucoup et l'avenir tout. Il proclama la liberté de l'esprit, mais il songea à s'en servir pour gagner de l'argent. Il reprit les théories de Swedenborg sur les esprits,qui peuvent communiquer avec lesêtres humains et les éclairer. iMais, moins préoccupé de persuader que de gagner de l'argent, il se mit à parcourir l'Amérique et il évoquait les âmes des anges, des héros morts, ayant bien soin de ne leur demander que des choses utiles, comme des consultations médicales ou amoureuses, et il vendait ses consultations fort cher. Les esprits qu'il a évoques lui ont rendu près de quatre millions de dollars, ce qui lui a per* mis de ne plus se livrer à la confection des sabots... Les spirites de l'école de Davis et ceux de l'école de Swedenborg sont au nombre de plus de quatre mil-

lions en Amérique... C'est vous dire que les tables tournent, tournent à vous donner le vertige. Chaque dimanche, à New-York, les adeptes se réunissent dans des salles ad hoc. Un homme ou une femme apparaît à la liibune et commence par évoquer tel ou tel esprit, puis une fois que l'esprit s'est rendu à l'appel et inspire l'orateur, celui-ci se met à raconter les choses les plus sensées ou les plus insensées d'après le sérieux de l'esprit évoqué. On écoute avec recueillement. Chose djgne de remarque: tous lés esprits sont d'accord en ceci que le mariage est une chose immorale ; qu'il unit le corps et enchaîne la liberté.

Ces hommes-là pensent que la femme, son amour et ses charmes, doivent établir l'harmonie universelle et que la femme méritante doit aimer et charmer le plus d'hommes possible.

Mais l'école de Davis compte pour adeptes surtout lesBarnums, les Américains pratiques, fort décidés à tout accepter, pourvu que cela rende de l'argent.

Les sjjirites de l'école do Swedenborg comptent dans leurs rangs des hommes éminents, des savants, des professeurs et beaucoup de femmes. Ils sont

croyants jusqu'au fanatisme, et les plaisanter est chose dangereuse, car, au besoin, ils évoquent les âmes des héros de la vendetta corse.

Swedenborg, né à Stockholm, fils d'un évêque luthérien de Weslrogothic, après avoir fait de brillantes études, ayant montré de grandes aptitudes pour les sciences naturelles et un goût prononcé pour la science métallurgique, sur lesquelles il publia des ouvrages très-intéressants, fut nommé directeur des mines par Charles Xll, en 1714. Bientôt après il devint membre de l'Académie de Stockholm, membre honoraire de celle de Saint- Pétersbourg... Mais voilà que soudain, ce savant, cet académicien sérieux affirme qu'il a des révélations et qu'il converse avec les âmes.

Fort heureusement les médecins aliénistes de ces temps-là et de ce pays ne ressemi)Iaient pas à ceux de Paris, en Pan de grâce 1870 ; sans quoi ce fameux savant aurait été bel et bien enfermé à Charenlon.

Mais Swedenborg fut laissé en toute tranquillité ; il put causer en liberté avec les âmes. Elles lui donnèrent la mission de régénérer le christianisme. Il

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se mit à propager d'abord ses croyances dans la possibilité d'évoquer les âmes.

Ensuite il expliqua les réformes qu'on devait opérer dans la religion chrétienne. Il a publié des ouvrages excessivement curieux. On sent un esprit convaincu, une âme ardente, qui s'est jetée dans le mysticisme avec la même ardeur amoureuse qu'elle se portait jadis aux amours mondaines et palpables. Voici une légende qu'une charmante Suédoise m'a contée sur lui. Je dis légende, car je n'ai retrouvé cette histoire dans aucun des livres parlant de Swedenborg.

Il avait aimé de toutes les forces de son âme une blonde et belle jeune fille. Il avait quarante ans, elle n'en avait que seize alors qu'ils se connurent; il demanda sa main, mais les parents de la jeune personne trouvèrent la disproportion d'âge trop grande et refusèrent leur consentement.

Les deux amants continuèrent à se voir en cachette, ils se donnaient rendez-vous dans un petit pavillon situé au bout du jardin de l'habitation de la jeune (ille. Lorsque tous ses parents dormaient, elle s'esquivait furtive et tremblante, enveloppée dans un grand châle blanc, qui la faisait ressembler à un

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rantôme, et elle venait joindre son amoureux qui, après avoir franchi le mur de clôture, l'attendait dans le petit pavillon. La lune à la douce clarté éclairait les deux amants de ses reflets pâles et argentés. Un jour Ira, prenant un canif, écrivit avec la pointe sur la table: «Je le jure, je serai à lui ou à personne.» Swedenborg écrivit à son tour : « Elle est, elle sera mon seul amour sur la terre et dans le ciel. » Les amants confirmèrent le serment écrit par un serment verbal.

