‹ A travers l'Empire britannique (1883-1884) [microforme] (volume 2)Chapitre 78 sur 97 · LE BAL DU MAHARAJA · texte numérisé non relu

LE BAL DU MAHARAJA

général. Il y a cependant quelques beaux cyprès, fort communs dans les provinces du nord, mais rares ici. La nuit nous surprit sous l'ombre de ces longues avenues d'arbres exotiques.

Un bal costumé aux « édifices publics » offert par le maharaja à la société anglaise terminait la série de réjouissances. Le prince faisait les honneurs avec dignité et avec grâce. Plusieurs rivières de diamants de la valeur d'environ trente mille livres sterling, qu'il portait autour du cou, tranchaient sur sa tunique de couleur foncée et richement brodée qui rappelle le grand habit des ambassadeurs de Turquie. Le goût des bijouxest souvent la passion dominante des gens de haute

caste. Pour la satisfaire les princes dépensent des

sommes fabuleuses en achat de perles, de diamants et autres pierres précieuses. Les bijoutiers de Madras, de Calcutta, de Bombay en possèdent toujours une grande provision.

Les dames se montrèrent en costumes de fanlaisie fort variés. Il y en avait de riches, d'élégants, de bizarres, et la plupart de celles qui les portaient étaient supérieures à leur toilette. Une atmosphère militaire régnait dans la salle. Assis

à côté d'une charmante femme, costumée en bé- | — 29

guin, je lui demandai : « Qui est cette jolie

blonde? — Miss ...., de la brigade de cavalerie anglaise. — Et cette autre aux cheveux châtain clair? — Mrs...…..., artillerie royale.

— Et celle-là à gauche, en burnous bl: se.

— Lady ..., contingent de Hyderabad. » Et ainsi de suite. Ma voisine était de la force subsidiaire; elle me présenta à une jeune femme habillée en diaconesse qui est devenue une lionne depuis qu'elle a tué un tigre. Les bals costumés, la première curiosité satisfaite, languissent ordinairement, mais ici ce n'était pas le cas. Les contredanses, les valses, les lanciers se succédaient sans interruption. Sauf le maître de la maison, toujours debout près de la porte, saluant poliment, mais sans sourire, les arrivants et les partants, tout le monde prenait part à la danse, et à côté de la jeunesse dorée on voyait des officlers de haut rang, portant moustache blanche, se lancer bravement dans la mêlée. A l'exception du maharaja, de son frère, de son aide de camp, de ses ministres et de la valetaille, je n'ai pas vu un seul homme du pays dans cette foule d’Européens, et cependant la fête avait au plus haut point le caractère oriental. Des courants d’air froid m'en chassèrent plus tôt que je n'aurais désiré, et, enveloppé de mon paletot d'hiver, je terminai cette journée si remplie d’impressions

Page 1