‹ A travers l'Empire britannique (1883-1884) [microforme] (volume 2)Chapitre 33 sur 97 · Il a visité l'Angleterre en · texte numérisé non relu

Il a visité l'Angleterre en

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force. Les moyens moraux, les mezzt morali, suffiront. On vient de s'emparer d’un pah pour y établir un poste de gendarmerie. Au pied du pah, sur la plage, on va bâtir une ville sur un terrain qu'on a acheté au roi. On y établira d’abord une douane, un télégraphe et un bureau de poste. Ceci fait, la foule s’y précipitera, et dans quelques années surgira de ce sol inculte et abandonné un nouveau centre d’affaires qui rivalisera avec Auckland. De grandes espérances s’attachent à cette entreprise.

Plusieurs circonstances parlent en faveur de ce nouvel établissement. Kawhia est plus rapproché de Sydney, et par conséquent de l’Angleterre, que Auckland. Il y aura six cents milles de moins à parcourir. Quand le chemin de fer de Wellington à Kawhia sera achevé, la malle de l’île du Nord pour l’Europe partira d'ici.

Il y a dans le voisinage des gisements de charbon. Les bâtiments, qui le payent à Auckland quinze à vingt shillings, le chargeront ici à raison de sept à dix shillings.

Derrière Kawhia s'étend le Kingsland, aujourd'hui, en vertu d’un traité, fermé aux blancs. Il doit être ouvert à tout prix à la civilisation, à la culture et surtout à la spéculation.

Auckland qui, si ces projets se réalisent, restera en dehors du grand mouvement dont il est au-

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jourd’hui le centre, usera naturellement de toute son influence, à Wellington, au parlement et auprès du ministère, pour faire avorter des projets aussi préjudiciables à ses propres intérêts. Mais on ne résiste pas à la force des choses, ct la force des choses semble pencher du côté de Kawhia.

C’est en compagnie du Premier et du colonel Readon, commandant général de la gendarmerie de la colonie, que je débarque sur ce sol, il y a un mois encore, politiquement vierge. Tout ici est vert. Le gazon rappelle le vert d'émeraude de l'Irlande. Sur la plage quelques huttes de Maoris et quelques arbres sacrés, tabou, dont j’ai oublié le nom maorien et dont on n’a pu me dire le nom botanique. Quelques indigènes assis sur leurs talons, immobiles, drapés dans leur plaid, dédaignent de nous regarder. J’admire la manière dont ils savent réduire les dimensions de leurs corps hauts et sveltes en s’accroupissant sur leurs jambes. à

Nous gagnons le camp par un sentier fort raide et nous y sommes reçus par le commandant, un homme de bonnes façons et de fort bonne humeur, puisque nous lui avons amené pour quelques heures sa femme et son fils.

Comme les steamers qui transportent la malle ne touchent pas ici, Kawhia n’est pas encore de ce monde. Le commandant, comme ses officiers

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et ses hommes, vivent sous la tente et se trouvent quelquefois à court de provisions.

Vue du pah, la baie ressemble à un lac. Vers le nord, des montagnes aux contours tourmentés s'élèvent à une hauteur considérable. Une vaste nappe d’eau, en ce moment immobile comme une glace, nous sépare de ces régions montagneuses. Pas l'ombre d’un bâtiment, si ce n’est çà et là un canot monté par des Maoris, glissant silencieusement sur ce miroir qui reflète le rivage et le ciel.

Au sortir de la baie de Kawhia, dans la direction du sud, une vue étrange, fantastique, attire notre attention. De légers brouillards qui affectent les teintes azurées du ciel rendent la côte invisible. Au milieu de ce rideau bleu parait, suspendu dans l’air, un triangle blanc. C’est le cône du mont Egmont. A vol d'oiseau quatrevingts milles nous en séparent. C’est un de ces effets magiques si fréquents en Nouvelle-Zé-

ort lande, si rares partout ailleurs.

in- Le steamer rase un petit îlot blanc comme la ort neige, appelé White-Island. C’est le domaine né d'oiseaux dont le plumage lui a donné sa cou- Is. leur et son nom. Nous apercevons une quantité Ile innombrable de ces habitués de l’air et de l'eau. de Posés immobiles à côté l’un de l’autre, femelles

et mâles couvent les œufs. Le capitaine du ba-

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teau, qui passe sa vie sur les côtes de la Nouvelle- Zélande, nous initie à leurs us et coutumes.

Décidément, dans ces voyages lointains, il se passe rarement un jour sans qu'on rencontre des choses nouvelles, curieuses, énigmatiques; mais l’objet le plus intéressant est toujours l’homme, surtout celui qui vit dans ce milieu. Ce loup marin, Canadien de naissance, qui a écumé toutes les mers, appartient à cette classe d'aventuriers qui, selon leur naturel et l’influence des circonstances, deviennent des forbans ou des héros. L’océan et des côtes inconnues sont le théâtre de leur activité. Le plus souvent ils vivent, ils agissent, ils meurent inconnus. Nés sur un terrain plus élevé ou plus en évidence, ils rempliraient le monde de l'éclat de leurs hauts faits ou de leurs crimes. Mais, malgré l'obscurité qui enveloppe leur existence, ils forment un élément important du nouveau monde qui se forme, et jouent, dans la coulisse il est vrai, un rôle marquant dans l’histoire des colonies.

Nous côtoyons un joli pays; nous arrivons avant le soir à Manikaou et de là par le chemin de fer en moins d’une demi-heure à Auckland, l’ancienne capitale et toujours la principale ville de l’île du Nord.

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