‹ Á travers l'Empire britanniqueChapitre 35 sur 145 · AMBER · texte numérisé non relu

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huitième siècle aux petits miroirs qui tapissent les murs et les plafonds.

Souk-Nevas, la salle des plaisirs, est renommée par ses carreaux peints et par le ruisseau qui traverse les appartements : encore un motif emprunté aux palais des empereurs.

La Zenana, selon moi le plus ancien de ces édifices, se distingue par sa simplicité. La reine régnante tenait ses dourbars dans un hall qui occupe le milieu de la cour. Les vingt-six autres reines se contentaient — et, je crois, les femmes du maharaja actuel se contentent encore, à l'époque des visites que ce prince fait ici deux fois par an, — de petites cellules disposées le long des murs, que longent d'étroits couloirs.

Tous ces édifices sont en parfait état de conservation. Ils ont poussé comme des plantes et forment un groupe irrégulier très dense et très serré. Il en résulte qu'à chaque pas les vues changent, mais vous avez toujours à vos pieds le lac qui reflète et les châteaux d'Amber et les hauteurs voisines avec leur mur chinois, les palais délabrés de la ville, la riche végétation de l'oasis, et, au delà, les montagnes qui s'enfuient vers le nord.

Le hasard nous conduisit dans le temple de la déesse de pierre, Silla Devi, au moment du sacrifice. Autrefois on immolait une victime humaine. Cet horrible spectacle nous a été épar-

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gné, grâce àJey-Sing, qui, au commencement du siècle dernier, a aboli cette coutume barbare. Mais la déesse, blessée de ce manque d'égards, fit sentir son dépit au maharaja réformateur, qui, pour apaiser sa colère, substitua aux hommes qu'on égorgeait à certaines fêtes de l'année le sacrifice journalier d'une chèvre.

Le temple est petit et n'a rien qui invite à la dévotion. Il ressemble à une antichambre précédant une alcôve où Ton aperçoit la déesse assise sur ses jambes croisées. Devant le sanctuaire se tenaient accroupis deux hommes qui causaient familièrement. Un petit garçon, prosterné sur le ventre, semblait prier. Une chèvre maigre et chétive attendait le moment fatal avec indifférence. Son instinct évidemment ne lui disait lien. Le prêtre s'approcha, répandit sur elle de la farine et de l'eau sacrée, et en mit aussi sur le coutelas de l'homme chargé de tuer la pauvre bête ; un înstant après, la tète de la victime rebondit sur le pavé, tandis que le corps fut pendant quatre minutes agité par des mouvements convulsifs. Cependant le prêtre recueillit le sang dans un vase, qu'il porta à la déesse, après avoir soigneusement fermé le rideau du sanctuaire. ( in sait qu'en Orient les très hauts personnages ne se montrent jamais pendant leur repas.

LES INSTITUTIONS 1)1" RAJISTAN. ni

Personne, ce me semble, ne peut visiter le Rajpoutana sans être frappé du contraste que ce pays offre entre ce qu'il était et ce qu'il est. Je ne parle pas ici de l'aspect extérieur, qui est resté le même, ni du progrès de la civilisation moderne, dont on ne trouve guère de traces qu'à Jeypour : j'entends parler du contraste entre les anciennes institutions encore en vigueur et la situation nouvelle créée par l'arbitrage suprême de l'Angleterre. Ces institutions supposent la guerre en permanence. L'arbitrage a établi la paix en permanence. Les institutions ont donc perdu leur raison d'être. Elles doivent disparaître : la force des choses et de la logique l'exige. La volonté humaine n'y peut rien. Mais alors comment et avec quoi combler la lacune? Je me suis adressé cette question dès que j'eus mis le pied sur le sol de ce pays, et avant d'avoir lu le livre de Sir Alfred Lyall, Asiatic studies, si riche d'aperçus nouveaux, lucides, spirituels, souvent profonds, et si abondant aussi en informations précieuses recueillies sur les lieux pendant un long séjour. L'auteur se pose la même question, la traite en peu de mots, marqués au coin d'une connaissance intime de l'Inde et, j'ajouterai, du cœur humain, qui est partout le même. Mais il s'arrête là. Il dit ce qu'on doit éviter; il ne dit pas ce qu'il y a à faire. Il

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n'indique pas les voies que le gouvernement britannique aura à suivre pour faciliter et diriger la transformation. Sans doute ce sera au temps de résoudre ce difficile problème. Mais on ne peut pas tout demander au temps. Tôt ou tard l'Angleterre sera appelée à intervenir. L'abstention de sa part sera impossible. Elle a pris entre ses mains le pouvoir suprême : elle doit en assumer la responsabilité.

LE PENJAB

Du 1™ au 11 mars.

De Jeypour au Kaibar-pass. — Les bords de l'Indus. — Atok. — Physionomie de Peshawar. — Un prince afghan. — Le fort et les cimetières. — État troublé des districts neutres. — Les caravanes. — Les Afridis. — Le Kaibar-pass. — Jamrud. — Lahore. — Ranjet-Sing-. — Le jardin de Shalimar. — Amritsir.

— Le temple d'or. — Un hôtel à Delhi. — Le fort de Delhi. — Divan-i-Kas. — Divan-i-Am. — La mosquée des Perles. — La grande mosquée. — Dispositions des esprits. — Katab— Minar.

— Le Ridçre. — Physionomie de Delhi.

