EAST-LONDON ET LE PONDOLAND
n vont. que je la vois dans des circonstances défavomet à rables. La pluie tombe à torrents, le vent souffle re avec avec violence, et, hélas! non seulement la barre adultes n'est pas praticable, mais le paquebot, ayant 1P6: 60 perdu patience, a continué sa route vers Durban. ts. Les La côte méridionale de l'Afrique est la plus re- |, mais, doutée des navigateurs, les barres de ses ports
ent les ait très
les plus malfamées, et la plus dangereuse de toutes est celle d’'East-London. Aussi passe-t-elle
que la pour être particulièrement chère à certains ar- é te, elle mateurs qui, avec l'aide de capitaines habiles, essions possèdent l’art d'y faire échouer leurs bâtiments, aintes, de peu de valeur, mais fortement assurés. ‘olons, Me voilà done claquemuré dans une auberge, que, par charité, je m'abstiens de qualifier. Je la partage avec nombreuse et bruyante compagnie: des mineurs qui, après les privations n. La et les Jabeurs des placers, s'amusent à leur ma- Cape- nière, Quels tapageurs infatigables ! quel abo- Donc minable sabbat ! Pendant trois jours j'ai enduré Dns Cf ce supplice. Du courage, vieux touriste, du cou- ! rage! Enfin le Vubia parait en rade et, coûte -deux que coûte, je me risquerai à franchir la barre, , qui à Et je l'ai franchie. J'ai eu à passer la moitié d’un vaise 4 vilain quart d'heure, mais me voilà à bord du Is ou 4 paquebot. On a dû nous hisser dans un panier. d’un À Ce genre de locomotion a ses charmes; il vous vrai É rappelle les oscillations d'un pendule et donne en
mème temps l'illusion d’une ascension en ballon.
Hélas ! autre contrariété! Le Vubia doit charger des marchandises, et les chalands n’osent pas franchir la barre. L'un d'eux, voulant tenter l'aventure après notre passage, a manqué de périr et il a perdu un homme balayé par-dessus bord. Encore trois jours en panne ! mais du moins, au lieu de ma guinguette infecte, je me trouve sur un bon et grand bateau presque vide de passagers, avec un excellent capitaine qui a pénétré jusqu'aux chutes de Victoria du Zambèze et, le plus difficile de l’entreprise, qui en est revenu vivant, tandis que ses compagnons y ont laissé leurs os.
Enfin le Vubia a pu prendre son chargement et se mettre en route. Il longe la côte de Cafrerie, d’abord Fingo et ensuite Pondoland. Des rochers souvent aplatis en manière d’innombrables table mountains, des veldts nus alternant avec d’épaisses forêts, le tout éclairé par un soleil splendide ! Nous passons tout près de l’embouchure de la rivière de Saint-Jean. Il y a ici, au milieu des Pondos, un établissement anglais. Un des membres de cette factorie est à bord.
« Nous sommes, dit-il, environ soixante Européens, et nous nous croyons en parfaite sûreté au milieu de cette population noire. La journée passe vite dans nos comptoirs. Le soir, après
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le travail, les plaisirs. On joue la comédie. Un steamer nous apporte de temps à autre de Durban la poste, des provisions et les marchandises que nous débitons aux indigènes. ‘» Ce petit cerrain a été acquis, du chef des Pondos par Sir Bartle Frere, au prix de quatre mille livres sterling. On me dit qu'il deviendra le centre des relations commerciales avec l’intérieur de la Cafrerie.
Parmi les cinq ou six passagers qui se perdent dans l’immense salon du steamer, il y a un couple qui attire mon attention. Age du monsieur, entre quarante et cinquante ; physionomie sombre ; teint pâle ; regard vague, rèveur, intelligent ; poitrine aplatie ; épaules étroites; taille chétive ; cheveux ébouriffés ; toilette plutôt négligée. Quand le monsieur est assis, il aime à mettre ses pieds sur une table et à se croiser les bras derrière la nuque. Avant qu'il ouvre la bouche, je reconnais en lui l'Américain et le magnétiseur. Sa compagne réunit dans sa figure douce, triste et indolente tout ce qui caractérise le médium femelle. Je désire faire leur connaissance. Mais comment m'y prendre? Je suivrai l'exemple de leurs compatriotes du Far West
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qui ont désiré faire la mienne. Je marche donc tout droit vers le monsieur et je lui adresse à brüle-pourpoint les questions suivantes : « Qui êtes-vous ? d’où venez-vous ? et où comptez-vous aller? Quel est le but de votre voyage? » L’étranger, sans témoigner la moindre surprise à l’endroit de ma brusque curiosité, 1’pond : « Je suis professeur. Je suis exposeur ou, si vous voulez, dénonciateur du spiritisme. Je suis mesmériste. Je donne des séances, et je suis liseur de pensées, thought reader. J'ai vu le jour sur les bords du Mississipi, et je suis entré dans la vie publique en qualité de tambour. C'était pendant la guerre de Sécession. Je dois au hasard — ceci fut dit avec une certaine modestie — d'avoir pu sauver, en battant ma caisse avec énergie, un drapeau tombé entre les mains de l'ennemi. Pour me récompenser, le gouverne-
ment me fit entrer au service secret. » — « Ah! vous faisiez donc l’espion? » — « Eh bien oui :
