HONOLOULOU
est la ville chinoise, très étendue et, malgré le repos obligé du sabbat, fort animée.
Partout on voit de petits jardins, mais les arbres ne supportent pas la comparaison avec les géants des îles du Sud-Pacifique, et l'élément caractéristique du paysage tropical, le palmier, fait presque défaut. Il y a deux grandes avenues, dont l’une remonte vers les montagnes, tandis que l'autre suit la plage à peu de distance de la mer. C'est la promenade habituelle des blanes, aujourd'hui désertée, car il est strictement défendu aux cochers d’atteler le dimanche; seulement, le nôtre s'en moque bien. L’amende est comprise dans la somme qu'il nous fait payer pour la course. Cela me rappelle les serviteurs attachés à un des grands temples de Pékin, qui se faisaient payer d'avance les coups de bambou qu'ils savaient qu'on leur appliquerait pour avoir admis des barbares dans le sanctuaire.
Les églises sont en grand nombre. Sur la façade de l’une d'elles on lit une inscription en caractères chinois. Elle appartient à la commune catholique, assez considérable, des fils de l'empire du Milieu. Dans les rues on voit peu de Canaques, peu de blancs, Américains et Allemands pour la plupart, mais beaucoup de blancs au teint basané, des Italiens et, depuis l’année dernière, des Portugais. Aussi les Açores com-
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mencent-elles à se dépeupler. C'est un véritable exode. Mais ce sont surtout les Chinois qu’on rencontre à chaque pas. Nous avons vu beaucoup de potagersæparfaitement tenus. Ils appartiennent tous à des gens de cette nation. Un joli cottage attire mon attention. Il est copié sur les chalets d’Ischl, qui ne sont que la chaumière idéalisée du paysan de Salzbourg. C'est un richard chinois qui l’a fait construire !
Les Canaques doivent avoir été une belle race : mais ceux que j'ai vus avaient l'air négligé et malsain. Ils portent tous le costume européen, qui leur sied fort mal. Les femmes surtout ne sont pas un ornement de leur sexe.
Dans ces îles aussi la difficulté de se procurer des serviteurs est un fléau de la vie domestique. Les indigènes ne travaillent pas. Ils se bornent à
labourer leurs petits champs juste autant qu’il :
faut pour se procurer les vivres dont ils ont absolument besoin. Le reste du temps, ils Le passent dans l’oisiveté. Tous les domestiques sont des Chinois. Leur service ne laisse rien à désirer. Mais ils se savent indispensables, ne s’attachent jamais au maître et lui imposent leurs conditions. Le soir après le diner ils se retirent et ne reviennent que le lendemain matin. Pas moyen de les retenir pendant la nuit. Ils ne savent pas l'anglais et ne voient aucune raison de l’étudier. De son
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côté, l'Anglais qui, en Afrique, parle le caffe, dans l'Inde, l’hindoustani ou le tamoul,se sent incapable d'apprendre la langue des Célestiaux. Il y a ici un très bon hôtel, mais, comme les garçons appartiennent tous à la race jaûne, les voyageurs, pour donner des ordres, se voient réduits au langage des yeux et des gestes. On n’a qu'à regarder les Chinois qu'on rencontre dans les rues de Honoloulou pour comprendre qu'ils se sentent déjà les maitres.
Les passagers des grands steamers du Pacitique profitent ordinairement des quelques heures de relâche à Honoloulou pour faire leur cour au roi et aux princesses. Il n'y a pas de princes dans la dynastie, condamnée comme le peuple hawaïen à une prochaine extinction. Le sabbat m'a privé de cet honneur. Je n'ai pas pu voir Kalakaua [" et sa reine, ni la reine douairière Emma, ni Leurs Altesses Royales, la princesse Lilinokalani, héritière présomptive, mariée, comme on a vu, à l'honorable John Owen Dominicis, le futur prince consort du royaume hawaïen, ni la princesse Likelike, épouse de l'honorable Archibald Scott Cleghorn, ni leur fille la princesse Victoria Kawekiu Kaiulani Lunahilou Kalanimuabhilapalapa.
Du 14 au ?8 juillet.
La nalion californienne, — Progrès et changements, — Constructions en fer, — Clff-house, — Le Presid':,, — Les Chinois. — Les immigrants, — Les trois lignes transcontinentales,
I ya je ne sais quoi d'étrange dans les arrivées après de longues traversées. En s'embarquant, on savait que pendant un certain espace de teinps on serait séparé du reste du monde. On y était préparé et l’on supporte cette priva-
lion sans trop souffrir. Par moments on en jouit
mème, On se sent comme délivré des soucis et des soins de la vie quotidienne et garanti contre les mauvaises nouvelles. Cette existence de camaldule qui ne connaît ni lettres ni journaux n'est pas dépourvue de charmes. Mais, au moment où le voyageur met le pied sur la terre ferme, une impatience fiévreuse mêlée de noirs pressentiments s'empare de lui. J'étais à peine installé