‹ A travers l'Empire britannique (1883-1884) [microforme]Chapitre 130 sur 175 · SITUATION DES FI · texte numérisé non relu

SITUATION DES FI

nominalement son royaume. Les deux parties contractantes agissaient sous l'empire d'une nécessité impérieuse. Takumbau, d’ailleurs criblé de dettes contractées aux États-Unis, avait à choisir entre l’abdication et la ruine complète, peut-être la mort pour lui et l’extermination de sa famille et de sa tribu. De son côté, le gouvernement anglais pouvait-il demeurer plus longtemps témoin passif des crimes que commettaient dans ces parages, le plus souvent avec impunité, des sujets britanniques, sous les veux de ses agents, de ses consuls, des commandants de ses croisières? Pouvait-il laisser rétablir dans le Pacifique la traite qu'il avait si longuement, si énergiquement et, à la fin, victorieusement combattue dans les eaux de l'Afrique et du Brésil? Pouvaitl, dans ces cir-

constances, résister plus longtemps à la pression

de l'opinion surexeitée de l'Australie, à la pression non moins passionnée des philanthropes de

l'Angleterre? À ces motifs humanitaires venaient se joindre des considérations d’un ordre purement temporel. On représentait les Fiji comme un paradis terrestre destiné à fournir aux fabriques de Manchester d'innombrables balles de coton; c'étaient, de plus, plusieurs îles de Malte, qui, en temps de guerre, assureraient à l'Angleterre la domination du Pacifique occidental; c'était

SE IDR + je

un centre maritime inexpugnable pour ses forces navales et pour sa marine commercante. Certes ces espérances ne se sont pas réalisées et ne se réaliseront jamais. Tout cet archipel, fût-il couvert exclusivement de plantations de coton, n'en produirait jamais assez pour émanciper l'industrie cotonnière anglaise des producteurs de l'Amérique, et la configuration desiles, toutes d'un accès difficile, rendra toujours la navigation extrèmementdangereuse pour des bâtiments de haut bord. Mais, dans des proportions plus modestes, la possession de ces îles offre indirectement des avantages réels et considérables, ne füt-ce que parce que les marchés de PAustralie et de la Nouvelle-Zélande lui sont assurés. Ces colonies, jusqu'à présent obligées d'envoyer chercher à Java et à l'île Maurice le thé, le café, le sucre, enfin tous les produits coloniaux dont elles ont besoin, s'habitueront à s'en pourvoir ici à mesure que, la culture s'étendant, les îles Fiji, bien plus rapprochées que l'Inde hollandaise et Maurice, seront à même de répondre à leurs demandes.

Les Fiji offrent en ce moment un spectacle curieux, et, ce semble, satisfaisant. Dans le monde indigène, la paix partout. Les chefs des grandes ibus, transformés en pairs et en préfets, vaquant à leurs affaires administratives et par-

Page 1