‹ À travers l'Apulie et la Lucanie; (volume 4)Chapitre 7 sur 17 · Ce nom est normand; la forme française en est Sarule · texte numérisé non relu

Ce nom est normand; la forme française en est Sarule

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inscription latine en huit vers léonins, gravée entre deux bas-reliefs, superposés T un àTautre. Ces basreliefs fort barbares, sont intéressants pour This^ toire , de l'art et de nature à réfuter les théories de ceux qui^ par patriotisme local, ont prétendu que la première renaisssance de la sculpture en Italie était sortie de la Fouille. J'ai dit plus haut que l'origine apulienne de Nicolas de Pise, telle qu'un moment l'admirent de très graves critiques, ne supportait plus Texamen, que le père de ce glorieux maître n'était pas, comme on l'avait cru, natif de la Fouille, mais d'Apulia en Toscane. Nicolas luimême est essentiellement Toscan de génie et d'éducation, et quant à son œuvre, inspirée parTétude passionnée des monuments antiques qu'il pouvait voir à Pise, elle est aussi personnelle et aussi originale que possible. Que l'on compare ses basreliefs avec ceux du campanile de RapoUa, et l'on verra qu'il n'est pas Théritier d'une tradition apportée du midi de l'Italie. Aucun lien de filiation n'existe entre la sculpture de la Pouille au xu° et xni* siècles et celle du grand novateur de Pise. L'un des bas-reliefs de Rapolla représente la Tentation d'Adam et d'Eve, l'autre l'Annonciation. Sur le bord supérieur du cadre du premier, deux des vers

léonins ont trait à la réparation par la nouvelle Eve du mal fait à rhumanité par Tancienne . Les travaux de Téglise furent terminés en 1253 par Tévèque Giovanni II. L'architecte Melchiore exécuta en cette année le beau portail de la façade, aux colonnes de marbre provenant de quelque édifice antique ; nous rapprenons encore par une inscription latine de neuf vers.

L'année suivante, en 1254, RapoUa était prise d'assaut et dévastée de la manière la plus cruelle par son propre seigneur, Galvano Lancia. Celui-ci avait commandé aux habitants de reconnaître comme régent du royaume son neveu Manfred, auquel venaient de se soumettre les villes voisines d'Acerenza et de Yenosa.' Mais les habitants de RapoUa, excités par leur évèque, refusèrent et tinrent en faveur du Pape Innocent IV. Il fallut pour en venir ^ bout un siège en règle, car la place était forte, et après la défaite ils furent traités en rebelles avec la dernière rigueur. Le bruit de leur chute entraîna immédiatement la soumission de Melfi, Bari et Trani. A dater de cette catastrophe, RapoUa commença à décliner. Cependant, au xiv^ siècle, eUe fournissait encore huit hommes d'armes, autant qu'AscoH, au roi Robert, pour l'armée qu'U voulait

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opposer à l'empereur Louis de fiavière. Mais en 1355, dans les guerres de Jeanne I~ et de Louis de Hongrie, RapoUa fut encore mise à sac par le comte Lando, cent ans après son premier désastre, et cette fois elle ne se releva pas. Au xvi*' siècle ce n'était plus, comme aujourd'hui, qu'un village, lorsqu'on 1528 le Pape Clément VU réunit la dignité d'évèque de RapoUa sur la même tète que celle d'évèque de Melfi. Les choses se sont maintenues depuis lors en cet état ; mais RapoUa garde toujours le chapitre de sa cathédrale, et les deux diocèses sont restés séparés, ayant chacun une administration distincte sous le même évèque. Parmi les paroisses de celui de RapoUa on compte AteUa^ localité antique qui fut au iv^ $iècle^ et non pas, comme on le dit souvent, la viUe homonyme de Campanie, la patrie du fameux Julien, évèque d'iEclanum, l'un des plus ardents fauteurs de Thé' résie de Pelage. Saint Augustin, qui le traite d'Apu* lien, est formel à cet égard.

