LA GRANDE MOSQUÉE
ceinte, qui n'est qu'une galerie d'arcades ouvertes entrecoupées de kiosques.
La mosquée forme le quatrième côté du rectangle. Au-dessus de sa façade de grès rouge ornée de lambris de marbre blanc ciselé et richement incrusté, s'élèvent trois coupoles. Mais, malgré la richesse des matériaux et des ornements, cette merveille du monde me laisserait froid, n'était la parfaite harmonie des proportions jointe aux grandes dimensions de l'édifice. A un certain point de vue, il y a ici analogie avec la façade de Saint-Pierre du pape Borghèse et les colonnades du Bernin. Est-ce au hasard, si commode quand il s'agit d'expliquer des faits inexplicables, qu'on doit attribuer cette curieuse coïncidence? Ou le goût et l'esprit de la Rome du dix-septième siècle auraient-ils, par des voies inconnues, envahi la cour des empereurs mongols?
Mais, quelles que soient les influences mystérieuses qui ont agi sur les artistes d'Aurangzeb, leur œuvre, grande, simple, magnifique, défie toute comparaison. Je n'en trouve qu'une seule. Je l'ai déjà indiquée. A Saint-Pierre de Rome comme à la Jama-Mesjid de Delhi on voit résolu un des plus grands et des plus difficiles problèmes de l'architecture : réduire pour l'œil du mortel, qui recule avec effroi devant ce qui lui
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semble l'infini, par la seule perfection des proportions, de trop grandes dimensions1. Mais à côté de cette affinité se manifeste l'abîme qui sépare l'art chrétien de l'art mahométan. Dans les deux temples on a visé au même effet. Mais les artistes Saint-Plerrins avaient sur ceux d'Aurangzeb un avantage dont ils ont largement profité. Après avoir diminué les trop grands espaces par l'harmonie des proportions, ils les réduisirent encore davantage en y prodiguant les trésors de la statuaire et au moyen des grandes ombres produites par les membres saillants de la construction. Quant aux sujets, les sculpteurs n'eurent qu'à puiser dans le martyrologe et la vie des saints. Cette double ressource faisait défaut aux artistes musulmans. Leur style n'admet pas de membres saillants, et la forme humaine leur est un sujet interdit. Ils doivent s'en tenir aux pots de fleurs et aux arabesques. En examinant ces vastes pans de murs en grès, partiellement recouverts de marbres avec des incrustations et des arabesques qui disparaissent quand on les contemple d'une certaine distance, on trouve l'architecture du monument
1. Les dimensions de la mosquée restent Lien au-dessous de celles de Saint-Pierre, et cependant elles vous frappent, ce qui prouverait que le problème dont je parle a été moins bien résolu à Delhi qu'à Rome.