mais je le faisais au profit des deux armées. » — « Comment ! m'écriai-je, vous rapportiez aux deux camps ce que vous aviez vu chez l'ennemi? » — «Non, — ceci en rougissant un peu, mais en se contenant, — non. Écoutez et n’interrompez pas. J'étais fort bien payé : car pendant tout ce temps je risquais ma vie. J'avais constamment à traverser les deux lignes : je profitai de ces allées
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et venues pour acheter chez nous quelques articles spécialement recherchés par les confédérés, entre autres de la quinine. À New-York, je payais l'once à raison de douze ‘dollars en papier : je la vendais cent vingt dollars en or aux confédérés, Vous voyez : non seulement je servais les deux partis, mais encore l'humanité, attendu que dans l’armée ennemie les provisions de quinine étaient épuisées et ne pouvaient être renouvelées. Grâce à moi, bien des vies ont été sauvées. La fin de la guerre me trouva en possession d'une belle fortune, que j'augmentai rapidement en me livrant aux plus folles spéculations. Comme tout Américain qui a de l'or dans ses poches, je me rendis en Europe. En Angleterre je fis la connaissance d'une confrérie spirite et je devins l’un des adeptes de cette confrérie. Mais je ne tardai pas à découvrir leurs supercheries., Je compris que les esprits des trépassés se soucient fort peu de nos affaires et qu'ils dédaignent de s'en méler, De retour en Amérique, où il ya des millions de victimes de ce genre de superstition, je me décidai à leur dessiller les yeux. Je louai pour une soirée le Grand-Théâtre à la Nouvelle- Orléans, où j'exposai toutes les impostures des spirites. Je me flattais, en agissant ainsi, d'acquérir des titres à la reconnaissance de mes concitoyens. C’est le contraire qui eut lieu : je devins
un objet de haïne et de persécution. Je fus hué, conspué. Les journaux me tombèrent sur le dos et m’abreuvèrent d’injures. A la fin je perdis patience, je me livrai à mon tour à ce genre de pugilat. En attendant, à la suite de mes spéculations ridicules, j'avais perdu les bénéfices de mon petit commerce si lucratif d'autrefois. Je me trouvais sans le sou et je me fis professeur. J'ai choisi cet état pour démasquer les spirites et en même temps pour faire de l'argent. On m'appelle ici prestidigitateur, conjuror. Je ne le suis pas. Je fais bien quelques tours de passepasse, comme par exemple celui de l’omme lié, le manacle trick, mais c’est parce que je puis faire, à force d'adresse, ce que les spirites prétendent faussement opérer par des moyens surnaturels. J'ai exploité avec grand succès l’Australie et la Nouvelle-Zélande, et je fais en ce
moment l'Afrique. Reste l’île Maurice, l'Inde et:
le Mexique. Je rentrerai riche dans mon pays, mais j'aurai manqué le but de ma vie, qui est de mettre fin à une imposture colossale. Car, croyezle bien, il est plus facile d'exécuter les tours d'adresse les plus surprenants que de faire comprendre à un niais qu’il est la dupe d’un fripon. »
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Du 15 au 26 août,
Durban. — Culture de la canne à sucre. — Les laboureurs. — Agence à Delagoa-Bay. — Les Zoulous. — Pieter-Maritzhurg. — L'intérieur d'un chef zoulou. -- Aperçu politique.
15 août. — En débarquant ce matin à Durban, je croyais rêver. J'ai quitté l'Afrique du Sud. Je me trouve sous les tropiques. L’illusion était complète. Des figuiers multipliants aux troncs tourmentés, aux branches tordues et enchevètrées, des mangliers au sombre feuillage, d'énormes bananiers, des bouquets de bambous géants dont le plumage oscille dans l'air tiède, toutes ces merveilles sont dues à un courant d’eau chaude qui remonte de l’Équateur, et aussi à la circonstance, très importante au point de vue climatique, que Natal est situé sur la côte orientale du continent.
Durban se compose de deux petites villes, la 1-7
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haute et la basse, reliées par un tramway. La basse ville est située sur h plage et ressemble à quelque petit port de la Tamise ou de la Clyde. On n’y voit que marins et entrepôts de marchandises. La haute ville occupe un bas coteau au fond de la baie. Par ses rues droites et démesurément larges, elle me rappelle plus l'Amérique que l'Angleterre. Sous ce rapport, elle contraste avec Graham’s-Town, Port-Elizabeth, King-William’s-Town et East-London, qui sont des villes essentiellement anglaises, tandis que dans les provinces occidentales de la colonie le type hollandais est si visible et si visiblement ineffaçable. Dans les rues de Durban, où les arbres abondent, on voit de petites maisons à un étage, quand ce ne sont pas de simples rez-de-chaussée, des églises de différentes confessions, de beaux magasins, surtout dans Main Street, de petits jardins bien soignés, enfin un mélange de brique et de feuillage, de pierres et de fer plissé qui, si on le dépouillait des ornements fournis par le ciel et la végétation, ne serait ni poétique ni pittoresque. En revanche, les gens qu'on rencontre dans les rues ont, par leur apparence, des titres à ces deux épithètes : des Cafres dont la toilette se compose d'un pagne en peau de mouton et d'une tunique d'uniforme plus ou moins en loques : défroque des soldats anglais. Des Zou-
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