Pour continuer à suivre les grandes routes en gagnant Yenosa, il nous aurait fallu faire un dé* tour considérable à partir de RapoUa et gagner le bourg de Barile, habité par une population d'origine partie albanaise et partie grecque, distinguée

encore aujourd'hui en Scutriali et Goronei. Ce bourg a été, en effet, fondé en 1492 pour recevoir une des colonies de Schkypétars qui émigrèrent de leur pays au royaume de Naples après la conquête turque. Ceux qu'on établit à Barile étaient des Guègues des environs de Scutari. En 1S34, Charles-Quint leur joignit un essaim des habitants grecs de Coron en Messénie, qui s'étaient embarqués en masse devant la crainte des vengeances des Osmanlis, lorsqu'André Doria dut abandonner leur ville un moment conquise par sa flotte. Enfin, en 1647, la colonie orientale de Barile fut encore grossie par une portion de ceux des Maniotes qui vinrent à leur tour, sous Philippe IV, chercher un asile dans le Napolitain. Pendant longtemps il y eut une différence religieuse entre les deux parties de la population. Les Scutriali étaient de rite latin, comme tous les gens du nord de TAlbanie, les Goronei de rite grecque ; c'est seulement dans la seconde moitié du siècle dernier qu'ils furent tous ramenés à l'uniformité du latin. Aujourd'hui l'usage de la langue grecque a complètement disparu à Barile, mais l'Albanais se maintient encore chez les vieillards.

Je note sur mon carnet ces renseignements que

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Ion me donne à RapoUa, car je n'ai pas poussé jusqu'à Barile; En sortant de Rapolla, pour abréger, nous dévalons par une abominable traverse dans un ravin rempli d'une abondante verdure. Nous rejoignons ainsi très rapidement la route royale d'Ëboli à Barletta par Cerignola, que nous suivons pendant quelque temps dans la direction du nord, en descendant la vallée d'un torrent appelé Fiumara di RapoUa jusqu'au point où il se réunit à une autre rivière, la Fiumara di Venosa, affluent de rOfanto. A cet endroit nous avons devant nous la plaine de la Capitanate, que nous touchons par son extrémité sud-est; tout près, de l'autre côté de la rivière, nous distinguons Lavello, sur la continuation de la grande route, qui monte quelque peu pour atteindre le plateau où est bâtie cette \'ille. Mais au lieu de poursuivre dans cette direction, nous tournons à droite sur une autre roule qui remonte la vallée de Fiumara di Venosa en s'élevant graduellement sur le flanc de la colline de sa rive gauche. Cette rivière est le paiiper aqiiae Dauntis d'Horace et nous constatons l'exactitude du poète en voyant son lit presque à sec. Le fond de la vallée et les pentes qui la bordent sont absolument dénudées, dépourvues d arbres et même de

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buissons ; il n'est pas possible de voir rien de plus triste et de plus désolé. Ajoutons que ces champs sans verdure à Tépoque où nous les parcourons sont déserts; c'est à peine si de loin en loin nous rencontrons un pâtre ou un paysan qui chemine solitaire. De Tautre côté die la vallée est le plateau de Lavello, puis, plus au sud-est, commencent les ondulations plus prononcées, mais aussi stériles, aussi nues, toutes de pierre grise, de la partie des Murgie sur l'autre revers desquelles sont Minervino et Castel del Monte, le célèbre ch&teau de plaisance de Frédéric II, transformé ensuite en prison pour ses petits-lils.

Arrivés au sommet de la côte, nous nous éloignons momentanément de la vallée pour traverser en diagonale pendant quelques kilomètres un plateau monotone et toujours sans arbres. Enfin nous arrivons au bord d'un vallon où recommencent les plantations et dans les flancs duquel on voit taillées d'anciennes carrières. De l'autre côté^ les maisons de Venosa^ blanches et à toits plats en terrasses comme celles d'une bourgade d'Orient, couronnent Tesplanade d'une colline formant promontoire. Mous descendons dans le vallon et bientôt, après ravoir traversé, nous gravissons la colline au milieu des vignes, des oliviers et des amandiers qui en garnissent la pente. Nous arrivons ainsi a Tentrée de la ville, que défendait un château flanqué de

