‹ Á travers l'Empire britanniqueChapitre 21 sur 145 · A réçrné de 1559 à · texte numérisé non relu

A réçrné de 1559 à

que pourquoi il est entouré de hautes murailles. Il appartient à la longue époque de transition où les styles hindou et arabe commençaient à se confondre. Les murs des deux salles qui servent au colonel de salon et de chambre à coucher sont incrustés de bas-reliefs. Les tons chauds du grès rose donnent à l'appartement un air de gaieté et de confort tout particulier.

Le maharaja a envoyé un éléphant richement caparaçonné, une grande voiture anglaise, un palanquin, et, ce qu'il y a de plus important, son juge. Hardyal-Sing exerçait dans le Panjab, son pays natal, les fonctions de juge. Le vice-roi de l'Inde l'a mis à la disposition du prince, ou, comme me disait Hardyal, le lui a prêté. C'est un bon spécimen du gentleman indigène façonné dans les collèges indo-britanniques. Il parle anglais et sera mon guide. Son costume se compose d'une tunique et d'un pantalon brun jaune. Son compagnon porte un talare bleu de ciel. Des foulards artistement noués enveloppent leurs tètes.

Je monte sur l'éléphant; mes compagnons me suivent à cheval. De nombreux coulis nous entourent. Il n'y a aucune raison pour que ces derniers soient de la promenade, sinon les lois

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de l'étiquette qui veulent qu'un éléphant en habit de gala soit suivi d'un nombreux domestique. Après vingt minutes démarche accélérée, nous avons gravi le rocher qui porte le fort sur son sommet. Cet édifice, œuvre d'une série de princes, est une agglomération de fortifications et de couloirs obscurs, d'escaliers hauts, raides et dépourvus de paliers, de cours intérieures et de palais qui représentent, avec la magnificence des princes dont ils sont l'œuvre, les progrès et le déclin de l'architecture indo-arabe. Cependant il y a un élément de l'ancien style hindou qui a résisté aux envahissements de l'art mauresque. C'est un auvent ogival en pierre qui a pour but de protéger contre le soleil une ou plusieurs fenêtres d'un ou de plusieurs étages. Il part du haut de l'édifice, descend le long de la façade et, avant de toucher le sol, souvent en s'arrêtant à mi-chemin, se termine en deux pointes qui se dégagent du mur. Le motif me semble emprunté à l'image d'une femme qui a un foulard sur la tête. Si elle en faisait un turban, elle exposerait son visage. La chaleur l'empêche de nouer les deux bouts au-dessous de son menton. Elle les laisse donc flotter. Le profil d'un palais ainsi encapuchonné produit un effet étrange. L'édifice perd le caractère arabe, qu'il reprend dès que vous le regardez de face. Les dessins et les seul-

ptures dos plaques de marbre ou de grès qui couvrent les fenêtres varient de valeur selon l'époque à laquelle elles appartiennent. Les plus anciens sont évidemment les plus beaux.

Ces palais sont bâtis d'un grès rose tirant sur le brun, ou d'un marbre gris et fort dur, que l'on trouve dans le pays. Les parties en brique et les ornements en stuc sont blanchis à la chaux. Le contraste harmonieux de ces couleurs, les ombres nuancées qui parcourent toute l'échelle de la teinte neutre du noir foncé au gris pâle, les effets produits par de doux reflets à côté des clartés éblouissantes de la lumière directe, tout cet ensemble, qui pourrait le décrire soit avec la plume , soit avec le pinceau ? Comment donner à d'autres une idée claire de ce qui vous a laissé, à vous qui avez vu, le souvenir d'un rêve?

Dans l'intérieur on trouve les ornements habituels. Les murs sont divisés et subdivisés en niches ou carrés, ou portent des nervures ogivales dentelées. Les appartements plus encore que l'extérieur témoignent d'un déclin graduel du goût. Comparez, par exemple, le luxe de miroirs et d'ornements que déploient les salles du palais bâti par le père du prince régnant avec les décorations bien supérieures à tous égards qu'on admire dans les constructions du seizième et du dix-septième siècle.

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Nous sortons sur un des balcons suspendus au-dessus de l'abîme. Le regard, comme effrayé, s'accroche aux murs, glisse d'étage en étage, se heurte ici contre la toiture d'un petit temple doré, là contre le capuchon d'une fenêtre, pénètre, toujours de haut en bas, dans des cours, se perd entre des arcades, des murs crénelés, des rampes, des balustrades superposées les unes aux autres. Des soldats en costume du pays, des femmes portant sur la tête un ou deux vases de cuivre luisant, vont se rapetissant à mesure qu'ils descendent. Sur la plate-forme, devant l'entrée du fort, ma monture colossale sellée de son houda, les chevaux et coulis de ma petite caravane sont devenus des pygmées. Les flancs abrupts, en maints endroits perpendiculaires, du roc qui porte le château, se dérobent naturellement à notre vue, et le regard tombe à pic sur les pyramides des temples et les toits des maisons de Jodhpour. Un étroit ruban vert ceint la ville. Au delà, séparés par de grandes distances, des crêtes basses et du sable; enfin l'immense horizon du désert. Les lois de l'optique appliquées ici en sens perpendiculaire produisent des effets grotesques qui nous paraissent impossibles parce que notre vue n'y est pas accoutumée.

Le commandant du fort, qui avait une belle figure militaire, nous faisait les honneurs. Sur

une des plates-formes on voit des canons de gros calibre pris « aux mahométans », disait-il, il y a cent ans. Il semblait fier de ce trophée. Un joli petit garçon d'environ dix ans, vêtu d'un talare qui lui descendait jusqu'aux talons, nous suivait, en compagnie de son précepteur. C'était le fils du maharaja et d'une favorite; par conséquent, sans être prince, membre de la famille r ovale.

Le maharaja nous envoie chercher dans un grand carrosse de fabrication anglaise. Je me demande par quel miracle ces quatre « walers1 » sont parvenus à descendre sans accident ces rues raides et étroites que nous traversons avant d'arriver à la porte des soldats. De là une route carrossable fort bien entretenue mène au palais Rai-kabag, situé à deux milles au sud-est de Jodhpour.

Le mur d'enceinte ne laisse pas deviner l'habitation d'un prince. On se dirait dans une ferme. La cour est un grand carré irrégulier. Quelques buffles couchés dans le sable, à deux pas de la porte du palais, jouissent de l'ombre projetée

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