PROGRÈS ET CHANGEMENTS
dans le Palace-hotel lorsqu'on me remit de gros paquets de correspondances et de lettres de faire part, dont plusieurs lisérées de noir! Ce fut la seule journée triste de mon voyage.
Voyons ce que la ville de Frisco a fait d’ellemême dans les treize années pendant lesquelles je ne l'ai pas vue. Elle a beaucoup changé et beau: coup gagné, gagné en étendue, en opulence, en population. J’ajouterai que la population aussi a changé et gagné au changement. La ville a été fondée par des Yankees, des ,ommes venant des États atlantiques. Ils lui avaient donné leur physionomie, qu'ils ont aussi imprimée à la première génération des habitants nés ici. Mais depuis lors, par suite du mélange avec tant d'éléments étrangers, surtout irlandais et allemands, le type s’est modifié, en d’autres termes une nation californienne s’est formée. Le visage de l'Américain de l'Est est ordinairement long et ovale, tandis que le jeune Californien a la figure ronde, la bouche relativement large, mais les
lèvres minces. La plupart des femmes sont jolies.
On en rencontre dans les rues, dans les tramcars, aux lifts des hôtels, partout. Les traits finement ciselés, le menton délicatement arrondi, la taille
svelte et élancée, leur donnent un charme particulier et un je ne sais quoi qui les distingue de la ‘ace anglo-saxonne. Les hommes sont bien faits, d'une nature moins aérienne, mais hommes et femmes ont un air méridional. Cela ne peut pas être l'effet d’une infusion de sang mexicain. Les Mexicains, peu nombreux d'ailleurs à San-Francisco, se marient entre eux. Les Irlandais, au contraire, font souche ici, et cependant ce nouveau peuple californien a peu de rapports avec les enfants de l'Ile d'émeraude. Est-ce l'effet du climat? est-ce l'influence mystérieuse que le sol exerce, à ce qu'on prétend, sur ceux qu'il nourrit? Quoi qu'il en soit, j'ai trouvé ici une nation qui n'existait pas en 1871 et qui se distingue de toutes les autres qu'on y rencontre. Les vieux pionniers me disent de cette jeune nation : Les Californiens sont légers, gais et dépensiers. Ils aiment à s'amuser. Le Yankee est busy, il ne pense qu'à gagner de l'argent, dont il se réserve de jouir plus tard, peut-être quand il aura perdu la faculté de jouir.
Les rues sont plus animées qu'autrefois, et le quartier où se concentraïent les affaires, rayonnant dans toutes les directions, s’est beaucoup étendu au cœur mème de la ville. Mais ce sont
surtout les faubourgs de l’ouest qui ont subi de
grandes transformations, ou, pour mieux dire,