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LE CHEMIN DE MONT-ABOU

lier un peu étroit, un peu raide, mais parfaitement entretenu. Plusieurs fois de longues files de chameaux lourdement chargés entravent la marche de ma caravane. Inutile de dire que cela n'arrive que dans les passages difficiles, sur les bords des précipices où un faux pas de votre cheval suffirait pour mettre fin à vos pérégrinations terrestres. Le fait s'est renouvelé dans tous mes voyages à cheval à travers les hautes montagnes. On appelle cela l'ironie du hasard; mais le hasard se répète trop; il manque d'invention. D'ailleurs, grâce aux efforts des jampans qui doivent à leurs livrées rouges l'avantage de se faire écouter par les chameliers, nous passons sans accident.

L'air est devenu léger, frais, élastique. Les poumons se dilatent. Mais le soleil, ah ! le soleil î Plus il approche du zénith, plus il devient cruel. Enfin, après quatre heures de marche sans quitter la selle, nous arrivâmes aux premières maisons deMont-Abou. Distance de la station : quinze milles. Le colonel Bradford, résident général près des princes rajpouts,se trouve malheureusement en tournée, et dans ce pays qui ne possède qu'un seul fil télégraphique, celui qui suit le chemin de fer, on n'a pas même pu découvrir le lieu où il se trouve en ce moment. Mais les deux agents assistants, les capitaines Frazer et Newell, et le

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commandant militaire, major Frazer, me comblent d'attentions. Je ne pense pas qu'il soit facile de voyager dans l'Inde, surtout dans cette partie peu visitée qui compte parmi les plus sauvages de la péninsule, sans s'être préalablement muni de bonnes lettres de recommandation. Mais si vous jouissez de cet avantage, rien n'égale l'intelligente et aimable hospitalité qu'on vous prodigue.

Les quelques maisons dites Mont-Abou sont situées à quatre mille pieds au-dessus du niveau de la mer. Les pics qui les entourent atteignent une élévation de cinq à six mille pieds. C'est un petit plateau ou plutôt une vasque grossièrement taillée dans la pierre noire. Les sommets de la montagne en forment la bordure. La« résidence » de l'agent général, les habitations anglaises, une caserne et une maison de santé destinée aux soldats malades et à leurs familles sont nichées sur des blocs isolés, séparés les uns des autres par de petits précipices. On dirait des cuvettes noires, couvertes d'un drap vert. Les sentiers qui les traversent forment les rues de la ville. Un de ces bassins, appelé Nouki-Talao, long d'un demi-mille, est rempli d'eau et forme avec

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