‹ A travers l'Empire britannique (1883-1884) [microforme]Chapitre 105 sur 175 · SUVA · texte numérisé non relu

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chaînes des Alpes, des Pyrénées, du Caucase.

Un pic d'une forme bizarre est intitulé par les marins le Pouce. Le nom n'est pas poétique, mais il rend bien l’idée de la chose, C'est la terre inhospitalière et inaccessible qui montre le poing aux navigateurs. Quand le ciel, comme à l'heure où j'écris, est chargé de gros nuages et l'air transparent, ce panorama alpestre se présente comme un immense graffito, selon la distance, gris sur gris, noir sur noir. Par un lemps serein et avec le vent d'est, ce sont des nuages bleu clair vus à travers un prisme. L’ensemble du dessin fantastique et du coloris magique retient lœil, excite la curiosité, vous fascine, vous enlève insensiblement aux réalités de la vie, déroule devant vous les horizons nou-

veaux d’un monde idéal.

Tous les jours, le matin et le soir, le capi- . ? 9 laine Bridge et moi, nous allons à terre, L’Æs- ®)

piègle est et sera notre hôtel pendant tout le voyage. Nous avions espéré faire ici des pro- + x Fi visions fraiches, et plus d'une fois nous nous sommes amusés à composer des menus exquis et à savourer d'avance les excellents diners que nous devrions aux marchés de cette capitale.

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Cruelle déception! les indigènes vivent de yam

(patate sucrée) et de bananes; les résidents européens, de ce qu'ils peuvent se procurer, et c'esf à peine s'ils arrivent à pourvoir à leurs besoins. C'est done avec difficulté que le chef du eapilaine a pu se procurer quelques poulets et quelques œufs. Cependant en mer, comme à l'ancre, dans les repas qu'il fournit, il sait toujours atteindre aux limites du possible et combler par l'art les lacunes de la nature.

L'année dernière, la petite ville se composail de quelques cabanes, aujourd'hui elle possède une ou deux églises, de belles maisons, des écoles et plusieurs hôtels qui ont fort bon air. Je préfère cet assemblage d'habitations à la physionomie plus prétentieuse des villes naissantes de l'Australie. Suva brille par la modestie, Ses rues ne sont ni larges ni droites, mais elles sont flanquées de trottoirs en bois, et dans les magasins on trouve accumulés tous les produits de lindustrie européenne, I n'y a que les vivres qu'il soit difficile de se procurer. Nous entrons dans quelques boutiques tenues par des Australiens. C'est principalement avec de l'argent fourni par Sydney qu'on fait les affaires. Mais Melbourne tient le haut du pavé. Melbourne fournit les hommes, l'esprit d'entreprise, le go ahead, Va rencontré aussi plusieurs Allemands. Tei, comme

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dans toutes les parties du globe où îls s'établissent, ils prospèrent., On vante leur activité, leur intelligence, leur esprit d'économie et leur sobriété, Pas de luxe et pas d'excès d'aucun genre.

Pendant que les blanes travaillent dans leurs comptoirs où dans leurs boutiques, les indigènes, hommes et femmes, flänent dans les rues, bavardent et rient à gorge déployée. Le Fijien est ordinairement de taille moyenne ; il a les épaules carrées, le buste et les membres forlement constitués. Ses traits manquent de régularité, et les lèvres charnues de sa grosse bouche armée de longues dents effilées vous rappellent vaguement l’anthropophage émérite, Et cependant il a l'air ouvert, gai et bon enfant, Selon la proportion de sang polvnésien qui coule dans ses veines, son teint varie du noir au brun bourbeux ou à la couleur d'olive. Dans ce dernier

cas il est fils ou petit-fils de Tongien. Ce qui

lrappe surtout le nouveau débarqué, c'est la

coiffure des hommes. IS peignent en blane avec de la chaux de corail leur riche chevelure qui est noire et erépue. Au moven d'ablutions, la chaux disparait après quelques jours, et les cheveux produisent alors l'effet d'être eiselés dans du bronze d'un clair jaunàtre. Le premier aspect de ces sauvages ne vous prévient pas en leur

faveur; mais peut-être faut-il s'habituer à les

voir. Le fait est que les résidents les trouvent beaux. Il parait que le Fijien gagne à être recardé, I gagne aussi, me dit-on, à être connu. Ilest bon, intelligent et, sans être obséquieux, naturellement poli. Sa toilette est des plus simples : un pagne en coton ou en écorce d'arbre autour des reins, une fleur dans les cheveux. Les femmes, dont quelques-unes m'ont paru jolies, portent ou la chemise longue que les missionnaires leur ont octrovée, ou bien une jupe et sur les épaules une sorte de pirafore où tablier qui couvre le sein et le dos.

Nous pouvons les comparer avec les travailleurs importés par des planteurs européens des iles Salomon, des Nouvelles-Hébrides, de la Nouvelle-Bretagne et autres groupes de la Mélanésie, tous plus ou moins anthropophages soumis ici à un régime d'abstinence, à une sorte de carème prolongé pendant la durée de leur engasement. Jai de la peine à les distinguer des Fijiens, mais le capitaine Bridge, qui a beaucoup navigué dans les mers de la Mélanésie, devine facilement d'où ils viennent.

Nous avons quitté la ville pour gagner les hauteurs, d'où l'on jouit d'une belle vue et de la brise de la mer. Ces terrains passent pour particulièrementsalubres et on les paye des prix exorbitants. Les riches boutiquiers, dédaignant de

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demeurer au-dessus de leurs magasins, + ont bäti de petites villas entourées de jardins très bien tenus. La dernière de ces habitations touche à la forèt, à la solitude, au monde sauvage.

Un chemin qui longe la mer mène au Government-house, situé à un mille de distance à l’est de la ville, Arrivés près d'une petite jetée, l'embarcadère du gouverneur, nous tournons à gauche et nous pénétrons par un guichet dans un jardin planté d'arbres. Dans quelques années ce sera un pare magnifique. Ni portier, ni planon; la porte grande ouverte. Quel témoinage de sécurité! Un chemin sablonneux remonte doucement vers un groupe de maisons en bois, reliées par des galeries couvertes. Pas de luxe, pas de prétentions à l'architecture, mais une construction adaptée au climat chaud et humide,

avee des appartements bien meublés et surtout

bien ventilés, Les maisons de ce genre se fabriquent à Auckland (Nouvelle-Zélande) et sont expédiées au Queensland, et, depuis quelques années, à la Nouvelle-Calédonie et aux Fijr. Jai à regretter l'absence du gouverneur, Sir Williams de Voeux. Nous sommes reçus par son remplacant intérimaire, M. Thurston, autrefois, comme on l'a vu, l'ami de Takumbau, aujourd'hui secrétaire colonial. De la véranda le regard se perd dans un chaos lumineux. Les terres, la mer, le

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