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tres objets recherchés par le sauvage, et aucun ne l’est plus que les armes à feu. Le trader qui exploite tel ou tel archipel les échange, parfois avec un bénéfice de 700 à 800 pour 100, contre du copre et du coton, Ilenvoie ces produits à Apia, à Suva, à Levuka, à Tonga, là où est la maison qui l’a commandité et qui se charge de l'exportation en Europe, le plus souvent en faisant des profits énormes. Si le trader est sobre, intelligent, énergique, et s'il n'est.pas tué, ce à quoi il s'expose surtout dans les archipels mélanésiens, il fait en peu d'années une fortune relativement considérable, La vie qu'il mène ne lui coûte presque rien, Ia apporté dans son île de petites provisions de conserves, qu'il renouvelle à l’occasion. Sa nourriture se compose principalement de yam, de bananes et de volaille, Il a pour costume un gilet et un pantalon de flanelle, qui tiennent lieu de linge; un chapeau de paille pour le beau temps et un sud-ouest qui, dans la saison des pluies, protège la tête, le front et la nuque.
Mais, hélas! beaucoup de ces hommes ne sont ni sobres, ni actifs, ni énergiques. Le climat les énerve, Ils ne travaillent que juste pour vivre,
etils vivent au jour le jour. Il y en a qui, étendus
dans leur hutte sur une natte, ou à l'ombre d’un cocotier dans un hamac, seuls ou avec une com-
pagne indigène, passent leur temps à ne rien faire et finissent par disparaitre. Il y a aussi des hommes énergiques; mais ceux-là ont ordinairement, à un trop haut degré, les défauts de leurs qualités. Ce sont les derniers épigones des grands spadassins, des rowdies d'autrefois, dont les hauts faits, accomplis surtout en Mélanésie, ont épouvanté le publie australien et trouvé un écho jusque dans les journaux d'Europe. Ils'en accomplit encore, mais plus rarement. Seulement, si la moitié de ce qu'on m'a raconté est vrai, c'en esl encore trop. Une personne réellement digne de foi dit avoir vu un trader, pour essayer un fusil de chasse qu'il venait d'acheter, ajuster et toucher un indigène qui cueillait des noix sur le haut d’un cocotier, D'autres..., mais trève d’atrocités. La revanche ne se fait pas attendre, et cela finit par devenir une suite de représailles entre blancs el indigènes.
Mais 1] y à aussi, parmi les traders, de fort braves gens, et, ce qui vaut la peine d’être noté, le métier, naguère assez mal famé, se moralise à vue d'œil depuis que les communications avec le monde civilisé se multiplient, que l'acheteur indigène apprend peu à peu la valeur réelle de la marchandise qu'on lui offre, et que le jour commence à se faire dans des régions jusqu'ici enveloppées de ténèbres.
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Les armes à feu, je l'ai dit, sont l’article le ‘lus recherché par les indigènes. C'est surtout le cas quand on fait la guerre ou quand on s'y prépare, Quoique le temple de Janus ne se ferme jamais dans les îles de l'Océanie, les habitants de race mélanésienne sont des poltrons. Chez
eux, la guerre n'est qu'une suite de guet-apens,
de massacres de femmes et d'enfants, qu'on dévore après les avoir surpris et tués dans quelque chemin creux. Mais des batailles! jamais. Tout au plus, quand, par un hasard malencontreux, les deux armées se rencontrent malgré elles, le plus brave de la bande s'avance vers l'ennemi pour lui décocher des invectives; après quoi il se sauve à toutes jambes. Les hommes de Samoa, des Polynésiens au contraire, sont nés guerriers ; ils aiment à se livrer bataille en rase campagne.
Mais, gucrrier ou non, bravement ou làchement, sauf de courts intervalles, on se fait la guerre, La guerre est dans les habitudes des insulaires, et ces habitudes servent les intérêts du trader. Dernièrement, le capitaine d’une des croisières anglaises avait réussi à opérer une réconciliation entre deux grands chefs. Ils étaient venus à son bord, s'étaient embrassés devant lui et avaient juré de vivre en paix. Malheureusement le trader de la localité avait encore une provision de fusils à vendre. La croisière n'eut
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pas plutôt pris la mer, que les hostilités recommencèrent. ILest vrai qu'on n'a pas pu constater la complicité du trafiquant.
