‹ A travers l'Atlantique [microforme]Chapitre 18 sur 30 · LA · texte numérisé non relu

LA

Il ne manque pourtant pas de statues dans les squares. Les États-Unis ont aussi de grands citoyens, auxquels ils ont voulu faire l'honneur du bronze, mais quels grotesques que ces bourgeois en redingotc!

Quelle raideur désespérante dans l'attitude de ces généraux! Pas un souffle d’air ne passe dans ces vètements rigides et disgracieux, pas un sentiment de vie ne les anime. Et sur quels herribles piédestaux de pierre grise tout cela est monté! Quelles lignes ! Quelle architecture baroque! Ah cà! est-ce que vraiment ils s’imaginent avoir produit quelque chose? Je ne puis pas le croire.

Cette raideur se retrouve d’ailleurs chez les Américains jusque dans leur manière de

vivre, Ils sont convaincus qu'ils ont secoué }

le joug de l'Angleterre et conquis leur indépendance. Politiquement, c’est vrai; moralement, c'est faux. Anglais ils sont nés, Anglais ils sont restés. De leur origine ils ont gardé une incffaçable empreinte, comme ils en ont

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conservé les mœurs et la religion. Le puritanisme les a envahis et les tient encore, au point qu'ils sacrifient leur bien-être et leurs commodités à ses hypocrites exigences. Le shocking est maitre absolu chez eux et les mène par le bout du nez.

Dans les gares de chemins de fer même, où l’on entre absolument comme les ânes au moulin, 11 y a un bureau de billets pour les hommes et un autre pour les femmes; à bord des ferry-boats, qui transportent d’une rive à l'autre les voitures et les passagers, il y a le côté des hommes et le côté des femmes.

Enfin, dans les hôtels, une femme ne peut pas, sans blesser les lois de la bienséance, pénétrer par la même porte que les hommes; l'entrée du hall, ou salle commune, lui est sévèrement interdite. C’est par une sorte de porte basse et d'escalier dérobé qu’elle entre et sort,

Dans la vie publique, la femme non plus ne paraît pas, n'existe pas. Dans les restau-

rants, dans les oyster-house, dans les bars, qui sont à peu près ici l’équivalant de nos cafés, il n’y à pas de dames de comptoir. Des hommes! des hommes partout! toujours des hommes!

Dans l’intérieur des hôtels et des maisons,

cette ridicule exagération de la fausse pu- | deur se reproduit à chaque pas. N’cspérez hs

pas y rencontrer, sous aucune forme, ce

meuble de propreté intime qui figure dans | tous les cabinets de toilette. Non, sa forme |

spéciale désigne trop clairement l’usage auquel il est destiné, et cela n’est pas admissible. En revanche, ils ont des baignoires dans lesquelles on est obligé d'entrer tout nu. Ce n’est assurément ni plus moral ni plus commode, mais la baignoire n'est pas si shocking, parce qu’elle estd’un usage moins restreint et moins défini. Et c’est avec des leurres semblables qu’ils rassurent leur conscience!

Or, remarquez-le bien, ils ne peuvent géné-

les bars, L de nos toir. Des

Aralement pas suppléer à la baignoire ou au

meuble auquel j’ai fait allusion par la cuvette. 4 Dans les hôtels et dans les neuf dixièmes des eve | intérieurs les plus confortables, la toilette

est un meuble machiné, qui amène l’eau par

naisons $ à * un robinet au-dessus d’une cuvette 1mmousse pu- F e ; Le P Bbile, encastrée dans le marbre, qui se vide au N’sspérez | , , " moyen d'un bouton, ou d’un simple bouchon orme, ce

métallique attaché à une chainette. Il n’y a donc pas moyen de déplacer cette cuvette, de sorte que dans certains cas, sur lesquels

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| e n'ai pas besoin d'insister, il faut recourir as admis-

à la baignoire ou... s'én passer.

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À côté de ces puérilités de forme, ils ont Mes sans-façons qui bouleversent toutes nos dées de propreté. N'ayant pas de cafés, ils nt des bars. Dans quelques-uns il est permis

e s'asseoir, mais dans la plupart des autres

c des ds n consomme debout, devant un comptoir

r cons- ATEN Jeu lus ou moins riche. Je ne crois pas néces-

aire d'ajouter que, dans ces bars encore, es femmes ne sont pas admises. À peine

vent géné-

ont-elles accès dans les magasins de pâtisserie ou de confiserie. Encore n'est-ce pas reçu dans la bonne société. Les hommes sis entrent donc dans les bars et ne se privent pas d'y aller fréquemment.