quatre tours rondes aux mâchicoulis en forte saillie, tel que le Château-Neuf de Naples et généralement tous ceux qu'au xv« siècle on construisait dans la contrée. Ce château, maintenant démantelé, est l'œuvre de PiiTo del Balzo, duc d'Andria, prince d'Altamura, seigneur de Venosa et de beaucoup d'autres villes, le dernier mâle de la branche napolitaine de la maison provençale jies Baux, plus illustre encore par ses destinées que la branche française. On sait qu'il fut au nombre des grands seigneurs que le roi Ferdinand P'^ d'Aragon fit exécuter en 1487, à la suite de la fameuse Conjuration des barons. C'est lui qui, en 1470, avait fait commencer les travaux de la cathédrale de Venosa, terminée en 1522. Le château bâti par Pirro del Balzo a une page glorieuse dans l'histoire de la guerre de Charles VII[ au royaume de Naples. Avec Monte Sant'Angelo, où commandait le vaillant Domjulien, ce fut la dernière place où se maintint obstinément une garnison française quand depuis longtemps tout le reste du pays était perdu pour les nôtres. Elle ne se rendit qu'en mars 1497, trois mois après la capitulation de Tarente, cinq après celle de Gaëtc, sept après celle de Stuart d'Aubigny, neufaprès la reddition de Montpensierà Atella,

VENOSA lOT

près de deux ans élfifin après que le roi de France avait abandonné Naples. *

Yenusia, dont le nom s'est conservé presque sans altération dans celui de Venosa, était une des principales villes du peuple des Dauniens, à Têxtrémité sud de la ligne par laquelle leur territoire touchait à celui des Peucétiens, et en même temps une des places frontières entre TApulie et la Lucanie. Au commencement du ni^ siècle avant notre ère, époque où son nom commence à apparaître dans Thistoire, elle était tombée au pouvoir des Samnites. C^est sur eux qu'on 292 le consul L. Postunnus la prit de vive force, massacrant une grande partie des habitants qui^ nous dit-on, étaient riches et nombreux. L'année suivante, le Sénat, appréciant la valeur de la position stratégique, y fonda une colonie de droit latin. Les écrivains qui parlent de sa fondation disent qu'on y envoya 20,000 colons, chiffre qui semble fort exagéré par rapport à ce qu'étaient d'ordinaire les établissements de ce genre. En tout cas, la colonie de Venusia, à laquelle on assigna un territoire étendu, pris en partie sur l'Apulie et en partie sur la Lucanie, fut dès ses débuts une des plus considérables qu'eût créées la politique romaine. Elle parvint rapide-

ment à un très haut degré de prbspérité, qu'atteste son monnayage commençant, comme celui de Luceria, pendant la période où Tas romain avait encore le pQids d'une livre.

Un peu moins de quatre-vingts ans après sa fondation, la colonie de Venusia ne rendit pas à Rome, dans les péripéties de la seconde guerre Punique, moins de services que Luceria. C'est là que le consul Terentius Varro se réfugia avec , 700 cavaliers seulement après le désastre de Cannes et parvint en quelques jours à rassembler un petit corps de^,000 hommes, fuyards du champ de bataille ou gens de la ville. Sept ans plus tard (209 avant J.-C), quand la plupart des colonies latines, fatiguées des sacrifices de la guerre, se refusèrent à les continuer, Venusia fut du nombre des dixhuit qui se déclarèrent prêtes à fournir des soldats et de l'argent tant que la mère, patrie en aurait besoin; Elle devint alors, pendant quelques années, le quartier-général des commandants romains opérant dans le sud de TApulie contre Hannibal et essayant de le refouler chaque jour davantage vers la péninsule du Bruttium. Cette fidélité de dévouement coûta cher à la ville, car h la fin de la guerre elle était si dépeuplée d'hommes qu'il fallut y en-

voycr un nouvel el nombreux essaim de colons pour combler les vides qu'y avaient faits les batailles. Mais bientôt Yenusia reprit toute sa prospérité. Il en fut de même après lagueiTe Sociale, à laquelle elle prit une part active. Comme toutes les villes de droit latin, elle avait grand intérêt à la réalisation du but que poursuivaient les confédérésitaliens; elle avait soufTert des mêmes griefs. Aussi prit-elle parti pour eux dès le début de Tinsurrection, et elle devint alors leur principale place d'armes dans le sud de l'Italie. La seconde année de la guerre, le préteur romain Cosconius ravagea systématiquement le territoire de la ville; mais il ne parvint pas k la prendre. Sa soumission fut postérieure et pacifique.

