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que. Tous les animaux sont essentiellement herbivores. Mais comme si la bonne fée dont les joyeusetés ont élucubré toutes ces étrangetés avait vu tout à coup se tarir les sources de son imagination burlesque,elle a coulé tous les quadrupèdes dans un moule à peu près identique. Et d’abord, depuis le kanguroo géant, dont la taille ne mesure pas moins de deux mètres, jusqu’à la souris haute d’un pouce, tous les quadrupèdes australiens sont pourvus d’une poche abdominale où ils mettent leurs petits. Ningulière conformation, spéciale aux seuls mammifères de ce pays ! Ils ont quatre pattes, mais ils ne se tiennent, ne marchent et ne courent jamais que sur deux, depuis le plus grand jusqu'au plus petit. Un seul peut-être marche à quatre pattes, mais il est plus extraordinaire encore : c’est l'ornythorinque, Moitié canard, moitié mammifère, il pond des œufs et allaite ses petits ! N'est-ce pas le dernier mot du baroque ?
La plupart des quadrupèdes, petits ou grands sont donc tous kanguroos ou tout au moins marsupiaux, c'està-dire pourvus d’une poche abdominale. Les oiseaux, eux aussi, ont le même aspect, depuis l’ara énorme, aussi gros qu'une poularde, jusqu'à la perruche multicolore, sorte d’oiseau-mouche australien qui bourdonne dans les corolles. Ils ont tous la physionomie crochue et aquiline du perroquet. Je parle, bien entendu, des oiseaux forestiers, c’est-à-dire qui passent leur vie sur les arbres. Leurs griffes sont opposées deux à deux, leur plumage possède les richesses de coloris éparses sur la palette d’un peintre, mais leur voix est assourdissante et leurs cris produisent d'abominables cacophonies,
Si par hasard un oiseau européen se trouve jeté là comme le point de repère d’une genèse future, il est complètement à l'inverse de ce qu’il est sur notre hémisphè-
re. Par exemple, la pie australienne est analogue à la nôtre, mais le blanc et le noir sont placés en sens contrais sur son plumage, ce qui produit un effet bien singuier.
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Enfin le casoar est bien aussi un oiseau, mais il ne vole pas ; on trouve, s'insérant de chaque côté à son épaule, deux petits moignons de six pouces de long. Il est vrai qu'ils n’ont pas de plumes. Ce sont ses ailes ! La femelle pond, mais le mâle couve, garde la maison, élève la lignée et fait une excellente nourrice, pendant que madame court la prétantaine,
Mais cette nomenclature de paradoxes m’entrainerait trop loin ; je n'ai plus, avant de revenir à mon sujet, qu'à mentionner l'étrange coloration des feuilles. Il y a des fleurs partout, et leurs nuances se mêlent aux tons variés de feuillages de toutes couleurs. On ne sait plus où commence la feuille et où finit la fleur. Le mot verdure ne saurait être pris dans son acception habituelle, puisqu'il y a des arbres aux reflets bleuâtres, rosés, blanc gris, feuille morte, etc. etc. ; au point que souvent nous pensons à ces corbeilles des Champs-Elysées, aux feuilles omnicolores, si disparates, dont les nuances semblent une révolte contre le vert de nos arbres européens. Ces plantations sont en petit l’image de futaies immenses, que nous rencontrons à chaque instant.
Ces végétaux sont bien les dignes produits de cette terre singulière. Nous venons de faire 40 lieues sans rencontrer une pierre ; en revanche, nous allons traverser dans deux ou trois jours le fameux Désert de pierres où l’on trouve des caïlloux gros comme des barriques.
Ces notes sont prises au pied d'un arbre sans ombre, par une chaleur infernale ; nous allons camper ici. Le repas se composera d’une tranche de viande séchée additionnée d’une tasse de thé ; puis un bon somme dans le gazon, et demain. à l'aventure, ou plutôt, au gré de la boussole.