A travers le Penjab. — Le commandant en chef de l'armée de l'Inde a bien voulu m'autorisera visiter le Kaibar-pass, qui depuis la dernière guerre afghane est rigoureusement fermé aux Européens. Pour y pénétrer avec sécurité, il faut certains préparatifs militaires. Un jour a été fixé pour cette excursion, et il n'y a pas de temps à perdre. C'est donc à toute vapeur que je parcours les grandes plaines du nord-ouest. Voici Amballa d'où se dégage la route de Simla. Peu après, au lever du soleil, blanchissent sur l'horizon les

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géants de l'Himalaya. Encore quelques heures, et le train, franchissant le pont du Satledge, pénètre dans le royaume des Sikhs. Au nord se développe la chaîne des plus hautes montagnes de la terre. A droite et à gauche s'enfuit la plaine. Le froment qu'on y cultive la revêt d'une teinte tendre qui repose l'œil. Pas un arbre, excepté autour des villages. L'air frais, presque froid. Le ciel plaqué de nuages noirs, les premiers que j'aperçois depuis Madras. Je salue comme d'anciennes connaissances après une longue séparation les ondées qui se succèdent à de courts intervalles.

A cinq heures du soir, halte dans la gare de Lahore.

Le lendemain, de fort honne heure, passé devant Ravalpindi. Ici se trouve le quartier général du commandant de l'importante division chargée de surveiller les frontières de l'Afghanistan. Le ciel s'est rasséréné et le pays a changé d'aspect. Partout des quartiers de basalte dépourvus de végétation. Dans les crevasses, des champs de blé. Absence complète d'arbres. Au nord, les pics luisants des glaciers du Cachemire, dont nous nous sommes approchés pendant la nuit. Dans les gares, foule d'hommes du pays. Par la coupe et l'expression guerrière de leurs figures autant que parle maintien et le costume, les Penjabis se dis-

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tinguent d'une manière frappante des autres

races de la péninsule.

Entre neuf et dix heures, après avoir traversé une chaîne de rochers de peu d'élévation, le train s'arrête sur les bords du grand fleuve historique .

L'Indus, né au nord des grandes montagnes, serpentant d'abord dans les vallées mystérieuses du Tibet, a déjà parcouru, avant d'arriver ici, près de la moitié des distances immenses qui séparent ses commencements de sa fin1. Pendant sa longue pérégrination il a recueilli les innombrables cours d'eau que l'Himalaya et l'Hindou- Kouch lui ont prodigués. Et cependant, encaissé dans ce défilé étroit, on prendrait le Père des fleuves pour un jeune espiègle de torrent. Comme ses petites lames courroucées, saccadées, écumantes, se dressent, sautillent, se brisent, reculent, reviennent, et, en creusant leurrigole dans le basalte, finissent par se frayer passage. En vain ces blocs énormes superposés les uns sur les autres, ces crêtes de rochers qui se succèdent, s'enchevêtrent, se confondent, cherchent à arrêter son cours. L'eau vainc la pierre. A quelques pas en aval de la station, en regardant vers le

1. Le parcours de l'Indus est calculé à 1802 milles. On compte de ses sources à Atok 860, et d'Atok à son embouchure dans la mer Arabique, 942 milles.

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sud, vous pouvez plonger dans cette gorge noir sur noir, tachetée de blanc.

Le train, reprenant sa course, passe le grand pont achevé seulement depuis quelques mois. Ici tournez les yeux vers le nord. Quel contraste! tout est radieux, riant, pastoral. Le fleuve, ignorant les luttes qui l'attendent, se complaît à rouler majestueusement ses flots paisibles entre des rives plates et verdoyantes, à travers une vaste plaine bordée au nord par les montagnes du Cachemire. Ces colosses paraissent si rapprochés et l'air est si transparent, qu'on distingue à l'œil nu les déchirures de leurs flancs et le reflet du soleil sur les cimes des glaciers. C'est le fond du tableau. Mais, près de vous, vous voyez, assis sur un promontoire qui s'avance dans la rivière, un groupe de maisons à toits plats couleur sépia. ( Test la ville ; et les masures qui se dressent sur la plate-forme, au-dessus des maisons, sont le fort d'Atok, ce vieux gardien chargé depuis la nuit des temps de la mission — qu'il n'a jamais remplie — de barrer le chemin aux conquérants de l'Inde.

Peu après, le tracé s'engage dans la vallée du Caboul. Cette rivière, qui prend son nom de la capitale de l'Afghanistan, dont elle baigne les murailles, vient ici mêler ses eaux limpides aux flots bourbeux du grand fleuve.

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Par un de ces hasards heureux qu'un ciel propice me prodigue dans ma circumnavigation, et surtout depuis que j'ai mis le pied sur le sol de l'Inde, Sir Michel Biddulph, commandant de la division de Ravalpindi, se trouvait dans le même train, et il a bien voulu me tenir compagnie pendant une partie de la journée. Quelle source d'informations ! Son fils portait sur le poing un superbe faucon, qu'il décoiffa pour me laisser admirer les regards perçants de cet oiseau. Dans ce pays-ci, parmi les rajas, la fauconnerie est encore en grande vogue, et le pays y prête.

Nous touchons au terme de ce long trajet, et déjà l'Hindou-Kouch avec son pic le plus élevé, le Khavac1, est en vue. Dans la vallée du Caboul, que nous suivons, nous trouvons beaucoup de cultures, mais pas un arbre, excepté quelques mimosas rabougris autour des stations. Le pays rappelle les approches du versant espagnol des Pyrénées.

A trois heures de l'après-midi, arrivée à la gare de la ville de Peshawar, et une demi-heure après, au cantonnement anglais.

En dehors des Afridis et autres montagnards, le territoire neutre, les bords de l'Indus et les districts limitrophes de l'Afghanistan sont habités

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