‹ A travers l'Empire britannique (1883-1884) [microforme] (volume 2)Chapitre 75 sur 97 · UNE GARE VISITÉE PAR DES TIGRES · texte numérisé non relu

UNE GARE VISITÉE PAR DES TIGRES

soignée et, lorsqu'il eut atteint l’âge légal, lui remit‘ l'administration de ses États.

Départ de Madras dans l'après-midi. Le pays plat, onduleux, parsemé de petits bois, de rizières, surtout d'étangs : étangs anciens, étangs creusés récemment, étangs naturels et artificiels. On m'as-

sure que dans les parties de la péninsule que

nous traversons on en compte au delà de quatrevingt mille. L'eau qu'ils contiennent est malsaine. À Bangalore on la cuit pour l'usage des soldats.

Le terrain s'élève graduellement. Pendant la nuit nous atteignons le haut plateau qui s'étend vers l'Inde centrale. Des tigres, fort nombreux dans les fourrés, infestent parfois le chemin de fer, Dernièrement le chef de gare d'une station située à quelques centaines de milles de Madras réclama le secours du chef d'exploitation, qui

1. En 1882. L'étendue de l'État de Mysore est d'environ 30 500 milles carrés, La population, considérablement réduite par la famine de 1876 à 1878, comptait, en 1881, 4 186 400 âmes, Le revenu de l'État, qui a doublé durant l'administration anglaise, est de 1 million de livres sterling, dont un quart, qui sera élevé au tiers, doit être versé à titre de tribut militaire et de dépenses politiques dans les coffres du gouvernement de l'Inde,

réside dans la capitale de la Présidence. Il lui adressa le télégramme suivant: Zigers on platform. Staff frightened. Pray arrange. « Des tigres sur le perron. Employés pris peur.

Prière d'y pourvoir. »

La nuit a été froide. Le gros paletot et un chàle n'étaient pas de trop. Vers sept heures arrivée à Bangalore. Distance de Madras : deux cent douze milles.

Un détachement de cipayes et de cavaliers du prince feudataire formait l'escorte d'honneur du gouverneur. Nous descendons chez M. Lyall, résident auprès du maharaja. Un beau parc entoure son habitation, jolie maison en style anglo-indien. Le soleil chaud, l’air frais, presque froid, rappellent Nice ou Cannes par une belle journée d'hiver. Bangalore est situé à trois mille pieds au-dessus du niveau de la mer et passe pour jouir d'un climat salubre. Cependunt on m'assure que les fièvres intermittentes sont assez fréquentes dans le camp. On les attribue à la mousson nord-est, qui amène et répand sur le plateau de Mysore les miasmes de la côte de Coromandel.

Visite chez le maharaja en compagnie du gou-

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verneur et du résident. Il recoit ces hauts fonctionnaires sur le perron de son nouveau palais. Cet édifice encore tout neuf, bâti, par un architecte anglais, dans le style élisabethéen et meublé à l'anglaise, mais oriental par la manière dont il est habité, représente au figuré l’état hybride

de ce ‘jeune État hindou, greffé par le jardinier

anglais sur le tronc d’un vieil arbre que la foudre a détruit il y a plus d’un siècle.

Dans la ville de Mysore, sa résidence habituelle, le maharaja mène une vie tout orientale. A certaines fêtes il se montre en public, couvert de pierreries, assis et immobile sur sa véranda pendant cinq heures consécutives. Ici il a adopté, jusqu'à un certain point, le costume et les habitudes européennes.

Chamrajendra-Wadyar-Bahadour est un beau jeune homme avec un maintien digne, des traits réguliers, une expression douce, presque mélancolique, un teint légèrement bronzé tirant sur le noir. Il porte sur le front un point noir, qu'il remplace parfois par un point rose, C'est une manière de ménager les susceptibilités des deux sectes hostiles de Vichnou et de Siva.

Son costume, fort simple, tient le milieu entre le costume oriental et la toilette d’un gentleman anglais. Il parle l'anglais lentement mais correctement, avec un petit accent étranger

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qui n'est pas désagréable. Il m'a paru qu'il avait la langue un peu embarrassée. Il a, d'après ce qu'on m'a dit, du bon sens; il est très lent à se décider, mais, une fois sa résolulion prise et sa parole donnée, on peut compter sur lui. Cependant ce n'est pas le maharaja qui gouverne, c'est son divan.

Ce séjour de Bangalore, où en ce moment dix mille hommes se trouvent concentrés, n’est qu'une suite de spectacles et de fêtes militaires. C'est pour la première fois qu’on voit réunis les trois grands « chefs » : Sir Donald Stewart, commandant en chef de l'Inde, Sir Frederic Roberts, commandant l’armée de Madras, général Hardinge, commandant l’armée de Bombay.

Aujourd'hui, grande revue au camp. Huit mille hommes se trouvaient échelonnés sur une grande plaine parsemée de petits mamelons et de bouquets d'arbres : artillerie à cheval, cavalerie britannique, artillerie royale, infanterie britannique ; en tout, sans les officiers, deux mille huit cents Anglais. Le reste se composait de troupes indigènes, cavalerie et infanterie, et d’un régi-

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