Il est facile de se rendre compte des causes qui permettaient à Yenusia de se relever toujours vite. A partir du moment où la prise de Tarente, en 272 avant Jésus-Christ, et la fondation de la colonie de Brindes, en 244, eurent fait prolonger la Yoie Appienne depuis Bénévent jusqu'à l'un et l'autre de ces deux ports de mer, Yenusia était devenue Tune des principales stations de la grande artère des communications entre Rome et l'Orient, vers lequel se dirigeait désonnais l'eflort de sa poli-

tique. C'était le point où se séparaient les deux branches de la voie allant vers Brundisium et vers Tarente. Naturellement elle y trouvait l'occasion d'un grand commierce. Cicéron cite à plusieurs reprises Yenusia comme un lieu où on avait Thabitude de se reposer quelques jours en se rendant à Brundisium^ quand on n'était pas trop pressé. Luimême y possédait une de ses nombreuses villas, et sa correspondance contient une lettre qui en est datée. A l'époque du second Triumvirat, on établit à Venusia une colonie de vétérans, au détriment des anciens habitants, qui virent confisquer une partie de leurs terres pour être distribuées aux nouveaux venus en récompense de leurs services dans la guerre civile. Au moment des invasions barbares, elle n'avait rien perdu de soii importance et de sa richesse : c'était toujours une des premières de cette région de l'Italie.

Parmi les citoyens de Venusia dépouillés de leurs biens au profit des vétérans des Triumvirs, était le fils d'un riche affranchi employé dans les administrations publiques. Il était né en 65 avant Jésus- Christ, sous le consulat de L. Manlius Torquatus et de L. Aurelius Cotta; son nom était Q. Horatius Flaccus. Grâce à la générosité de son père,. il avait

reçu une brillante éducation littéraire à Rome et à Athènes; puis, adoptant la carrière des armes, il avait embrassé le parti des meurtriers de César. Avec le grade de tribun légionnaire, il avait combattu sous Brutus à Philippes, et il n'y avait très probablement pas fait la piteuse figure dont il avait plus tard la petitesse de se vanter pour s'en faire un mérite h la cour d'Auguste. Revenu en Italie et se trouvant privé de son patrimoine, ce fut la pauvreté, il le dit lui-même, qui le décida à venir chercher fortune à Rome et à y tirer parti de son talent naturel pour la poésie.

Decisis humilem permis inopemque patenii Et Laris et fundi paupertas impulii audax Ut versus facerem.

Le nom d'Horace suffit à la gloire de Venusia. Le grand poète, fixé à Rome et commensal de Mécène, passant les chaleurs de Tété dans sa modeste maison de campagne de la Sabine, ne parait pas être retourné souvent dans sa patrie (1), ni au-

1. Son ode à la source de Bandusia, qui appartient à une époque de sa vie où l'on a peine à placer un voyage à Venusia, est composée comme en vue d'un sacrifice à célébrer auprès d'elle. Est-ce en imagination seulement qu'il s'y transporte par une fantaisie de poète? La question dès l'antiquité préoccupait les commentateurs.

tremcnt qu'en passant pour aller dans sa chère Tarente, dont il aimait les hivers si doux. Même dans le voyage qu'il fitjusqu^àBrundisiumà la suite de Mécène, en compagnie de Virgile et de Varius, et qu'il a raconté dans ses Satires, c'est de loin seulement qu'il salua ses montagnes natales. Mais il ne les avait pas oubliées. Ses poésies sont pleines d'allusions aux paysages qui avaient les premiers frappé ses yeux, au milieu desquels il avait été nourri. Il se plait à rappeler un prodige qui aurait marqué son enfance dans les bois du Yulture, sur le flanc lucanien de la montagne, prodige qui, malheureusement pour sa crédibilité, ressemble trop à ceux qu'on racontait de Stésichore, de Pindare et de Platon.

^fe fahulosae Vulture in Apulo AUriris extra limon Apuliae, Ludo fatigatumque somno, Froîide wora puerum pahimbes Texerc, mirnm quod foret omnibus.

On vous montre à Venosa quelques méchants restes de pans de murs romains, fort postérieurs, d'après leur construction, à l'époque du poète, que Ton décore du nom de Casa di Orazio. Quand une ville a donné le jour à une telle renommée, elle

aime à s'imaginer qu'elle en possède une relique matérielle. Du moins, la prétendue maison d'Horace à Yenosa est une ruine antique; ce n'est pas une masure du xvi* siècle comme la Casa di Vir^ gilio qu'on fait voir à Brindisi.