Les cris joyeux des oisillons jaseurs nous éveillent dès l'aube. Nos yeux à peine entr'ouverts les voient s’ébattre follement au milieu des feux dorant les cimes, comme des nuées de moustiques dans un rayon de lumière.
PE, os
On plie bagage. La colonne reprend sa marche invariable vers le nord. La fraîcheur exquise de cette nuit sereine fait bientôt place à une chaleur plus suffocante que celle de la veille. A peine le soleil est-il monté de quelques degrés qu'il nous semble être près d’un cratère, Pas un souflle n’agite les feuilles chauffées à blanc et qu'on dirait pétrifiées.
Trois heures s’écoulent, au bout desquelles il faut penser à faire une halte dont les bêtes suffoquées ont déjà grand besoin.
Nous marchons dans une forêt qu’on dirait frappée d’une stérilité voulue et étudiée. L'œil seul est charmé. Partout des gazons et des fleurs ; partout des géants émergeant de cet océan de verdure et rejoignant à perte de vue leurs immenses ramures, comme les arceaux gothiques d’une cathédrale sans fin dont l’azur du ciel est le dôme.
Mais aucun de ces végétaux ne porte de fruits ; nulle source ne baigne leurs racines. Par un phénomène étrange, inexplicable, particulier à certains arbres de l’Australie, toutes les feuilles de ceux qui nous entourent sont suspendues la pointe en bas et se trouvent dans le plan du soleil, Au lieu d'interposer leur surface entre ses rayons et nos têtes brûlantes, elles laissent passer des lueurs aveuglantes, dont l'intensité nous calcine jusqu’à la moelle. Il semble que tous ces troncs soient autant de tuyaux d'appel aspirant des profondeurs du sol un calorique infernal. Et rien au-dessus de nos fronts ! rien que ces feuilles maudites, qu'on croirait malignement accrochées par la main d’un génie taquin, comme les toiles suspendues verticalement au-dessus de certains établissements de bains parisiens.
Enfin, comme rien n’est éternel, pas même la souftrance, les premiers en tête de la troupe aperçoivent une clairière vers laquelle chacun se précipite, et où nous arrirons fumant comme des solfatares.
TN
Un seul arbre, un géant entre tous, se dresse orgueilleusement au milieu ; et, bonheur inappréciable ! les larges feuilles vert-de-grisées en dessus et gris d’étain en dessous projettent, grâce à leur position normale, un ombrage qui doit être adorable de fraicheur.
Trois minutes encore, une bande de feu à traverser, et nous ferons enfin une sieste bienheureuse que nous avons si bien gagnée.
Mais dacils singulière surprise nous ménage l’Etre baroque dont la haute fantaisie a élucubré Jo bizarreries australiennes ?
Le vieux frontin indigène du major est dans un état d'agitation inaccoutumé. Il court, va, vient, surmène Black, son bon demi-sang, qu'il aime plus que lui-même pourtant.
Que se passe-t-il ? Il crie, tend les bras, vocifère, brandit sa lance indigène à pointe d'os, et s'accroche aux cavaliers du premier rang. Malheureusement Tom, qui parle d'ordinaire une sorte de petit nègre anglo-francoaustralien d’une compréhension assez laborieuse, est en proie à une telle émotion que le sens des paroles qu'il profère nous échappe absolument.
Est-il frappé d’insolation ? On dirait vraiment les premiers symptômes d’uneméningite suraiguë,
Le major, connaissant la vive intelliscence du vieux sauv2ge, pense qu'il n’agit pas sans un motif impérieux. Il commande la halte et s'approche de lui. La pantomime énergique de Tom en montrant l'arbre objet de notre convoitise, et les quelques mots d'explication qu'il donne à son maitre, paraissent faire une profonde impression sur celui-ci.
— Eh bien ! major, lui dis-je, qu'y a-t-il encore ? De erâce, pitié pour nous, pitié pour miss Mary surtout ! De l'ombre, major, de l’ombre !
— Je le regrette pour notre chere miss, mais impossi-