LA DIPLOMATIE DU VICK-ROI
verser le désert. Mais la nouvelle seule de leur approche donna à réfléchir au rebelle. 11 se soumil, fut saisi el interné à Mont-AJbou, où il se trouve encore prisonnier d'État. Pour le punir, on fit sauter son château.
« Règle générale, les princes acceptent de bonne grâce les décisions de l'agent résidant auprès d'eux, et s'il y a des hésitations, on en triomphe facilement. Ainsi dernièrement un des petits rajas, apprenant qu'un brahme avait été condamné à mort pour assassinat, s'opposa vivement à l'exécution de l'arrêt. L'agent, de son côté, insista pour que le coupable subit les rigueurs de la loi, et le prince, afin de démontrer au peuple l'horreur que lui inspirait ce sacrilège, quitta la capitale et se rendit chez un ami qui vit en dehors de son domaine. Mais, à peine arrivé là, il télégraphia à l'agent : No government possible without hanging. « Impossible de gouverner sans pendaison. » Le Machiavel rajpout savait ménager la chèvre et le chou.
« L'agent ou résident est un personnage qui inspire au prince toujours du respect, souvent de la confiance, quelquefois de l'amitié. Ce sont surtout les moins puissants de ces chefs qui voient dans le représentant britannique un protecteur et un conseiller. Dans les questions délicates et compliquées, le dernier mot appartient au vice-
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roi. Je cite un exemple. Au nord-est et à quelque distance de la ville de Jodhpour s'étend un grand lac salé dont une partie appartient au territoire de Marva et l'autre à celui de Jeypour. Il s'agit de décider un différend survenu entre les deux maharajas au sujet de l'exploitation du sel. Comme, en vertu des traités, le sel forme un monopole du gouvernement de l'Inde, celui-ci est en droit d'intervenir. Les résidents accrédités auprès des deux princes, chargés d'examiner les prétentions opposées, défendent chacun de son côté les intérêts de leur maharaja. En ce moment la question est en litige. Le vice-roi en son conseil, après avoir examiné les rapports probablement contradictoires des agents, rendra un verdict qui ne rencontrera certainement nulle opposition d'aucune des deux parties contendantes. »
« J'aime les indigènes, m'a dit un de ces messieurs, et j'aime aussi la nature des affaires qui me sont confiées. Très souvent je réussis à apaiser des querelles, à faire éviter des procès et, par ma décision dans des cas litigieux, à contenter les deux parties. Les indigènes préfèrent les juges anglais aux tribunaux de leurs princes et se soumettent toujours à nos arrêts. L'intervention des agents en matière judiciaire se fait avec l'assentiment tacite des princes.