— Pourtant, si je venais à mourir, dit Ira, peutêtre ne me resterais-tu pas fidèle.

— Si tu mourais avant moi, ma bien-aimée, je le jure sur mon àme, plus aucune femme n'aurait, non-seulement mon cœur, mais même ne recevrai! un. mot d'amour de moi. Ma vie se passerait dan: l'impatience de l'attente de la mort, qui me réunirait à toi.

Deux mois après Ira succombait des suites d'un( pulmonie. Avant de mourir, elle demanda à ses parents de faire appeler celui qu'elle aimait. On ne refuse rien à celle qui est près de quitter ce mondc^ Swedenborg fut admis auprès du lit de la mourante.

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Les adieux furent déchirants. Elle voulut lui offrir en souvenir un médaillon qu'elle portait au cou ; mais lui, lui demanda comme une faveur suprême de lui donner cette petite table où ils avaient écrit leurs serments.

Deux jours après, Ira était couchée dans son froid sépulcre et lui n'avait plus pour se consoler que cette table, cette chère petite table où sa bien-aimée avait tracé ces mots si doux, dictés par un amour tendre. Vingt fois par jour, il baisait ces petits caractères. Il baignait de ses larmes le bois de la table... Il fut inconsolable et tout à sa douleur pendant toute une année. Puis, un jour, un ami l'entraîna au théâtre. Il y avait alors à Stockholm une actrice fort belle; son ami le présenta à elle. L'actrice était femme, parlant un brin coquette. Elle connaissait la triste histoire d'amour de Swedenborg. Elle se dit que, si elle parvenait à lui faire oublier Ira, ce serait pour elle un beau triomphe. Elle fut charmante, séduisante. Il revint souvent au théâtre ; il alla chez elle et bientôt il oublia la belle morte et sentit naître dans son cœur Je désir ardent d'être aimé par cette femme. Il lui fit la cour; elle était adroite et sut résister assez long-

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temps pour attiser sa flamme. Un jour enfin, elle! accepta l'invitation qu'il lui faisait d'aller prendre lo thé chez lui. 11 mit son appartement en fêle: des! fleurs jiartout, de la lumière; il voulait que tout fût digne de la déesse qui allait venir... Ilapcr(;ut tout] à coup la petite table ; un éclair, une pensée de remords traversa son esprit... Mais la sonnette retentit, c'était elle... Bien vite il plaça la table dans un coin, car elle faisait tache au milieu de son luxueux mobilier. Elle entra et, tout en causant et en regardant d'un air curieux le mobilier, elle alla poser son chapeau juste sur la table. Elle s'arrêta tout étonnée :

— Pourquoi donc, dit-elle, avez-vous mis dans votre salon cette modeste table de jardin?...

Swedenborg se troubla. Elle le regarda fixement. Son instinct de femme l'avertit que c'était là un souvenir, un souvenir de sa rivale, et comme il balbutiait et voulait changer la conversation, elle, avec cette persistance toute féminine en pareille occasion, resta devant la table, l'examina curieusement.

— Allons, méchante, lui dit-il, venez ici, près de moi, sur ce divan. Venez me dire que vous savez que

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je VOUS aime à la folie et venez me dire que vous m'aimez un peu. "

— Vous m'aimez? dit-elle ; eh bien, jurez-le-moi !

Il jura.

— Oh! ... je suis incrédule, avant de vous dire : Moi aussi je vous aime, je veux être sûre, bien sûre, que réellement je possède voire cœur.

Swedenborg entourait sa taille d'un bras amoureux.

— Que faut-il faire, dites, pour que vous me croyiez?...

— Il faut, dit-elle, poser votre main là, sur cette table et me dire : Je la prends à témoin que je vous aime.

Il pâlit, hésita, mais elle était belle, bien belle, Corina. Ira, la pauvre morte, fut vaincue par elle, il posa sa main sur la table et commença :

— Je ju...! mais il s'arrêta soudain, car, sous la pression de sa main, la table tressaillait, s'agitait et faisait entendre comme un bruit de sanglots . . . Swedenborg perdit la tête. Il chassa Corina.

