‹ A travers l'Empire britannique (1883-1884) [microforme] (volume 2)Chapitre 13 sur 97 · DE DURBAN A PIETER-MARITZBURG · texte numérisé non relu

DE DURBAN A PIETER-MARITZBURG

Au delà de Pinetown, le pays devient ce que je l'ai vu en Cafrerie : désolé, onduleux, avec des échappées de vue sur les montagnes. Une d'elles, dite Zable-Mountain, domine toutes les autres. Nous ne la perdons plus de vue. Le chemin de fer la contourne, et, vue de Pieter-Maritzburg, c'est-à-dire du nord, elle présente absolument les mêmes contours. Ici commence l'ascension du premier gradin menant au haut plateau de l'Afrique du sud. Le chemin de fer s'y prend fort mal pour l'escalader. Je me demande comment il s'est trouvé des ingénieurs assez téméraires pour tracer ces courbes, sans parler des viadues posés sur de minces colonnes de fer qui menacent déjà ruine et s'ébranlent sous le poids de la locomotive, qui, effrayée comme les passagers et les conducteurs, n'ose: avancer qu'au petit pas. Pour échapper aux émotions désagréables, je me livre à la contemplation du pays. Je ne plonge pas dans l’abîme que nous traversons à une hauteur prodigieuse, Je lève les yeux vers les montagnes d’un gris nuancé à l'infini; vers des coteaux qui sont roses je ne sais trop pourquoi, puisque nous sommes au milieu du jour; vers des talus énormes, .

jaunes ou bistrés, tout parsemés de blocs de granit. Puis, prenant mon courage à deux mains, je mesure les profondeurs béantes à droite et à

gauche du viaduc. Je découvre au fond des taches noires : le bush; des plaques vertes : des champs cultivés ; des points blancs : les maisons

des planteurs.

À une des stations, à l'ombre de quelques arbres rabougris, saupoudrés de poussière et de sable, un groupe pittoresque de Zoulous. Ils étaient tout nus, sauf le pagne. C’est la concession qu'ils font aux Européens, là où ils en rencontrent. À en juger par la plume qui se balançait sur leur tète ceinte d’un anneau de bronze, c’étaient des gentlemen. Un d’eux, évidemment un dandy, portait à la main un bouclier en peau, que j'achetai pour six pence. Ses beaux yeux étincelaient de joie à l'aspect de la petite pièce blanche. A côté de lui se tenait une jeune fille. Elle avait le bas du sein couvert d’une tunique. Le haut de la poitrine, la nuque, les bras, les épaules et le dos jusqu’à la ceinture restaient nus. Quel chef-d'œuvre de la création! Deux femmes vieilles avant l’âge faisaient contraste. Elles ne portaient qu’une jupe. Détournons les regards. Les autres hommes, moins élégants que le dandy, avaient cette expression mâle, franche et gaie qui est l'apanage du peuple le plus guerrier de l'Afrique australe. Tous semblaient fort propres de leur personne.

Près de la station de New-Leads, le vert ten-

PIETER-MARITZBURG. 119 d des dre d’un groupe de petites oasis éparpillées dans s : des | les plis des montagnes reposait l’œil. On y proaisons 1 duit du maïs et des pommes de terre, pas de fro- | ment. Un peu plus loin commence l'herbe haute, es ar- qu'on ne voit pas dans les districts de la côte. Ce et de L sont ces graminées qui recouvrent les steppes et as. Ils les prairies illimitées de l'Orange Free State et pnces- su du Transvaal.

ils en 5 Nous avions quitté Durban à huit heures du qui se | matin, et à deux heures de l'après-midi le train au de | entra dans la gare de Pieter-Maritzburg. Le , Évi- Le gouverneur, Sir Henry Bulwer, me reçut au Go- | bou- de. vernment-house, situé à quelques pas du camp e. Ses |: | et de la gare. C'est commode et c’est pratique. de la 1 Dans un pays où trente mille blancs se partagent it une le sol avec quatre cent mille noirs dont le nom- >uvert : bre, par des invasions du Zoulouland, peut à uque, 7e chaque instant s’accroitre à l'infini, on est touinture ” jours sur le qui-vive, et il est bon qu'en cas d’acation ! Fo tion la tête et le bras se trouvent près l’un de t con- 4 l’autre. stour- LE | La petite force armée britannique au Natal, moins É. | sauf quelques détachements, est concentrée au ession É « camp » de cette ville.

euple ee L'hôtel du Gouvernement s'élève au milieu s seM- M d'un joli petit pare. Un haut euphorbe et un eu-

4 calyptus importé d'Australie, devant la façade du t ten- 0 jardin, attirent dès l’abord mes regards. Comme

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la maison occupe une hauteur dominante, et qu'il n’y a là ni murs ni autres édifices, le regard embrasse, et des fenêtres et au jardin, un vaste panorama de montagnes, de coteaux et d'une plaine onduleuse dont le centre est occupé par la capitale officielle du Natal. Comme dans toutes les villes de l'Afrique australe, on y voit des rues d’une largeur exagérée et assez longues, se croisant à angle droit. Quelques-unes sont, devant les maisons, plantées d'arbres. C’est peutêtre le seul indice resté visible de l’origine hollandaise de la ville, sauf son nom ou plutôt ses deux noms, accouplés bizarrement, mais perpétuant la mémoire de deux héros‘. o Charmante excursion, avec Sir H. Bulwer, | quelques jeunes officiers et M. Shepstone, au kraal du chef Tetelekou, situé à une dizaine de milles de la ville, dans une des gorges du Swartkop. M. Shepstone, frère de Sir Theophilus, connu en Europe par l'annexion passagère du Transvaal, est ministre (colonial) pour les affaires étrangères. Né dans le pays, il a passé sa vie,

1. Pieter-Retief de Paarl, descendant d’une famille huguenote, traîtreusement massacré avec les siens par Dingaan, le grand chef des Zoulous (1838), et Gert Maritz, un bourgeois de Graaf Reinet., Tous deux les chefs des Boers au Natal et

‘fondateurs de la république éphémère dite Natalia, C'est de cette époque (1840) que date la fondation de la ville Pieter-

Maritzburg.

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