AUCKLAND
Auckland, du 5 au 12 novembre. — Vue d'un point culminant, comme l’est l'excellent Northern Club où je suis descendu, la ville produit l'impression d’une métropole. Du haut du mont Eden, couronné par un ancien pah, au sud-est de la ville, vous embrassez du regard un panorama immense et vraiment beau. À vos pieds et au nord, la ville et le port où se pressent des bâtiments de tout tonnage ; au delà, la vaste superficie du golfe de Hauraki encadré ici par la terre ferme qui s'allonge vers le nord, là par un petit archipel d’ilots par-dessus lesquels on voit se dérouler l'océan. En regardant au sud, vous dominez la langue de terre étroite qui vous sépare de la petite baie de Manikaou. Autour de vous, des jardins, des villas, des bourgades. Tout ceci est très beau et même pittoresque, mais l’enthousiasme des gens du pays passe la mesure et glace un peu l'étranger, quand il ne réveille pas en lui l'esprit de contradiction. On compare Auckland avec Naples, Nice, Gênes, Constantinople, et Auckland surpasse tout. On appelle cela 0/owing, sonner de la trompette. S'agit-il des produits de la nature ou de l’industrie, des charmes pittoresques, du climat, des hommes et des choses du pays, le refrain est toujours : C'est ce qu'il y a de mieux au monde, the best in the world. En présence de semblables exagérations,
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il ne vous est pas permis de vous renfermer dans un silence poli, il faut abonder dans le sens de vos amis zélandais. C'est une faiblesse, une maladie d'enfants, qu'on ne rencontre que dans les pays nouveaux. Les descriptions de voyages aux États-Unis du commencement et même du milieu du siècle sont remplies d’anecdotes et de plaisanteries sur l'habitude qu’avaient les Yankees de s’extasier sur eux-mêmes. La guerre de sécession a clos l’époque de leur adolescence. Ils ont atteint l’âge de la majorité et perdu cette habitude d'enfance. Il en sera de mème ici et en Australie. Dans la colonie du Cap, qui existe depuis plus de deux siècles, on ne sonne pas la trompette. L'homme est toujours enclin à s’exagérer ses premiers succès, n’importe dans quelle entreprise ou dans quelle étude: mais, au fur et à mesure qu'il progresse, il découvre le chemin qu’il lui reste encore à faire. Alors la réaction se produit, et il se décourage. Ce n'est que dans l’âge mür que l'esprit d’un homme bien conditionné trouve son équilibre. Il en est de même des communautés.
Dans la ville haute se cache, derrière les arbres d’un joli pare, le palais du gouverneur; plus loin, des constructions élégantes, des jardins et de longues avenues. Les quartiers commerçants de la ville basse ne se distinguent
tm, bd