— Vite, vite sortez de chez moi, je vous hnis, je vous déteste... Moi vous aimer!... Non, jamais, ja-

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mais ! Entendez-vous Ira, ma douce Ira, qui pleure de douleur de voir que je parjure mon serment !

Corina se sauva, se demandant si Swedenborg était fou ou si sa maison était ensorcelée !

Quant à lui, il revint près de sa table ; il la mouilla de ses larmes; il demanda pardon à Ira... Et c'est depuis ce jour-là qu'il commença à croire aux esprits et à faire tourner les tables. L'âme d'Ira venait s'entretenir avec lui, lui révéler les secrets de l'autre monde en prenant pour intermédiaire cette petite table.

Depuis lors, jamais femtne n'a tcçu un mot d'amour de lui et trente-cinq ans après, se voyant à son lit de mort, il a ordonné que coite table fût brisée et que les morceaux fussent placés dans son tombeau. Il a laissé entre autres livres sur les sciences spirites VArcana cœl'estiaj de cœlo et infemo ex auditis et visis, publié en 1758. Dans ses livres, il raconte ses entretiens avec les anges et les démons. Parmi ces anges dont il parle, un paraît surtout remplir son âme d'une tendresse ineffable, ce qui me ferait croire que la légende d'Ira est véridique.

En 1771, il a publié deux ouvrages thcoiogi-

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ques dans lesqucl il enseigne la croyance à deux mondes distincts : le matériel et le spirituel. 11 affirme que les Ecritures saintes contiennent trois sens : le naturel, le spirituel et enfin le céleste ou divin. « Celui-là, dit-il, était resté inconnu, et c'est lui, Swedenborg, qui a reçu la mission de le révéler aux hommes. »

Il trouva de nombreux partisans en Suède, puis ri alla faire des prosélytes en Angleterre.

Avant de mourir, il fonda une église nommée la Jérusalem céleste.

Aujourd'hui encore, les swedenborgistes sont nombreux en Suède, en Angleterre ; aux Indes même, ils ont une église. En Amérique, cette secte a de nombreux croyants.

Si, dans les États-Unis, le sabotier Davis a propagé un spiritisme moins élevé, moins mystique que celui de Swedenborg, ce dernier a de nombreux disciples au Canada, et les Canadiens traitent Davis de simple Barnum, de vulgaire plagiaire du divin et inspiré Suédois.

J'ai assisté à de nombreuses expériences spirites en Amérique. Voici le résultat de celle qui m a paru

la plus curieuse. Un Canadien, homme de beaucoup d'esprit, écrivain distingué, M. II. L..., se mit un jour à évoquer les esprits, sur ma prière... Un tictac se fait entendre dans la table...

— Quel est ton nom, charmant esprit? demandonsnous, tout en posant le doigt sur les lettres de l'alphal)Ol.

— Madame de Girardin, répondent les tictacs de la table.

Nous nous inclinons devant l'esprit de celte illu;tre et charmante femme. M. II. L. me dit d'un air ' ému :

— Oh ! elle est bonne autant que spirituelle, elle sait que j'ai un grand amour pour elle. Jadis je ne pouvais lire ses livres sans une émotion violente ; si je regrettais de ne pouvoir aller à Paris, ce n'était (jue parce que j'aurais désiré la connaître, l'apercevoir au moins. Dès que j'ai appris sa mort, j'ai évoqué son esprit. 11 est venu à mon appel et a écouté l'aveu de mon amour.

— Eh bien, dis-je à l'esprit gracieux de cette toute gracieuse dame, je suis une de vos grandes admiratrices, moi aussi. Pour aujourd'hui, faites-moi la faveur

de ne pas écouter les déclarations de votre vieil amoureux et veuillez me donner quelques renseignements sur le monde où vous êtes et où, sans doute, j'irai bientôt.

— Que voulez-vous savoir? répondit la table.

— Y aurait-il indiscrétion à vous demander où vous êtes dans ce moment-ci et avec qui vous vous trouvez ?

— Pas la moindre. Nous sommes assis sur un beau nuage blanc teinté de rouge. Il y a avec moi Joseph Armand, Léo Sylvain et Musset.

Les deux premiers noms m'étaient inconnus, mais le dernier piqua ma curiosité.

— Que fait Musset dans l'autre monde? comment s'y trouve-t-il?

