‹ A travers l'Australie [microforme]Chapitre 19 sur 33 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Bizarreries de la nature australienne.—L'arbre torpille.—Un homme foudroyé pr une feuille.--La pieuvre de terre.—Déconvenue d’un chasseur dont une plante carnivore absorbe le déjeuner.

Ningulier voyage, en vérité ! Pays plus singulier encore ! Nous sommes partis depuis vingt-cinq jours, 800 kilomètres ont été parcourus sans encombre ; nous sommes arrivés à moitié chemin, nonobstant notre allure de rois fainéants. Cooper-Creeck, le tombeau de Burke, est à 15 lieues dernière nous. Depuis deux jours, nous marchons dans un pays que le pied d'aucun Européen n’a foulé. Devant nous, la carte australienne est vierge sur un parcours de près de 1,000 kilomètres. Le point géographique de chaque cours d’eau est soigneusement relevée ; les altitudes des moindres dépressions de terrain sont rigoureusement prises; ceux qui vienäront après nous sauront où ils vont ; nous traçons une route: Cette expédition d’Argonautes du XIXe siècle ne sera pas seulement utile à ceux qui la tentent. A cette collaboration amicale, apportée au bonheur d’une famille, se joint un travail considérable, accompli non sans une grande émotion. Le voile impénétrable qui jusqu'alors couvrait les mystères de ce continent inconnu se lève petit à petit ; nous sommes les conquérants pacifiques d’une terre que demain la civilisation revendiquera. Espérons que chacun y trouvera son profit et qu'il n’y aura pas de sang versé.

Nos esprits européens s’accommodent bien lentement à cette nature qui se complait de plus en plus à les re-

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paître d’imprévu. Chaque jour nous croyons avoir contemplé le summuin de l'invraisemblance. Il n’en est rien. Le lendemain nous apporte de nouveaux sujets de stupéfaction qui jettent une perturbation inou'e dans les embryons de classifications dont nos cerveaux courbaturés ont laborieusement entrepris la genèse.

Il semble que cette terre à peine formée apporte dans ses créations tous les caprices qui président aux volontés d'un enfant. Rien d’absolu, rien de classé, rien de coordonné. Impossible d'établir aucune règle, aucun rapport entre tous les éléments disparates qui se coudoient et qui pourtant cherchent à s’harmoniser. Ce n’est plus le chaos, mais c’est encore un pandémonium invraisemblable, où la nature lutte passivement contre les lois fatales et régénératrices de la transformation qui accomplit lentement son œuvre de perfectionnement.

C’est comme une espèce de bazar bondé de tous les enfantements terrestres, à l’état de jonjoux, et jetés pèlemêle, comme si ce coin attendait un autre âge, une sorte de virilité géologique, en un mot, une nouvelle évolution de création.

On trouve l'or partout, et le sol est pauvre en terre végétale ; le gazon seul peut ÿ croitre. Les terrains aurifères sont stériles et ne peuvent entretenir la vie des céréales. Les végétaux les plus élémentaires y acquièrent de fabuleux développements Que dire, par exemple, d’une fougère de 150 pieds ? En revanche, nos arbres fruitiers meurent si des cultures savantes et des assolements variés ne leur facilitent l'existence. La main de l'homme doit suppléer à la stérilité du terrain.

Cette terre qui produit presque exclusivement des monocotylédones ou des cryptogames, les derniers dans léchelle végétale, n’est pas assez müre pour engendrer des fauves. Il n'y à pas un seul animal féroce sur ce continentimmense, L’indigène rappelle par sastructure, son mode d'existence et son armement, l'homme préhistori-

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