Le trader qui nous reçoit au seuil de sa cabane semble un homme de bonne composition; c'est un peu le type de Robinson Crusoé, Sa femme, une Maori d'une des réserves de l'ile du Nord de la Nouvelle-Zélande, nous frappe par des restes de beauté, par la noblesse de ses traits, sa haute taille et la dignité naturelle avec laquelle elle nous souhaite la bienvenue. Elle parle l'anglais plus correctement que son mari, bien qu'il soit lils d’Albion. Pendant que nous visitons ses magasins, les deux autres traders, lun Anglais et l’autre Danois, arrivent, et tous ensemble nous nous mettons en route pour Hihipu, la capilale de l'ile.
Quel magnifique tapis vert! quelle abondance de feuillages exotiques! Tous ces géants aux feuilles colossales incisées, veloutées, luisantes, étendent leurs bras et prodiguent leur ombre aux jolies cabanes-paniers éparpillées sur le gazon. Pour faire circuler l'air dans les habitations, on a soulevé les nattes des piliers qui servent de parois et de rideaux. Ces intérieurs n'ont donc pas de secrets pour nous. Mais toute la population est dehors. Fort peu d'hommes, parmi eux quelques beaux garçons. En revanche, un grand
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nombre de jeunes filles: elles se sauvent avec un air efFfaré qui ne me parait pas naturel; les jeunes femmes, loin de s'enfuir, viennent à nous en riant, EE y a aussi des matrones entre deux âges d'une corpulence considérable et des vieilles femmes aux contours impossibles, Mais tout ce monde rit et semble enchanté de nous voir, Ce qui me frappe dans cette foule de femmes et d'enfants qui s'attachent à nos pas, c'est le grand nombre de chevelures blondes tirant sur le roux.
Les deux édifices principaux sont l'église el le palais du gouverneur, L'église se distingue pur une toiture colossale, et le governmenthouse, par les carreaux de ses fenètres. Car, sachez-le bien, ces îles, que Sa Majesté George Fil y à environ trente ans, s'est pacifiquement annexées, possèdent un gouverneur, un magistrat, un juge et des agents de police. Ces derniers se font une fête de rapporter réguliérement aux traders leurs cochons de lait, régulièrement volés par des chevaliers d'industrie qui abondent dans cette capitale.
Dans une hutte, une femme, accroupie devant un tronc d'arbre qui lui sert de métier, frappe avec un marteau sur l'écorce d'un certain arbre. C'est leur manière de faire l’étoffe de leurs pagnes. Une jeune fille, blottie à côté d'elle, applique des taches noires sur l'écorce et produit ainsi un
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dessin fort original. Elle déroule devant nous sur le gazon un tapis de ce genre, de 1# pieds de large sur 120 de long.
Mais le soleil baisse et il est temps de quitter ces îles enchanteresses jetées au milieu de l'Océan. Les navigateurs les évitent, parce que l'accès en est difficile, et, par conséquent, elles sont très arement visitées. Depuis quatre ans, aucun bâtiment de guerre anglais n°y a montré son pavillon. Nous avions eu bien de la peine pour y arriver: mais, guidés par le même pilote, nous glissons sans incident sur les hauts-fonds de la lagune el arrivons à bord de l'£spiègle avant la nuit.
19 juin. — Devant nous se dressent les hautes montagnes arides de Savai'. A notre droite, vers l'est, une chaine de collines d’un vert bleuàtre s'enfuit à perte de vue. C’est Upolu. Upolu, Savai et Tutuila sont les trois grandes îles du groupe des Navigateurs, aujourd'hui mieux connu sous son nom indigène de Samoa. Les populations ont bâti leurs villages sur la plage. L'intérieur n'est pas habité.
La corvette, laissant à bâbord l'ile Savai,