Ce qui, du reste, est étrange avec l'importance et la richesse qu'elle a eue pendant plus de sept siècles, c'est que Yenosa n'a gardé debout aucun monument romain. Tous ceux qu'elle possédait ont été rasés jusqu'aux fondements. Aussi son château^ ses églises de quelque époque qu*elles soient, toutes les maisons de ses rues tortueuses et étroites sont bâtis avec des fragments antiques. A chaque pas on y rencontre une inscription intéressante ou lin fragment d'architecture, architrave, tronçon dfe colonne, chapiteau. Même chaque pierre non inscrite et non moulurée porte incontestablement la marque de l'outil du tailleur de pierre romain, L'épigraphie latine de cette ville est d'une merveilleuse richesse et a depuis longtemps attiré l'attenlion des érudits. Les monuments en ont été recueillis d'abord par Cimaglia, écrivain consciencieux, mais dont l'érudition laisse à désirer, puis à la fin du siècle dernier par l'évêque Lupoli, dont la bonne foi n'était malheureusement pas en rapport avec

le caractère sacré dont il était revêtu ; enfin deno3 jours par M. Mommsen . Venosa est en particulier une des localités qui ont fourni le plus d'inscriptions remontant au temps de la République et comptant parmi les plus anciens monuments épigraphi* ques de la langue latine.

Ce qui a été funeste aux édifices romains de Venosa, ce qui a causé leur destruction, c'est que la ville garda de l'importance pendant le moyen âge et que l'on continua d'y b&tir en exploitant les ruines antiques comme carrières. Du temps des Longobards^ c'était une des principales forteresses dépendant du castaldat d'Acerenza. Au ix° siècle, elle fut détruite dans une des incursions des Sarrasins de Bari ; mais, peu après, l'empereur Louis II la rebâtit, à Tépoque où il vint en Fouille faire le siège de la cité maritime, où les Arabes s'étaient installés. Venosa appartint à la principauté de Bénévent jusqu'à l'époque des conquêtes de Basile II en Italie ; elle passa aux mains des Byzantins et se donna enfin aux Normands dès 1041. Ils remportèrent sous ses murs leur première victoire sur les Grecs.

La bataille eut lieu le 17 mars 1041. A la nouvelle de l'occupation de Melfi, le catapan Michel

Dokéanos avait rassemblé tout ce qu'il pouvait trouver de troupes sous sa main. C'étaient principalement la légion du thème d'Obsequium et des mercenaires russes et varanges. Leur nombre était énorme par rapport à celui des Normands, qui ne pouvaient leur opposer que sept cents chevaliers et trois mille fantassins, ces derniers volontaires de Melfi, Yenosa et des localités voisines. Avant d'engager la bataille, le catapan somma les Normands d'avoir à vider immédiatement le pays, auquel cas on les laisserait opérer paisiblement leur retraite en leur fournissant même des provisions de route, sinon ils serait attaqués le lendemain. Le parlementaire grec était monté sur un magnifique cheval. En entendant les paroles dont il était porteur, un des chefs venus de Normandie, Hugon Toutebonne, qui deux ans après devint comte de Monopoli, entrant dans une violente colère, lui répondit : « Va dire à celui qui t'envoie ce qu'est la vigueur des bras dont il va aiïrontcr les coups. » Et levant son poing fermé sans mettre son gantelet de fer, d'un seul coup sur la tête il assomma le cheval. On en donna un autre au parlementaire, qui retourna tout tremblant vers Dokéanos raconter ce qui venait de se passer. Le

lendemain la bataille était livrée et la ruse des Normands déjouait la tactique savante des Grecs. Ils avaient appris à la connaître en guerroyant à côté d'eux en Sicile. Les Russes et les Obséquiens firent preuve d'une grande solidité ; ils se laissèrent tailler en pièces sans reculer. Mais les autres troupes prirent la fuite au premier choc. Le catapan lui-même leur donna le signal de la déroute, et, coupé de Bari, gagna en toute hâte Montepeloso avec les débris de son armée.

Ce sont les commencements de la domination des Normands qui ont légué à la ville de Yenosa les monuments auxquels le poète Guillaume de Fouille fait allusion quand il la quaUfie en des termes encore vrais aujourd'hui :

Urbs VeJiusina nilet tantis decorala sepukris.

En 942, Gisulfe T', prince de Salerne, y avait fondé [une abbaye de bénédictins dédiée à la sainte Trinité. Parmi les fils de Tancrède de Ilauteville, Drogon reçut la seigneurie de Venosa au partage de la Pouille. Quand il eut été assassiné, son corps fut enterré^ non à Melfi, mais dans sa ville propre et dans l'abbaye de laTrinità (1). Ce fut sans doute

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