‹ A travers l'Empire britannique (1883-1884) [microforme]Chapitre 147 sur 175 · LA POPULATION INDIGÈNE · texte numérisé non relu

LA POPULATION INDIGÈNE

responsables, qui réunit autour de lui les grands dignitaires de ses États, qui prononce un discours du trône à l'ouverture du parlement. Heureux Canaques! que pouviez-vous désirer de plus? Et cependant vous n'étiez pas satisfaits. Vous jouissiez de toutes les libertés possibles, sauf une seule : il ne vous était pas permis de vous enivrer avec de l’eau-de-vie. Le roi, mal inspiré par les missionnaires, avait défendu de vendre aux indigènes des boissons alcooliques. L'amour de la liberté inné chez le Canaque le révoltait contre cette violation des droits de l’homme. Il réclama avec l'énergie qui le distingue, et, l’année dernière, la législation abrogea cette loi inique. Mais, je le crains fort, ce succès parlementaire ne fera que hâter l'aecomplissement de ses destinées.

On le voit, la machine gouvernementale est parfaitement organisée. Ce que ces îles produisent et consomment d'hommes d'État est fabuleux.

Les revirements ministériels se succèdent sans interruption. Toutes les capacités, par une noble émulation, se disputent les portefeuilles, se les arrachent, les gardent autant qu'elles peuvent, mais jamais longtemps. L'étoffe dont on fait les

ministres, importation des États-Unis, est inépuisable. En est-il de mème des gouvernés?

Hélas non. Sur l'horizon si brillant du Canaque

paraît un point noir. C'est que la matière gouvernable s’'évapore. La constitution débile des indigènes avec d’autres causes expliquent le triste fait que les naissances en regard des décès accusent un déficit qui va en croissant". Déjà on peut constater les effets désastreux de l'abolition des règlements sur la vente des liqueurs alcooliques. La débauche, le vice, les crimes augmentent aussi. Les fièvres et la lèpre, les plaies de Hawaï, continuent à faire des victimes.

Les planteurs, presque tous Américains, ayant besoin de bras, on a tâché de s’en procurer dans les îles du Sud-Pacifique. Ces tentatives n'ont donné aucun résultat, et en ce moment une Compagnie anglaise s'occupe, avec succès, de l’importation de Portugais des îles Açores et de Madère”. Ces: immigrants de race lusitanienne sont de bons cultivateurs, mais de médiocres

1. Naissances et déeès du 1° janvier 1879 au 30 juin 1883: Naissances, Décès.

He où 6 6 à à os à à à à 2331 3292

1882 et les premiers six mois AO, 6 Ne € 0 2470 2861 Total. 7. 9510 11415

(Hawaian Almanach Annual, 1884.) 2. L'année dernière, 3820 Portugais ont été amenés à bord de bâtiments anglais. Cette immigration continue,

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domestiques. On a lieu de douter qu'ils puissent soutenir la concurrence avec les Chinois. Le gouvernement n'aime guère les hommes de race jaune, mais il ne peut s’en passer. Dernièrement deux mille Célestiaux arrivèrent à la fois. On s'en alarma un peu, mais les choses en restèrent là. Les femmes chinoises aussi arrivent en plus grand nombre. D'ailleurs les unions sont fréquentes entre Chinois et femmes canaques. « Qui pourra, me dit quelqu'un, soutenir à la longue la lutte contre les gens de race jaune? Il est évident que le cultivateur qui exploite ses terres à moitié

moins de frais que le voisin finira par l’évin-

cer; ce dernier, dans ces conditions, sera obligé de vendre et acceptera avec empressement les conditions que son concurrent lui offrira. Ce sera, si ce n'est pas déjà, le cas des propriétaires américains. Ils finiront par vendre leurs terres aux Chinois, les Portugais s'amalgameront avec les gens de race jaune, ou disparaitront, et les îles Sandwich deviendront un territoire chinois. » La Cité de Sydney approche de l’île Oahou.

De modestes coteaux, presque dépourvus d’arbres, s'élèvent graduellement vers de hautes montagnes aux contours arrondis. L'herbe qui les couvre est brûlée. A l’est, un rocher avance dans la mer. C’est un volcan éteint. La ville de Honoloulou s'étend le long de la plage.

Je parcours avec un de nos passagers la capitale du royaume dans une voiture de louage. Le cocher, un jeune homme, est fils d’un Italien et d'une Canaque. Il parle un peu l'anglais, fort couramment le portugais, mais ne sait pas un mot d'italien.

Nous voilà en route : de misérables bicoques de bois, les habitations des indigènes ; quelques maisons à prétentions, genre de San-Francisco, toujours entourées de jardins, occupées par des blancs, c’est-à-dire des Américains ou des Allemands; plus loin le palais du roi, et en face le palais du Parlement, l’un et l'autre de style américain. Entre les deux, la statue à moitié dorée du premier roi Kamehameha I". Derrière le palais royal, un château féodal élisabéthéen. C'est la caserne. Près du port, quelques rues d’une physionomie décidément américaine : des façades en briques plaquées sur les maisons pour masquer les toits. C'est le quartier commercial. Le post-office et une banque attirent le regard par leur architecture prétentieuse. Comme c’est dimanche, les magasins sont fermés. Mais, au risque de payer une amende, quelques boutiquiers, parmi eux un photographe allemand, ont ouvert pour offrir leurs marchandises aux passagers de la Cité de Sydney.

Le seul quartier qui ait l'air prospère ct actif

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