— Il est insupportable et peu galant pour moi, qui ai la bonté de rechercher sa compagnie. Figurezvous qu'il regarde sans cesse vers la terre et reste constamment préoccupe de ce qui s'y passe, n'accordanl qu'une attention distraite aux choses de notre monde.

— Voudriez-vous m'expliquer, en langage un peu compréhensible pour moi, qui suis encore un faible

être mortel, ce qu'est l'âme et quelles sensations on éprouve à l'état d'âme? Voilà la question que je posais et voici la réponse textuelle qui me fut faite :

— A l'état où vous êtes, vous sentez votre corps ; il est palpable, visible; puis vaguement vous sentez l'àmc, c'est-à-dire la pensée, la volonté en vous. Cette partie de vous-même existe, quoiqu'elle soit inijialpable... Eh bien, moi, je sens un corps; j'éprouve les mêmes sensations que si je l'avais. Seulement, il est impalpable. Pour mieux vous faire comprendre, je vous dirai que, si je pense à une liqueur que j'aime, tout de suite j'éprouve la même sensation que j'éprouverais si je la buvais réellement.

« Si ma mère s'approche de moi, et m'embrasse, ce baiser non palpable me donne pourtant la même douce sensation que j'éprouvais, lorsque, de son vivant st du mien, elle appuyait ses lèvres sur ma joue...

«Dès que nous formons un désir, nous ressentons la sensation que nous aurait donnée de notre vivant la réalisation de ce désir; seulement nous ne ressen- Vons que le plaisir, la jouissance et jamais la fatigue ^\ la lassitude... Si je désire aller ici ou là, voir telle

OU telle chose, immédiatement je me trouve où j'ai souhaité être et je vois ce que j'ai souhaité voir... nos corps, quoique non palpables, existent pourtant, mais, au lieu d'être matière, ils sont lueur... Comprenez vous?... »

Oui, je comprends et, je l'avoue, ce ciel décrit par celte charmante madame de Girardin, m'apparaissait d'une façon logique et fort séduisante ; c'est à vous donner envie de bien vite mourir...

J'ai traduit le mot à mot des phrases telles que la table les a données ; ni M. H.-L. ni moi n'aurions eu le temps de les composer, car les tictacs allaient si vite, que nous écrivions les lettres indiquées à la hâte sans avoir le temps de voir si ces lettres formaient des mots et ces mots des phrases.

Mais je m'arrête sur cette pente glissante ; j'entends le rire moqueur des esprits forts...

Parlons des quakers et laissons la question dange*reuse à aborder du spiritisme...

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Les quakers sont loin d'être des gens amusants. Jadis ils portaient un costume original, aujourd'hui ils ont le tort immense d'abandonner cette originalité, si bien qu'ils ne sont plus que des gens parfaitement ennuyeux avec leur gravité de parade.

Ce costume, dont on retrouve encore quelques échantillons à Boston, consistait, pour les hommes, en un grand chapeau de forme espagnole avec des borJs d'une largeur démesurée ; leurs habits de couleur sombre avaient une coupe uniforme ; leur redingote à la turque était boutonnée jusqu'au menton... .Aujourd'hui, ils portent, d'un air toujours grave, le tuyau de poêle ou le panama ; le pantalon gris ou blanc, la cravate rouge ou bleue... mais ils continuent à pas saluer, à n'employer Bucune formule de politesi et à tutoyer tout le monde... Un monsieur habillé comme tout le monde qui vous tutoie... ce n'est plus original, c'est simplement impoli.

Les femmes s'habillaient d'une étolfe de ser| noire; elles portaient un tablier de soie verte, et lei tête était entourée d'une mantille noire. Ce cosluiui ne manquait pas de grâce et il s'adaptait bien avec cM air sérieux et austère des quakeresses... A présent,

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sauf une faible irjinorilé, ces dames sont liabillées comme toutes les Européennes ; seulement elles affectent plus de simplicité et ne portent aucun bijou. La seule chose curieuse qu'offre cette secte, c'est la façon dont elle évoque la venue de l'inspiration divine. Dans leurs temples, grandes salles dépourvues de toutes décorations; ils se rassemblent, hommes et femmes, pêle-mêle; ils restent là calmes, silencieux; ils s'efforcent même de bannir toute pensée de leur esprit. Ce recueillement, ce silence, à entendre le bruit des ailes de la mouche qui vole au-dessus de l'assemblée, dure souvent une heure et plus; enfin un quaker ou une quakeresse... se lève soudain ; son corps est agité d'un tremblement convulsif (c'est pourquoi on les appelle Irembleurs) : c'est l'esprit qui le visite. Chacun se tourne alors vers lui ou vers elle ; peu à peu le tremblement se calme et l'inspiré prend la parole. On l'écoute avec componction, car c'est Dieu qui parle par sa bouche... Ils sont contraires à tous les sacrements, à tous les cultes extérieurs; ils n'ont ni prières, ni cérémonies ; pas de prédicateurs attitrés, puisque le premier inspiré d'entre eux s'improvise en prédicateur.

