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LE CANNIBALISME

do ces derniers, la coutume a disparu complètement dans les localités où la matière première; fait défaut, incomplètement là où l'on peut encore se la procurer. Ce qui alimentait principalement les marchés de chair humaine, c'était la guerre, alors en permanence, entre les quatorze tribus de ces îles. Depuis l'annexion à la couronne d'Angleterre la paix n'a été troublée qu'une seule fois; c'est l'année dernière, dans la partie montagneuse de Viti-Levu. On raconte que, pendant ce court épisode, sur le théâtre des hostilités, les vainqueurs auraient dévoré, comme par le passé, les prisonniers et les corps des ennemis tombés dans les combats. Un jeune officier anglais, à la tète d'une poignée de soldats fijiens, pénétra dans les montagnes et y rétablit l'ordre. A mon avis, ceux-là approchent le plus de la vérité qui affirment qu'à part quelques cas isolés dans l'intérieur, le cannibalisme, encore fort répandu dans les Nouvelles-Hébrides et en général dans la plus grande partie de la Mélanésie, s'éteint graduellement dans d'autres îles et n'existe plus dans l'archipel fijien. Les missionnaires méthodistes expliquent ce fait, qui semble incontestable, par l'intervention de la grâce divine et par l'effet de leur prédication. Les hauts fonctionnaires anglais, les officiers de la station navale de l'Australie, qui montrent leur

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pavillon tous les ans dans ces parages, l'attribuent principalement au contact du sauvage avec l'homme civilisé, à la pax britannica, résultat de l'annexion, aux changements graduels survenus dans les mœurs des indigènes, enfin à l'action du temps, à l'entrée en scène de générations nouvelles qui ne connaissent le cannibalisme que par tradition et ne l'ont jamais pratiqué.

C'est en 1835 que des missionnaires méthodistes arrivèrent dans la Nouvelle-Zélande, d'où ils se rendirent aux îles de l'Amitié, plus connues sous le nom de Tonga. Ils y opérèrent la conversion du chef suprême de cet archipel. D'après le principe cujus rcgio, illiits religio, le roi George fit baptiser ses sujets. Le gouvernement anglais reconnut son titre de roi, conclut (1879) un traité d'amitié1 avec lui et établit un consulat dans sa capitale. Sur l'initiative et sous la direction des missionnaires, George Tr octroya à ses peuples une constitution libérale et un parlement, et il eut la bonne fortune de trouver un homme capable de gouverner son royaume : le révérend Baker, un des missionnaires. Le roi George, qui a quatre-

l. L'Allemagne aussi a conclu un traité avec le roi de Tonga.

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