LA DIPLOMATIE DU VIGÈ-ROI
« Notre existence (en Rajpoutana) ne manque pas de charmes. Nous la trouvons même fort agréable. Pendant toute l'année, sauf les deux mois des fortes chaleurs que nous passons à Mont-Abou, nous vivons sous la tente. Nous en avons tellement pris l'habitude, que nous fuyons volontiers l'air enfermé d'une chambre à coucher. Nous nous levons avant le jour et nous cherchons le repos avant dix heures du soir. La journée passe vite dans le tourbillon des affaires, et les affaires ne font jamais défaut. Notre récréation est la chasse ; la petite chasse à chaque heure libre. Nous n'avons qu'à quitter la tente pour nous livrer à ce plaisir. La chasse au sanglier, le pigspearing, et la chasse au tigre exigent des préparatifs. Ce sont de ces jouissances qu'on ne peut pas se procurer tous les jours. Nos femmes partagent notre existence nomade, s'habituent vite à la tente et ne la quittent que lorsque leur santé exige des soins particuliers. Alors nous les envoyons à Agra, celle de toutes les villes du Nord-Ouest qui offre *le plus de ressources. »
J'avoue que ces récits m'ont touché. Ces hommes qui tiennent du héros, du missionnaire (de la civilisation), du diplomate, du juge, du soldat et de l'administrateur, vivent constamment sous un ciel de feu. J'en ai peu vu qui ne portent sur
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le visage les traces de la fièvre et de la dysenterie, et cependant ils sont contents. Au reste le climat de Rajpoutana passe pour sain pendant la plus grande partie de l'année. Les mauvaises époques sont septembre et la première moitié d'octobre, lorsque, après les grandes pluies, l'herbe des steppes commence à pourrir. Les mois qui précèdent les pluies de juillet et d'août, à savoir la fin de mars, avril, mai et juin, sont la saison des fortes chaleurs.
Le soleil a baissé, et nous flânons,' en voiture bien entendu, dans les rues de la ville.
Nous nous dirigeons vers l'étang ou réservoir que Jesvant-Sing fait construire. Le grand fléau de ce pays et de cette ville est la rareté de l'eau. Dans les temps de grande sécheresse le peuple meurt de soif. Le maharaja, malgré son indolence, ne manque pas d'ambition. L'idée lui sourit de transmettre son nom à la postérité en l'attachant à une grande œuvre d'utilité publique dont profiteraient les générations à venir. Seulement le prince a les défauts aussi bien que les qualités de sa race. Aux premiers élans, à l'activité fiévreuse des premiers jours succèdent de longues périodes d'apathie. Les travaux sont in-