Devant ces comptoirs, défile, par conséquent, toute la journée, une foule de gentlemen, très corrects de tenue et paraissant

appartenir au meilleur monde. Ils ingurgi-

tent des sherry-coblers, visky-coblers, coktels, claret-cup, champain-cup, eic., etc. — toutes ces boissons américaines, en un mot, qui sont excellentes et qu’ils fabriquent ave beaucoup de som et d’habileté; — mais pou avaler ces boissons exquises, ils se poissen naturellement les doigts et les moustaches Au premier abord, il parait tout simple di tirer son mouchoir de sa poche pour s’essuyer Cette idée-là ne leur est pourtant pas venue Tout le long du comptoir pendent des se viettes, avec lesquelles, les uns après le autres, tous ces corrects gentlemen s'e

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A TRAYERS L'ATLANTIQUE

suient la bouche et les mains avec le plus imperturbable sang-froid. Et qui sait? Si ces nes tombent sous les yeux d'un Yankee, il se demandera peut-être ce que je trouve d'extraordinaire dans cette coutume!

Toujours en vertu du mème puritanisme, dans les rues ou les avenues irréprochablement alignées, vous n’apercevrez pas la plus

| petite colonne indispensable; ni le moindre cabinet de toilette dans les squares.

Pour ces gens-là, il est évidemment scandaleux de traduire en public les infirmités de la nature humaine. Je conviens que c’est

fort triste, mais comme, bon gré mal gré, il

faut compter avec elles, il y a des cas où cette stupide sévérité doit avoir de bien funestes résultats.

En effet, se déplacer, rentrer chez soi, n’est pas chose facile à New-York. S'il y a quelques voitures de place très coûteuses, on n'en trouve guère que dans les beaux quariers, Partout ailleurs, pour qui ne veut ou

ei ei

ne peut pas marcher, il n’y a que les omnibus, les tramways, ou les elevated. Or, les trajets sont longs avec des appareils de locomotion qui s'arrêtent à chaque pas.

Il est vrai qu'il y en a beaucoup, qu'ils se suivent à très peu de distance, et qu'il n’est pas rare de voir sur la même ligne cinq ou six tramways à la file les uns des autres, Ces voitures ne ressemblent du reste en rien

aux nôtres. Ce ne sont pas ces immenses en- À

gins, à deux étages de voyageurs, que nous avons jetés sur la voie publique, et qui sont, en dépit ou à cause même de leur masse, un danger perpétuel pour la circulation. Non, ce sont d'honnèêtes petites voitures, contenant dix ou douze personnes, qui vont leur petit bonhomme de chemin sans pédales ni sans

musique.

Les tramways sont d’une simplicité anti-s

que. Quant aux omnibus, ils offrent une particularité assez bizarre, qui nous avait frappés déjà au Canada, et qui provoque également

es omnil. Or, les areils de pas.

, qu'ils se qu’il n'est né cinq où les autres.

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t qui sont, à

masse, un on. Non, ce contenant leur petit les ni sans

exception, affectent la forme du Louis XV le plus rococo, et tous sont peints en blanc.

La caisse, relevée par des ornements du mème style, très grossièrement dessinés en couleur jaune qui voudrait ressembler à de l'or, est invariablement ornée d'un sujet quelconque, ressemblant vaguement à ces médaillons en vernis Martin, qui décorent les meubles français de la dernière moitié du xvnre siècle. Ce ne serait peut-ètre pas trop laid, si les barbouilleurs du cerû n'avaient donné trop librement carrière à leurs fantaisies de mauvais goût.

Les théâtres ou autres établissements de plaisir ne foisonnent pas en Amérique. A New-York mème, il y en a fort peu et je ne crois pas que leur Opéra prétende rivaliser comme monument, comme salle, comme décoration, avec aucun des nôtres. La plupart de ces théâtres étaient fermés d’ailleurs à cette époque de l’année. En outre, comme il

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