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Deux fois j'ai été dans leur temple, et deux foi c'est une femme qui a été inspirée par l'espri divin

Les quakers ont le privilège d'être crus sur paroi devant les tribunaux et sans être forcés de prèle serment, ce que du reste leur religion leur défend..

Ils trouvent la guerre une institution abominabl et contraire aux commandements de Dieu. .. Aussi n*'

prennent-ils jamais part... Dans la guerre de la se cession, tous les quakers se sont abstenus... Ils coiidamnent aussi la chasse, le jeu, la danse, le théâtre le chant même ne trouve pas grâce devant eux. 0 assure qu'ils sont très-bons, Irès-serviables pot tous et qu'ils pratiquent la charité et l'aumône e bons chrétiens.

Cette secte, fondée en Angleterre par le cordon" nier Fox, en IC 49, sous le nom de « Société chr tienne des amis, » eut pour j)rincipaux propaga| teurs Guillaume Penn, Robert Barclay et Samuel Fisher.

Persécutés, enfermés comme fous en Angletem la libre Amérique leur offrit un asile hospilalie Guillaume Penn, leurchef américain, installa tous les

quakers émigrants dans l'État de Pennsylvanie, dans celui de Rhode-Island. On peut aujourd'hui estimer le nombre des quakers en Amérique à cinq cent mille, La ville de Philadelphie est presque exclusivement habitée par ces sectaires; leurs mœurs, dit-on, sont pures et austères. Je veux bien le croire, malgré

Leur affectation d'un grave extérieur, Leurs discours éternels de sagesse et d'honneur, Leurs mines et leurs cris aux ombres d'indécence. Que d'un mot ambigu peut avoir l'innocence.

Une nouvelle secte s'est formée dans le Maryland , elle a pris le nom] de « nouveaux quakers » ou nicolites.

J'avoue humblement avoir oublié la note où j'avais inscrit, d'après leurs propres renseignements, sur quoi était basé le schisme.

Je ne parlerai pas de la secte dos Mormons, puisque je leur ai consacré un long chapitre dans mon Fur West ; je dirai seulement que, sans compter les mormons habitants près des lacs salés, il y a à

New-York, même dans le quartier de Williamshurg, dans la première, deuxième et troisième rues, unei secte qui pratique aussi la polygamie ; il est vrai qu'elle^ n'est composée que de quatre-vingts ou cent familles.

Il y a encore un grand nombre de sectes en Amérique; je ne puis parler de toutes. D'abord la place! me manque; ensuite beaucoup ont érigé en commandements des immoralités quil vaut mieux laisser, dans l'ombre que de les mettre en lumière.

Je terminerai ce cliaj)itre en disant un dcrnîet^ mot sur 1rs matérinlistes ; ils ne croient pas à une autre vie, pas même à l'âme, ils pensent que lecorf humain est un composé de matière et de sensation ;j ils assurent que la vraie sagesse consiste en ceci:] ne laisser échapper aucune occasion d'être hcureux.l

Ils aiment la table, le plaisir, ils n'ont point de] mariage et laissent la femme libre; seulement ils pensent que l'homme doit différer en ceci de la brute"

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que celle-ci se reproduit sans y songer, sans le vouloir, et que l'homme ne doit se reproduire que lorsqu'il le souhaite.

Ils habitent un village près de New-York ; ils sont à peu près cinq mille ; il n'y a pas trente enfants parmi eux ; ce qui prouve qu'ils mettent leur théorie en pratique. Si on leur fait observer qu'avec leur système la fin du monde arriverait bien vite, ils répondent : « C'est ce qu'il faut ; car l'homme procrée l'homme, tandis que la nature fera jaillir de ses entrailles des élres qui seront peut-être plus parfaits ; du reste, peu nous importe qu'après nous il n'y ait plus rien. »

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