‹ A travers l'Empire britannique (1883-1884) [microforme] (volume 2)Chapitre 2 sur 97 · LA COLONIE DE BRAUNSCHWEIG · texte numérisé non relu

LA COLONIE DE BRAUNSCHWEIG

tûmes quelques huttes, dont la propreté me surprit agréablement. Les dimensions exiguës de la porte nous obligeaient d'entrer à quatre pattes. La fumée, qu. des yeux cafres seuls peuvent supporter, nous en chassa aussitôt. Dans une de ces habitations nous trouvämes une femme anglaise aveugle, qui jouit depuis de longues années de l'hospitalité de ses amis noirs. De temps à autre on la mène à King-William’s-Town pour y demander l’aumône, dont elle partage le produit avec ses hôtes. C'est la seule mendiante que j'aie rencontrée en Afrique.

Les fermes qu'on voit appartiennent à des colons allemands. La distance d'un demi-mille, d’un mille tout au plus, les sépare les unes des autres. L'ensemble s'appelle Braunschweig.

Nous pénétrons, non sans quelque difficulté, dans une des maisons. Ce n’est qu'après avoir longtemps frappé à la porte que nous voyons paraître une vieille femme. Native de Stargard, et vètue comme une paysanne allemande, elle parle le plus pur poméranien. Après avoir donné quelques larmes à la mémoire de son mari, qu'elle vient de perdre, elle nous raconte sa simple biographie, qui est, plus ou moins, l'histoire de tous les planteurs de Cafrerie. Ils arrivent munis d'un peu d'argent. Ils trouvent les Boers qui, toujours en quête de solitude,

leur vendent leur ferme à bas prix et s’en vont. Le nouveau propriétaire allemand se met à l'œuvre et prospère. Survient une guerre avec les Cafres. Le père de famille et les fils adultes prennent leurs fusils et rejoignent la troupe coloniale ; la femme s'enfuit avec les enfants. Les sauvages arrivent, tuent ou volent le bétail, mais, plus délicats que la milice locale, respectent les maisons. Celle de notre Poméranienne était très proprement tenue et bien meublée. Quoique la veuve soit protestante luthérienne fervente, elle a décoré les parois de sa chambre d’impressions en couleur représentant des saints et des saintes, que des colporteurs italiens débitent aux colons.

Le télégraphe m'appelle à East-London. La barre est bonne, le steamer venant de Cape- Town en route pour Natal est signalé. Donc partons, quittons nos aimables amphitryons ct cet intérieur si essentiellement autrichien !

Un chemin de fer, long de quarante-deux milles, relie cette ville avec East-London, qui aurait un grand avenir, n'était la mauvaise barre. Le pays que je parcours est plus ou moins désert, et la ville, qui porte le nom d’un quartier de Londres, peu attrayante. Il est vrai

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