PHYSIONOMIE DE PESHAWAR
que par l'animation qui y règne et par la plus grande richesse de ses habitants. Elle doit ces avantages principalement à sa situation à Pentrée du Kaibar-pass, qui est la grande route de l'Afghanistan, et aux agréments et séductions qu'elle offre aux rudes fils de l'Asie centrale. Peshawar est leur Paris. On y va pour gagner de l'argent et pour le dépenser, pour travailler et pour jouir. Sur moi aussi la physionomie de l'ancienne capitale des rois de Cahoul1 exerce un grand charme. A cause de la fréquence des tremblements de terre, les maisons sont construites en bois, et l'espace entre la charpente est rempli de briques d'un brun pâle. Les étages supérieurs, là où il y en a, se projettent sur la rue. Les toits plats ajoutent à la ressemblance avec certains quartiers d'Érivan ou d'autres villes persanes. Dans une rue étroite nous admirons une petite mosquée. Une autre, encore en construction, présente le style mauresque flamboyant. Je vois les artistes à l'œuvre. On m'assure que, travaillant sans plan et sans modèle, ils se laissent guider seulement par leur coup d'oeil, qui est d'une grande justesse, par les traditions et par les exigences du terrain. Il en résulte une certaine absence de symétrie
1. Elle Fêtait encore du temps de la mission de Mount? Sluart Elphinstone, en 1808.
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qui n'a rien de choquant. Mais cette nouvelle mosquée, bien plus riche que la vieille, ne supporte guère, au point de vue de l'architecture et de la sculpture, la comparaison avec cette dernière. Des missionnaires anglicans viennent de bâtir une très belle église en style hindou-mauresque. On me dit qu'il y a dix ans on n'aurait pu songer à ériger un temple chrétien dans ce centre du fanatisme musulman, mais que dans les derniers temps, pour des raisons qu'on ne s'explique pas, les habitants se montrent moins intolérants.
Les bazars sont nombreux et bien fournis. On y voit, ici, des poteries fabriquées dans le pays et, quoique grossièrement faites, d'un dessin presque classique ; là, dans un bazar circulaire réservé aux riches négociants de Bokhara, de magnifiques étoffes de soie ; au coin d'une rue, un amas de cages en osier : elles contiennent des oiseaux que des Hindous achètent pour les relâcher aussitôt. C'est que les petits êtres ailés emportent, en s'envolant, les péchés de l'acheteur.
Dans une des rues principales, des restaurants étalent leurs friandises. C'est le rendez-vous des gourmets, le Palais-Royal et le boulevard des Italiens du Paris afghan. Le rez-de-chaussée tout grand ouvert laisse pénétrer le regard dans la cuisine, où les gens du peuple prennent leurs