‹ Á travers l'Empire britanniqueChapitre 54 sur 145 · DISPOSITION DES ESPRITS · texte numérisé non relu

DISPOSITION DES ESPRITS

trop sobre, je dirais presque pauvre, malgré sa richesse.

Je flâne dans la cour. A travers les arcades et par-dessus des cimes d'arbres séculaires se développe la longue ligne horizontale rouge foncé des murs crénelés du fort sur lesquels s'élèvent à des intervalles réguliers les kiosques et les tourelles superposés aux portes.

De l'autre côté, vers le sud et le sud-ouest, on plonge dans Delhi : des ruelles étroites regorgeant de monde, des maisons basses avec des toits plats, une ville de Syrie ou du Maroc plutôt que de l'Inde.

Delhi, ce qui en est resté debout depuis la grande rébellion sauf ses monuments, n'offre rien de particulier. Je l'ai parcourue deux ou trois fois d'un bout à l'autre, et n'était l'absence de palais, je me serais cru à Damas. Les gens qui remplissent les rues ne font aucune attention à vous. On dit la population mahométane, qui forme la très grande majorité, peu affectionner au régime anglais. Avant la grande rébellion, les quelques Européens qui vivaient ici ou visitaient la ville étaient exposés à des insultes. Maintenant la présence d'une garnison, d'ail-

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leurs très faible, et le voisinage du grand cantonnement militaire de Mirout intimident les mécontents. Dans les districts ruraux, l'esprit est meilleur. Les masses hindoues se montrent indifférentes. Peu leur importe qui est le maître ; et dans les classes plus élevées on tremble à l'idée de voir revivre la domination mahométane. Contrairement à ce qu'on voit dans d'autres parties de la péninsule, les Hindous sont ici plus appliqués au travail que les musulmans ; ils fréquentent les écoles, où l'on ne voit pas un seul mahométan, et gagnent constamment du terrain. Aujourd'hui la plupart des emplois publics accessibles aux indigènes se trouvent entre les mains des Hindous.

Les environs présentent l'aspect d'une vaste nécropole. Des chattries s'espacent en tous sens. Les éléments de ces tombeaux se reproduisent avec peu de variété. Ce qui les distingue les uns des autres, c'est le plus ou moins de richesse des matériaux, et le plus ou moins de valeur artistique. C'est toujours une construction carrée couverte d'une coupole, souvent flanquée de minarets, etnlantée au milieu d'une cour ou d'un

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jardin. Le tombeau de Safdar-Jang est un des plus beaux. Au milieu de cette plaine funèbre, le Katab-Minar1, un pilier svelte qui, vu de loin, parait une eolonne isolée, s'élance tout d'une pièce vers le ciel. Les savants se disputent sur son origine mahométane ou hindoue. Les ruines d'un beau portail mauresque et d'un temple jaïnite qui l'entourent, ajoutent à la beauté du site.

Le tombeau de l'empereur Hamayoun2, contemporain de Charles-Quint, frappe par la simplicité de sa magnificence et par la beauté harmonieuse de ses proportions. A ce double point de vue je le place au-dessus des constructions de Shah-Jehan, du dix-septième siècle. C'est là que le dernier roi de Delhi s'était réfugié pendant le siège et qu'il fut arrêté après la prise de la citadelle.

Quelques-uns de ces monuments ont résisté à l'action du temps ; d'autres, la majorité, sont plus ou moins délabrés, sinon tombés en ruine, car, hélas! le gouvernement de l'Inde, jusque dans les derniers temps, n'a rien fait ou presque rien pour les conserver. Aujourd'hui un département

1. Haut de 240'. On croit savoir que ce curieux édifice a été bâti entre 1200 et 1220. Les deux derniers étages ont été ajoutés par Ferouz-Shah en 1318.

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