‹ A travers l'Empire britannique (1883-1884) [microforme] (volume 2)Chapitre 14 sur 97 · L'INTÉRIEUR D'UN CHEF ZOULOU · texte numérisé non relu

L'INTÉRIEUR D'UN CHEF ZOULOU

déjà longue, dans le contact et souvent au milieu des Zoulous.

Rien de solitaire, de mystérieux comme ce ravin profond que notre petite colonne descend lentement. Devant nous, à nos pieds, deux kraals séparés par un pli de terrain ; au-dessus de nous, fort rapproché pour l'œil, le sommet un peu aplati, aux teintes foncées, de la Zete-Noire, du Swartkop. Devant l’un des kraals, un groupe de sombres figures : le chef debout ; ses hommes, en signe de respect, accroupis sur leurs talons. À notre approche Tetelekou s'avança et nous aida à descendre de cheval. Les hommes, toujours assis, poussèrent un cri ou plutôt un grognement sourd. C’est leur manière de saluer. Les femmes, rangées en ligne à une distance respectueuse, crièrent en chœur : Oo! On n'est pas plus poli. Une jeune ‘personne, une des nombreuses épouses du chef, attira mon attention par sa beauté. Elle se tint modestement derrière la « grande » femme du chef et une autre Meg Merilis noire, mais, tout en tàchant dese cacher, elle trouva moyen de se faire voir. Les femmes avaient le sein et le bas du corps couverts. Les plus jeunes filles, toutes bien faites, portent leurs cheveux noirs à l’état naturel. Les femmes mariées les teignent avec de l’ocre rouge. Le chef, qui avait été prévenu de la visite du gouverneur,

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portait son costume de gala, une jaquette, et sur la tête, ceinte d'un anneau, une plume écarlate. Pour témoigner de son respect, il marchait le haut du corps un peu incliné et il ne détourna pas l'œil du gouverneur. Mais, malgré ces marques de déférence, il paraissait ce qu'il est, un grand seigneur dans son pays. Ce fut à quatre pattes, à travers une petite ouverture carrée dont le chambranle était grossièrement sculpté, que nous pénétrâmes dans sa cabane, spacieuse, propre et pavée d’une sorte de stue, auquel les femmes savent, par des piétinements, donner la dureté et le lustre du marbre. De meubles, pas trace. Les notables arrivèrent un à un, pénétrèrent comme nous en rampant, mais avec l'agilité de la bête fauve, et se rangèrent le long des parois, où ils disparurent dans la pénombre. Il n’y a pas de fenêtres dans ces habitations, et : pour ménager les faibles yeux des blancs, qui ne | supportent pas la fumée, on n'avait pas allumé le foyer. Le chef nous montra ses trésors, des peaux et quelques couvertures de coton que les femmes mettent aux danses publiques. A la fin de la visite, on nous servit de la bière du pays dans un grand bol, qui circula après que le chef

y eut bu le premier, pour constater qu'il n'y avait pas de poison. Je lui demandai, par l’entremise de M. Shepstone, si des serpents péné-

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traient quelquefois dans sa cabane. Il répondit que ceux qui y venaient étaient ses parents, et par conséquent les bienvenus.

A notre départ toute la population du kraal nous accompagna jusqu'à l'endroit où nous avions laissé les chevaux. Les femmes, accroupies comme à notre arrivée, se levèrent au moment du départ, criant en chœur : Oo! oho!

La scène était sauvage, le cadre du paysage sévère, les splendeurs du ciel, lors de la rentrée à Pieter-Maritzburg, au delà de toute description.

Tous les soirs il y avait grand diner au Government-house. Dans ces occasions, n'étaient les domestiques zoulous, de beaux hommes revêtus d’une jolie livrée (jaquette et caleçons de toile blanche lisérée de jaune), mais marchant nupieds selon la coutume du pays, je me serais cru dans un château de la vieille Angleterre. Pieter- Maritzburg est le centre politique, militaire, administratif, judiciaire, ecclésiastique de la colonie ; Durban en est le port de mer. J'ai donc pu faire ici la connaissance de toutes les notabilités de Natal, du chief justice, de M. Galway, attorney général, de M. Ackermann, président du conseil législatif, de MF Jolivet, évèque catholique, et

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d’autres personnages plus ou moins mêlés aux affaires publiques, et tous, si je ne me trompe, plus ou moins préoccupés d'une situation compliquée, peu comprise en Angleterre, difficile à comprendre même sur les lieux et non exempte de dangers. « Il n’est pas aisé, m'a-t-on dit, de savoir ce qui se passe au delà du Tougela. Il n’est pas plus facile d’entrevoir à quoi aboutiront les perplexités et les hésitations à Londres. » On débattait les embarras financiers, les attaques violentes, au Corps législatif colonial, de l'opposition, qui demande un gouvernement responsable, et, par-dessus tout, la grosse, la brülante, l’éternelle question des indigènes".

Lors de la guerre avec les Zoulous, en se rendant au quartier général anglais, le prince impérial Louis-Napoléon a joui pendant quelques jours de l’hospitalité de Sir Henry Bulwer. Tout le monde le trouvait charmant, très jeune,

1. Pendant mon séjour à Pieter-Maritzburg, on eut des nouvelles alarmantes de la « réserve » du Zoulouland, Cetywayo, qu’on avait dit mort, s’y trouvait guéri de ses blessures

‘et rassemblant ses impis. Par conséquent, une partie des

troupes cantonnées dans cette ville furent dirigées vers les

bords du Tougela.

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